Voyage pittoresque dans le Brésil/Fascicule XIII

VOYAGE PITTORESQUE

DANS LE BRÉSIL.


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MŒURS ET USAGES DES INDIENS.


Rio-Janeiro est, sous bien des rapports, l’un des points les plus intéressans du Nouveau-Monde : c’est peut-être celui qui, par son état ; matériel et moral, donne les plus sûres garanties d’un avenir riche de destinées, celui qui renferme le plus de germes de gloire et de puissance. C’est le plus beau port de la terre, situé dans un pays qui produit tout ce que réclament les besoins physiques de l’homme, tout ce que l’État peut demander à la nature, comme condition de sa prospérité. Cette ville renferme une population à laquelle il ne manque aucune des qualités intellectuelles ou physiques qui sont nécessaire pour jouir des dons d’une nature si prodigue de ses biens. Que l’on compare l’aspect actuel de Rio-Janeiro avec celui qu’elle à ceux qui la découvrirent les premiers, et l’on se convaincra que sur aucun point de l’Amérique la colonisation n’a opéré d’aussi grands changemens : à la place d’épaisses forêts primitives, et de quelques cabanes habitées par des sauvages nus, on voit aujourd’hui une cité impériale populeuse, animée de toute l’activité du commerce du monde, imposante de toute la splendeur qu’elle reçoit des cérémonies du culte catholique et de ses édifices, et brillante de tout l’éclat des cours de l’Europe. Lors même que quelques villes de l’Amérique espagnole, telle que Mexico, pourraient lui être comparées pour la population et l’étendue, il ne faudrait pas oublier que là les conquérans européens ont trouvé déjà les créations d’une antique civilisation, qu’ils y ont beaucoup plus détruit qu’édifié, et qu’enfin le Mexique n’est plus qu’une ombre de ce qu’il fut sous Montézuma. D’ailleurs nulle de ces villes ne peut être comparée à Rio-Janeiro sous le rapport du commerce, et elles manquent de cet éclat qu’une cité ne peut recevoir que de la présence d’un prince, et qui, abstraction faite de ses conséquence politiques, influe considérablement sur la manière dont un pays se présente aux yeux de l’artiste.

À ne considérer la baie de Rio-Janeiro que sur la carte, on concevra difficilement que les premiers conquérans du pays n’aient pas, de préférence, choisi ce point pour leur établissement ; et cependant ce ne fut que par un peuple étranger que les Portugais furent avertis de l’importance de cette position. Martin Affouad de Souza, qui, en 1531, découvrit le premier la baie voisine de Rio et qui la nomma, l’avait quittée pour aller au sud fonder un établissement sur la côte de Saint-Vincent, et les premiers Européens qui s’établirent dans la baie de Rio furent des protestans français : sous la conduite de Villegagnon, ils vinrent, en 1555, y chercher un asile contre les persécutions et les troubles auxquels leur religion était en proie dans leur patrie. Les chefs les plus puissans des huguenots français, et notamment l’amiral Coligny, étaient ; ceux qui favorisaient l’entreprise néanmoins, dans le principe, la réussite paraissait fort douteuse. Il s’éleva des discordes entre les colons eux-mêmes, et Villegagnon, leur chef, retourna en France ; il alla cacher sa douleur et sa honte dans le château de ses ancêtres, au lieu d’amener, ainsi qu’il l’avait promis, de nouveau secours à ses compagnons. Ceux-ci le flétrirent du sobriquet de Caïn américain. Le nom de la petite île où il fonda son établissement est le seul monument qui conserve le souvenir de ce premier fondateur de Rio-Janeiro. Après le départ de Villegagnon, la colonie française commença à prospérer : ce qui y contribua beaucoup, ce fut surtout la conduite amicale que les Français surent tenir à l’égard des habitans primitifs de cette portion de la côte, les Tupinaes. L’état florissant de cet établissement ne pouvait manquer d’exciter bientôt l’attention des Portugais, et en 1560, principalement sur le rapport des jésuites, qui mirent l’importance de cette affaire dans tout son jour, il fut décidé que l’on expulserait les Français. Toutefois cela ne réussît qu’en partie : l’île de Villegagnon fut prise, à la vérité ; mais la plupart des colons trouvèrent sur la côte un refuge assuré chez leurs amis, les Tupinaes. Ce ne fut qu’en 1564 qu’Eustacio de Sá et Salvador Coma de Sá parvinrent à expulser entièrement les Français, et ce dernier fonda la capitale du Brésil à l’endroit où elle est maintenant, et la nomma San-Sebastiao de Rio de Janeiro.

