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Traduction par Ed. Barbier.
C. Reinwald (p. 361-398).
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CHAPITRE XVI


Voyage sur la côte jusqu’à Coquimbo. — Fardeaux portés par les mineurs. — Coquimbo. — Tremblement de terre. — Terrasse en forme d’escaliers. — Absence de dépôts récents. — Contemporanéité des formations tertiaires. — Excursion dans la vallée. — Voyage à Guasco. — Déserts. — Vallée de Copiapó. — Pluies et tremblements de terre. — Hydrophobie. — Le Despoblado. — Ruines indiennes. — Changement climatériqne probable. — Lit d’un fleuve recouvert par une voûte par suite d’un tremblement de terre. — Tempête de vent froid. — Bruits provenant d’une colline. — Iquique. — Alluvium salin. — Nitrate de soude. — Lima. — Pays malsain. — Ruines de Callao renversé par un tremblement de terre. — Affaissement récent. — Coquillages situés sur le San Lorenzo ; leur décomposition. — Plaine où se trouvent enfouis des coquillages et des fragments de poteries. — Antiquité de la race indienne.

Chili septentrional et Pérou.


27 avril 1835. — Je pars pour Coquimbo ; de là j’ai l’intention d’aller visiter Guasco, puis de me rendre à Copiapó, où le capitaine Fitz-Roy a bien voulu m’offrir de venir me reprendre. La distance, en allant en droite ligne le long de la côte, n’est que de 420 milles (673 kilomètres) ; mais les nombreux détours que je me propose de faire doivent rendre le voyage beaucoup plus long. J’achète quatre chevaux et deux mules, ces dernières pour porter tour à tour les bagages. Ces six animaux ne me coûtent au total que 623 francs et arrivé à Copiapó je les ai revendus 373 francs. Nous voyageons de façon aussi indépendante que dans mes précédentes excursions, nous faisons notre cuisine et nous couchons en plein air. En me dirigeant vers le Vino-del-Mar, je jette un dernier coup d’œil sur Valparaiso et j’admire pour la dernière fois son aspect pittoresque. Quelques études géologiques me font quitter la grande route pour aller jusqu’au pied de la Cloche de Quillota. Nous traversons une région formée d’alluvions riches en minerais d’or, et nous arrivons à Limache où nous couchons. Les habitants de nombreuses huttes éparpillées sur les bords de tous les ruisseaux, se procurent les moyens d’existence, en lavant les terres pour trouver de l’or ; mais comme tous ceux dont les gains sont incertains ils sont dépensiers et par conséquent fort pauvres.

28 avril. — Nous arrivons dans l’après-midi à un cottage situé au pied de la montagne de la Cloche. Les habitants sont propriétaires du sol, ce qui est assez rare au Chili. Ils n’ont, pour tout moyen d’existence, que les produits d’un jardin et d’un petit champ, et sont fort pauvres. Le capital est si rare dans ce pays, que les cultivateurs sont obligés de vendre leur blé sur pied, encore vert, afin d’acheter ce qui leur est nécessaire ; il en résulte que le blé est plus cher dans la région même de sa production, qu’à Valparaiso, où habitent les négociants. Le lendemain, nous regagnons la grande route de Coquimbo. Dans la soirée il tombe une petite averse ; c’est la première goutte de pluie que je vois depuis le 11 et le 12 septembre de l’année précédente, alors que de fortes pluies m’avaient retenu prisonnier pendant deux jours aux bains de Canquenes. Il s’était écoulé sept mois et demi ; il est juste d’ajouter que les pluies viennent plus tard cette année qu’à l’ordinaire. Les Andes, absolument couvertes à présent d’une épaisse couche de neige, forment un admirable fond de tableau.

2 mai. — La route continue à suivre la côte à peu de distance de la mer. Les quelques arbres, les quelques buissons que l’on rencontre dans le Chili central disparaissent rapidement ; une plante fort grande, et qui ressemble quelque peu au yucca, semble les remplacer. La surface du sol est singulièrement irrégulière, si je puis m’exprimer ainsi, mais sur une fort petite échelle ; de petites pointes de rochers s’élèvent abruptement dans de petites plaines. La côte, si profondément découpée, et le fond de la mer voisine, parsemé de brisants, offriraient, convertis en terre sèche, des formes absolument analogues ; c’est là une transformation qui s’est certainement accomplie dans la région que nous parcourons aujourd’hui.

3 mai. — De Quilimari à Conchalee, le pays devient de plus en plus stérile ; c’est à peine si, dans les vallées, il y a assez d’eau pour faire quelques irrigations ; les plateaux intermédiaires sont absolument nus, une chèvre n’y trouverait pas à se nourrir. Au printemps, après les pluies de l’hiver, une couche d’herbe pousse rapidement, et on fait alors descendre, pendant quelque temps, les bestiaux de la Cordillère pour brouter cette herbe. Il est curieux de voir comment les graines de l’herbe et des autres plantes semblent s’habituer à la quantité de pluie qui tombe sur les différentes parties de cette côte. Une ondée au nord de Capiapó produit autant d’effet sur la végétation que deux ondées à Guasco et que trois ou quatre dans le district que nous traversons. Un hiver assez sec pour endommager considérablement les pâturages de Valparaiso, produirait à Guasco l’abondance la plus extraordinaire. La quantité de pluie ne semble d’ailleurs pas diminuer strictement, en proportion de la latitude, à mesure que l’on avance vers le nord. À Conchalee, situé seulement à 67 milles au nord de Valparaiso, on n’attend guère les pluies que vers la fin de mai, alors qu’à Valparaiso il pleut ordinairement au commencement d’avril. La quantité annuelle est d’autant plus petite que les pluies commencent plus tardivement.

4 mai. — La route de la côte n’offrant aucun intérêt, nous nous dirigeons dans l’intérieur des terres, vers la vallée et la région minière d’Illapel. Cette vallée, comme toutes celles du Chili, est plate, large et très-fertile ; elle est bordée de chaque côté, soit par des dunes de débris stratifiés, soit par des montagnes rocheuses. Au-dessous de la ligne du premier fossé d’irrigation, tout est brun et sec comme sur une grande route ; au-dessus tout est d’un vert aussi brillant que le vert de gris, à cause des champs entiers d’alfarfa, une espèce de trèfle. Nous nous rendons à Los-Hornos, autre district minier, où la colline principale est percée d’autant de trous qu’un nid de fourmis. Les mineurs chiliens ont des habitudes toutes particulières. Vivant pendant des semaines entières dans les endroits les plus sauvages, il n’y a pas d’excès ou d’extravagances qu’ils ne commettent quand ils descendent dans les villages aux jours de fête. Ils ont souvent gagné une somme considérable et alors, comme le font les marins avec leur part de prise, ils semblent s’ingénier à la gaspiller. Ils boivent à l’excès, achètent des quantités de vêtements et, au bout de quelques jours, reviennent sans un sou dans leurs misérables huttes, pour y travailler plus rudement que des bêtes de somme. Cette insouciance, aussi considérable que celle des marins, provient évidemment d’un genre de vie à peu près analogue. On leur fournit leurs aliments de chaque jour, aussi n’ont-ils aucune prévoyance ; en outre, on place en même temps en leur pouvoir et la tentation et les moyens d’y céder. Au contraire, dans la Cornouailles et dans quelques autres parties de l’Angleterre, où l’on a adopté le système de leur vendre une partie de la veine, les mineurs, obligés d’agir et de réfléchir, sont des hommes fort intelligents et dont la conduite est excellente.

Le mineur chilien a un costume singulier et presque pittoresque. Il porte une longue chemise de serge foncée et un tablier de cuir, le tout attaché par une ceinture aux couleurs voyantes, et un pantalon large ; il se couvre la tête d’une petite casquette de drap écarlate. Nous rencontrons une troupe de ces mineurs en grand costume ; ils portent au cimetière le cadavre de l’un de leurs camarades. Quatre hommes portent le corps en trottant très-rapidement ; dès qu’ils ont fait environ 200 mètres, quatre autres, qui les avaient précédés à cheval, viennent les remplacer. Ils vont ainsi s’encourageant les uns les autres en poussant des cris sauvages ; ce sont en résumé des funérailles fort étranges.

Nous continuons notre voyage ; nous nous dirigeons toujours vers le nord mais en faisant bien des détours ; quelquefois je m’arrête un jour ou deux pour étudier la géologie du pays. Cette région est si peu habitée, les routes ou plutôt les sentiers sont si peu fréquentés et par conséquent si peu tracés, que nous avons souvent beaucoup de difficulté à trouver notre chemin. Le 12, je m’arrête pour examiner des mines. Le minerai qu’on exploite en cet endroit n’est pas fort riche, me dit-on ; on espère cependant vendre la mine de 30 à 40 000 dollars (de 150 000 à 200 000 francs) parce qu’on le trouve en quantités considérables ; cette mine appartient à une compagnie anglaise qui, dans le principe, l’a achetée pour la modique somme d’une once d’or (80 francs). Le minerai consiste en pyrites jaunes ; or, comme je l’ai déjà fait remarquer, les Chiliens, avant la venue des Anglais, pensaient que ces pyrites ne contenaient pas un atome de cuivre. Les compagnies minières ont acheté, à peu près dans les mêmes conditions de bon marché, de véritables montagnes de cendres pleines de globules de cuivre métallique, et cependant, comme chacun le sait, presque toutes ont réussi à perdre des sommes considérables. Il faut dire, il est vrai, que les directeurs et les actionnaires de ces compagnies se livraient aux dépenses les plus folles ; dans quelques cas on consacrait 25 000 francs par an aux fêtes à donner aux autorités chiliennes ; — on expédiait des bibliothèques entières d’ouvrages sur la géologie richement reliés ; — on faisait venir à grands frais des mineurs accoutumés à un métal particulier, l’étain, par exemple, qui ne se trouve pas au Chili ; — on s’engageait à fournir du lait aux mineurs dans des régions où il n’y a pas une seule vache ; — on construisait des machines là où il est impossible de s’en servir ; — on faisait mille autres dépenses absurdes semblables, tant et si bien que les indigènes se moquent encore de nous aujourd’hui. Or, il n’y a pas à douter que si l’on avait employé utilement ce capital si follement dépensé, on aurait gagné des sommes énormes ; un homme expérimenté, en qui on pût avoir toute confiance, un contre-maître habile et un chimiste, voilà tout ce qu’il fallait.

Le capitaine Head a parlé des charges énormes que les apires, véritables bêtes de somme, remontent du fond des mines les plus profondes. J’avoue que je croyais son récit fort exagéré ; je saisis donc l’occasion de peser une de ces charges que je choisis au hasard. C’est à peine si je parvins à la soulever de terre, et cependant on la regarda comme fort minime quand on s’aperçut qu’elle ne pesait que 197 livres (89 kilogrammes). L’apire avait transporté ce fardeau à une hauteur perpendiculaire de 80 mètres, d’abord en suivant un passage fort incliné, mais la plus grande partie de la hauteur en grimpant sur des entailles faites dans des poutres placées en zigzag dans le puits de la mine. D’après les règlements, l’apire ne doit pas s’arrêter pour reprendre haleine, à moins que la mine n’ait 600 pieds de profondeur. Chaque charge pèse en moyenne un peu plus de 200 livres (90 kilogrammes), et on m’a assuré qu’on avait quelquefois remonté des mines les plus profondes des charges de 300 livres (126 kilogrammes). Au moment de ma visite chaque apire remontait douze charges semblables par jour ; c’est-à-dire que, dans le courant de la journée, il portait 1 087 kilogrammes à une hauteur de 80 mètres ; et encore pendant les intervalles on les occupait à extraire le minerai.

