Voyage pittoresque dans le Brésil/Fascicule XVIII


VOYAGE PITTORESQUE

DANS LE BRÉSIL.


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MŒURS ET USAGES DES NÈGRES.


Après avoir, dans le précédent cahier, accompagné le Nègre depuis la côte d’Afrique jusqu’à la plantation, nous allons passée à une description plus détaillée du genre de vie et des occupations qui l’attendent dans sa nouvelle condition.

On envoie les esclaves au travail dès le lever du soleil. La fraîcheur du matin paraît leur être beaucoup plus désagréable que la plus grande chaleur du jour, et ils demeurent comme engourdis jusqu’à ce que, s’élevant au ciel, le soleil les brûle de ses rayons. À huit heures on leur accorde une demi-heure pour déjeûner et se reposer. Il y a quelques plantations où l’on fait déjeuner les esclaves avant de les envoyer au travail, c’est-à-dire, immédiatement après le lever du soleil. À midi ils ont encore deux heures pour le dîner et le repos, puis ils travaillent de nouveau jusqu’à six heures. Toutefois, dans la plupart des plantations, et de cinq à sept heures, au lieu de continuer à les faire travailler aux champs, on les emploie à rassembler du fourrage pour les chevaux, ou à chercher dans les forêts voisines des palmitas et du bois de chauffage ; souvent ils en reviennent pesamment chargés, et fort avant dans la soirée. Ou bien, quand ils sont de retour des champs, on leur fait encore moudre, pendant deux heures, de la farine de manioc ; mais ce travail, dans la plupart des plantations, ne se représente qu’une ou deux fois la semaine ; car il y en a peu où l’on en prépare plus qu’il n’en faut pour la consommation des esclaves eux-mêmes. Il est d’usage, quand ceux-ci reviennent de leurs travaux, qu’ils aillent se présenter au maître et lui souhaiter le bon soir.

Les diverses époques des travaux de l’agriculture entraînent avec elles plusieurs changemens dans le réglement ordinaire de la journée. Pendant la récolte du sucre, par exemple, le travail dure jour et nuit, et les Nègres se relèvent par troupes comme les matelots pour le service des vaisseaux. Cette récolte se fait depuis la fin de Septembre à la fin d’Octobre, et pendant ce temps il n’est rien qu’on ne fasse pour conserver les Nègres en bonne humeur et en bonne santé ; aussi y a-t-il dans les commencemens beaucoup de gaieté et beaucoup de bruit ; mais peu à peu la continuité du travail épuise les esclaves et surtout ceux des (engenhos) moulins à sucre, et même leur fatigue devient telle qu’ils s’endorment en quelque lieu qu’ils se trouvent, d’où est venue cette locution : he dorminhoço como negro de engenho (il a sommeil comme un Nègre du moulin à sucre). Il arrive très-souvent que cet épuisement donne lieu à des malheurs : soit que la main, soit que les vêtemens du Nègre chargé de placer les cannes à sucre entre les cylindres, s’y prennent ; le bras et quelquefois le corps entier sont alors écrasés, à moins qu’il n’y soit porté secours sur-le-champ. Dans quelques plantations on voit à côté de la machine une forte barre de fer, que l’on introduit entre les cylindres pour les arrêter en pareil cas ou pour les séparer. Néanmoins il n’y a souvent d’autre moyen de sauver le malheureux que de lui couper promptement avec une hache le doigt, la main, ou le bras qui se trouvent engagés dans les cylindres. On pense généralement qu’il y a moins de danger quand la machine est mue par des bœufs que quand on y emploie des mulets, que le cri des Nègres effarouche et qui n’en tournent que plus rapidement, tandis que les bœufs s’arrêtent d’eux-mêmes.

La nourriture donnée par les maîtres aux esclaves consiste en farine de manioc (farinha da mandiocca), ou fèves de marais (feixaos), en viandes séchées au soleil (carne secca), en lard et en bananes. Il est plus avantageux de leur abandonner le soin de préparer leurs alimens eux-mêmes dans les champs, que de leur faire perdre beaucoup de temps à revenir, pour chaque repas, de plantations souvent très-éloignées jusqu’au logis ; aussi cela se pratique-t-il ainsi en un grand nombre d’endroits. En général, on leur donne leur nourriture avec beaucoup de parcimonie, et elle suffirait à peine à leur entretien, s’ils n’avaient les moyens de se procurer encore différens comestibles, tels que des fruits, des légumes sauvages, ou même du gibier.

