Une Biographie allemande de Beaumarchais

Une Biographie allemande de Beaumarchais
Revue des Deux Mondes3e période, tome 73 (p. 682-694).

Un Autrichien, M. Antoine Bettelheim, très versé dans l’histoire de notre littérature, vient de publier, dans un beau volume qui fait honneur aux presses de Francfort, d’où il est sorti, une biographie de Beaumarchais qu’on pourrait traiter de définitive, s’il y avait rien de définitif en ce monde [1]. Passionnément épris de son sujet, aucune peine ne lui a coûté pour en éclairer les parties obscures. Il a fouillé, après bien d’autres, dans les archives de nos affaires étrangères et de la Comédie-Française, dans celles d’Alcala de Henares et de Vienne, comme dans les cartons du British-Museum et dans les collections particulières ; rien n’a rebuté sa patience, et ses recherches n’ont point été stériles. Pour approfondir quelques points douteux du procès Goezman, il a consulté les actes du parlement de Paris ; il a retracé la curieuse histoire de la très fameuse édition de Kehl en dépouillant le premier, à Carlsruhe, toutes les lettres échangées entre les éditeurs et le margrave Charles-Frédéric de Baden ou ses ministres. Il a emprunté à la biographie manuscrite de Beaumarchais, par Gudin, plus d’un renseignement dont M. de Loménie n’avait point fait usage. M. Bettelheim, si nous sommes bien informés, est juriste de profession, et il a du goût pour les enquêtes. Il y joint l’art de raconter, le talent de la composition. Ce n’est pas un de ces trouveurs qui s’engouent de leurs découvertes jusqu’à sacrifier l’intérêt et les vieilles vérités aux nouveautés douteuses, à la superstition de l’inédit. Il sait élaguer et choisir ; il se défie des fatras de bagatelles, des détails oiseux, de ce que Voltaire appelait la vermine qui ronge les grands ouvrages. Le sien se recommande à notre attention, et nous ne doutons pas qu’avant peu on ne le traduise en français.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’Allemagne s’est occupée de l’homme étonnant qui nous a laissé dans ses Mémoires de vrais chefs-d’œuvre dans le genre de l’éloquence endiablée et qui a enrichi notre théâtre de deux admirables comédies d’un genre tout nouveau, créé par lui, et dont il a emporté le secret. Goethe s’est senti jusqu’à la fin une sympathie indulgente et olympienne pour celui qu’il appelait « l’aventurier français. » Il ne renia jamais la dette qu’il avait contractée envers lui ; il lui devait le sujet d’un de ses meilleurs drames bourgeois. Il y avait représenté Beaumarchais tel que Beaumarchais s’était peint lui-même, et il s’était donné le plaisir de transformer Clavijo à sa propre ressemblance, de lui prêter les traits et les sentimens d’un jeune poète francfortois, d’un certain Jean-Wolfgang Goethe, lequel avait manqué de parole à la fille d’un pasteur alsacien et se mettait en règle avec sa conscience en babillant ses remords de vers exquis ou d’une prose souple et limpide. Douze ans plus tard, un illustre compositeur allemand se chargeait d’extraire du Mariage de Figaro tout ce qu’on y peut trouver de poésie intime et romantique ; il remplaçait les épigrammes et les équivoques graveleuses par les enchantemens d’une musique qui fond le cœur ; il ajoutait des clochettes d’or aux grelots toujours tintans de la marotte de Figaro. On sait que Beaumarchais n’a jamais goûté Mozart ni son opéra, que son traducteur lui faisait l’effet d’un traître. Nous savons par M. Bettelheim qu’il a en l’occasion d’entendre le Clavijo de Goethe et qu’il en fit peu de cas : « Passant à Augsbourg, en Souane, écrivait-il à Marsollier, je me suis vu jouer une seconde fois, moi vivant, mais joué sous mon nom, ce qui n’était, je crois, arrivé à nul autre. Mais l’Allemand avait gâté l’anecdote de mon mémoire en la surchargeant d’un combat et d’un enterrement, additions qui montraient plus de vide de tête que de talent. »