Tant qu’il ne leur arrive pas quelque accident ces hommes semblent jouir d’une parfaite santé. Leur corps n’est pas très-musculeux. Ils mangent rarement de la viande, une fois par semaine, jamais plus souvent, et cette viande c’est du charqui dur comme de la pierre. Je savais que c’était là un travail tout volontaire, et cependant je me sentais révolté quand je voyais en quel état ils arrivaient au sommet du puits : le corps ployé en deux, les bras appuyés sur les entailles, les jambes arquées, tous leurs muscles tendus, la sueur coulant en ruisseaux de leur front sur leur poitrine, les narines dilatées, les coins de la bouche retirés en arrière, la respiration haletante. Chaque fois qu’ils respirent on entend une sorte de cri articulé « aye, aye » se terminant par un sifflement sortant du plus profond de leur poitrine. Après avoir été en vacillant jusqu’à l’endroit où on empilait le minerai, ils vidaient leur carpacho ; au bout de deux ou trois secondes leur respiration était redevenue égale, ils s’essuyaient le front et redescendaient vivement dans la mine sans paraître autrement fatigués. C’est là, selon moi, un remarquable exemple de la quantité de travail que l’habitude, car ce ne peut être autre chose, peut amener un homme à accomplir.

Causant, dans la soirée, avec le mayor-domo de ces mines du grand nombre d’étrangers qui habitent aujourd’hui toutes les parties du pays, il me raconta que, alors qu’il était gamin et au collège à Coquimbo, ce qui n’était pas bien ancien, car il était tout jeune encore, on leur avait donné congé pour voir le capitaine d’un vaisseau anglais qui était venu parler au gouverneur de la ville. Rien au monde, ajoutait-il, n’aurait décidé ni lui ni ses camarades à s’approcher de l’Anglais, tant on leur avait inculqué l’idée que le contact avec un hérétique devait leur causer une foule de malheurs. Aujourd’hui encore (1835) on entend raconter de toutes parts les méfaits des boucaniers, et surtout ceux d’un homme qui avait enlevé une statue de la vierge Marie, puis qui était revenu l’année suivante prendre celle de saint Joseph, en disant qu’il ne convenait pas que la femme restât séparée de son mari. J’ai dîné à Coquimbo avec une vieille dame qui s’étonnait d’avoir vécu assez longtemps pour se trouver à la même table qu’un Anglais, car elle se rappelait parfaitement que, par deux fois, étant jeune fille, au seul cri de los Ingleses, tous les habitants s’étaient sauvés dans la montagne, en emportant ce qu’ils avaient de plus précieux.

14 mai. — Nous arrivons à Coquimbo, où nous séjournons quelques jours. La ville n’a rien de remarquable, sauf peut-être son extrême tranquillité ; elle contient, dit-on, de 6 000 à 8 000 habitants. Le 17, dans la matinée, il tombe une légère averse qui dure environ cinq heures ; c’est la première fois qu’il pleut cette année. Les fermiers qui cultivent du blé près de la côte, où le terrain est un peu plus humide, profitent de cette ondée pour labourer leurs terres ; ils les ensemenceront après une seconde averse et si, par bonheur, il en tombe une troisième, ils feront une excellente récolte au printemps. Rien d’intéressant comme d’observer l’effet produit par ces quelques gouttes d’eau. Douze heures après il n’y paraissait plus, le sol semblait aussi sec qu’auparavant ; et cependant, dix jours plus tard, on voyait comme une teinte verte sur toutes les collines ; l’herbe sortait çà et là en fibres aussi, fines que des cheveux et ayant un bon pouce de longueur. Avant la pluie toute la surface du pays était absolument dépourvue de végétation.

Dans la soirée, pendant que le capitaine Fitz-Roy et moi nous dînions chez M. Edwards, un Anglais dont tous ceux qui ont visité Coquimbo se rappellent l’hospitalité, la terre se met tout à coup à trembler violemment. J’entends le bruit souterrain qui précède le choc ; mais les cris des dames, l’effarement des domestiques, la fuite précipitée de plusieurs personnes vers la porte, m’empêchent de distinguer la direction de la secousse. Les dames continuent pendant longtemps à crier de terreur ; un des convives dit qu’il ne pourra pas fermer l’œil de la nuit, ou qu’il aura des cauchemars affreux. Le père de cet homme venait de perdre tout ce qu’il possédait dans le tremblement de terre de Talcahuano ; lui-même avait manqué d’être tué par l’écroulement du toit de sa maison à Valparaiso, en 1822. Il raconte à ce sujet l’anecdote suivante : il était en train de jouer aux cartes, quand un Allemand, un de ses hôtes, se lève et dit qu’il ne consentira jamais, dans ces pays, à rester dans une chambre avec la porte fermée, parce qu’il avait manqué d’être tué à Copiapó à cause de cette circonstance. Il se dirige donc vers la porte pour l’ouvrir ; à peine était-elle ouverte, qu’il s’écrie : « Un tremblement de terre ! » c’était le fameux choc qui commençait. Toute la société parvint à s’échapper. Ce n’est pas le temps matériel nécessaire pour ouvrir une porte qui peut faire courir un danger pendant un tremblement de terre, mais on a à redouter que les mouvements des murs n’empêchent de l’ouvrir.

Il est impossible de ne pas ressentir quelque surprise quand on voit la peur que font les tremblements de terre aux indigènes et aux étrangers qui habitent le pays depuis longtemps, bien que beaucoup d’entre eux aient un grand sang-froid. Je crois que l’on peut attribuer cet excès de frayeur à une raison fort simple, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas honteux d’avoir peur. Les indigènes vont même plus loin : ils n’aiment pas à ce que l’on semble indifférent. On m’a raconté que, pendant une secousse assez violente, deux Anglais, couchés par terre en plein air, sachant qu’ils ne couraient aucun danger, ne se relevèrent pas ; les indigènes, pleins d’indignation, se mirent à crier : « Voyez ces hérétiques, ils ne quittent même pas leur lit ! »

Je consacre quelques jours à l’étude des terrasses de galets, terrasses affectant la forme de degrés, remarquées d’abord par le capitaine B. Hall, et qui, selon M. Lyell, ont été formées par la mer pendant l’élévation successive du sol. C’est là, certainement, l’explication vraie de cette singulière formation ; j’ai trouvé, en effet, sur ces terrasses de nombreux coquillages appartenant à des espèces actuellement existantes. Cinq terrasses étroites, doucement inclinées, s’élèvent l’une derrière l’autre ; elles sont formées de galets là où elles sont le mieux développées ; elles font face à la baie et s’élèvent des deux côtés de la vallée. À Guasco, au nord de Coquimbo, le même phénomène se répète, mais sur une échelle beaucoup plus considérable, de façon même à étonner quelques-uns des habitants. Là, les terrasses sont beaucoup plus considérables, et on pourrait leur donner le nom de plaines ; dans quelques endroits, il y en a six, mais plus ordinairement cinq seulement, et elles s’étendent dans la vallée, jusqu’à une distance de 37 milles de la côte. Ces terrasses en degrés ressemblent absolument à celles de la vallée de Santa Cruz et aux terrasses beaucoup plus considérables qui bordent toute la côte de la Patagonie, sauf toutefois qu’elles sont beaucoup plus petites que ces dernières. Elles ont été, sans aucun doute, formées par l’action dévastatrice des eaux de la mer pendant de longs intervalles de repos dans le soulèvement graduel du continent.

Des coquillages appartenant à beaucoup d’espèces existantes non-seulement reposent à la surface des terrasses à Coquimbo, à une hauteur de 250 pieds, mais sont aussi enfouies dans un roc calcaire friable, qui, en quelques endroits, atteint une épaisseur de 20 à 30 pieds, mais qui a peu d’étendue. Ces couches modernes reposent sur d’anciennes formations tertiaires contenant des coquillages appartenant à des espèces qui toutes paraissent éteintes. Bien que j’aie examiné tant de centaines de milles des côtes du continent et sur le Pacifique et sur l’Atlantique, je n’ai trouvé des couches régulières contenant des coquillages marins appartenant à des espèces récentes qu’en cet endroit et un peu plus au nord, sur la route de Guasco. Ce fait me semble singulièrement remarquable, car l’explication que donnent ordinairement les géologues pour indiquer l’absence, dans un district, de dépôts fossilifères stratifiés d’une période donnée, c’est-à-dire que la surface existait alors à l’état de terre sèche, ne peut s’appliquer ici. Les coquillages épars à la surface ou enfouis dans du sable mou ou de la terre, nous prouvent, en effet, que les terrains qui forment les côtes sur plusieurs milliers de milles le long des deux océans ont été récemment submergés. Il faut donc chercher la vraie explication dans ce fait, que toute la partie méridionale du continent se soulève lentement depuis longtemps, et que, par conséquent, toutes les matières déposées le long de la côte dans l’eau peu profonde ont dû émerger bientôt et se trouver exposées à l’action de la vague ; or, c’est seulement dans les eaux comparativement peu profondes que le plus grand nombre des organismes marins peuvent prospérer, et il est évidemment impossible que des couches ayant une grande épaisseur puissent s’accumuler dans ces eaux. En outre, si nous voulons prouver l’immense puissance de l’action dévastatrice des vagues sur la côte, nous n’avons qu’à rappeler les grandes falaises qui se trouvent sur la côte actuelle de la Patagonie, et les escarpements, ou anciennes lignes de falaises, placés à différents niveaux qui s’élèvent les uns au-dessus des autres sur la même côte.

Les vieilles couches tertiaires qui forment la base de ces couches plus récentes, à Coquimbo, paraissent appartenir à la même période à peu près que plusieurs dépôts sur la côte du Chili — celui de Navedad est le plus important — et que la grande formation de la Patagonie. Les coquillages présents dans les couches de Navedad et de la Patagonie, coquillages dont le professeur E. Forbes a dressé une liste, ont vécu à l’endroit où ils sont aujourd’hui enfouis, ce qui constitue la preuve qu’il s’est produit un affaissement de plusieurs centaines de pieds et un soulèvement postérieur. Aucun dépôt fossilifère important de l’époque récente, pas plus que des époques intermédiaires entre celle-ci et la vieille époque tertiaire, n’existe sur aucun côté du continent ; on se demandera donc naturellement comment il se fait que des matières sédimentaires contenant des restes fossiles se soient déposées pendant cette antique époque tertiaire et se soient conservées en différents points dans un espace de 1 100 milles (1 770 kilomètres) sur les côtes du Pacifique, et 1 350 milles (2 170 kilomètres) sur les côtes de l’Atlantique, dans la direction du nord au sud et sur un espace de 700 milles (1 125 kilomètres) à travers la partie la plus large du continent, dans la direction de l’est à l’ouest. Je crois qu’il est facile de donner l’explication de ce fait et que cette explication peut s’appliquer à des faits presque analogues observés dans d’autres parties du monde. Si l’on considère l’immense force de dénudation que possède la mer, force que prouvent des faits innombrables, on conviendra qu’il est peu probable qu’un dépôt sédimentaire, au moment de son soulèvement, puisse résister à l’action des vagues de la côte de façon à se conserver en masses suffisantes pour durer un temps presque infini, à moins que, dans l’origine, ce dépôt n’ait eu une épaisseur et une étendue considérables. Or, il est impossible qu’un dépôt de sédiment épais et fort étendu se dépose sur un fond modérément profond, seul favorable au développement de la plupart des créatures vivantes, sans que ce fond s’abaisse pour recevoir les couches successives. C’est ce qui semble avoir eu lieu à peu près à la même époque dans la Patagonie méridionale et au Chili, bien que séparés par plus d’un millier de kilomètres. En conséquence, si des mouvements prolongés d’affaissement à des époques à peu près les mêmes se font ordinairement sentir sur des superficies considérables, ce que je suis très-disposé à croire depuis que j’ai étudié les récifs corallins des grands océans ; ou si, pour ne nous occuper que de l’Amérique méridionale, les mouvements d’affaissement ont eu la même étendue superficielle que ceux de soulèvement, qui, depuis la période des coquillages existants, ont amené le soulèvement des côtes du Pérou, du Chili, de la Terre de Feu, de la Patagonie et de la Plata ; il est facile de comprendre qu’à la même époque, en des points fort distants les uns des autres, les circonstances ont été favorables à la formation de dépôts fossilifères, dépôts fort étendus et fort épais, et de nature telle, par conséquent, à résister à l’action des vagues de la côte et à durer jusqu’à notre époque.