Le dimanche, ou aux jours de fêtes, qui sont tellement nombreux qu’ils absorbent plus de cent jours de l’année, les esclaves sont dispensés de travailler pour leurs maîtres, ils peuvent ou se reposer ou bien s’occuper pour leur propre compte. Il y a dans chaque plantation une étendue de terrain proportionnée à son importance ; le maître ne s’en sert point, l’abandonne à ses esclaves, et chacun en cultive autant qu’il le veut ou qu’il le peut : non-seulement l’esclave se procure une nourriture saine et suffisante par le produit de ces champs, mais il trouve souvent à le vendre avantageusement. Ainsi l’un des commandemens de l’Église catholique qui a été le plus souvent blâmé comme abusif et pernicieux, est, par ce moyen, devenu un véritable bienfait pour les esclaves, et quand le gouvernement portugais crut devoir satisfaire aux progrès des lumières et prendre des mesures pour diminuer le nombre des fêtes, cette innovation ne reçut pas l’approbation des hommes les plus éclairés du Brésil ; ils disaient avec raison que ce qui pouvait être un bienfait en Portugal, n’était au Brésil qu’une cruauté envers les esclaves. Il n’y a rien à répondre à cela, sinon que cette contradiction même est une preuve de l’absurdité de tout ce système. Quoi qu’il en soit, les huttes des esclaves contiennent à peu près tout ce qui dans ce climat peut être appelé nécessaire. Ordinairement ils possèdent de la volaille, des porcs, quelquefois même un cheval ou un mulet, qu’ils louent avec avantage, parce que la nourriture ne leur en coûte rien.

En général, les colons favorisent les mariages entre leurs esclaves ; car ils savent par expérience que c’est le meilleur moyen de les attacher à la plantation, et la plus forte garantie de leur bonne conduite. Toutefois on ne peut nier qu’il n’y ait beaucoup d’exceptions à cette règle, que souvent même, par leurs exemples, les maîtres amènent le déréglement des mœurs des esclaves, et que les rapports entre ceux du sexe féminin et ceux du sexe masculin rendent impossible l’observation sévère de la morale ou la consciencieuse persévérance dans la fidélité conjugale.

Telle est, en général, la position des esclaves nègres dans les plantations du Brésil ; mais il est bien entendu quelle présente une infinité de gradations et de modifications, et qu’en dernier ressort, le bien-être ou le mal-aise de l’esclave dépend toujours du caractère personnel ou des caprices de leurs maîtres, et peut-être beaucoup plus encore de ceux de leurs surveillans immédiats. Lorsque l’on considère tout ceci avec connaissance de cause, sans passion ni préjugés, on acquiert de plus en plus la conviction que d’une part les suites affligeantes que paraît nécessairement entraîner pour les Nègres l’esclavage consacré par les lois dans tout ce qu’il a de plus inhumain, sont cependant beaucoup adoucies par l’influence toute-puissante des intérêts personnels, par celle de la raison, de l’humanité, de la religion ; et que, d’autre part, les lois qui ont été faites pour protéger les esclaves contre les maîtres, n’ont que peu ou point d’influence sur le sort des premiers, leur observation n’ayant pas non plus d’autre garantie que ces élémens moraux constitutifs de la société civile, qui finissent toujours par se réunir à ce que l’on appelle l’opinion publique : c’est le seul tribunal que pourrait réellement redouter le maître par rapport à sa conduite envers l’esclave. On peut donc s’égarer également, soit en admettant à priori l’existence réelle de toutes les suites possibles de cet ordre de choses, soit en attribuant aux lois rendues en faveur des esclaves une influence très-grande ou très-favorable. Ces deux défauts se trouvent fréquemment dans les auteurs qui n’ont pas eu l’occasion de voir les choses de leurs propres yeux.