Si Beaumarchais prétendait n’avoir eu à se louer ni de Mozart ni de Goethe, que doit penser son ombre du volume que lui a consacré son biographe viennois ? M. Bettelheim admire autant que personne le génie et la verve de Beaumarchais pamphlétaire ou dramaturge ; mais personne n’a déshabillé avec tant de cruauté l’homme qui fut tour à tour l’idole et « l’horreur de tout Paris. » M. Taine reprochait à M. de Loménie, il y a quelques années, « d’avoir laissé un peu dans l’ombre le faiseur et le charlatan, le gamin et le polisson. » Sainte-Beuve, qui se repentait de l’avoir comparé à Voltaire, en n’accordant à ce dernier que l’avantage du goût, est revenu un jour sur son premier jugement dans une de ces notes perfides où il se plaisait à réviser et à aiguiser ses sentences : « Chez Beaumarchais, disait-il, il y aura toujours un cabinet secret où le public n’entrera pas. Au fond, il a pour dieux Plutus et le dieu des jardins, ce dernier tenant une très grande place jusqu’au dernier jour. » M. Bettelheim ne s’est point appesanti sur le dieu des jardins, il a été fort discret sur les amours du père de Figaro et sur les divertissemens de son âge mûr. Il s’est contenté de rappeler que Beaumarchais, vieillissant, avait sur sa table à écrire une pantoufle d’or, qu’avant de se mettre au travail il la baisait dévotement pour s’inspirer, que cette pantoufle avait été moulée sur une des mules de Mme Houret de La Marinaie, que plus tard on se brouilla, que cette maîtresse infidèle se fit un méchant plaisir de divulguer l’histoire des tibériades de son amant ; c’était son mot. Beaumarchais s’appliqua à réfuter les accusations de Mme Houret dans des lettres qui sont conservées au British-Museum. M. Bettelheim a vu ces lettres, où les arguties d’un incomparable avocat sont mêlées à des explications dont le cynisme ordurier lui a fait peur. Il s’est refusé à en publier une seule ligne ; il a laissé dormir cette boue.

En revanche, personne avant lui n’avait si bien montré toute la place que Plutus a toujours tenue dans la vie de Beaumarchais, quel culte fervent il lui rendait, tout ce qu’il se permettait pour se gagner les faveurs de ce dieu des mauvais conseils. — « Monsieur Morales, vous cédez bien promptement aux difficultés, disait à l’un de ses complices ce don Raphaël avec qui Gil Blas lia partie. Quand on a fait son apprentissage sous de grands maîtres, on ne doit pas si facilement s’alarmer. Pour moi, qui veux marcher sur les traces de ces héros, je me raidis contre l’obstacle qui vous épouvante, et je me fais fort de le lever. » A quoi Morales répondait : « Si vous en venez à bout, je vous mettrai au-dessus de tous les grands hommes de Plutarque. » Beaumarchais était souvent tenté de se comparer aux grands hommes de Plutarque, et comme don Raphaël, il ne négligeait pas les occasions « d’exercer son savoir-faire. » Quoiqu’il eût un goût naturel pour les grandes entreprises, pour les aventures épiques, il n’éprouvait aucune répugnance déraisonnable pour les supercheries et les petites manœuvres d’un simple chevalier d’industrie. Sa conscience était une bonne fille, très facile ; on pouvait tout lui proposer, rien ne l’effarouchait.

A l’âge où s’éveillent les sens, Pierre-Augustin Caron était tourmenté du désir de posséder une maîtresse comme il n’y en a point ; il soupirait après une femme idéale, rassemblant en sa divine personne tout ce qu’il voyait de plus charmant dans ses sœurs, qu’il aimait beaucoup. Il lui donnait libéralement le regard vainqueur de Mme Guilbert, la taille fine de Lisette, la fraîcheur de teint de Fanchon, l’enjouement de Bécasse-Julie, dont il a fait plus tard la Suzanne du Mariage, les grâces nonchalantes de Tonton. Il renonça bien vite à son Iris en l’air ; il prit le parti de courir après toutes les femmes, sans leur demander plus qu’elles ne pouvaient donner, et selon qu’elles s’appelaient Fanchette, Suzanne ou Rosine, il les aimait toutes également, mais d’un amour particulier, approprié au sujet. S’il a varié dans les idées qu’il se faisait de l’amour, il a toujours pensé avec une invariable constance que, pour être quelqu’un, il faut être immensément riche. Beaumarchais n’est pas un homme de lettres qui a trop aimé l’argent ; Beaumarchais est un homme d’argent, de finance et de bourse, un grand spéculateur, un industriel, qui s’est trouvé avoir un prodigieux talent de pamphlétaire et d’écrivain et dont l’occasion a fait un tribun, dont les circonstances ont fait un poète. Manans ou grands seigneurs, ses ironies et ses sarcasmes n’ont épargné personne, à la réserve des financiers, des fermière-généraux, qu’il a toujours ménagés ; c’était le seul respect qui lui restât. Il se croyait de leur famille, et il n’aurait pu leur manquer sans se manquer à lui-même.