21 mai. — Je pars avec don Jose Edwards pour aller visiter les mines d’argent de Arqueros et pour remonter la vallée de Coquimbo. Après avoir traversé un pays montagneux, nous arrivons dans la soirée aux mines qui appartiennent à M. Edwards. Je passe une nuit excellente ; peut-être n’apprécierait-on pas à sa juste valeur, en Angleterre, la cause d’une si bonne nuit ; mais la voici en un mot : l’absence de puces ! Ces insectes pullulent dans les chambres de Coquimbo, mais ils ne peuvent vivre ici, bien que nous ne nous trouvions qu’à 3 000 ou 4 000 pieds d’altitude. On ne peut attribuer au léger changement de température la disparition de ces hôtes incommodes ; il doit y avoir quelque autre cause. Les mines sont aujourd’hui en fort mauvais état ; autrefois elles produisaient annuellement 2 000 livres pesant d’argent. On dit vulgairement que le propriétaire d’une mine de cuivre fait forcément fortune, qu’il a quelques chances s’il possède une mine d’argent, mais qu’il est sûr de se ruiner s’il possède une mine d’or. Ce n’est pas absolument vrai, car toutes les grandes fortunes du Chili se sont faites par l’exploitation des mines de métaux précieux. Il y a quelque temps, un médecin anglais quitta Copiapo pour retourner en Angleterre ; il avait réalisé la fortune que lui avait produite une part dans une mine d’argent, et il emportait 600 000 francs. Sans doute, une mine de cuivre offre une certitude absolue, alors que l’on peut comparer les autres à un coup de dés ou à un billet de loterie. Les propriétaires, d’ailleurs, perdent une grande quantité de minerais précieux, parce qu’ils ne prennent pas des précautions suffisantes contre le vol. J’entendis un jour une personne parier avec un de ses amis que l’un de ses ouvriers le volerait en sa présence. On brise en morceaux le minerai sorti de la mine, et on jette de côté les parties pierreuses. Deux mineurs occupés à ce travail prirent chacun une pierre, sans avoir l’air de choisir, puis crièrent en riant : « À qui de nous deux lancera sa pierre le plus loin ! » Le propriétaire, qui assistait à cette scène, paria un cigare avec son ami sur le résultat du coup. Le mineur remarqua avec soin où la pierre lancée s’était arrêtée au milieu des décombres, et le soir il la ramassa et la porta à son maître en lui disant : « Voilà la pierre qui vous a fait gagner un cigare en roulant si loin. » C’était une grosse masse de minerai d’argent.

23 mai. — Nous gagnons la fertile vallée de Coquimbo, que nous parcourons jusqu’à une hacienda qui appartient à un parent de don Jose ; nous y passons un jour. Puis je vais visiter un endroit situé à un jour de marche ; on m’avait dit que j’y trouverais des coquillages et des fèves pétrifiées ; il y a bien des coquillages, mais les fèves sont tout simplement des cailloux de quartz. Je n’ai pas, cependant, tout à fait perdu mon temps, car j’ai vu plusieurs petits villages et j’ai pu contempler les admirables cultures de cette vallée. En outre, le paysage est magnifique à tous égards ; on est tout près de la Cordillère principale, et les collines commencent à avoir une grande élévation. Dans toutes les parties du Chili septentrional, les arbres fruitiers produisent beaucoup plus dans les vallées situées près des Andes, à une altitude considérable, que dans les terrains bas. Les figues et les raisins de ce district ont une grande renommée, aussi y a-t-il des plantations considérables de figuiers et de vignes. Au nord de Quillota, c’est peut-être la vallée de Coquimbo qui est la plus productive ; elle contient, je crois, 25 000 habitants, y compris la ville de Coquimbo, où je retournai le lendemain avec don Jose.

2 juin. — Nous partons pour la vallée de Guasco en suivant la route qui longe le bord de la mer, route un peu moins déserte que celle de l’intérieur, nous a-t-on dit. Notre première étape se termine à une maison solitaire appelée Yerba Buena ; nous y trouvons des pâturages pour nos chevaux. La pluie qui est tombée il y a quinze jours et dont j’ai déjà parlé ne s’est étendue qu’à moitié route de Guasco. Nous trouvons donc, dans la première partie de notre voyage, une légère teinte verte qui disparaît bientôt ; mais, là même où la verdure est la plus brillante, c’est à peine si elle nous rappelle la verdure et les fleurs qui indiquent le printemps dans d’autres pays. Quand on traverse ces déserts, on éprouve ce que doit ressentir le prisonnier enfermé dans une sombre cour ; on aspire après un peu de verdure, on voudrait pouvoir respirer un peu d’humidité.

3 juin. — De Yerba Buena à Carizal. Pendant la première partie de la journée, nous traversons un désert montagneux très-pierreux, puis une longue plaine recouverte d’une épaisse couche de sable où on trouve un grand nombre de coquillages marins brisés. Il y a fort peu d’eau, et elle est saumâtre ; la région entière, de la côte à la Cordillère, est un désert inhabité. Je n’ai observé les traces nombreuses que d’un seul animal : les coquilles d’un Bulimus réunies en quantités extraordinaires dans les endroits les plus secs. Une humble petite plante se couvre de quelques feuilles au printemps, et les colimaçons mangent ces feuilles. Comme on ne voit ces animaux que le matin de bonne heure, alors que la rosée procure un peu d’humidité au terrain, les Guasos croient que ces animaux se nourrissent de rosée. J’ai observé, dans d’autres endroits, que les régions extrêmement sèches et stériles, avec un sol calcaire, conviennent admirablement aux coquillages terrestres. À Carizal, on trouve quelques cottages, un peu d’eau saumâtre et quelques traces de culture ; mais nous avons la plus grande difficulté à nous procurer un peu de grain et de paille pour nos chevaux.

4 juin. — De Carizal à Sauce. Nous continuons notre voyage à travers des plaines désertes, où l’on rencontre de nombreux troupeaux de guanacos. Nous traversons aussi la vallée de Chañeral. C’est la vallée la plus fertile entre Guasco et Coquimbo ; mais elle est si étroite et produit si peu de fourrages, qu’il nous est impossible de nous en procurer pour nos chevaux. Nous rencontrons, à Sauce, un vieux monsieur fort poli et fort aimable, qui dirige une fonderie de cuivre. Grâce à son obligeance, je peux me procurer, à un prix fabuleux, quelques poignées de vieille paille ; c’est là tout ce que nos pauvres chevaux ont à manger après leur longue journée de voyage. On trouve actuellement peu de fonderies au Chili ; il est plus profitable, en raison de la grande rareté du combustible, d’expédier les minerais à Swansea. Le lendemain, après avoir traversé quelques montagnes, nous arrivons à Freyrina, dans la vallée de Guasco. À mesure que nous avançons vers le nord, la végétation devient de plus en plus pauvre ; les grands cactus en forme de cierge ont même disparu pour faire place à une espèce beaucoup plus petite. Dans le Chili septentrional et au Pérou, une immense bande de nuages immobiles et peu élevés couvre le Pacifique pendant les mois d’hiver. Du haut des montagnes, ces champs aériens, d’un blanc brillant, qui s’étendent jusque dans les vallées, offrent un magnifique coup d’œil. On voit surgir de ces nuages des îles et des promontoires qui ressemblent, à s’y méprendre, aux îles et aux promontoires de la Terre de Feu ou de l’archipel des Chonos.

Nous passons deux jours à Freyrina. Il y a quatre petites villes dans la vallée de Guasco. À l’entrée de la vallée se trouve le port, lieu absolument désert, sans eau douce dans le voisinage immédiat. Cinq lieues plus haut, Freyrina, grand village dont les maisons, blanchies à la chaux, sont éparpillées de toutes parts. Dix lieues plus haut encore, dans la vallée, Ballenar ; et enfin Guasco Alto, village renommé pour ses fruits secs. Par un beau jour, cette vallée offre un admirable coup d’œil : au fond, la Cordillère neigeuse ; de chaque côté, une infinité de vallées transversales qui finissent par se confondre dans un flou admirable ; au premier plan, de singulières terrasses s’élevant les unes au-dessus des autres comme les degrés d’un gigantesque escalier ; mais, par-dessus tout, le contraste que forme cette vallée verdoyante, ornée de nombreux bosquets de saules, avec les collines stériles qui la bordent de chaque côté. Il est facile de comprendre que le pays environnant soit stérile, car il n’est pas tombé une seule goutte d’eau depuis treize mois. Les habitants apprennent avec envie qu’il a plu à Coquimbo ; ils interrogent consciencieusement l’état du ciel, et ils ont quelque espoir d’une semblable bonne fortune ; cet espoir se réalisa quinze jours plus tard. Je me trouvais alors à Copiapó, et les habitants ne faisaient que parler de la pluie qui venait de tomber à Guasco. Après deux ou trois années de sécheresse, pendant lesquelles il ne pleut qu’une seule fois, arrive ordinairement une année pluvieuse ; mais ces pluies abondantes font plus de mal que la sécheresse. Les rivières débordent et couvrent de gravier et de sable les étroites bandes de terrain que seules on peut cultiver ; ces débordements détruisent, en outre, les travaux d’irrigation. Il y a trois ans, des pluies abondantes ont causé de grands dommages.

8 juin. — Nous allons visiter Ballenar, ainsi nommé à cause du village de Ballenagh, en Irlande, patrie de la famille des O’Higgins, qui, sous la domination espagnole, a donné des présidents et des généraux au Chili. Les montagnes rocheuses qui bordent la vallée sont cachées dans les nuages ; aussi, avec ses plaines en terrasses, ressemble-t-elle à la vallée de Santa Cruz dans la Patagonie. Nous passons un jour à Ballenar, puis nous partons le 10 pour gagner la partie supérieure de la vallée de Copiapó. Nous traversons un pays qui n’offre aucun intérêt. Je suis fatigué de me servir des épithètes désert et stérile ; il ne faut pas d’ailleurs s’y méprendre, on n’emploie guère ces mots que comme termes de comparaison. Je les ai toujours appliqués aux plaines de la Patagonie. Or, on trouve après tout, dans ces plaines, des buissons épineux et quelques touffes d’herbe, et on peut dire qu’elles sont fertiles, si on les compare aux plaines du Chili septentrional. Ici encore, en cherchant bien, on finit par trouver, dans un espace de 200 mètres carrés, quelques cactus ou quelques lichens ; on trouve aussi dans le sol des graines qui pousseront à la première saison un peu pluvieuse. Au Pérou, au contraire, il y a de véritables déserts très-étendus. Vers le soir, nous arrivons dans une petite vallée ; nous remarquons quelques traces d’humidité dans le lit d’un petit ruisseau ; nous le remontons et nous finissons par trouver de l’eau assez bonne. Le cours de ces ruisseaux s’augmente d’une bonne lieue pendant la nuit, l’évaporation et l’absorption n’étant pas aussi rapides que pendant le jour. Nous trouvons en même temps un peu de bois à brûler. Nous nous décidons donc à bivouaquer ; mais nous n’avons pas une bouchée d’herbe ou de paille à donner à nos pauvres chevaux.

11 juin. — Nous marchons pendant douze heures sans nous arrêter ; nous arrivons enfin à une ancienne fonderie, où nous trouvons de l’eau et du bois. Mais rien encore pour nos chevaux. Nous avons traversé de nombreuses collines ; la vue était assez intéressante à cause de la couleur variée des montagnes que nous apercevions au loin. On regrette presque de voir le soleil briller constamment sur un pays aussi stérile ; un aussi admirable temps devrait toujours être accompagné de champs cultivés et de jolis jardins. Le lendemain, nous atteignons la vallée de Copiapó J’en suis fort heureux, car ce voyage a été pour moi une longue anxiété : rien de désagréable, pendant qu’on est à souper, connue d’entendre les chevaux ronger les poteaux auxquels on les a attachés et de n’avoir aucun moyen d’apaiser leur faim. Il n’y paraissait pas cependant, et les pauvres bêtes avaient encore toute leur vigueur ; personne certainement n’aurait pu dire, en les voyant, qu’ils n’avaient rien mangé depuis cinquante-cinq heures.