Si l’on réfléchit aux conséquences qu’aurait pu avoir pour deux parties du monde la formation dans ces contrées du Brésil d’une colonie française protestante, l’on s’étonnera de l’indifférence avec laquelle les chefs du protestantisme en France ont abandonné cette entreprise à sa destinée : cependant ils avaient parmi eux des hommes tels que Sully et Coligny. C’est une preuve de plus pour établir combien il est rare que les semences des événemens futurs soient répandues avec connaissance de cause et réflexion.

Les Portugais ayant une fois pris pied dans la baie de Rio-Janeiro, cette colonie devint en peu de temps l’une des plus importantes de la côte du Brésil ; elle fut la capitale, d’abord de la partie méridionale, et plus tard de tout le pays. Toutefois, et dans les circonstances ordinaires, les progrès successifs d’une ville de commerce offrent peu de points saillans à l’historien ; la capitale actuelle du Brésil est aussi fort pauvre en souvenirs historiques, souvenirs que d’ailleurs un ouvrage comme le nôtre ne pourrait pas négliger, car personne ne contestera leur effet quant à l’impression que produit l’aspect d’un pays sur l’observateur ? Sous ce rapport, Rio-Janeiro est même encore plus mal partagée que beaucoup d’autres villes du Brésil, que Fernambouc par exemple : cette dernière, du moins, peut rappeler des noms et des faits qui appartiennent à l’époque des guerres soutenues contre les Hollandais pour la liberté, et qui peuvent être cités à côté des plus éclatans de tous les temps et de toutes les nations.