De bonne heure, il s’était senti l’esprit des affaires, le génie du calcul. Le jour où il rencontra Pâris-Duverney, ce soleil l’éblouit, et il jura de devenir, lui aussi, l’un de ces astres de première grandeur qui commandent tout un système de satellites et de planètes : Paris et fratres et qui rapuere sub illis. Il faut lui rendre justice, il avait les grandes ambitions. Il voyait dans la richesse, non-seulement l’instrument du bonheur et du plaisir, mais le seul moyen d’être une puissance dans l’état. Jusqu’à la fin, son rêve sera de se faufiler chez les grands, chez les ministres, chez les rois, de leur donner des conseils qu’ils ne lui demandent point, de leur soumettre des plans, de leur recommander des réformes où Beaumarchais trouve son compte ; le fils de l’horloger de la rue Saint-Denis aspire à gouverner les gouvernans. Il a, selon les cas, l’insolence, l’effronterie, la souplesse, et tous les moyens lui sont bons pour arriver. Bergasse dira de lui : « Il sue le crime. » Bergasse le calomnie, Beaumarchais n’est pas méchant, il ne tuera personne. Mais il ne répugne pas aux basses manœuvres, ni même aux impostures ; il s’entend à leur donner de belles couleurs, il mêle sans vergogne à ses spéculations les intérêts de l’état et du genre humain, le patriotisme et la philanthropie. Il aura jusqu’au bout l’art d’embellir les vilaines affaires ; il l’avait déjà quand il épousa Mme Franquet et qu’il se servit d’elle pour battre monnaie. S’agit-il de soutirer 900 livres à des contrôleurs, il s’affuble d’une robe de prêtre, et ce prêtre, qu’il baptise du nom de l’abbé Arpajon de Sainte-Foix, est un saint homme très austère, qui fait la morale aux puissans et « que la charité anime sur les intérêts d’une honnête femme. » C’est dans le voyage qu’il fit en Espagne, à l’âge de trente-deux ans, que Beaumarchais, pour la première fois, se révèle à nous tout entier. Grâce à M. Bettelheim, nous savons exactement ce qui l’attirait à Madrid et l’emploi qu’il y fit de son temps. Il emportait 200,000 francs en lettres de change que lui avait remises Pâris-Duverney et qui devaient lui servir à devenir millionnaire en un tour de main. L’Espagne, qui avait dû échanger la Floride contre une partie de la Louisiane, ne savait trop que faire de sa nouvelle acquisition ; il fallait de l’argent pour coloniser et l’argent manquait. Beaumarchais s’était chargé de fonder avec des capitaux français une compagnie de la Louisiane, et nous voyons par les Instructions secrètes qu’il adressait à ses commettans français et que possèdent les Archives de la Comédie-Française de quelle façon il entendait procéder dans son entreprise. Il prenait l’engagement d’approvisionner et de fortifier la Nouvelle-Orléans et d’autres places, de les mettre à couvert de toute insulte, de les protéger contre les convoitises anglaises. Son intention était de n’en rien faire, car, disait-il, nous sommes des commerçans et non des ministres et nous n’avons à nous occuper que du succès de notre compagnie ; tout promettre et ne rien tenir, ajoutait-il, telle doit être notre devise. Son vrai projet était d’accaparer le commerce des noirs dans les colonies espagnoles et tout le commerce de contrebande, et, à cet effet, il se proposait de fortifier un îlot situé à l’embouchure du Mississipi, pour y établir à l’abri de défenses solides des entrepôts et des magasins. En un mot, il prétendait imposer au gouvernement espagnol un marché de dupe en s’assurant tous les profits permis et en y ajoutant tous les profits illicites, sans prendre au sérieux aucune des charges qu’il se donnait l’air d’accepter. Il savait avec quelle lenteur se faisaient les enquêtes à Madrid ; il comptait que dix ans s’écouleraient avant que les ministres avec qui il traitait eussent conçu le moindre soupçon et découvert qu’on les bernait, que dans toute cette affaire, « les vues générales » servaient de couverture à des intérêts privés.

A cette chimère il en joignait une autre plus magnifique encore et plus grandiose, qu’il révélait avec une candeur d’effronterie sans pareille dans un mémoire adressé au duc de Choiseul. Il représentait à cet homme d’état que pour mettre l’Espagne dans la dépendance du cabinet de Versailles, il fallait, par l’entremise du valet de chambre Piny, tout-puissant sur son auguste maitre, donner à Charles III une maîtresse en titre, une Pompadour et il proposait pour cet office la belle marquise de La Croix, nièce de l’évêque d’Orléans, laquelle au vu et au su de tout Madrid était la maîtresse de Beaumarchais ; c’était le seul point sur lequel il n’eût garde de s’expliquer avec le duc de Choiseul : « L’Espagne gouvernée par Charles III, dit à ce sujet M. Bettelheim, Charles III gouverné par Piny, le maître et le valet de chambre gouvernés par la marquise de La Croix, qui serait elle-même à la dévotion de Beaumarchais, on doit avouer que ce plan dépassait de bien loin les combinaisons les plus hardies qu’ait pu concevoir Figaro. » La réponse du duc de Choiseul fut qu’il fallait exclure absolument ce personnage suspect de toute mission concernant l’Espagne.

