Visites (Verlaine)

Œuvres posthumesMesseinPremier volume (p. 56-57).

VISITES


Je n’ai pas vu d’arbres ni d’herbe
Ni de ciel, sinon un seul pan,
Durant tout cet été superbe
Dont on me rabat le tympan.
Ah ça, m’aurait-on donc jeté
Dans un cachot trop mérité ?

Non, je suis simplement malade,
Mais un malade dès l’abord
En plein large, à la débandade,
Délire, coma, pris pour mort ;
Puis je redevins l’alité
Classique — à perpétuité ?

Et ce n’est pas que je m’ennuie,
Au moins, dans l’asile où je suis.
Pas de soleil, mais pas de pluie,
J’y vis au frais, au chaud, et puis
Des visiteurs assidûment
Y charment mon isolement.


C'est toi d'abord, ô bien-aimée,
M'apportant avec ta gaité
Dorénavant douce, l'armée
Des victorieux procédés
Par quoi tu m'as toujours dompté,
Conseil juste, forte bonté...

Et ne voilà-t-il pas encore,
Ô miracle renouvelé
De vingt ans passés, que j'implore
Depuis lors, contrit, désolé,
Que la grâce entre et me sourit
De Notre-Seigneur Jésus-Christ !


Octobre 1893.