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À travers les grouins/Ballade pour congratuler

P.-V. Stock, éditeur (p. 33-35).




BALLADE

POUR CONGRATULER MES BONS AMIS LES
ÉTUDIANTS DE L’A, SUR LEUR INTER-
VENTION DANS LES AFFAIRES
PUBLIQUES
À Émile Cottinet.


Tigres ailés, feu mâchant par la bouche,
Licorne bleue aux ongles smaragdins,
Cocquecigrue, alérion farouche,
Hircocerf plus rapide que les daims,
Ils ont vaincu les animaux soudains :
Aspics, zébus aux flancs tachés de rouille,
L’aigle de mer avec les agamis.
De plus, ils sont très bons pêche-grenouille,
Portant sur eux tous les gris-gris, hormis
Le rameau d’or qui dissipe la Trouille.


En faveur du galon prenant la mouche,
Dans les cafés nocturnes, ces édens,
Ils vengent leur patrie, ou bien font souche,
Entre les draps impayés des catins.
« À bas Dreyfus ! À bas Zola ! » Gandins
Sortis de chez les Bons Pères, arsouilles
Qu’ont les bahuts les moins doctes vomis,
En eux Sottise impudente bafouille :
Mais à leurs mains aucun dieu n’a commis
Le rameau d’or qui dissipe la Trouille.

Pour Deschanel, grand maître ès fausse couche,
De la Sorbonne ils ornent les gradins.
Monsieur Barrès leur apprend comme on louche,
Pour éclipser calicots et mondains,
L’air cacatoire et la gigue en boudins.
Leur Président se bat parfois, mais souille
Les caleçons quadruples qu’il a mis
Et, dans la rue, où leur cohorte grouille,
Nul ne présente aux électeurs soumis
Le rameau d’or qui dissipe la Trouille.

                                                

envoi


Maître-valet, souteneur, niguedouille,
Accueille-les ! Ce sont bien tes amis.
Que chez Vervoort le troupeau soit admis.
Lâches, braillards, et tôt sonnant la gouille,
Qu’à leur crapule, un jour tout soit permis,
Fors le rameau qui dissipe la Trouille.