— « Que les gens d’esprit sont bêtes ! » disait Suzanne, et Figaro répondait : « On le dit. » — « C’est qu’on ne veut pas le croire ! » reprenait Suzanne. Comme Figaro, Beaumarchais a toujours pensé que la plus vulgaire intrigue est tout le secret de la politique ; il se refusait à comprendre qu’il y a un certain degré de déconsidération qui est un obstacle aux entreprises, et qu’après tout, les grandes affaires ont leur pudeur. Cet habile homme, qui ne se défiait pas assez des moyens grossiers, n’a réussi que lorsqu’il avait à jouter contre des pieds plats ou contre de vils coquins. Il était bien inspiré le jour où il demandait à Dieu de lui donner des ennemis très sots et très ridicules : « Suprême Bonté, donne-moi Marin ! .. Donne-moi Bertrand ! .. Donne-moi Baculard ! » Toutes les fois qu’il s’est trouvé en présence d’un homme d’esprit ou de caractère, d’un Charles III ou d’un Choiseul, d’un Franklin ou d’un Vergennes, d’un Kaunitz, d’un Mirabeau ou même d’un Bergasse, il a en le chagrin de voir éventer ses mines et démonter ses batteries. Heureusement pour lui, par une grâce d’état, si ses défaites lui causaient quelque dépit, il n’en a jamais senti la honte. Il quitta Madrid plus pauvre qu’il n’y était venu, ne rapportant à Paris que le romantique souvenir de quelques affaires d’amour ou d’honneur et de quelques airs de guitare, qu’il saura mettre à profit en composant son Barbier, de telle sorte qu’il se trouve que, bien malgré lui, il n’a travaillé en Espagne que pour nous et pour nos plaisirs.

Il y a des aventuriers qui, à force de courir tous les chemins de ce monde, finissent par y rencontrer un cas intéressant dont leurs entrailles sont émues et qui, une fois dans leur vie, jouent le rôle de paladin. La beauté de leur aventure leur ennoblit le cœur, ils méprisent leurs commencemens, ils n’ont plus de goût que pour les grands emplois. Ce ne fut point le cas de Beaumarchais ; il était condamné à ne changer jamais ; le fond de l’homme est toujours resté à travers toutes les vicissitudes de sa destinée. Neuf ans après son retour d’Espagne, quand ses démêlés avec le comte de La Blache et le conseiller Goezman lui ont fourni l’occasion de se faire l’avocat des honnêtes gens et le vengeur de la morale outragée, d’entreprendre la cause commune de transformer une misérable affaire de quinze louis en une question de liberté publique et d’infliger au parlement Maupeou un de ces affronts qui tuent, quand il est en voie de gagner l’estime, de s’acquérir le renom d’un grand citoyen et que les foules se pressent sur son passage pour acclamer le Wilkes français, on le voit redescendre en hâte du piédestal où l’avait hissé son bon génie. Sa fortune n’est pas faite, il ne peut la faire que par les grands et les rois. Il s’empresse de jeter aux orties sa toge de tribun, il entre au service secret de la cour, il n’a pas de cesse que Mme Du Barry ne l’ait envoyé à Londres s’aboucher avec un Théveneau de Morande et protéger, contre les insultes du Gazetier cuirassé, le précieux honneur de Chon-chon. Il a toujours réussi dans ce genre d’ambassades ; Morande, grassement payé, acquiesce, se rend et devient son allié, presque son ami. Il ne faut pas mépriser l’amitié d’un Morande : tout peut servir [2].

Ce beau succès l’a mis en goût. Hélas ! Louis XV vient de mourir sans avoir pu lui témoigner sa gratitude. Il ne se décourage pas ; il attend à peine que Louis XVI se soit assis sur son trône pour lui arracher un mot qui l’autorise à repartir en mission secrète. Il retourne en Angleterre négocier la suppression d’un libelle contre Marie-Antoinette, intitulé : Avis à la branche espagnole. Il est muni d’un passeport au nom de Ronac, d’une lettre de crédit de 500 guinées et d’un certificat du roi qui lui donne ses pleins pouvoirs. Il est assez heureux pour dépister l’auteur de l’Avis, un certain Angelucci, qui s’appelait aussi Atkinson, et qui se déclare prêt à détruire les Z »,000 exemplaires de son pamphlet moyennant un honoraire de 1,200 guinées. On discute, on chipote ; enfin le marché est conclu, un contrat en forme est signé. Mais Atkinson est un fourbe ; il a détourné des exemplaires et s’est enfui. Beaumarchais-Ronac court après son voleur, traverse toute l’Allemagne à sa poursuite.