Ce qui importe le plus, c’est le caractère du surveillant des esclaves ou feitor : le fouet à la main, il conduit les esclaves au travail, et c’est lui qui les surveille immédiatement toute la journée. Ce qui nous révolte surtout dans ce malheureux système, c’est cette affreuse pensée, de soumettre l’homme comme la bête à l’action du fouet. Quoiqu’en thèse générale il soit vrai, comme le prétendent les défenseurs de l’esclavage, que le fouet est plutôt dans la main du feitor le symbole de la puissance, et qu’il ne s’en sert ni pour forcer le Nègre au travail, ni pour le punir arbitrairement, il n’en est pas moins vrai, non plus, que ce surveillant ne peut être empêché d’appliquer le fouet que par la présence ou la volonté du maître, et qu’il n’est point possible qu’un homme grossier, cruel, vindicatif, ne fasse point abus de son pouvoir ; les exemples constatés de ces abus de pouvoir ne sont d’ailleurs que trop fréquens. Dans l’état actuel des choses, et jusqu’à ce que l’esclavage ait été supprimé, ou que, du moins, l’on ait mis des bornes légales à l’arbitraire du maître ou du feitor, l’un des premiers et des plus importans devoirs du maître est d’apporter un grand soin dans le choix de ce feitor. En général, on peut se fier aux feitors qui sont esclaves eux-mêmes, bien plus qu’aux autres, parce qu’ils dépendent eux-mêmes entièrement du maître ; mais c’est précisément sur eux qu’il faut que le maître veille plus particulièrement, afin qu’ils ne se montrent pas trop sévères envers leurs compagnons de servitude. On prend aussi pour feitors des Brésiliens ou des mulâtres libres, et ordinairement c’est sous leur direction que les esclaves se trouvent le mieux, tandis que les feitors européens sont les plus durs. Un fait que l’expérience de tous les jours confirme, c’est que les Européens, dans quelque rapport qu’ils se trouvent avec les esclaves, sont ceux qui aggravent le plus leur position, et, sans vouloir excuser cette déshonorante distinction, on pourrait l’expliquer, d’une part, en ce que les Européens apportent dans ces contrées plus d’orgueil et de préjugés ; de l’autre, en ce que la plupart de ceux qui s’établissent au Brésil, et surtout ceux qui entreprennent des plantations, ou qui louent leurs services pour être feitors, ne sont que des spéculateurs, dont le but est de s’enrichir dans le plus court délai possible, et de retourner en Europe avec leur bénéfice. Il en est beaucoup qui ont quitté leur patrie pour des raisons qui ne leur font point honneur, et nul d’entre eux ne se sent attaché au pays, ni à ses habitudes, par un lien quelconque : loin de là, il voit dans tout un sujet de spéculation ; et même il est loin d’avoir pour sa propriété, sa plantation, ses esclaves, les soins et l’attachement naturel de l’indigène, qui espère les transmettre un jour à ses enfans, tandis que l’unique affaire de l’autre, c’est de faire le plus de profit qu’il le pourra dans le plus court délai possible, sans aucunement s’inquiéter de ce qui pourra en résulter à l’avenir : aussi les esclaves de ces hommes sont-ils presque toujours abîmés sous des travaux excessifs. Il faut y ajouter que, par les mêmes raisons, ces étrangers se soucient peu de l’opinion publique, ou de ce qu’ils appellent les préjugés religieux des Brésiliens ; ils mettent même une sorte de fierté à les mépriser, de sorte que rien ne peut sauver les esclaves de leur insatiable cupidité et de leur froide cruauté. Malheureusement les Européens du Nord surpassent encore les Portugais en ce genre.

