Un soir « et des bouches d’argent et des regards de pierre » (Verhaeren)

Poèmes (IIe série)Société du Mercure de France (p. 145-146).
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UN SOIR


Et des bouches d’argent et des regards de pierre
Taisent immensément le glacial mystère
De ce minuit, dallé d’ennui.

En des cirques d’éther et d’or, seules et seules,
Les constellations tournent comme les meules
De ce minuit, dallé d’ennui


Des monuments silencieux et des étages
Se devinent, par au-delà des grands nuages
De ce minuit, dallé d’ennui.

Sait-on jamais quels imminents sépulcres sombres,
Scellés de fer, vont éclater, parmi les ombres
De ce minuit, dallé d’ennui ?

Quels pas sonnant la mort et quelles cohortes
Viendront casser l’éternité des heures mortes
De ce minuit, dallé d’ennui ?

Et clore, à tout jamais, ces yeux de pierre,
Cristaux mystérieux et ors, dans la paupière
De ce minuit, dallé d’ennui.