En passant près du bois de Neustadt, il aperçoit un cavalier qui ressemble à son homme. Il descend précipitamment de sa chaise, le rejoint, le désarçonne, lui met le pistolet sur la gorge, en lui criant : « Misérable, ton dernier jour est venu, tu vas expier les infamies. » Il le contraint à ouvrir sa valise et son portemanteau, il y trouve les exemplaires dérobés, il s’en saisit, mais Atkinson a la vie sauve : Ronac est généreux. Comme il regagnait sa chaise, survient un malandrin, puis un second, puis un troisième. A force de vaillance et de sang-froid, il a raison de tout le monde, il en est quitte pour deux blessures sans gravité. Après quoi, ses papiers en poche, il arrive à Vienne, il obtient une audience de Marie-Thérèse, il lui conte ses exploits, ses brigands et ses blessures, il l’intéresse, il l’émeut et la quitte la tête haute ; heureux et triomphant. Cette fois, sa fortune est faite. A Madrid, comme le remarque M. Bettelheim, il avait fondé ses espérances sur les grâces d’une belle pécheresse ; à Vienne, il attend tout de la reconnaissance d’une mère, prompte à s’alarmer pour sa fille. Marie-Thérèse pourra-t-elle rien refuser au preux chevalier qui a tout souffert et tout osé pour sauver l’honneur de Marie-Antoinette ? 11 se voit déjà son homme de confiance, jouant le rôle d’un grand courtier diplomatique et malhonnête entre la reine de Hongrie et le cabinet de Versailles. Il est tiré de son rêve par l’apparition soudaine de deux officiers, l’épée nue, et de huit grenadiers, suivis d’un secrétaire qui lui annonce que M. de Ronac est aux arrêts.

Il avait compté sans Kaunitz. Ce n’est pas tout d’être Scapin, il faut avoir affaire à Géronte, et Kaunitz n’était pas facile à tromper. Certains détails dont l’avait informé son auguste souveraine le mirent en défiance. Il fut confirmé dans ses soupçons par l’enquête qu’il ordonna, par les dépositions d’un postillon qui avait vu son voyageur mettre pied à terre pour aller satisfaire un besoin naturel dans le bois de Neustadt, après avoir glissé un rasoir dans sa poche. La lutte corps à corps avec un cavalier, pure fiction, conte en l’air ! Les trois malandrins, chimères et fantômes ! Les deux glorieuses blessures, Beaumarchais se les était faites adroitement avec son rasoir, à la seule fin de se rendre intéressant et en s’appliquant à combiner le souci des vraisemblances avec tous les égards qu’il devait à sa personne. Au surplus, Atkinson n’avait jamais existé que dans sa plantureuse imagination ; nul ne l’a jamais vu, nul ne l’a connu. Après lui avoir repris les exemplaires frauduleusement détournés, Beaumarchais l’a laissé courir ; il court encore, il courra toujours. Rien n’est plus commode dans certains cas que de traiter avec un homme qui n’existe point ; on est à l’abri de ses réclamations comme de ses démentis. A la vérité, le contrat n’était pas une chimère, il était muni de deux signatures ; M. de Ronac l’avait signé deux fois. Sur un seul point, Kaunitz s’était trop hasardé. Après lui, M. d’Arneth n’a pas craint d’imputer à Beaumarchais l’Avis à la branche espagnole, l’accusant d’avoir fabriqué lui-même le libelle dont il négociait, bourse en main, le rachat et la suppression. M. Bettelheim est plus circonspect, il a des doutes et ses raisons nous semblent bonnes. Mais, comme M. d’Arneth et comme le prince de Kaunitz, il est fermement convaincu qu’il n’y eut jamais d’Angelucci ni d’Atkinson. Il a vu à Vienne des brouillons du fameux contrat et des papiers où Beaumarchais s’essayait à contrefaire péniblement toutes les lettres d’une signature anglaise. Le fils de l’horloger était un homme de conseil et de main ; mais ce jour-là, il eut plus de main que de conseil, puisque le dupeur n’a dupé personne.

On aurait pu croire que cette fois, il demeurerait enseveli sous sa honte, qu’il ne lui restait plus qu’à se cacher dans un trou. Heureusement il vivait dans un siècle où la morale publique était fort indulgent aux Scapins. Versailles intercéda pour lui, Sartine plaida sa cause. Le drôle, comme l’appelait Kaunitz, fut bientôt relâché ; on poussa la délicatesse jusqu’à lui offrir mille ducats à litre de consolation ; il commença par les refuser avec éclat et avec cette arrogance qui lui tenait lieu de fierté ; il finit par les empocher. Plus tard, il obtint que Marie-Thérèse les reprît et lui envoyât en échange une bague de diamans, dont il aimait à se parer dans les grandes circonstances.