J’avais une lettre d’introduction pour M. Bingley, qui me reçut fort aimablement à son hacienda de Potrero Seco. Cette propriété a 20 ou 30 milles de longueur ; mais elle est fort étroite, car elle ne consiste qu’en un champ de chaque côté de la rivière. Quelquefois aussi, les terrains qui bordent la rivière sont disposés de telle façon qu’on ne peut pas les irriguer, auquel cas ils n’ont aucune valeur, car ils sont absolument stériles. La petite quantité des terres cultivées dans toute la vallée ne provient pas tant des inégalités de niveau et par conséquent de la difficulté des irrigations que de la petite quantité d’eau. Cette année la rivière est très-pleine ; à l’endroit où nous nous trouvons, dans la partie supérieure de la vallée, l’eau atteint le ventre d’un cheval et la rivière a environ 15 mètres de largeur ; le courant, en outre, est rapide. Mais à mesure que l’on descend la vallée, le volume d’eau devient de plus en plus petit, et la rivière finit par se perdre ; pendant une période de trente ans, cette rivière n’a pas versé une seule goutte d’eau dans la mer. Les habitants s’inquiètent par-dessus tout du temps qu’il fait dans la Cordillère, car une chute abondante de neige sur les montagnes leur assure de l’eau pour l’année suivante. Cela a infiniment plus d’importance pour eux que la pluie. Quand il pleut, ce qui arrive une fois tous les deux ou trois ans, c’est un grand avantage, sans doute, parce que les bestiaux et les mules trouvent ensuite quelques pâturages ; mais, s’il ne tombe pas de neige dans les Andes, la désolation règne dans toute la vallée. Par trois fois, presque tous les habitants ont été obligés d’émigrer vers le sud. Cette année, il y a eu beaucoup d’eau et chacun a pu irriguer son terrain autant qu’il a voulu ; mais on a souvent été obligé de poster des soldats aux écluses pour veiller à ce que chacun ne prenne que ce qui doit lui revenir. La vallée contient, dit-on, 12 000 habitants, mais le produit des cultures ne suffit guère à les nourrir que pendant trois mois de l’année ; on fait venir les approvisionnements nécessaires de Valparaiso et du sud. Avant la découverte des fameuses mines d’argent de Chanuncillo, la ville de Copiapó, qui, chaque jour, devenait plus misérable, tendait à disparaître ; mais elle est aujourd’hui très-florissante et elle a été reconstruite après un tremblement de terre qui l’avait renversée.

La vallée de Copiapó, simple ruban vert au milieu d’un désert, s’étend dans la direction du sud ; elle a donc une longueur considérable. On pourrait comparer la vallée de Guasco et celle de Copiapó à des îles étroites séparées du reste du Chili par des déserts de rochers au lieu d’eau salée. Au nord de ces vallées, il n’en existe plus qu’une fort misérable d’ailleurs et qui contient environ 200 habitants, c’est la vallée de Paposo. Puis vient le grand désert d’Atacuma, barrière plus infranchissable que la mer la plus terrible. Je passe quelques jours à Potrero Seco, puis je remonte la vallée jusqu’à l’habitation de don Benito Cruz, pour lequel j’ai une lettre de recommandation. Il me reçoit de la façon la plus hospitalière ; il est d’ailleurs impossible de ne pas reconnaître l’extrême obligeance que trouvent les voyageurs dans presque toutes les parties de l’Amérique méridionale. Le lendemain, je me procure quelques mules pour aller visiter le ravin de Jolquera dans la Cordillère centrale. Le second jour de cette excursion, le temps semble se gâter et nous menacer d’un orage de pluie ou de neige ; pendant la nuit, nous ressentons un léger choc de tremblement de terre.

On a souvent mis en doute la relation qui existe entre le temps et les tremblements de terre ; c’est là, selon moi, un point qui présente beaucoup d’intérêt et que l’on connaît peu. Humboldt a fait remarquer dans une partie de ses Mémoires[1] qu’il serait difficile à quiconque aurait habité longtemps la Nouvelle-Andalousie ou le Pérou inférieur de nier qu’il existe un rapport entre ces phénomènes ; cependant, dans une autre partie du même ouvrage, il semble ne pas attacher beaucoup d’importance à ce rapport. On dit qu’à Guayaquil un tremblement de terre se produit invariablement après une forte ondée pendant la saison sèche. Dans le Chili septentrional, il pleut très-rarement ; il est même rare que le temps se mette à la pluie ; semblables coïncidences ne peuvent donc pas se remarquer beaucoup ; les habitants sont cependant convaincus qu’il existe un certain rapport entre l’état de l’atmosphère et le tremblement du sol. Une remarque faite devant moi à Copiapó m’a absolument convaincu que telle est l’opinion des habitants. Je venais de dire qu’il y avait eu un tremblement de terre assez violent à Coquimbo. — « Comme ils sont heureux ! me répondit-on immédiatement ; ils auront cette année beaucoup de pâturages. » Pour eux, un tremblement de terre annonçait aussi sûrement la pluie, que la pluie annonçait de nombreux pâturages. Or, le jour même du choc, tomba, en effet, l’averse dont j’ai parlé, et qui, en dix jours, fit surgir l’herbe de toutes parts. À d’autres époques, la pluie a suivi des tremblements de terre pendant une saison de l’année où la pluie est un véritable prodige. Cela est arrivé après le tremblement de terre de 1822, puis en 1829 à Valparaiso, et enfin après celui de septembre 1833 à Tacna. Il faut être quelque peu habitué au climat de ces pays pour pouvoir comprendre combien il est improbable qu’il pleuve pendant ces saisons, à moins que quelque agent, en dehors du cours ordinaire des choses, n’agisse tout à coup. Quand il s’agit de grandes éruptions volcaniques, comme celle de Coseguina, où des torrents de pluie tombèrent à une époque de l’année pendant laquelle il ne pleut jamais et où ces ondées constituèrent « un phénomène sans précédent dans l’Amérique centrale, » on comprend assez facilement que les vapeurs et les cendres échappées du volcan aient pu troubler l’équilibre de l’atmosphère. Humboldt applique ce même raisonnement aux tremblements de terre qui ne sont pas accompagnés par des éruptions ; mais j’avoue qu’il me semble difficile d’admettre que les petites quantités de fluides aériformes, qui s’échappent alors des fissures du sol, puissent produire des effets aussi remarquables. L’explication proposée par M. P. Scrope me paraît beaucoup plus probable. Selon M. Scrope, alors que la colonne de mercure est peu élevée et que l’on pourrait, par conséquent, s’attendre à de la pluie, la pression moindre de l’atmosphère sur une immense étendue de terrain pourrait déterminer le jour précis où la croûte terrestre, tendue à l’excès par les forces souterraines, céderait, se fissurerait et, par conséquent, tremblerait. Il est toutefois douteux que l’on puisse expliquer ainsi les torrents de pluie pendant la saison sèche, pluie qui tombe après un tremblement de terre que n’a accompagné aucune éruption ; ces derniers cas semblent indiquer un rapport plus intime entre les régions souterraines et l’atmosphère.

Cette partie de la vallée offrant peu d’intérêt, je retourne à l’habitation de don Benito. J’y reste deux jours à recueillir des coquillages et des bois fossiles. On trouve là des quantités considérables de grands troncs d’arbres abattus, pétrifiés, enfouis dans un conglomérat. Je mesure un de ces troncs ; il a 15 pieds de circonférence. N’est-il pas étonnant que chaque atome des matières ligneuses de cet immense cylindre ait disparu pour faire place à du silex, et cela de telle sorte que chaque vaisseau, chaque pore se trouve admirablement reproduit ! Ces arbres existaient à peu près à la même époque que notre craie inférieure ; ils appartenaient tous à la famille des pins. Rien d’amusant comme d’entendre les habitants discuter la nature des coquillages fossiles que je recueillais ; ils employaient absolument les termes dont on se servait il y a un siècle en Europe, c’est-à-dire qu’ils discutaient longuement la question de savoir si ces coquillages avaient été oui ou non « enfantés en cet état par la nature ». L’étude géologique à laquelle je me livrais causait beaucoup de surprise aux Chiliens ; ils étaient parfaitement convaincus que je cherchais des mines. Or, cela ne manquait pas quelquefois de me causer quelques ennuis. Aussi, pour me débarrasser d’eux, avais-je pris l’habitude de répondre à leurs questions par d’autres questions. Je leur demandais comment il se faisait qu’eux, habitants du pays, n’étudiaient pas les causes des tremblements de terre et des volcans ? — Pourquoi certaines sources étaient chaudes et certaines autres froides ? — Pourquoi il y avait des montagnes au Chili et pas une colline dans la Plata ? Ces simples questions ouvraient les yeux au plus grand nombre ; il n’en restait pas moins quelques personnes (tout comme il y en a encore en Angleterre, qui sont un siècle en arrière) qui regardaient ces études comme inutiles et impies ; Dieu a fait les montagnes telles que nous les voyons, et cela doit nous suffire.

On venait d’ordonner que tous les chiens errants fussent mis à mort, et je vis un grand nombre de cadavres sur la route. Beaucoup de chiens avaient été atteints d’hydrophobie, plusieurs personnes avaient été mordues et avaient succombé à cette affreuse maladie. Ce n’est pas la première fois que l’hydrophobie se déclare dans cette vallée. Il est fort surprenant qu’une maladie aussi étrange et aussi terrible paraisse à intervalles dans un même lieu isolé. On a remarqué aussi que certains villages en Angleterre sont plus sujets que d’autres à des épidémies de ce genre, si l’on peut employer cette expression. Le docteur Unanùe constate que l’hydrophobie parut pour la première fois en 1803 dans l’Amérique méridionale ; ni Azara, ni Ulloa n’en ont entendu parler à l’époque de leur voyage, ce qui confirme cette assertion. Le docteur Unanùe ajoute que l’hydrophobie se déclara dans l’Amérique centrale et étendit lentement ses ravages vers le sud. Cette maladie atteignit Arequipa en 1807 ; on dit que, dans cette ville, quelques hommes qui n’avaient pas été mordus ressentirent les atteintes du mal ; des nègres, qui avaient mangé un bœuf mort d’hydrophobie, en furent aussi atteints. À Ica, quarante-deux personnes périrent misérablement. La maladie se déclarait de douze à quatre-vingt-dix jours après la morsure et la mort venait invariablement dans les cinq jours qui suivaient les premières attaques. Après 1808, il se passa un long intervalle pendant lequel on ne signala aucun cas de cette maladie. D’après les renseignements que j’ai pris, l’hydrophobie est inconnue à la Terre de Van-Diémen et en Australie ; Burchell n’a jamais entendu parler de cette maladie au cap de Bonne-Espérance pendant les cinq années qu’il y a résidé. Webster affirme qu’aucun cas d’hydrophobie ne s’est jamais produit aux Açores ; on a fait la même assertion pour l’île Maurice et pour Sainte-Hélène[2]. On pourrait peut-être se procurer quantité de renseignements utiles sur une maladie si étrange en étudiant dans quelles circonstances elle se déclare dans les pays éloignés ; il est fort improbable, en effet, qu’elle soit apportée par un chien mordu avant le voyage, nécessairement fort long.

Dans la soirée, un étranger arrive à l’habitation de don Benito ; il demande l’hospitalité pour la nuit. Il s’est égaré, et, depuis dix-sept jours, il erre dans les montagnes. Il vient de Guasco ; accoutumé à voyager dans la Cordillère, il pensait pouvoir se rendre facilement à Copiapó ; mais bientôt il se perdit dans un labyrinthe de montagnes d’où il ne parvint pas à sortir. Quelques-unes de ses mules étaient tombées dans des précipices et il avait beaucoup souffert. Ne sachant pas où se procurer de l’eau dans ce pays plat, il avait été obligé de rester auprès des chaînes centrales.

