Vieux manoirs, vieilles maisons/061

Ls.-A. Proulx (p. 180-189).

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le moulin de vincennes à beaumont
D’après la peinture de Charles Maillard

LE MOULIN DE VINCENNES À BEAUMONT



L E 3 novembre 1672, l’intendant Talon concédait à François Bissot de la Rivière, en faveur de ses fils Jean-Baptiste Bissot de Vincennes, âgé de quatre ans, et Charles-François Bissot, âgé de huit ans, « pour leur donner plus de moyen de s’établir », soixante-dix arpents de terre de front sur une lieue de profondeur à prendre sur le fleuve Saint-Laurent, depuis les terres appartenant au sieur de la Citière jusques aux terres non concédées.

C’est là le fief et seigneurie de Vincennes qui fut plutôt appelé à l’origine Cap-Saint-Claude, à cause, probablement, du cap Saint-Claude d’où la vue s’étendait au loin sur le fleuve Saint-Laurent, et du ruisseau Saint-Claude, qui venait de l’arrière des terres et se précipitait de la falaise dans le fleuve d’une hauteur de près de 150 pieds et formait une chute très pittoresque.

François Bissot de la Rivière, ni sa veuve Marie Couillard remariée à Jacques de Lalande-Gayon, pas plus d’ailleurs que les jeunes seigneurs Jean-Baptiste Bissot de Vincennes et Charles-François Bissot, n’habitèrent le fief Saint-Claude ou Vincennes. Ils se contentèrent d’y faire des concessions de terres aux colons désireux de s’établir à proximité de Québec.

Jean-Baptiste Bissot de Vincennes fut officier dans les troupes du détachement de la marine. Il commanda longtemps chez les Miamis, dans l’Ouest américain, et mourut au milieu de ces Sauvages parmi lesquels il était très populaire. C’est son fils, François-Marie Bissot de Vincennes, qui fut brûlé par les Chicachas en 1736. On le considère comme le fondateur de l’Indiana[1].

À la mort de Marguerite Forestier, veuve de Jean-Baptiste Bissot de Vincennes, en 1748, le fief et seigneurie de Vincennes fut vendu par autorité de justice et acheté, le 19 août 1749, par Claude-Joseph Roy, capitaine de milice de la côte de Beaumont, pour le prix de 5,600 livres.

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Le moulin de Vincennes à Beaumont

Dès avant son achat de Vincennes, Roy, avec la permission de la seigneuresse, avait bâti un moulin sur le ruisseau Saint-Claude, à l’endroit où il se jette dans le Saint-Laurent. Ce moulin fut bâti dans l’été de 1733.

C’est le moulin du seigneur Claude-Joseph Roy, plusieurs fois restauré, qu’on voit encore tout près de la chute Saint-Claude.

Claude-Joseph Roy décéda dans son manoir de Vincennes le 26 avril 1756. Il laissait un fils, Joseph Roy, et trois filles, Marie, mariée à Jean Corpron, Charlotte, mariée à Pierre Revol, et Marguerite, mariée à Charles Lecours. Corpron et Revol furent les séides de l’intendant Bigot. On voit encore sur la grève, au pied de la chute Saint-Claude, les ruines de l’immense entrepôt construit par les deux complices de l’intendant Bigot pour recevoir les grains achetés à vil prix des pauvres habitants et revendus au Roi avec cent pour cent et plus de profit. Les profiteurs de la Grande Guerre n’ont rien inventé ! Ceux de la guerre de la conquête leur avait tracé le chemin.

Le moulin de Vincennes est aujourd’hui la propriété de M. Lorenzo Auger, architecte de Québec, qui l’a très habilement restauré et en a fait un petit musée qu’on visite avec intérêt et profit.

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La maison Napoléon Breton à Beaumont

Cette maison en pierre blanchie à la chaux est aussi propre à l’intérieur qu’à l’extérieur. Construite il y a plus de cent cinquante ans, ses propriétaires successifs ont conservé ses divisions originaires en pin non peinturé.

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La maison Edgar Poiré à Beaumont

Cette maison, vieille de près d’un siècle, bâtie à trois cents pieds du chemin, avait autrefois une fort jolie apparence. À remarquer la laiterie en pierre en arrière de la maison.

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La maison Sifroy Roy à Beaumont
Vieille de plus d’un siècle, cette maison est bien conservée

L’ANCIEN PRESBYTÈRE DE BEAUMONT



M. J.-Edmond Roy écrivait en 1897 :
« La paroisse de Beaumont si calme, si tranquille avec sa vieille église perchée au sommet d’un promontoire d’où la vue découvre un horizon superbe, que de souvenirs elle éveille dans mon esprit chaque fois que les hasards de la vie m’y ramènent ! C’est là que fut le berceau de ma famille. Depuis deux cents ans quelques-uns des miens y ont vécu, peiné, souffert. Ces champs, ce sont des hommes de mon sang qui les ont fait fructifier. Que de fois, ils ont parcouru ces grèves, sous le grand soleil ou par des nuits d’orage, pour y relever leurs filets de pêche. À l’ombre de ces ormes touffus, ils se sont assis, dans un jour de joie ou de deuil. Dans ce vieux cimetière, au bord de la falaise, en face de la grande mer, combien d’entre eux dorment leur dernier sommeil ! Ils y reposent dans la paix en attendant le grand réveil.

« Vieux aïeux, chair de ma chair, os de mes os, vous avez vécu au milieu du calme et dans le contentement le plus parfait. Au delà de la borne de vos champs vous ne connaissiez pas d’horizon. Vous n’avez pas connu non plus les désenchantements de la vie. Pourquoi dirais-je paix à vos cendres ? Ne continuez-vous pas à jouir dans la mort de votre félicité terrestre »[2] ?

La première église de Beaumont fut construite en 1694. Elle était en bois et de petites dimensions. Tout à côté, on éleva un modeste presbytère.

En 1722, on remplaça ce presbytère par une maison un peu plus convenable. Ce presbytère, vieux de plus de deux siècles, existe encore. Il sert d’école depuis soixante-dix à quatre-vingts ans. En 1904, on l’a restauré, agrandi, élevé, etc. Bien sûr, s’il était donné aux bons vieux curés qui l’ont habité pendant tant d’années de revenir à Beaumont, ils ne le reconnaîtraient plus, tant on l’a modifié. Mais, qu’importe, à Beaumont, on a le culte du souvenir et les braves habitants ont voulu conserver à côté de leur antique église le presbytère qu’avaient connu leurs ancêtres.

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L’ancien presbytère de Beaumont
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La maison Octave Fortin à Beaumont

Cette maison fut construite dans les premières années du siècle dernier. Elle a toujours été bien entretenue.

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La maison Sylvio Turgeon à Beaumont

Voici une des plus vieilles sinon la plus vieille maison de Beaumont. Elle date des premières années de l’établissement de la paroisse. Il n’y a guère plus de huit pieds entre les deux planchers. Les poutres qui soutiennent le plancher de haut, toutes en beau pin, n’ont jamais été peinturées ni même vernies.

  1. À consulter sur ce personnage : Le sieur de Vincennes, fondateur de l’Indiana, et sa famille.
  2. Nicolas Le Roy et ses descendants, p. 92.