Tout allait bien pour lui ; à son retour en France, il trouva dans Maurepas tout-puissant un protecteur tel qu’il pouvait le rêver, préférant un bon mot à une bonne action et persuadé que le premier devoir d’un bon serviteur est d’être sans vergogne et sans scrupule. Beaumarchais touche au but ; après tant d’inutiles labeurs, il recueillera désormais le prix de ses peines. La vendange est ouverte, il voit commencer les plus belles années de sa vie, qui se termineront par le bruyant triomphe du Mariage de Figaro. Il a ses entrées dans tous les ministères, il a la clé de toutes les portes ; on le reçoit, on le recherche, on l’écoute, on le consulte, et bientôt la guerre de l’Indépendance lui fournira l’occasion après laquelle il soupirait, que deux fois il avait manquée. Sous le couvert d’une grande cause nationale dont il est le champion le plus résolu et le plus éloquent, il trouvera le moyen d’enrichir enfin Beaumarchais. Ce redresseur de torts, cet humanitaire jette le gant aux Anglais, il défend contre eux le droit sacré des opprimés, qui lui est plus cher que son bien, et en même temps M. de Ronac se change comme par un coup de baguette en un certain Rodrigue Hortalez et Cie, qui commandité par la France et par l’Espagne, puisant dans les caisses de deux gouvernemens, entreprend d’approvisionner d’armes, de tentes, de vivres et de munitions de guerre les Américains révoltés. Il parcourt toute la France en quête de capitalistes et d’armateurs, il cherche partout des alliés ou des complices pour venir en aide à son négoce philanthropique. La fièvre le travaille et son industrie fait des miracles ; il va, il vient, il se démène, il se multiplie ; il a la tête toujours fumante et des bottes de sept lieues.

Il n’éprouva qu’un chagrin au cours de son entreprise. Quand Franklin arriva à Paris, Rodrigue Hortalez lui fit vainement la cour, sans réussir à désarmer les méfiances de l’avisé bonhomme ni à dégourdir ses glaces, et bientôt Vergennes, tout à fait édifié sur son compte, se fit un devoir de reconduire ; une fois fermée, la porte ne se rouvrit plus. Ses affaires ne laissaient pas de prospérer. Un bâtiment de guerre, le Fier Rodrigue, qu’il avait armé pour protéger ses transports, prit part au glorieux combat de la Grenade et à la victoire de d’Estaing. Le Fier Rodrigue fut percé de quatre-vingts boulets, son capitaine mourut au fit d’honneur et procura à Beaumarchais la gloire de s’être fait tuer par procuration pour la cause des peuples. Son exploit lui valut 400,000 livres, et peu après il encaissa près de 2 millions à titre d’indemnité. Toutefois il n’était pas toujours sur des roses. Mirabeau le prendra à partie, et après l’avoir traité de charlatan, de baladin, de proxénète, lui reprochera d’avoir armé pour l’Amérique « trente vaisseaux chargés de fournitures avariées, de munitions éventées, de vieux fusils que l’on revend pour neufs, le tout pour la gloire de contribuer à rendre libre un des mondes et nullement pour les retours de cette expédition désintéressée. » Il est riche, il peut désormais mépriser les outrages. Cependant, pour se couvrir, il a créé la Société typographique, laquelle publie à Kehl une édition complète des œuvres de Voltaire. Comme le remarque M. Bettelheim, il s’est lancé dans cette dispendieuse entreprise moins en vue des bénéfices qu’il se flattait d’en retirer et qu’il n’en retira point que pour donner le change au public sur les origines suspectes de sa fortune. A ceux qui l’accusaient de s’être laissé enrichir par Rodrigue Hortalez, il répondait avec assurance que c’étaient la typographie et Voltaire qui avaient rempli ses caisses. Quoi qu’il pût dire, il a toujours cru qu’on le croyait.

Cet homme heureux, cet homme arrivé n’a pas joui longtemps de son bonheur. Au goût de l’intrigue, à l’amour du bruit, il joignait la fureur du faste. Il se fit construire en face de la Bastille une somptueuse demeure, qui surpassait toutes les bâtisses de Pâris-Duverney. Il y rassembla mille objets d’art, sans parler d’une table à écrire qui lui avait coûté 30,000 francs. Son jardin était orné de bosquets, de devises, de sentences, et on y voyait le buste de toutes les femmes qu’il avait aimées. La révolution ne tardera pas à le troubler dans son opulent repos, et elle sera sans pitié pour les magnificences dont se repaissaient ses yeux. Il se prendra à regretter ce vieux régime qu’il a si cruellement persiflé, cette molle et aimable pourriture où poussaient en une nuit des champignons de fortune. A plusieurs reprises, sa maison est envahie par des hordes sauvages ; il reçoit, selon sa propre expression, « la visite de 40,000 hommes du peuple souverain ; il est vingt fois sur le point d’être incendié, lanterné, massacré ; il subit en quatre années quatorze accusations plus absurdes qu’atroces, plus atroces qu’absurdes ; il est traîné deux fois dans les prisons, sans avoir commis d’autre crime que celui d’avoir un joli jardin. »