Nous descendons la vallée, et, le 22, nous arrivons à Copiapó. La vallée s’élargit dans sa partie inférieure et forme une belle plaine qui ressemble à celle de Quillota. La ville couvre une étendue de terrain considérable, car chaque maison est entourée d’un jardin. Mais, en somme, c’est une ville désagréable. Chacun semble n’avoir qu’un but, gagner de l’argent et s’en aller le plus vite possible. Presque tous les habitants s’occupent de mines ; aussi n’entend-on parler que de mines et de minerais. Les objets de première nécessité sont tous fort chers, ce qui s’explique, car la ville est située à 18 lieues du port et les transports par terre sont très-dispendieux. Un poulet coûte 6 ou 7 francs ; la viande est aussi chère qu’en Angleterre ; on doit apporter le bois à brûler de la Cordillère, c’est-à-dire un voyage de deux ou trois journées ; le droit de pâturage pour un animal se paye 1 fr. 23 par jour. Ce sont là des prix exorbitants pour l’Amérique méridionale.

26 juin. — Je loue un guide et huit mules pour aller faire une excursion dans la Cordillère, par une route différente de celles que j’ai déjà suivies. Comme nous devons traverser une région absolument déserte, nous emportons une quantité d’orge mêlée à de la paille hachée pour la nourriture de nos mules. À environ 2 lieues de la ville s’ouvre, dans la vallée que nous avons déjà parcourue, une large vallée qui porte le nom de Despoblado, ou inhabitée. Bien que cette vallée soit considérable et qu’elle conduise à une passe qui traverse la Cordillère, elle est absolument dépourvue d’eau, sauf peut-être pendant les hivers extraordinairement pluvieux. C’est à peine si l’on trouve un ravin sur le flanc des montagnes, et le fond de la principale vallée, formé de galets, est uni et presque de niveau. Il est probable qu’aucun torrent considérable n’a jamais coulé dans cette vallée, car autrement on y trouverait certainement, comme dans toutes les vallées méridionales, un canal central bordé de chaque côté par des falaises. Je suis porté à croire que cette vallée, comme toutes celles dont parlent les voyageurs qui ont visité le Pérou, a été laissée en l’état où nous la voyons par les vagues de la mer, lors du soulèvement graduel du sol. J’ai observé, dans un endroit où un ravin, que dans toute autre chaîne de montagnes on aurait appelé une grande vallée, rejoint le Despoblado, que le lit de ce dernier, bien que formé de sable et de gravier, est plus élevé que celui de son tributaire. Un ruisseau, quelque faible qu’il soit, se serait creusé là un lit en une heure ; or, l’état des choses prouve évidemment que des siècles se sont écoulés sans qu’un ruisseau ait coulé dans ce grand tributaire. Rien de curieux comme de voir tout un appareil de drainage, si on peut employer cette expression, appareil parfait dans toutes ses parties et qui, cependant, semble n’avoir jamais servi. Chacun a pu remarquer que les bancs de boue, quand la marée s’est retirée, représentent en miniature un pays entrecoupé de collines et de vallées ; ici on retrouve exactement ce même modèle construit en rochers et formé à mesure que la mer s’est retirée pendant le cours des siècles, en conséquence du soulèvement du continent, au lieu d’être formé par l’action alternative de la marée montante et descendante. Si une averse tombe sur le banc de boue laissé à découvert, la pluie ne fait que creuser davantage les lignes d’excavation existant déjà ; il en est de même, pendant le cours des siècles, de la pluie qui tombe sur cet amas de rochers et de terres que nous appelons un continent.

Après la nuit tombée, nous continuons notre route jusqu’à ce que nous atteignions un ravin latéral où se trouve un petit puits connu sous le nom de Agua-amarga. L’eau que contient ce puits mérite bien le nom qu’on lui a donné ; non-seulement elle est saumâtre, mais elle est amère et a une odeur détestable, à tel point que nous devons nous passer de thé et de maté. Il y a, je crois, 25 ou 30 milles (40 à 48 kilomètres) entre ce point et le fleuve Copiapó, et dans tout ce parcours on ne trouve pas une seule goutte d’eau ; le pays mérite le nom de désert dans le sens le plus absolu du mot. Cependant, nous avons vu quelques ruines indiennes à moitié route, près de Punta Gorda. J’ai remarqué aussi, en avant de quelques-unes des vallées qui viennent aboutir au Despoblado, deux amas de pierres placés à quelque distance l’un de l’autre, et disposés de façon à indiquer l’ouverture de ces petites vallées. Mes compagnons ne peuvent me donner aucune explication relativement à ces amas de pierres et se contentent de répondre imperturbablement à mes questions par leur éternel Quien sabe ?

J’ai vu des ruines indiennes dans plusieurs parties de la Cordillère ; les plus parfaites que j’aie pu visiter sont les Ruinas de Tambillos, dans la passe d’Uspallata. Ce sont de petites chambres carrées réunies en groupes séparés les uns des autres. Le porche de ces chambres est encore debout en quelques endroits ; il est formé par deux montants en pierre ayant environ 3 pieds de haut et réunis au sommet par une dalle. Ulloa a fait remarquer de son côté combien étaient surbaissées les portes des anciennes habitations péruviennes. Ces maisons devaient pouvoir contenir un nombre considérable de personnes. S’il faut en croire la tradition, elles avaient été construites pour servir de lieu de repos aux Incas quand ils traversaient les montagnes. On a découvert des traces d’habitations indiennes dans beaucoup d’autres endroits où il ne semble pas probable qu’elles servaient de simple lieu de repos ; cependant les terrains environnants sont aussi impropres à toute espèce de culture qu’ils le sont près de Tambillos, ou au pont des Incas, ou dans la passe du Portillo, endroits où j’ai aussi vu des ruines. J’ai entendu parler de ruines de maisons situées dans le ravin de Jajuel, auprès d’Aconcagua, où ne se trouve aucune passe ; ce ravin est à une grande hauteur ; il y fait extrêmement froid et le terrain y est absolument stérile. J’ai pensé d’abord que ces édifices pouvaient bien être des endroits de refuge construits par les Indiens lors de l’arrivée des Espagnols ; mais, après avoir étudié la question de plus près, je suis porté à croire que le climat s’est quelque peu modifié.

Les vieilles maisons indiennes sont particulièrement nombreuses, dit-on, à l’intérieur de la Cordillère, dans la partie septentrionale du Chili. On trouve assez fréquemment, en creusant au milieu des ruines, des morceaux d’étoffe, des instruments en métaux précieux et des épis de maïs. On m’a donné une pointe de flèche en agate, ayant précisément la même forme que celle dont on se sert aujourd’hui à la Terre de Feu ; cette pointe de flèche avait été trouvée dans une de ces maisons en ruine. Je sais, d’autre part, que les Indiens du Pérou habitent encore aujourd’hui des endroits fort élevés et très-déserts ; mais des gens qui ont passé leur vie à voyager dans les Andes m’ont assuré, à Copiapó, qu’il y avait un très-grand nombre d’habitations situées à de si grandes hauteurs, qu’elles sont voisines des neiges perpétuelles, et cela dans des endroits où il n’y a aucune passe, où le sol ne produit absolument rien, et, ce qui est encore plus extraordinaire, où il n’y a pas d’eau. Quoi qu’il en soit, et tout étonnés qu’ils en soient, les gens du pays affirment que l’état de ces maisons prouve que les Indiens devaient les habiter constamment. Dans la vallée où je me trouve actuellement, à Punta Gorda, les ruines consistent en sept ou huit petites chambres carrées, ressemblant beaucoup à celles que j’ai vues à Tambillos, mais construites avec des espèces de blocs de boue que les habitants actuels ne savent plus fabriquer de façon aussi solide, soit ici, soit au Pérou, selon Ulloa. Ces chambres sont placées au fond de la vallée, dans sa partie la plus ouverte. On ne trouve de l’eau qu’à 3 ou 4 lieues de distance, et encore cette eau est-elle en petite quantité et fort mauvaise. Le sol est absolument stérile, j’ai cherché en vain la trace d’un lichen sur les rochers. Aujourd’hui, bien qu’on ait l’avantage de posséder des bêtes de somme, c’est à peine si l’on pourrait arriver à exploiter une mine en cet endroit, à moins qu’elle ne soit d’une richesse tout exceptionnelle. Cependant des Indiens ont choisi ce lieu pour y demeurer ! S’il tombait annuellement deux ou trois averses au lieu d’une averse en deux ou trois ans, il se formerait sans doute un petit ruisseau dans cette grande vallée. On pourrait facilement alors — et les Indiens s’entendaient admirablement autrefois à ce genre de travaux — rendre le sol suffisamment fertile pour subvenir aux besoins de quelques familles.

J’ai la preuve absolue que, près de la côte, dans cette partie du continent de l’Amérique méridionale, le sol a été soulevé de 400 à 500 pieds et dans quelques endroits de 1 000 à 1 300} pieds pendant la période des coquillages existants. Plus loin, à l’intérieur, il se peut que le soulèvement ait été plus considérable encore. Comme le caractère particulièrement aride du climat provient évidemment de la hauteur de la Cordillère, on peut assurer, sans crainte de se tromper, qu’avant les soulèvements récents, l’atmosphère devait être beaucoup plus humide qu’elle ne l’est à présent. Or, le changement de climat a dû être fort lent, puisque le soulèvement s’est produit fort lentement aussi. Les ruines dont j’ai parlé doivent remonter à une antiquité considérable, si l’on veut expliquer qu’elles aient été habitables par l’hypothèse d’un changement de climat. Je ne crois pas, toutefois, qu’il soit difficile d’expliquer leur conservation avec un climat tel que celui du Chili. Il faut aussi admettre, dans cette hypothèse, et c’est peut-être un peu plus difficile, que l’homme a habité l’Amérique méridionale pendant une période de temps extrêmement longue ; car un changement de climat produit par le soulèvement du sol a dû être extrêmement lent. Pendant les deux cent vingt dernières années, le soulèvement à Valparaiso ne s’est monté qu’à 19 pieds environ ; il est vrai qu’à Lima une falaise a été soulevée de 80 à 90 pieds depuis la période indo-humaine ; quoi qu’il en soit, des soulèvements aussi minimes auraient peu d’influence sur les courants atmosphériques. D’autre part, le docteur Lund a trouvé des squelettes humains dans les cavernes du Brésil, et leur aspect lui permet d’affirmer que la race indienne habite l’Amérique méridionale depuis une époque fort reculée.

Lors de mon séjour à Lima, j’ai discuté cette question avec M. Gill, ingénieur civil, qui a fréquemment visité l’intérieur du pays[3]. Il m’a dit qu’il avait quelquefois pensé à un changement de climat ; mais il croit, en somme, que la plus grande partie des terrains couverts par des ruines indiennes, terrains qu’il est impossible de cultiver aujourd’hui, ont été réduits à cet état d’aridité, parce que les conduites d’eau souterraines, que les Indiens construisaient autrefois sur une si grande échelle, ont été détruites par des mouvements du sol, ou ont été amenées à cet état faute d’entretien. Je puis ajouter que les Péruviens faisaient passer leurs courants irrigateurs dans des tunnels creusés à travers des collines de rochers. M. Gill m’a dit qu’il avait examiné une de ces conduites ; le tunnel était peu élevé, étroit, tortueux ; sa largeur n’était pas uniforme, mais sa longueur était très-considérable. N’est-il pas extraordinaire que des hommes aient entrepris et mené à bien des travaux aussi gigantesques, dépourvus qu’ils étaient d’outils en fer et de poudre à canon ? M. Gill a appelé aussi mon attention sur un fait fort intéressant et dont je ne connais pas d’autre exemple : des mouvements souterrains qui ont changé l’écoulement des eaux d’un pays. En se rendant de Casma à Huaraz, à peu de distance de Lima, il trouva une plaine couverte de ruines et dans laquelle on voyait de toutes parts des traces d’anciennes cultures ; cette plaine est aujourd’hui absolument stérile. Tout auprès se voit le cours desséché d’un fleuve considérable, dont les eaux servaient autrefois à l’irrigation de la plaine. À en juger par le lit du fleuve on pourrait croire qu’il n’a cessé de couler que tout récemment ; dans quelques endroits on voit des couches de sable et de gravier, dans d’autres, le courant s’est creusé dans le rocher un large canal qui, en une certaine place, a environ 40 mètres de largeur et 8 pieds de profondeur. Il est évident qu’en se dirigeant vers la source d’un fleuve, on doit toujours monter plus ou moins ; M. Gill fut donc fort étonné de s’apercevoir qu’il descendait en remontant le lit de cette ancienne rivière ; autant qu’il put en juger, la pente faisait, avec la perpendiculaire, un angle de 40 à 50 degrés. Nous avons donc ici la preuve absolue d’un soulèvement des couches situées au milieu du lit du fleuve. Dès que le lit de ce fleuve se trouva ainsi relevé, l’eau dut nécessairement retourner en arrière pour se frayer un nouveau passage. Dès lors aussi, la plaine voisine, ayant perdu le fleuve qui causait sa fertilité, a été transformée en un véritable désert.

