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Vénus ardente (Verhaeren)

PoèmesSociété du Mercure de France (p. 17-18).
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VÉNUS ARDENTE


En ce soir de couleurs, en ce soir de parfums,
Voici grandir l’orgueil d’un puissant crépuscule
Plein de flambeaux cachés et de miroirs défunts.
Un chêne avec colère, à l’horizon, s’accule
Et, foudroyé, redresse encor ses poings au ciel.
Le cadavre du jour flotte sur les pâtures
Et, parmi le couchant éclaboussé de fiel,
Planent de noirs corbeaux dans l’or des pourritures.

Et le cerveau, certes morne et lassé, soudain
S’éveille en ces heures de fastueux silence
Et resonge son rêve infiniment lointain,


Où la vie allumait sa rouge violence
Et, comme un grand brasier, brûlait la volonté.
Et le désir jappant et la ferveur torride
Ressuscitent le cœur mollassement dompté,
Et voici que renaît Vénus fauve et splendide,
Guerrière encor, comme aux siècles païens et clairs,
Qui l’adoraient en des fêtes tumultueuses,
Tandis qu’elle dressait, comme un pavois, ses chairs,
Pâle, le cou dardé, les narines fougueuses.