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La Vie de Monsieur Leibnitz.
in Histoire de la vie et des ouvrages de Leibnitz, 1734



Naissance de M. Leibnitz en 1646.

Godefroi Guillaume Leibnitz[1] naquit à Leipzig, ville du cercle de Haute Saxe, riche, marchande, et bien peuplée, le 3 de juillet 1646[2]. de Frédéric Leibnitz professeur en morale, et greffier de l’Université, et de Catherine Fille de Guillaume Schmuck, docteur et professeur en droit dans l’Université de la même ville. La sœur de sa mère était mariée à Jean Strauchius, secrétaire de la ville de Brunswick, et jurisconsulte célèbre. Il avait encore plusieurs parents parmi les ministres luthériens, et qui par cette raison ne pouvaient pas être entièrement ignorants, de sorte que M. Leibnitz né dans le sein d’une famille de gens de lettres, dut se regarder de bonne heure, comme un homme destiné à la même profession. Ce n’est pourtant pas qu’il n’eût des exemples domestiques qui pouvaient tourner ses vues d’un autre côté, et le porter à prendre le parti des armes. Paul Leibnitz son grand-oncle avait servi en Hongrie avec assez de distinction, pour mériter que l’empereur Rodolphe II l’anoblît, et lui accordât les armories, que son arrière-neveu a toujours portées.


Des circonstances particulières, et plus encore une inclination dominante, et des talents qui se déclarèrent de bonne heure, laissèrent suivre sans répugnance M. Leibnitz une carrière moins brillante en elle-même, mais dans laquelle il a recueilli tant de lauriers, et de si grands honneurs, qu’il n’a jamais dû se repentir d’y être entré. D’ailleurs, sans considérer les glorieux avantages qu’il en retira, disons que quand la profession des lettres ne donnerait à ceux qui l’embrassent que de simples plaisirs d’esprit ; ces plaisirs, qui sont au fond les plus attrayants, les plus doux, les plus honnêtes de la vie, propres en tout tems, à tous âges, et en tous lieux, justifieroient suffisamment le mérite de son choix. Les lettres[3] (dit l’homme du monde qui en a le mieux connu la valeur) « forment la jeunesse, et réjouissent les vieillards ; elles consolent dans l’adversité, et elles rehaussent le lustre de la fortune dans la prospérité ; partout elles répandent, d’innocents plaisirs, et n’embarrassent jamais ; la nuit elles nous entretiennent, elles nous désennuient à la campagne, elles nous délassent dans les voyages.


Notes :
  1. Je suis cette manière d’orthographier le nom de M. Leibnitz, parce qu’elle est conforme à la terminaison des noms propres allemands. Il est vrai que quand lui-même écrit en français, il signe ordinairement Leibniz, comme j’ai eu occasion de le voir par diverses copies de ses lettres qui me font tombées par hasard entre les mains ; mais il semble que c’est pour mieux s’accommoder à la prononciation de la langue française qu’il a employé cette orthographe, se signant d’ailleurs en latin Leibnitius, au lieu de Leibnizius, qui eût beaucoup mieux rendu le nom de Leibniz. Après tout, si je pèche dans ma conjecture, ce n’est pas une grande erreur.
  2. C’est-à-dire nouveau style. M. de Fontenelle, qui marque la naissance de M. Leibnitz au 23 de juin, a laissé un peu d’obscurité dans cette date, en n’avertissant pas qu’il suit ici contre sa coutume le V. S. Mrs. les journalistes de Leipzig en assignant la naissance de M. Leibnitz au 23 de juin V. S. ou au 3 de juillet N. S., m’ont fait prendre garde à la légère omission de M. de Fontenelle. Je sens mieux que personne combien cette remarque est peu importante ; aussi ne la fais-je que pour prévenir toute confusion.
  3. Cicéron dans son beau Plaidoyer pour Archias, en ces termes : Studia adolescentiam alunt, senectutem oblectant, secundas res ornant, adversis perfugium ac solatium praebent ; delectant domi, non impediunt foris, pernoctant nobiscum, peregrinantur, rusticantur.