27 juin. — Nous partons de bonne heure ; à midi nous arrivons au ravin de Paypote, où se trouve un petit ruisseau ; sur les bords, quelque végétation et même quelques algarrobas, arbres qui appartiennent à la famille des Mimosées. Le voisinage du bois avait fait construire ici un haut fourneau ; nous y trouvons un homme qui le garde, mais dont la seule occupation consiste aujourd’hui à chasser les guanacos. Il gèle assez fort pendant la nuit ; mais, comme nous avons beaucoup de bois pour entretenir notre feu, nous ne souffrons pas trop du froid.

28 juin. — Nous continuons à monter, et la vallée se change en ravin. Pendant la journée, nous voyons plusieurs guanacos ; nous remarquons aussi les traces de la Vigogne, espèce qui lui est proche parente. La Vigogne a des habitudes absolument alpestres ; elle descend rarement au-dessous de la limite des neiges perpétuelles ; elle fréquente donc des endroits encore plus élevés et plus stériles que ceux qu’habite le guanaco. Un petit renard est le seul autre animal que nous ayons aperçu en assez grand nombre ; je suppose que cet animal se nourrit de souris et d’autres petits rongeurs qui vivent en quantité considérable dans les endroits déserts dès qu’il y a la moindre végétation. Ces petits animaux se trouvent en grand nombre en Patagonie, même sur les bords des salines, où il est impossible de trouver une seule goutte d’eau douce et où ils doivent compter par conséquent sur la rosée pour se désaltérer. Après les lézards, les souris paraissent être les animaux qui peuvent habiter les parties les plus petites et les plus sèches de la terre ; on les trouve jusque sur les îlots les plus infimes situés au milieu des grands océans.

Le paysage n’offre de tous côtés que l’aspect de la désolation, désolation que la puissante lumière d’un ciel sans nuages fait énergiquement ressortir. Ce paysage paraît sublime pendant quelques instants ; mais c’est là un sentiment qui ne peut durer, et on cesse bientôt de s’y intéresser. Nous bivouaquons au pied de la Primera Linea, ou première ligne de partition des eaux. Cependant les torrents situés sur le flanc oriental de la montagne ne s’écoulent pas dans l’Atlantique ; ils se dirigent vers une région élevée au milieu de laquelle se trouve un grand lac salé ; c’est une petite mer Caspienne située à une hauteur de plus de 10 000 pieds. Il y a pas mal de neige dans l’endroit où nous passons la nuit ; mais elle ne persiste pas toute l’année. Dans ces hautes régions, les vents obéissent à des lois très-régulières : chaque jour une brise assez violente souffle de la vallée, et une heure ou deux après le coucher du soleil l’air froid des régions les plus élevées se précipite à son tour dans la vallée, comme dans un véritable entonnoir.

Pendant la nuit, nous assistons à une véritable tempête, et la température doit descendre considérablement au-dessous de zéro, car de l’eau que nous avions dans un vase se transforme presque immédiatement en un bloc de glace. Les vêtements ne défendent en aucune façon contre ces violents courants d’air ; je souffre beaucoup du froid, à tel point même que je ne puis dormir et que le matin je suis tout engourdi.

Plus au sud, dans la Cordillère, il arrive souvent que les voyageurs perdent la vie au milieu des tempêtes de neige ; là, il y a un autre danger à courir. Mon guide me raconte que, âgé de quatorze ans, il traversait la Cordillère, au mois de mai, avec une caravane ; dans les parties centrales de la chaîne, une tempête furieuse se déclara ; les hommes pouvaient à peine se tenir sur leurs mules et les pierres volaient dans toutes les directions. Il n’y avait pas un nuage au ciel ; il ne tomba pas un seul flocon de neige, bien que la température fût très-basse. Il est probable que le thermomètre n’aurait pas indiqué beaucoup de degrés au-dessous de la glace fondante ; mais l’effet de la température sur le corps d’un homme mal protégé par un habillement insuffisant est proportionnel à la rapidité du courant d’air froid. Cette tempête dura plus d’une journée entière, les hommes perdaient rapidement leurs forces et les mules ne voulaient plus avancer. Le frère de mon guide essaya de retourner en arrière ; mais il périt, et deux jours après on trouva son corps sur le bord de la route auprès du cadavre de sa mule ; il avait encore la bride en main. Deux autres hommes de la caravane eurent les mains et les pieds gelés ; sur deux cents mules et trente vaches, on ne put sauver que quatorze mules. Il y a bien des années, une caravane entière périt, suppose-t-on, de la même manière ; mais jusqu’à présent, on n’a pas retrouvé les cadavres. Un ciel sans nuages, une température extrêmement basse, une effroyable tempête de vent doivent être, je crois, une combinaison de circonstances extrêmement rare dans toutes les parties du monde.

29 juin. — Nous redescendons avec plaisir la vallée pour aller retrouver notre bivouac de la nuit précédente ; puis nous gagnons l’Agua amarga. Le 1er juillet, nous atteignons la vallée de Copiapó. Le parfum des foins et des trèfles me semble délicieux après l’atmosphère si sèche du Despoblado. Pendant mon séjour dans la ville, plusieurs habitants me parlent d’une colline du voisinage qu’ils appellent El Bramador — la colline qui mugit. À cette époque, je fis peu attention à ce qu’on me raconta ; mais, autant que j’ai pu le comprendre, la colline en question était recouverte de sable et le bruit ne se produisait que lorsque, en montant sur la colline, on mettait le sable en mouvement. Seetzen et Ehrenberg[4] attribuent aux mêmes circonstances les bruits que beaucoup de voyageurs ont entendus sur le mont Sinaï, auprès de la mer Rouge. J’ai eu occasion de causer avec une personne qui avait entendu ce bruit ; elle me dit qu’on restait tout surpris et qu’il était impossible de savoir d’où il provenait, bien qu’elle m’affirmât en même temps qu’il fallait mettre le sable en mouvement pour le provoquer. Quand un cheval marche sur du sable sec et grossier, on entend un bruit tout particulier causé par la friction des particules du sable ; c’est une circonstance que j’ai remarquée plusieurs fois sur les côtes du Brésil.

Trois jours après mon retour, j’apprends que le Beagle est arrivé dans le port qui se trouve à 18 lieues de la ville. Il y a très-peu de terres cultivées dans la partie inférieure de la vallée ; c’est à peine si l’on y trouve une herbe grossière que les ânes eux-mêmes peuvent à peine manger. Cette pauvreté de la végétation provient de la quantité de matières salines dont le sol est imprégné. Le port consiste en une réunion de quelques misérables huttes, situées au milieu d’une plaine stérile. Au moment où je m’y trouvais, il y avait de l’eau dans le fleuve jusqu’à la mer ; les habitants avaient donc l’avantage d’avoir de l’eau douce à 1 mille et demi de chez eux. Sur la grève, on voit de grandes piles de marchandises, et il règne une certaine activité dans ce misérable village. Le soir, je fais mes adieux à mon compagnon Mariano Gonzalès, avec lequel j’ai parcouru une si grande partie du Chili. Le lendemain matin, le Beagle met à la voile pour Iquique.

12 juillet. — Nous jetons l’ancre dans le port d’Iquique, par 20°12, sur la côte du Pérou. La ville, qui contient environ un millier d’habitants, est située sur une petite plaine de sable, au pied d’un grand mur de rochers s’élevant à une hauteur de 2000 pieds ; ce mur de rochers forme la côte. On se trouve dans un désert absolu. Il pleut quelques instants une fois tous les sept ou huit ans ; aussi les ravins sont-ils remplis de détritus et le flanc de la montagne recouvert d’amas de beau sable blanc, qui s’élève quelquefois à une hauteur d’un millier de pieds. Pendant cette saison de l’année, une épaisse couche de nuages s’étend sur l’Océan et s’élève bien rarement au-dessus des rochers qui forment la côte. Rien de triste comme l’aspect de cette ville ; le petit port, avec ses quelques bâtiments et son petit groupe de misérables maisons, est absolument hors de proportion avec le reste du paysage et semble écrasé par lui.

Les habitants vivent comme s’ils étaient à bord d’un bâtiment ; il faut tout faire venir d’une grande distance : on apporte l’eau dans des bateaux, de Pisagua, situé à environ 40 milles (64 kilomètres) plus au nord, et on la vend 9 réaux (près de 6 francs) par tonneau de 18 gallons ; j’achète une bouteille d’eau, qui me coûte 30 centimes. On est forcé d’importer de la même façon le bois de chauffage et, bien entendu, tous les aliments. Il va sans dire qu’on ne peut nourrir que fort peu d’animaux domestiques dans un tel endroit ; le lendemain de mon arrivée, je me procure très-difficilement, et cela au prix de 100 francs, deux mules et un guide pour me conduire à l’endroit où on exploite l’azotate de soude. Cette exploitation fait la fortune d’Iquique. On commença à exporter ce sel en 1830 ; en un an on en envoya en France et en Angleterre pour une somme de 100 000 livres sterling (2 500 000 francs). On l’emploie principalement comme engrais ; il sert aussi à la fabrication de l’acide azotique ; il est très-déliquescent, aussi ne peut-il pas servir à la fabrication de la poudre à canon. Il y avait anciennement dans le voisinage deux mines d’argent extrêmement riches ; mais actuellement elles ne produisent presque plus rien.

Notre arrivée dans le port n’est pas sans causer quelque appréhension. Le Pérou était alors plongé dans l’anarchie ; chacun des partis qui se disputaient le pouvoir avait imposé une contribution à la ville, et, en nous voyant arriver, on crut que nous venions réclamer de l’argent. Les habitants avaient aussi leurs peines domestiques ; quelque temps auparavant, trois charpentiers français s’étaient introduits pendant la même nuit dans les deux églises et avaient volé tous les vases sacrés ; cependant un des voleurs finit par avouer son crime, et on put recouvrer les objets volés. On envoya les voleurs à Arequipa, capitale de la province, mais située à 200 lieues de distance ; les autorités de la capitale pensèrent qu’il était déplorable de mettre en prison des ouvriers aussi utiles, qui savaient faire toutes sortes de meubles ; on les laissa donc en liberté. On sut bientôt ce qui s’était passé, aussi ne manqua-t-on pas de voler de nouveau les églises ; mais cette fois on ne parvint pas à retrouver les vases sacrés. Les habitants, furieux, déclarèrent que des hérétiques seuls avaient pu ainsi voler le Dieu tout-puissant ; ils s’emparèrent donc de quelques Anglais pour les torturer, avec l’intention de les tuer ensuite. Les autorités durent intervenir, et la paix fut rétablie.