Le seul qui mérite une mention dans la première histoire de Rio-Janeiro, c’est l’expédition du héros de la marine française, Dugay Trouin. Sa facile réussite eut du moins ce résultat avantageux pour la ville, que par de nouvelles fortifications on prévint le retour de pareils malheurs. Du reste, cette expédition ne fut nullement la conséquence d’un plan réfléchi de la part du gouvernement français ; il ne s’agissait pas de renouveler ses tentatives de colonisation dans le Brésil. Le but n’était autre que le pillage et la vengeance d’un outrage reçu antérieurement : en attaquant, dans la baie, quelques navires portugais, le capitaine d’un vaisseau français avait été pris : au mépris de la capitulation, on l’avait tué avec la plupart des siens. Tant pour venger cette violation du droit des gens que pour accomplir une entreprise dont cette première tentative, quoiqu’elle eût été manquée, prouvait la facilité, Dugay Trouin se montra le 11 Septembre 1711 devant la baie ; il réduisit bientôt au silence les batteries du petit fort qui alors en défendait l’entrée ; il pénétra dans la baie, et s’empara de l’Ilha das Cobras, qui est en face de la ville à très-peu de distance. De là il somma le gouverneur Francisco de Castro de capituler ; mais celui-ci mit dans sa réponse plus de courage qu’il n’en montra dans les effets. Dugay Trouin fit pendant la nuit et par une horrible tempête un feu continuel, et ses troupes débarquèrent. Après une résistance assez vive, les habitans évacuèrent la ville et s’enfuirent dans les forêts qui l’entourent, tandis que le gouverneur prit avec la garnison une position forte dans le voisinage. Sur ces entrefaites, les Français occupèrent et pillèrent la ville ; puis, non loin de là, ils livrèrent à la garnison un petit combat qui tourna à leur avantage, il fallut que le gouverneur consentit à achetée leur retraite par le paiement d’une contribution de 1 525 000 francs, somme qui fut réalisée dans la quinzaine. On permit ensuite aux riches habitans de Rio de racheter leurs maisons et leurs marchandises, et après un séjour de près de quatre semaines, Dugay Trouin quitta la baie avec un butin dont la valeur a été évaluée à vingt-sept millions de francs. Bientôt après, à la vérité, plusieurs de ses vaisseaux périrent dans une tempête ; mais le bénéfice de l’entreprise n’en fut pas moins de quatre-vingt-quinze pour cent pour tous les intéressés. Rio-Janeiro se releva promptement du désastre quelle avait éprouvé dans cette occasion, et le dix-huitième siècle s’écoula sans qu’il y eût dans l’état civil ou commercial de cette colonie, non plus que du Brésil en général, un changement notable. Les circonstances qui, au commencement du dix-neuvième siècle, contraignirent la maison de Bragance à chercher dans le Nouveau-Monde un refuge contre les armes d’un conquérant favorisé par la victoire, et peut-être contre la dangereuse protection d’un allié trop puissant, furent d’autant plus importans pour le Brésil, et particulièrement pour Rio-Janeiro. C’est en 1808, à proprement parler, que commence l’histoire du Brésil et de Rio-Janeiro ; et si depuis lors il n’y eut point de grands événemens, de victoires ou de défaites sanglantes, capables d’attirer sur ce pays l’attention des observateurs superficiels, du moins les changemens qui depuis cette époque ont eu lieu dans l’état intellectuel et matériel de cette ancienne colonie, et principalement dans celui de la capitale, sont de la plus haute importance. Les derniers faits, ceux qui ont eu pour résultat la séparation du Brésil d’avec le Portugal, ont moins influé sur l’état intérieur de cette colonie que sur la politique générale. En effet, c’est à peine si l’on peut considérer ce que l’on appelle l’émancipation du Brésil comme un changement dans l’état du pays ; car elle n’a eu pour but que la conservation et la sanction légale d’un ordre de choses qui existe de fait depuis bien des années. La maison de Bragance ayant, en 1808, établi son trône à Rio-Janeiro, le Brésil cessa d’être une colonie du Portugal, et tandis que ce dernier tombait dans une entière nullité, il prit place parmi les États indépendans. Les mouvemens de 1821 devaient tirer la métropole de cette triste situation, puisqu’ils déterminèrent le roi à retourner dans son ancienne capitale ; mais on conçoit difficilement comment les auteurs de ces mouvemens purent se bercer de la folle idée que le Brésil suivrait cette impulsion donnée à la mère-patrie par un parti peu nombreux ; comment ils purent croire que ce pays voudrait ou pourrait redescendre à l’état de colonie. La marche des circonstances rendait ce pas rétrograde impossible, et le sort avait placé la conduite des affaires dans les mains d’un jeune prince qui, libre de toute considération minutieuse, a su juger sa position d’un coup d’œil et se mettre à la tête des événemens. Sous la direction de Don Pedro, cette contrée continua sa marche sur la route commencée, et ne suivit point l’impulsion que la métropole essaya de lui donner, en sorte que l’on peut dire avec beaucoup plus de raison que le Portugal s’est démembré du Brésil, qu’on ne le dirait du Brésil à l’égard du Portugal. Du reste, cette révolution apparaît beaucoup trop comme l’inévitable conséquence de rapports antérieurs et de forces préexistantes, pour qu’elle puisse être le moins du monde qualifiée de surprenante ou d’inattendue, et la seule chose remarquable, c’est peut-être le bonheur avec lequel la politique européenne a su, dans cette occurrence, résoudre le problème de concilier la marche invincible des faits avec des prétentions qui résultaient de droits reconnus et de principes proclamés.

Il suffit de comparer le nombre des habitans de Rio-Janeiro en 1808 avec celui d’à présent, pour comprendre de quelle influence a été sur la ville l’arrivée de la cour de Portugal. En 1808, Rio avait tout au plus 50 000 habitans, et le nombre des blancs était sans aucune comparaison de beaucoup au-dessous de celui des noirs. Maintenant la population est de 110 000 âmes, et la disproportion entre les noirs et les blancs est beaucoup moindre : car depuis lors il s’est établi plus de 24 000 Portugais dans cette ville, sans compter une grande multitude d’étrangers, et surtout d’Anglais et de Français, qui y ont été attirés depuis que les ports du Brésil sont ouverts aux pavillons des autres nations. Depuis l’arrivée de Jean VI à Rio, le gouvernement portugais a fait plusieurs louables essais pour introduire au Brésil, outre ses institutions civiles, les établissemens d’instruction publique de la métropole. Nous ne déciderons point si l’importation de l’administration portugaise avec tous ses défauts sera un bienfait pour ce pays et si tôt ou tard il n’en faudra pas faire une réforme totale ; mais ce qu’il y a de certain, c’est que les différens établissemens d’éducation publique, qui la plupart ont été créés à Rio avec beaucoup de peine et de frais, sont bien loin de répondre à leur destination et au but que se proposaient leurs fondateurs. On y a eu peu ou point d’égard à l’instruction primaire des basses et des moyennes classes de la société, et ceux qui dans les classes élevées éprouvaient le besoin d’une instruction plus étendue, n’y ont pas trouvé, pour cela, plus de ressources ; ils n’en furent pas moins obligés de les chercher à Coïmbre, ou même en Angleterre et en France.