La position des esclaves dépend beaucoup aussi du genre de culture qui est la principale occupation dans la plantation à laquelle ils appartiennent ; par exemple, la situation des esclaves est bien plus pénible quand il s’agit de fonder de nouvelles plantations appelées roças, que dans celles qui sont déjà organisées, surtout quand on fonde ces nouvelles plantations à une grande distance des contrées habitées ; car, dans ce cas, les esclaves sont exposés à toutes les intempéries du climat et de la température que présentent, par exemple, les marais ; car ils n’ont d’autre abri que des huttes de branches d’arbres, et, de plus, ils souffrent des privations de tous les genres. Ici le danger des animaux féroces, des serpens venimeux, des insectes mal-faisans est encore bien plus grand. C’est dans les plantations du clergé ou des couvens que les esclaves sont le mieux traités. La régularité des occupations est déjà un adoucissement au travail, qui ne leur est imposé que dans une proportion fort modérée, et le plus souvent leur nourriture est abondante. On instruit les enfans des esclaves à chanter à l’église, et on leur donne quelque peu de notions de catéchisme. Tous les soirs à sept heures les travaux cessent ; puis on réunit les esclaves pour leur faire chanter un cantique et réciter un chapelet. Outre les dimanches et les fêtes, on leur accorde encore le samedi pour travailler pour leur propre compte, si bien que la plupart acquièrent assez d’économies pour racheter leur liberté. Dans ce cas, ou lorsque l’esclave meurt, on lui permet de léguer son petit champ à qui bon lui semble, quoiqu’il n’y ait absolument aucun droit de propriété. Jusqu’à l’âge de douze ans, les enfans ne sont tenus à aucun travail, si ce n’est à nettoyer les haricots destinés à la nourriture des esclaves, ou les graines qu’on veut semer, ou bien ils gardent les bestiaux et font les menus ouvrages de la maison. Plus tard, les filles filent de la laine, tandis qu’on emmène les garçons aux champs. Lorsqu’un enfant fait paraître des dispositions particulières pour un métier, on le lui fait apprendre, pour qu’il l’exerce un jour dans la plantation même : cela facilite en même temps le retour à la liberté, en créant à l’esclave un moyen d’acquérir, et cela assure son avenir.

Les filles se marient à quatorze ans, les hommes à dix-sept ou à dix-huit : ordinairement on favorise beaucoup les mariages. Les jeunes femmes prennent part aux travaux de la campagne, et l’on donne aux nouveaux mariés une petite quantité de terrain pour y construire leur cabane, et on leur accorde le droit de travailler pour leur propre compte à certains jours. Quand il arrive d’Afrique de nouveaux esclaves, on a grand soin de ne les pas faire travailler trop tôt, et cela est aussi profitable au maître qu’à l’esclave ; car il faut, en règle générale, six à huit mois avant que ces Nègres soient au fait des travaux les plus ordinaires. Les occupations domestiques et les métiers sont principalement confiés aux créoles : ce sont les Nègres nés au Brésil. Les esclaves sont mieux traités aussi dans les très-petites plantations que dans les grandes, parce que les travaux communs, la même nourriture, les mêmes délassemens, font à peu près disparaître toute différence entre eux et les maîtres. Souvent les esclaves des plantations envient le sort de ceux qui vivent dans les campos de l’intérieur du pays ; la principale affaire des habitans de ces campos étant l’éducation des bestiaux, on ne peut que rarement compter sur l’habileté et le courage des esclaves au point de leur abandonner le soin de pourvoir à cette affaire, comme on a coutume de la gouverner dans ces contrées. Il en arrive qu’on les emploie dans la maison et qu’on les charge seulement des occupations très-simples du ménage.

Une classe tout-à-fait séparée est celle des esclaves dont les maîtres s’occupent du transport des marchandises de la côte vers l’intérieur, et de l’intérieur vers la côte. Il est vrai que l’irrégularité du genre de vie de ces troperos les expose à des privations dont les esclaves des plantations sont mieux garantis ; mais d’un autre côté elle leur donne plus de liberté, et les met avec leurs maîtres sur le pied d’une sorte d’égalité, à raison de ce qu’ils supportent avec eux les difficultés et les inconvéniens du voyage.