13 juillet. — Je pars dans la matinée pour aller visiter l’exploitation de salpêtre située à une distance de 14 lieues. On commence par faire l’ascension des montagnes de la côte en suivant un sentier sablonneux qui fait de nombreux détours ; on aperçoit bientôt dans le lointain Guantajaya et Saint-Rosa. Ces deux petits villages sont situés à l’entrée même des mines ; perchés qu’ils sont sur le sommet d’une colline, ils offrent un aspect encore moins naturel et plus désolé que la ville d’Iquique. Nous n’arrivons aux mines qu’après le coucher du soleil ; nous avons voyagé toute la journée dans un pays ondulé absolument désert. À chaque instant on trouve sur la route les ossements desséchés des nombreuses bêtes de somme qui ont péri de fatigue. Sauf le Vultur Aura, je n’ai aperçu ni oiseau, ni quadrupède, ni reptile, ni insecte ; sur les montagnes de la côte, à la hauteur d’environ 2 000 pieds, là où les nuages, pendant cette saison, reposent presque toujours, on trouve quelques cactus dans les crevasses des rochers et quelques mousses sur le sable qui recouvre le roc. Ces mousses appartiennent au genre Cladonia et ressemblent quelque peu au lichen du renne. Dans quelques parties on trouve cette plante en quantité suffisante pour que, vu d’une certaine distance, le sol revête une teinte jaune pâle. Plus à l’intérieur, pendant cette longue course de 14 lieues, je n’ai aperçu qu’un seul autre végétal, un lichen jaune extrêmement petit, poussant sur les ossements des mules. C’est là certainement le premier désert véritable que j’aie jamais vu ; ce spectacle, cependant, ne me produit pas beaucoup d’effet ; j’attribue cela à ce que, pendant mon voyage de Valparaiso à Coquimbo et de là à Copiapó, je me suis graduellement accoutumé à des scènes analogues. À un certain point de vue, l’aspect du pays est remarquable : il est, en effet, recouvert par une croûte épaisse de sel commun et des couches stratifiées de dépôts salifères qui semblent s’être déposés à mesure que la terre s’élevait graduellement au-dessus du niveau de la mer. Le sel est blanc, très-dur et très-compacte ; il se présente sous forme de masses usées par l’eau et est mélangé avec beaucoup de gypse. En somme, toute cette masse superficielle offre un aspect analogue à celui d’une plaine où il est tombé de la neige avant que les derniers flocons salis ne soient fondus. L’existence de cette croûte de substances solubles, recouvrant un pays tout entier, prouve que la sécheresse doit être extrême, et cela depuis un temps très-considérable.

Je passe la nuit dans l’habitation du propriétaire de l’une des mines de salpêtre. Le sol, en cet endroit, est aussi stérile qu’il peut l’être près de la côte ; mais on peut se procurer de l’eau, au goût amer et saumâtre, il est vrai, en creusant des puits. Le puits de l’habitation où je me trouve a 30 mètres de profondeur. Comme il ne pleut presque jamais, cette eau ne provient pas des pluies. S’il en était ainsi, d’ailleurs, elle ne serait pas potable, car tout le pays environnant est imprégné de substances salines. Il faut donc en conclure que ce sont des infiltrations provenant de la Cordillère, bien que cette dernière soit distante de plusieurs lieues. En se dirigeant vers les montagnes, on trouve quelques petits villages où les habitants, ayant plus d’eau à leur disposition, peuvent irriguer quelques pièces de terre et cultiver du foin qui sert à nourrir les mules et les ânes employés à transporter le salpêtre. L’azotate de soude se vendait alors 14 shillings les 100 livres, sous vergue ; le transport à la côte constitue la grande dépense de l’exploitation. La mine consiste en une couche fort dure, ayant 2 ou 3 pieds d’épaisseur ; l’azotate s’y trouve mélangé à un peu de sulfate de soude et à une assez grande quantité de sel commun. Cette couche se trouve immédiatement au-dessous de la surface et s’étend sur une longueur de 150 milles sur le bord d’une plaine ou immense bassin. Il est évident, d’après la configuration du terrain, que ce devait être autrefois un lac ou, plus probablement, un bras de mer ; la présence de sels d’iode dans la couche saline tendrait à confirmer cette dernière supposition. Cette plaine se trouve à 3 300 pieds au-dessus du niveau de l’océan Pacifique.

19 juillet. — Nous jetons l’ancre dans la baie de Callao, port de Lima, capitale du Pérou. Nous y séjournons six semaines, mais le pays est en révolution ; aussi les voyages à l’intérieur me sont-ils interdits. Pendant tout le temps de notre séjour, le climat me semble bien moins délicieux qu’on ne le dit ordinairement. Une épaisse couche de nuages surplombe constamment les terres, de telle sorte que, pendant les seize premiers jours, je n’aperçois qu’une seule fois la Cordillère derrière Lima. Ces montagnes, s’élevant les unes derrière les autres et vues par échappées à travers les nuages, offrent un magnifique spectacle. Il est presque passé en proverbe qu’il ne pleut jamais dans la partie inférieure du Pérou. Je ne crois pas que ce soit très-exact, car presque tous les jours il tombait une sorte de brouillard suffisant pour rendre les rues boueuses et pour mouiller les habits ; il est vrai qu’on ne donne pas à ce brouillard le nom de pluie ; on l’appelle rosée péruvienne. Il est certain, d’ailleurs, qu’il ne doit pas pleuvoir beaucoup, car les toits des maisons sont plats et faits tout simplement en boue durcie. Dans le port, j’ai vu, en outre, d’innombrables amas de blé restant pendant des semaines entières sans aucun abri.

Je ne saurais dire que ce que j’ai vu du Pérou m’a beaucoup plu ; on prétend, toutefois, que le climat est beaucoup plus agréable en été. Habitants et étrangers souffrent, en toute saison, de violents accès de fièvre. Cette maladie, commune sur toute la côte du Pérou, est inconnue dans l’intérieur des terres. Les accès de fièvre produits par les miasmes semblent toujours plus ou moins mystérieux. Il est si difficile de juger, d’après l’aspect d’un pays, s’il est salubre ou non, que, si l’on voulait choisir entre les tropiques un lieu favorable à la santé, on choisirait probablement cette côte. La plaine qui entoure Callao est couverte d’herbe grossières ; on y trouve, en outre, en quelques endroits, de fort petits étangs d’eau stagnante. Selon toute probabilité, les miasmes s’élèvent de ces étangs ; ce qui semblerait le prouver, c’est que la ville d’Arica se trouvait placée dans les mêmes circonstances ; on a desséché quelques petits étangs dans le voisinage, et la salubrité s’est beaucoup améliorée. Ce n’est pas toujours une végétation exubérante et un climat extrême qui engendrent les miasmes. Bien des parties du Brésil, en effet, où se trouvent des marécages couverts d’une végétation excessive sont beaucoup plus salubres que cette côte stérile du Pérou. Les forêts les plus épaisses, sous un climat tempéré comme à Chiloé, ne semblent en aucune façon affecter les conditions de salubrité de l’atmosphère.

L’île de San Iago, dans l’archipel du Cap-Vert, offre un autre excellent exemple d’un pays qu’on aurait pu penser très-salubre, mais qui est au contraire fort malsain. J’ai décrit les immenses plaines nues de cette île ; on n’y trouve, quelques semaines après la saison des pluies, qu’une végétation fort maigre qui se fane et se dessèche presque immédiatement. L’air paraît alors véritablement empoisonné ; indigènes et étrangers sont la plupart du temps sujets à de violents accès de fièvre. D’autre part, l’archipel des Galapagos, avec la même périodicité de végétation, est parfaitement salubre. Humboldt[5] a fait remarquer que « sous la zone torride les plus petits marécages sont les plus dangereux, parce qu’ils sont entourés, comme à Vera Cruz et à Carthagena, de terrains arides et sablonneux qui élèvent considérablement la température de l’air ambiant. » Sur la côte du Pérou toutefois, la chaleur n’est pas excessive ; c’est peut-être pour cette raison que les fièvres ne sont pas extrêmement pernicieuses. Dans tous les pays malsains s’endormir sur la côte fait courir le plus grand risque. Est-ce à cause de l’état du corps pendant le sommeil ? Est-ce parce qu’il se développe plus de miasmes pendant la nuit ? Quoi qu’il en soit, il paraît certain que, si on est à bord d’un bâtiment, en admettant même qu’il soit à une fort petite distance de la côte, on souffre ordinairement moins que si on est sur la côte même. D’autre part, on m’a signalé un cas remarquable : la fièvre éclata tout à coup au milieu de l’équipage d’un vaisseau de guerre qui se trouvait à quelques centaines de milles de la côte d’Afrique, au moment même où une épidémie éclatait à la Sierra Leone[6].

Aucun État de l’Amérique du Sud n’a été, plus que le Pérou, plongé dans l’anarchie depuis la déclaration de son indépendance. À l’époque de notre visite il y avait quatre partis en armes se disputant le pouvoir. Si l’un de ces partis l’emporte, les autres se coalisent contre lui ; mais dès qu’ils sont victorieux à leur tour, ils se divisent immédiatement. Il y a quelques jours, le jour anniversaire de la proclamation de l’indépendance, on célébra une grand’messe pendant laquelle le président communia. Pendant le Te Deum les régiments, au lieu de présenter le drapeau péruvien, déployèrent un drapeau noir portant une tête de mort. Que penser d’un gouvernement sous les yeux duquel une scène semblable peut se passer dans une telle occasion ? Cet état des affaires me contrariait beaucoup, car je pouvais à peine faire quelques excursions au delà des limites de la ville. L’île stérile de San Lorenzo, qui contourne le port, était le seul endroit où l’on pût se promener avec quelque sécurité. La partie supérieure de cette île, qui s’élève à une altitude de plus de 1000 pieds, se trouve pendant cette saison (l’hiver) dans la limite des nuages ; aussi y trouve-t-on de nombreux Cryptogames et quelques fleurs. Les collines auprès de Lima, à une altitude un peu plus grande, sont recouvertes d’un véritable tapis de mousse et de couches de jolis lis jaunes appelés Amancaes. Ceci indique un degré d’humidité beaucoup plus considérable que dans les environs d’Iquique. Si l’on s’avance vers le nord en partant de Lima, le climat devient de plus en plus humide jusqu’à ce que, sur les bords du Guayaquil, presque sous l’équateur, on trouve les plus admirables forêts. Toutefois la transition des côtes stériles du Pérou à ces terres fertiles se fait, m’a-t-on dit, assez brusquement sous la latitude du cap Blanco, 2 degrés au sud de Guayaquil.

Callao est un petit port, sale et mal bâti ; les habitants, tout comme ceux de Lima d’ailleurs, présentent toutes les teintes intermédiaires entre l’Européen, le nègre et l’Indien. Ce peuple m’a paru très-dépravé, très-adonné à l’ivrognerie. L’atmosphère est toujours chargée de mauvaises odeurs ; cette odeur particulière, qu’on retrouve dans presque toutes les villes des pays intertropicaux, est ici extrêmement forte. La forteresse, qui a soutenu sans se rendre le long siège de lord Cochrane, a une apparence imposante. Mais, pendant notre séjour, le président vendait les canons de bronze qui la défendent et en ordonna la démolition. Il donnait pour raison qu’il n’avait pas un seul officier à qui il pût confier un poste aussi important. Il avait de bonnes raisons pour le croire, car c’est en levant l’étendard de la révolte, alors qu’il commandait cette même forteresse, qu’il était arrivé à se faire proclamer président. Après notre départ de l’Amérique méridionale il lui arriva ce qui arrive à tous : il fut battu, fait prisonnier et fusillé.

Lima est situé dans le fond d’une vallée formée par la retraite graduelle de la mer. Cette ville se trouve à 7 milles (11 kilomètres) de Callao et à 500 pieds plus haut que le port ; mais la pente est si douce, que la route paraît absolument de niveau ; tant et si bien qu’arrivé à Lima on se refuse absolument à croire qu’on ait monté même une centaine de pieds. Humboldt a le premier fait remarquer cette curieuse illusion. Des collines abruptes, stériles, s’élèvent comme des îles du milieu de cette plaine, qui est divisée en larges champs par des murs de boue durcie. À peine voit-on un arbre dans ces champs, sauf quelques saules et, çà et là, un bosquet de bananiers et d’orangers. La ville de Lima est actuellement presque en ruine ; les rues ne sont pas pavées ; on rencontre à chaque pas des amas d’immondices sur lesquels des Gallinazos noirs, aussi apprivoisés que des volailles, cherchent des morceaux de charogne. Les maisons ont ordinairement un premier étage bâti en bois recouvert de plâtre à cause des tremblements de terre ; on voit encore quelques vieilles maisons habitées maintenant par plusieurs familles ; ces maisons sont immenses et contiennent des appartements aussi magnifiques que ceux que l’on peut voir n’importe où. Lima, la ville des rois, a dû être anciennement une ville splendide. Le nombre extraordinaire des églises qu’elle contient lui donne, aujourd’hui encore, un cachet tout particulier, surtout quand on la voit à une petite distance.