Au surplus, il est hors de doute que dans l’état actuel du Brésil la création d’une université proprement dite ne soit absolument nécessaire. Il faut espérer que l’accomplissement de ce projet délivrera les voyageurs futurs de l’embarras de nommer les établissemens existans, tels que l’académie des beaux-arts, l’académie militaire, la bibliothèque des Carmes, etc., sans avoir un mot d’éloge à leur donner. L’aula de chirurgia, où l’on forme des chirurgiens secondaires, et l’aula do comercio, où l’on donne à de jeunes négocians les connaissances dont ils ont besoin, sont sans contredit beaucoup plus utiles. Le seul établissement classique est le lycée, où le grec, le latin et la rhétorique sont plutôt enseignés qu’appris.

Ce que nous avons dit fera juger que les progrès de la civilisation à Rio-Janeiro pendant les dix-huit ans qui viennent de s’écouler sont surtout la conséquence des nombreuses relations d’affaires avec les nations européennes. Cette civilisation porte un caractère étranger et se montre dans la vie sociale, dans les variations et l’accroissement du luxe et des besoins, enfin, chez les classes élevées, dans le désir toujours croissant d’une culture plus étendue des facultés intellectuelles ; elle paraît beaucoup plus dans toutes ces choses, qu’elle ne se manifeste par l’existence de connaissances approfondies ou par leur application aux différentes branches des arts, des métiers, des manufactures, de l’agriculture, etc. On est encore fort reculé à Rio pour toutes ces choses ; aussi le commerce de la ville ne consiste-t-il en général qu’en exportation de produits bruts, tandis qu’on fait venir d’Europe presque tous les produits des arts. Du reste, il n’est pas douteux que les efforts que le gouvernement fait pour introduire dans le pays même quelques-unes des manufactures les plus importantes pour l’État, par exemple, celles qu’exige le service de la guerre et de la marine, ne soient enfin couronnés du succès qu’on en attend. Il faut dire à la louange de la génération qui s’élève dans le Brésil, quelle est douée d’un zèle sans bornes pour atteindre à des connaissances dont elle sent si bien le défaut, et que les progrès que font dans toutes les branches de la science les jeunes Brésiliens qui sont à Paris et à Londres, promettent à leur patrie d’importans services pour l’avenir.

Le ton de la haute société est surtout d’imiter les mœurs anglaises ; mais celles-ci sont beaucoup trop opposées à la vivacité des habitans et même au climat, pour qu’un pareil mélange ne produise pas sur l’étranger impartial une impression désagréable : il ne peut manquer d’être choqué de retrouver au milieu d’une nation si grande et si originale toutes les petitesses, les folies et les entraves de la bonne compagnie européenne, et surtout de la société anglaise : par exemple, devoir des promeneurs qui parcourent le passeio publico, vêtus à la dernière mode de Paris ou de Londres, et qui n’offrent à l’artiste aucun aspect agréable. Les ecclésiastiques, et surtout ceux qui appartiennent à un ordre monastique, occupent dans toutes les sociétés une place distinguée, et en général ils la méritent, tant par leur conduite que par leurs connaissances, qui sont, comparativement, beaucoup plus grandes que celles des autres.