Il connaîtra les amertumes de l’exil et, en rentrant à Paris, il y trouvera sa fortune aux trois quarts détruite. Mais tandis que tout change autour de lui, hommes et choses, il sera toujours le même, et jusqu’à la fin, on le verra se berçant d’illusions, méditant des entreprises, brassant des projets, se piquant de régenter des tribuns et des sans-culottes comme il régentait Maurepas, les accablant de ses pétitions, de ses conseils de ses remontrances, se plaisant au côté théâtral de la révolution et essayant d’y collaborer, mais s’abusant sur le fond tragique des choses, incapable de juger les temps nouveaux qu’il se vantait d’avoir annoncés et préparés, protestant contre le silence qui se fait autour de son nom, ne pouvant comprendre que la révolution n’eût pas besoin de Beaumarchais pour conduire ses affaires, qu’avant de monter les pièces à grand spectacle dont elle régalait les peuples et les rois, elle ne priât pas l’auteur de Tarare de lui en dire son avis et d’en régler l’appareil. Un instant, il mit son espérance dans Bonaparte, il composa en son honneur des vers qui furent mal accueillis. S’il avait vécu assez longtemps pour le voir premier consul, il aurait tout fait pour s’insinuer dans ses bonnes grâces, sans se douter que celui qui s’appliquait à restaurer le respect en France ne pouvait éprouver qu’une glaciale antipathie pour l’homme en qui le respect avait trouvé l’un de ses plus dangereux ennemis.

Beaumarchais nous apparaît dans les dernières années de sa vie, entre 1790 et 1799, comme un vieux radoteur, comme un bonhomme un peu ridicule, qui depuis longtemps est au bout de son rôle et qui, s’obstinant ii remonter sur les planches, se fait reconduire dans la coulisse à grands coups de sifflet. Quel contraste avec ses belles années, avec l’auteur des Mémoires et du Barbier, avec le Beaumarchais vif, ardent, impétueux, dont Paris pouvait dire : « D’en parler seulement, il exhale un tel feu qu’il m’a presque enfiévré de sa passion, moi qui n’y ai que voir ! » M. Bettelheim, qui a raconté sa vie mieux que personne, est trop succinct dans le jugement qu’il en porte ; il y a, dans les écrivains d’un très grand talent, quelque chose de complexe qui échappe aux définitions sommaires. Le XVIIIe siècle, si riche en aventuriers, n’en a produit aucun qu’on puisse comparer à Beaumarchais. Il était le plus envahissant, le plus prenant des hommes dans tous les sens du mot ; il possédait à un degré peu commun le don de s’imposer, Marie-Thérèse faillit succomber à sa séduction. Kaunitz le traitait de drôle ; mais il appartenait à la dangereuse famille des drôles sympathiques, qui exercent un charme secret et fatal auquel le mépris même ne résiste pas. Son ami le plus fidèle, le puritain Gudin, disait de lui : « Il fut aimé avec passion de ses maîtresses et de ses trois femmes. » Il avait le grand naturel, la flamme du regard et les emportemens de la parole, une force de courage et d’espérance qui domptait le malheur, la contagion du rire, une abondante gaîté, qu’il répandit à pleines mains dans ses écrits et qui, aujourd’hui encore, plaide sa cause auprès de nous.

Il n’a jamais été méchant que dans les cas de défensive désespérée ; d’habitude il était serviable, officieux, il aimait à obliger ses cliens, il a rarement trompé leur confiance. Il a été bon pour les siens, il a connu les affections de famille ; son bonheur tenait table ouverte et invitait les passans à ses festins. Il a toujours pensé que la perfection de la nature humaine était représentée par le financier sensible, qui a le don des larmes. Il savait pleurer, il savait donner. « Généreux comme un voleur ! » disait Figaro. — Mais il y a des voleurs fort durs à la desserre, et Beaumarchais donnait sans compter.

Il faut considérer aussi qu’il y avait de la candeur dans ses vices ; c’était un cynique inconscient, qui, vivant dans un monde très corrompu, en appliquait les maximes, sans avoir jamais acquis le discernement très net de l’honnête et du malhonnête. « Il manquera toujours à la mémoire de Beaumarchais, a dit Jules Sandeau, cette fleur d’estime, que ne remplacent ni la renommée, ni la popularité, ni la gloire, et qui s’appelle tout simplement la considération. » Il le sentait lui-même ; mais incapable de se juger, il s’étonnait de son discrédit, car en se comparant aux plats coquins qui l’entouraient, il devait croire à sa vertu. Aussi déclarait-il dans ses vieux jours que tous ses ennemis, qui affectaient de le mépriser, étaient des jaloux et des envieux : les musiciens le détestaient parce qu’il savait la musique, les poètes parce qu’il faisait des vers, les commerçans parce qu’il avait le génie du commerce, les avocats parce qu’il les surpassait en éloquence comme dans la science des affaires, les diplomates parce qu’ils ne pouvaient lui pardonner son incomparable habileté. Jamais il ne lui vint l’idée de se blâmer, de trouver rien à reprendre dans sa vie, ni de croire que ses tibériades pussent porter la moindre atteinte à sa dignité de père de famille. Les inconsciens se flattent de tout concilier.