Un jour j’allai avec quelques négociants chasser dans le voisinage immédiat de la ville. La chasse fut bien pauvre, mais j’eus l’occasion de visiter les ruines de l’un des anciens villages indiens au centre duquel se trouve l’élévation accoutumée qui ressemble à une colline naturelle. Les ruines des maisons, des enclos, des ouvrages d’irrigation, des collines sépulcrales répandues dans cette plaine, donnent certainement une haute idée de la civilisation et du nombre de l’ancienne population. Quand on considère leurs poteries, leurs étoffes, leurs ustensiles aux formes élégantes taillés dans les pierres les plus dures, leurs outils de cuivre, leurs bijoux ornés de pierres précieuses, leurs palais, leurs travaux hydrauliques, il est impossible de ne pas admirer les progrès considérables qu’ils avaient faits dans les arts et dans la civilisation. Les collines sépulcrales, appelées huacas, sont réellement extraordinaires ; dans quelques endroits on dirait que ce sont des collines naturelles garnies d’un revêtement, puis sculptées.

On trouve aussi une autre classe de ruines toutes différentes, mais qui n’en possèdent pas moins quelque intérêt ; ce sont les ruines du vieux Callao renversé par le grand tremblement de terre de 1740 et balayé par l’énorme vague qui accompagna le choc. La destruction semble avoir été encore plus complète que celle de Talcahuano. Des amas de galets recouvrent les fondations des murs et des masses énormes de briques semblent avoir été transportées comme des cailloux par les vagues alors qu’elles se retiraient. On a affirmé que le sol s’est affaissé pendant ce mémorable tremblement de terre ; je n’ai pu trouver aucune preuve de cet affaissement. Il semble fort probable cependant que la côte a dû changer de forme depuis la fondation de la vieille ville, car personne, ayant le sens commun, n’aurait choisi, pour y bâtir une ville, la bande étroite de cailloux sur laquelle se trouvent actuellement les ruines. Depuis notre voyage M. Tschudi, en comparant de vieilles cartes avec des cartes modernes, en est arrivé à la conclusion que la côte au nord et au sud de Lima s’était certainement affaissée.

On trouve sur l’île de San Lorenzo des preuves évidentes de soulèvement pendant la période récente ; ceci n’empêche pas qu’un affaissement partiel du sol ait pu avoir lieu subséquemment. Le côté de l’île qui regarde la baie de Callao forme trois terrasses dont la plus basse, sur l’espace d’un mille, est recouverte par une couche composée presque entièrement de coquillages appartenant à dix-huit espèces qui vivent aujourd’hui dans la mer voisine. Cette couche a 83 pieds de hauteur. La plupart des coquillages qui la composent sont profondément corrodés et ont un aspect beaucoup plus ancien que ceux que j’ai trouvés à la hauteur de 300 ou 600 pieds sur la côte du Chili. Au milieu de ces coquillages on trouve beaucoup de sel ordinaire, un peu de sulfate de chaux (le sel et le sulfate ont été probablement déposés par l’évaporation de l’écume à mesure que le sol se soulevait graduellement), on y trouve aussi du sulfate de soude et du muriate de chaux. Le lit de coquillages repose sur les fragments des couches inférieures de grès et est recouvert à son tour par une couche de détritus ayant quelques pouces d’épaisseur. Un peu plus haut sur cette terrasse, les coquillages se détachent en écailles et tombent en poussière impalpable quand on les touche. Sur une terrasse supérieure, à la hauteur de 170 pieds, et aussi en quelques endroits beaucoup plus élevés, j’ai trouvé une couche de poudre saline ayant exactement le même aspect et placée dans la même position relative. Je ne doute pas que cette couche supérieure n’ait été, elle aussi, une couche de coquillages comme celle qui se trouve sur la terrasse inférieure, mais elle ne contient plus aujourd’hui la moindre trace d’organismes. M. T. Reeks a analysé cette poudre : elle contient des sulfates, des muriates de chaux et de soude et un peu de carbonate de chaux. On sait que le sel ordinaire et le carbonate de chaux, accumulés ensemble en masses considérables, se décomposent l’un l’autre partiellement, bien que ce phénomène ne se produise pas sur de petites quantités en solution. Comme les coquillages à demi décomposés de la terrasse inférieure se trouvent mélangés à beaucoup de sel ordinaire, outre quelques-unes des substances salines composant la couche supérieure, et que ces coquillages sont corrodés de la façon la plus remarquable, je suis disposé à croire que cette double décomposition s’est effectuée ici. Les sels qui en résultent devraient être du carbonate de soude et du muriate ; ce dernier est présent, mais on ne trouve pas le carbonate de soude. Je suis donc porté à penser qu’en raison de quelques causes non expliquées le carbonate de soude s’est transformé en sulfate. Il est évident que la couche saline ne se serait pas conservée dans un pays où il tombe quelquefois des pluies abondantes ; d’autre part, cette circonstance, qui, à première vue, paraît devoir être si favorable à la longue conservation des coquillages exposés à l’air a probablement été la cause indirecte de leur prompte décomposition, et cela parce que le sel ordinaire n’a pas été entraîné.

J’ai fait, sur cette terrasse, une découverte qui m’a beaucoup intéressé. À la hauteur de 83 pieds j’ai trouvé, enfouis au milieu des coquillages et des débris entraînés par la mer, quelques bouts de fil de coton, des morceaux de roseau tissés et un épi de maïs. J’ai comparé ces restes avec des objets analogues trouvés dans les huacas ou vieilles tombes péruviennes ; ces objets sont identiques. Sur la terre ferme, en face de San Lorenzo, auprès de Bellavista, il y a une plaine fort étendue et fort plate ayant environ une altitude de 100 pieds ; la partie inférieure de cette plaine est formée de couches successives de sables et d’argiles impures mélangés à un peu de gravier ; la surface, jusqu’à une profondeur de 3 à 6 pieds, consiste en un terreau rougeâtre contenant quelques coquillages marins et de nombreux petits fragments de poterie rouge fort grossière plus abondants en certains endroits que dans d’autres. J’étais d’abord disposé à croire que cette couche superficielle, en raison de sa grande étendue et de sa parfaite égalité, avait dû se déposer sous la mer ; mais je me suis aperçu ensuite qu’elle reposait sur un plancher artificiel de cailloux roulés. Il semble donc fort probable qu’à une période où le sol se trouvait à un niveau inférieur, il existait une plaine très-semblable à celle qui entoure aujourd’hui Callao ; cette dernière, protégée par un banc de cailloux, n’est que fort peu élevée au-dessus du niveau de la mer. Je pense que les Indiens fabriquaient leurs poteries dans cette plaine et que, pendant quelque violent tremblement de terre, la mer franchit le banc de cailloux et transforma la plaine en un lac temporaire, ainsi qu’il est arrivé autour de Callao en 1713 et en 1746. L’eau aurait alors déposé la boue qu’elle portait en suspension et déposé aussi les fragments de poteries enlevés aux fours, plus abondants en certains endroits que dans d’autres, et des coquillages marins. Cette couche, contenant des poteries fossiles, se trouve à peu près à la même altitude que les coquillages sur la terrasse inférieure de l’île San Lorenzo, couche de coquillages dans laquelle j’ai trouvé enfouis des fils de coton et quelques autres objets. Nous pouvons donc en conclure, sans crainte de nous tromper, que, depuis l’apparition de l’homme en Amérique, il s’est produit un soulèvement de plus de 83 pieds, car il faut tenir compte de l’affaissement qui s’est produit depuis que les vieilles cartes ont été dressées. Bien que, pendant les deux cent vingt années qui ont précédé notre visite, le soulèvement à Valparaiso n’ait certainement pas dépassé 19 pieds, il n’en est pas moins vrai qu’à partir de 1817 il s’est produit un soulèvement de 10 ou 11 pieds, en partie de façon insensible, en partie pendant le tremblement de terre de 1822. L’antiquité de la race indienne dans ce pays, s’il faut en juger par le soulèvement du sol à la hauteur de 85 pieds depuis que des objets humains y ont été enfouis, est d’autant plus remarquable, que sur la côte de la Patagonie, alors que le sol se trouvait situé plus bas dans la même proportion, le Macrauchenia était un animal vivant ; mais comme la côte de la Patagonie se trouve plus éloignée de la Cordillère, le soulèvement a pu s’y produire plus lentement que sur la côte du Pérou. À Bahia Blanca, le soulèvement n’a été que de quelques pieds, depuis que de nombreux quadrupèdes gigantesques y ont été enfouis ; or, selon l’opinion généralement reçue, l’homme n’existait pas à l’époque où vivaient ces animaux éteints. Il se peut, il est vrai, que le soulèvement de cette partie de la côte de la Patagonie ne soit en aucune façon relié au système de la Cordillère et qu’il le soit à une ligne de vieux rochers volcaniques qui se trouvent dans le Banda oriental, de telle sorte que le soulèvement peut avoir été infiniment plus lent que celui des côtes du Pérou. Quoi qu’il en soit, toutes ces suppositions sont nécessairement fort vagues. Qui oserait dire en effet qu’il n’y a pas eu plusieurs périodes d’affaissement intercalées au milieu des périodes de soulèvement ? ne savons-nous pas que, le long de toute la côte de la Patagonie, il y a certainement eu des intervalles longs et nombreux dans l’action des forces de soulèvement ?




  1. Vol. IV, p. 11, et vol. II, p. 217. Voir Silliman, Journal, vol. XXIV, p. 384, sur Guayaquil. Pour les remarques sur Tacna, par M. Hamilton, voir Transact. of British Association, 1840. Pour celles sur Coseguina, voir le mémoire de M. Caldcleugh, dans Phil. Trans., 1835. Dans la première édition de cet ouvrage, j’ai recueilli et indiqué plusieurs données sur les coïncidences entre les chutes soudaines du baromètre et les tremblements de terre et entre les météores et les tremblements de terre.
  2. Observat. sobre el clima de Lima, p. 97. — Azara, Travels, vol. I, p 381. — Ulloa, Voyages, vol. II, p. 28. — Burchell, Travels, vol. II, p. 524. — Webster, Description of the Azores, p. 124. — Voyage à l’isle de France, par un officier du roi, t. I, p. 248. — Description of St Helena, p. 123.
  3. Temple, dans ses voyages dans le Pérou supérieur et dans la Bolivie, en parlant de la route qu’il a suivie pour se rendre de Potosi à Oruro, dit : « J’ai vu beaucoup de villages ou de maisons indiennes en ruines jusque sur le sommet même des montagnes, ce qui prouve que des populations entières ont vécu là où, aujourd’hui, tout est désolation. » Il fait la même remarque dans un autre endroit ; cependant il est impossible de dire, d’après les termes dont il se sert, si cette désolation provient d’un manque de population ou d’un changement dans les conditions climatériques.
  4. Edinhurg Phil. Journ., janvier 1830, p. 74 ; et avril 1830, p. 258. — Voir aussi Daubeny, On Volcanoes, p. 438, et Bengal Journ., vol. VII, p. 324.
  5. Political Essay on the Kingdom of New-Spain, vol. IV, p 199.
  6. Le Madras Médical Quart. Journ., 1839, p. 340, signale un cas analogue fort intéressant. Le docteur Ferguson, dans son admirable mémoire (vol. IX, Edinburg Royal Transact.), démontre clairement que le poison se développe pendant la sécheresse. Aussi les climats chauds et secs sont-ils souvent les plus malsains.