Quand un esclave commet un crime, l’autorité publique se charge de le punir, ainsi que nous le verrons plus bas ; mais quand il se borne à exciter le mécontentement de son maître par son ivresse, sa paresse, son imprudence, ou par de petits larcins, celui-ci peut le punir selon qu’il lui semble bon. Il y a des lois, il est vrai, pour mettre en ceci des bornes à l’arbitraire et à la colère des maîtres : c’est ainsi qu’on a fixé le nombre de coups de fouet qu’il est permis de faire infliger à son esclave, à la fois, et sans l’intervention de l’autorité. Néanmoins, et comme nous l’avons déjà dit plus haut, ces lois sont sans force, et peut-être même sont-elles inconnues à la plupart des maîtres et des esclaves ; ou bien, les Autorités sont si éloignées, qu’en effet le châtiment des esclaves à raison d’un délit, soit réel, soit imaginaire, ou les mauvais traitemens qui ne seraient que le résultat du caprice ou de la cruauté du maître, ne trouvent de bornes que dans la crainte de perdre l’esclave, soit par sa mort, soit par sa fuite, ou dans le respect qu’on a pour l’opinion publique. Mais ces considérations ne sont pas toujours suffisantes pour empêcher le mal, et il n’est que trop vrai qu’il ne manque pas d’exemples de cruautés qui ont amené la mutilation ou la mort des esclaves, et que ces crimes sont restés impunis : mais il est vrai aussi que ces excès sont rares, et que leur nombre ne dépasse guère celui des crimes du même genre commis par des hommes libres sur des hommes libres en Europe ; enfin, que la plupart sont commis par des étrangers, des Européens, et que l’opinion publique s’exprime hautement et généralement, comme le méritent de telles horreurs. On ne saurait douter que les progrès que la civilisation promet maintenant de faire au Brésil, n’amènent aussi la juste vindicte des lois sur de tels attentats, une description détaillée de ces scènes ne pourrait avoir aucun but raisonnable. Croirait-on par ce moyen exciter la pitié ? Mais quand cette pitié n’est que le résultat d’une impression des sens, ou d’une imagination montée, elle est absolument sans valeur. Il suffit d’avoir démontré que de tels forfaits sont possibles et qu’ils se commettent en effet, pour convaincre tout être raisonnable de la nécessité qu’il faut changer de fond en comble tout ce système d’esclavage, pour rendre possible son entière abolition. Mais si l’on pense qu’il faut de pareils tableaux pour agir sur des âmes grossières, on oublie qu’il est plus nuisible de souiller leur imagination de ces faits, que profitable d’exciter en eux ce genre de pitié.

Il ne faut pas, non plus, se laisser égarer par une pitié mal entendue, au point de s’imaginer qu’il soit possible de conduire et de tenir en respect sans une grande sévérité et sans une prompte justice, une troupe de cinquante à cent hommes passionnés, et de femmes encore plus indisciplinées, comme le sont en général les esclaves. Dans la plupart des plantations les délits graves sont atteints du fouet ; on n’applique, à raison des moindres fautes, que des palmados, ou coups sur le plat de la main. Le plus souvent ces corrections s’administrent en présence de tous les esclaves. Il est à désirer, sans doute, que l’usage du fouet soit, peu à peu, tout-à-fait aboli, et l’on doit s’y attendre d’autant plus que l’intérêt des colons s’ accorde avec l’accomplissement de ce vœu. L’expérience a prouvé que rien n’est plus propre à gâter l’esclave et à diminuer sa valeur, que l’usage fréquent du fouet, qui anéantit en lui tout sentiment d’honneur. Et s’il est vrai que les mauvais esclaves s’attirent le plus ces corrections, il est vrai aussi qu’il y a ici une continuelle et fâcheuse réciprocité de cause et d’effet. D’ailleurs, les esclaves s’habituent si promptement à ce genre de douleur, qu’il arrive souvent que ceux que leurs premiers maîtres châtiaient fréquemment du fouet, supplient leur maître nouveau de les faire fouetter plutôt que de les faire enfermer, ne fût-ce que pour peu de temps. Le meilleur moyen de retenir les esclaves dans le devoir par une sévérité nécessaire, mais dépourvue de cruauté, c’est de les enfermer pour plus ou moins de temps, et surtout aux jours qui leur sont réservés, sans y joindre d’autre privation que celle de la lumière. Passer un jour seul dans l’obscurité et sans alimens, est une chose que le Nègre redoute beaucoup plus que tous les coups de fouet qu’on pourrait lui donner.



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DÉFRICHEMENT D’UNE FORÊT.


PRÉPARATION DE LA RACINE DE MENDIOCCA.


RÉCOLTE DU CAFÉ.


MOULIN À SUCRE.


CHÂTIMENS DOMESTIQUES.