M. Bettelheim assure que Beaumarchais ne fut jamais de bonne foi, que les causes qu’il a plaidées avec le plus de chaleur et de véhémence lui étaient fort indifférentes, qu’il ne songeait qu’à s’accommoder au goût du public, qu’il fut toute sa vie un grand comédien. On pourrait lui répondre que Beaumarchais a atteint, par intervalles, à la véritable éloquence, et qu’il y a toujours dans l’éloquence un peu de bonne foi. M. Bettelheim n’a pas assez tenu compte de sa puissante imagination. Elle lui représentait si vivement les effets que peut produire une conviction sincère qu’il croyait les ressentir ; il se grisait de son rôle, et il avait au moins la sincérité des nerfs. « Quand la tête se monte, disait le comte Almaviva, l’imagination la mieux réglée devient folle comme un rêve. » En racontant à Gudin son aventure d’Allemagne et sa lutte avec les trois brigands, Beaumarchais lui écrivait : « Je me suis bien étudié tout le temps qu’a duré l’acte tragique du bois de Neustadt. A l’arrivée du premier brigand, j’ai senti mon cœur battre avec force. Sitôt que j’ai en mis le premier sapin devant moi, il m’a pris comme un mouvement de joie, de gaîté même, de voir la mine embarrassée de mon voleur. Au second sapin que j’ai tourné, me voyant presque dans ma route, je me suis trouvé si insolent que si j’avais en une troisième main, je lui aurais montré ma bourse comme le prix de sa valeur, s’il était assez osé pour la venir chercher… » Il a vu la scène, il l’a sentie ; pendant plus d’une heure, il a cru aux bandits du bois de Neustadt, et pendant plus d’un jour, il s’était persuadé que la morale publique l’avait choisi pour son vengeur, que Beaumarchais, le justicier, avait toutes les qualités requises pour flétrir les hontes du parlement Maupeou.

Que bénie soit son imagination, puisqu’il s’en est servi pour composer deux immortels chefs-d’œuvre, deux merveilles de grâce et d’ingénieuse folie, où il a résumé son existence très agitée, la France et l’Espagne, ses déboires, ses traverses, ses amours, ses rancunes et la philosophie que lui avaient enseignée tour à tour ses prospérités et ses disgrâces ! M. Bettelheim croit pouvoir affirmer qu’il a emprunté à Panard le sujet et l’intrigue du Barbier de Séville, et qu’il a trouvé Chérubin dans un des Contes moraux de Marmontel ; mais l’habile critique a bien su reconnaître que le Barbier et le Mariage sont des créations profondément personnelles, que l’homme qui a fait ces deux pièces s’y est mis tout entier. Il a donné à son Figaro sa belle humeur, sa largeur de conscience, sa fureur d’intriguer, son effronterie, et il l’a condamné à mourir comme lui dans son péché et dans la peau d’un fier insolent. Comme Beaumarchais, Figaro estime que l’or est le nerf de l’intrigue, qu’où il n’y a pas de profit, il faut au moins du plaisir, que personne ne sait si le monde durera encore trois semaines, et il poursuit son aventure, accueilli dans une ville, emprisonné dans l’autre et partout supérieur aux événemens, aidant à la bonne fortune, supportant la mauvaise, se servant de son rasoir pour faire la barbe aux sots et de sa guitare pour en jouer un air au nez de la destinée. Comme Pierre-Augustin Caron, il se détache quelquefois de lui-même, non pour se juger, mais pour philosopher gaîment sur la vie et ses vanités : « Forcé de parcourir la route où je suis entré sans le savoir, comme j’en sortirai sans le vouloir, je l’ai semée d’autant de fleurs que ma gaité me l’a permis ; encore je dis ma gaité sans savoir si elle est plus à moi que le reste, ni même quel est ce moi dont je m’occupe, assemblage informe de parties inconnues… Maître ici, valet là, ambitieux par vanité, laborieux par nécessité, orateur selon le danger, poète par délassement, musicien par occasion, amoureux par folles bouffées, j’ai tout vu, j’ai tout usé. »

Haussez de quelques crans la condition de Figaro, étendez le cercle de ses idées, donnez-lui, avec les notions qui lui manquent, plus d’étoffe et un peu de ce génie naturel que produisent la puissance du tempérament, la surabondance de la vie et l’inquiétude perpétuelle d’un sang qui bout, Figaro sera Beaumarchais.


G. VALBERT.


  1. Beaumarchais, eaine Biographies von Anton Bettelheim. Frankfurt-am-Mein. Litterarische Anstalt, Rütten et Lœning, 1886.
  2. Théveneau de Morande, étude sur le XVIIIe siècle, par Paul Robiquet. Paris, 1882 ; Quantin.