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La Bastille septentrionale,
ou
les trois sujets britanniques opprimés
1791

Préface de l'auteurModifier

L'auteur de cet imprimé a cru en le publiant payer un tribut à l'amitié et à sa patrie. Il dédie son ouvrage au public, parce que c'est à son tribunal seul qu'il veut traduire les coupables: tribunal auguste, où la faveur, les richesses, la puissance, ni la grandeur ne sauraient être de la moindre considération.

L'auteur n'empruntera rien de l'art pour gagner les suffrages; il laisse cette ressource à des sujets incapables d'intéresser par eux-mêmes: celui qu'il va traiter doit fixer par sa nature l'attention sérieuse du lecteur, indépendamment des facultés de l'écrivain.

Et en effet, il s'agit moins ici de la cause de trois individus que de celle de la communauté entière: car s'il est laissé au pouvoir arbitraire de commettre impunément des vexations, qui peut se flatter de n'être pas exposé à perdre ce qu'il aura de plus cher? Aujourd'hui mon voisin est chargé de chaînes, et demain, compagnon malheureux de sa captivité, je gémirai avec lui sur l'injustice de notre sort. Étouffons donc l'HYDRE horrible de la persécution, avant sa formation entière. Que l'homme de lettre consacre sa plume et ses verbes à démasquer les tyrans, ces lâches fléaux de l'humanité, qu'il les empreigne de honte, qu'il les poursuive jusque dans la tombe et au delà, afin que l'homme puissant que l'homme élève s'abstienne d'abuser de son autorité, par la crainte d'encourir la haine et l'exécration de la postérit; châtiment le plus terrible que l'esprit humain puisse concevoir.

L'auteur avant toute chose croit devoir prévenir le lecteur que les ordonnances des milices de cette province, passées le 23 avril 1787, et le 30 avril 1789, sont la cause médiate du désastre dont on gémit; il dit médiate, en tant que tel désastre provient moins des différentes dispositions de ces ordonnances, que des applications partiales et arbitraires qui en ont été faites. Ainsi l'auteur ne réfléchira point sur l'esprit de ces ordonnances: il se contentera de faire remarquer qu'elles ont été passées dans un temps où les deux provinces gémissaient sous une constitution éphémère, moins faite pour régir des hommes libres que pour les désespérer. Soyons donc reconnaissant à la mère-patrie de notre nouvelle constitution, et que les malheurs qu'a produits la constitution passée puissent rendre plus circonspects nos législateurs à venir. Obéissons toujours aux lois, mais faisons-en de justes si nous voulons les faire chérir et respecter par la nation. De bonnes lois forment de bons sujets.

La Bastille septentrionale, ou les trois sujets britanniques opprimésModifier

JONATHAN Sills, Joseph Sills et Malcom Fraser, fils, tous trois victimes de l'oppression que je décris, sont nés depuis la conquête de ce pays par l'Angleterre, de parents anglais distingués par leurs vertus privées autant que par une loyauté constante et inébranlable. Ces trois jeunes messieurs vivaient au sein de leurs familles dans la ville de Trois-Rivières, jouissant par une conduite sage et soutenu de l'estime et de la confiance de leurs compatriotes, quand parut en 1789 l'ordonnance des milices servant de correctif à celle passée en 1787, intitulé « Ordonnance pour régler plus solidement les milices de la province et les rendre d'une plus grande utilité pour la conservation et sûreté d'icelle. »