Au Brésil, comme dans la métropole, la littérature française du siècle dernier a exercé une grande influence sur l’éducation des hautes classes, et maintenant encore c’est la seule littérature étrangère qui soit quelque peu connue des Brésiliens et des Portugais, tant par des traductions que par les ouvrages originaux. Cela est d’autant plus singulier, que le nombre des Anglais établis à Rio est bien plus considérable que celui des Français, et que le commerce a répandu la connaissance de l’anglais beaucoup plus que celle du français, enfin, que les mœurs anglaises trouvent bien plus d’imitateurs que les mœurs françaises. Ce n’est point ici le lieu d’examiner quelle influence les derniers changemens produiront sur les institutions civiles et sur la marche de la civilisation au Brésil, et jusqu’à quel point des événements futurs peuvent la déranger ou lui donner une autre direction. Si d’une part, les habitudes sociales des classes élevées à Rio ne fournissent pas au peintre plus de traits à saisir ou à représenter que dans la plupart des grandes villes de l’Europe (bien que sous d’autres rapports il reconnaisse leurs avantages), de l’autre, il en est richement dédommagé par la bruyante variété qui règne dans les classes inférieures. On retrouve ici la race africaine avec ses dégénérations ; elle y est toujours plus remarquable, tant par la teinte prononcée et par le nombre de ses individus, que par son amour pour les couleurs mêlées, par les cris au moyen desquels les Nègres s’excitent au travail, enfin, par les bruyantes expressions de leur joie. On en est d’autant plus frappé du caractère sombre des Indiens qui prennent une place dans ce tableau, soit comme bateliers, soit comme pêcheurs, soit comme muletiers. Du reste, on voit à Rio très-peu de véritables Indiens sauvages, et leur apparition excite vivement l’attention, même celle des habitans. La place la plus vivante c’est Largo do paço, devant le palais impérial, au lieu du débarquement : là se rassemblent, et surtout le soir, des hommes de toutes les conditions, de toutes les nations et de toutes les couleurs. D’une part les travaux du chargement et du déchargement des vaisseaux, de l’autre le palais impérial avec son appareil militaire, contribuent beaucoup à animer le tableau. Il est un usage choquant, qui paraît tout aussi contraire aux idées d’un prince éclairé qu’il l’est au degré de liberté civile auquel prétendent ses sujets, c’est que chaque fois que l’empereur passe en voiture, ceux qui le rencontrent descendent de la leur, tandis que le peuple se met à genoux. C’est un trait caractéristique des mœurs publiques chez les habitans de Rio-Janeiro, que le grand nombre de fêtes d’église et de processions, et la joie bruyante avec laquelle on les célèbre ; particulièrement parmi les classes inférieures du peuple et dans les quartiers de Mata-porcos, de Gamboa et de Vallongo, où elles sont accompagnées de feux d’artifices, de musique et de danses.

Les habitans de Rio font en général preuve de beaucoup de tempérance dans leur manière de vivre, ceux de la classe moyenne ou aisée sont aussi ceux qui se distinguent le plus par cette qualité. Leur nourriture est simple et se compose principalement de fruits, d’autres végétaux et de fromage. Ils sont très-sobres de boissons spiritueuses. Ceci est moins applicable aux classes inférieures, pour lesquelles, il est vrai, les vins forts et l’eau-de-vie de canne à sucre sont nécessaires jusqu’à un certain point, car autrement les alimens lourds dont se compose leur principale nourriture, le manioc, le maïs, les fèves et les viandes sèches et salées, leur seraient nuisibles. Il est rare de trouver des ivrognes, même parmi les Brésiliens de la plus basse condition ; ces excès sont plus fréquens de la part des Nègres et des Indiens[1]. Ce qui prouve le mieux que les habitans de Rio ont adopté un genre de vie convenable à leur climat, c’est l’excellence de l’état sanitaire. Les maladies endémiques et épidémiques y sont tout-à-fait inconnues, ce qui est d’autant plus étonnant que dans le voisinage de la ville les marécages du Saco-do-Alfarez occupent une grande étendue de terrain et qu’en général on a peu de soin de la propreté des rues, à tel point qu’aux endroits les plus fréquentés on laisse parfois pendant des journées entières des chiens, des chats ou même des mulets crevés.


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BRAÏA DOS MINEROS
à Rio-Janeiro.


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VUE PRISE DEVANT L’ÉGLISE DE SAN-BENDO
à Rio Janeiro.


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SAN CHRISTOVAO.


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LAGOA DAS TRETAS.

  1. Nous dirons une fois pour toutes que par Brésiliens nous entendons les blancs nés au Brésil ou les habitans qui se rapprochent de la couleur blanche.