Un mariage sous l’empire/17

Calmann Lévy, éditeur (p. 95-104).


XVII


Pendant ce temps, Ermance, en proie à son chagrin secret, suppliait son père de lui permettre d’aller passer l’automne avec son oncle au château de Montvilliers ; et M. Brenneval, devant faire plusieurs voyages pour ses affaires, venait de céder aux instances de sa fille. On se répandit en éloges dans le monde sur la retraite sévère à laquelle madame de Lorency se condamnait pendant l’absence de son mari, et l’on admira d’autant plus sa conduite qu’elle servait à blâmer celle d’Adhémar.

Le président de Montvilliers avait recueilli chez lui une fille de son frère mort dans l’émigration. Cette excellente personne, reconnaissante de l’asile et des tendres secours que lui avait donnés son oncle, n’avait d’autre idée que celle de payer ses bienfaits par tous les soins de la plus parfaite ménagère. Parvenue à l’âge de quarante ans sans avoir jamais pensé à se marier et n’ayant jamais été témoin ni confidente d’aucune passion amoureuse, elle les regardait comme autant de fictions poétiques à l’usage des jeunes gens, ainsi que les contes de fées imaginés pour amuser les enfans. Élevée par une vieille femme de charge de sa mère, mademoiselle Mélanie de Montvilliers n’avait pas consacré son temps à l’étude des arts, mais elle avait appris de sa gouvernante à bien tenir une maison, et de son oncle à en faire les honneurs avec une politesse cordiale. L’ordre était sa vertu et presque sa manie : le dérangement d’un meuble, la perte d’une serviette qui dépareillait un service complet, lui causaient une véritable peine qu’elle se sentait trop souvent le besoin de confier. Empruntait-on un des livres de la bibliothèque, elle vous recommandait chaque matin de ne pas manquer de le remettre à sa place dès que vous l’auriez fini, et l’on se hâtait d’en achever la lecture, malgré le plaisir qu’on y prenait, pour être délivré de l’ennui quotidien de la recommandation. Mais aussi, comme chaque appartement était bien arrangé ! comme chacun y trouvait ce qui devait lui être commode et agréable ! que d’attentions pour les vieux amis du président ! car son château était une espèce de refuge pour tous les anciens parlementaires échappés à la Révolution. Un des plus assidus était M. de Gevrieux, autrefois conseiller au parlement de Toulouse, ennemi déclaré du protecteur des Calas, auquel il attribuait les malheurs de la Révolution et tout ce qui s’en était suivi. Sa rage contre Voltaire avait quelque chose d’amusant, par sa constance à prouver que chaque vice du siècle était le fruit d’un de ses ouvrages : à l’entendre, le monde était parfait avant la naissance de ce damné philosophe. Une telle exagération critique donnait l’envie de tomber dans le défaut contraire, et ce travers, le fils de M. de Gevrieux s’en était emparé comme pour mieux prouver son indépendance ; il naissait de ces différentes opinions des discussions éternelles qui amenaient toujours tant de choses déraisonnables de part et d’autre, que chacun Unissait par en rire.

Le curé de Montvilliers, vieillard enjoué, bon joueur de trictrac, aimé de ses paroissiens, bien venu au château, y passait ordinairement la soirée : voilà à peu près tout ce qui composait la société du président, sauf quelques visites du sous-préfet de l’arrondissement et des plus proches voisins de Montvilliers.

— J’ai bien peur, ma chère enfant, disait-il à Ermance, de vous voir mourir d’ennui dans mon vieux manoir avec mon entourage d’ancien régime ; tout cela est si peu en rapport avec vos habitudes et les gens que vous voyez chez votre père. Mais puisque vous consentez à vous sacrifier pour moi, aidez-moi du moins à vous rendre ma société plus supportable, en invitant la vôtre toutes les fois qu’elle voudra bien venir nous voir. Je ne fais d’exception que pour les séïdes pensionnés ; toute autre personne sera reçue avec plaisir ; les mieux accueillis seront ceux qui vous plairont le plus.

Touchée de tant de bonté, Ermance pria son oncle de ne rien changer à sa manière de vivre ; elle l’assura qu’étant fatiguée du monde, c’était surtout la paix d’une douce retraite qu’elle venait chercher près de lui, et il fut bientôt convaincu qu’elle disait la vérité en la voyant chaque jour moins souffrante et moins triste.

Ce calme n’était pourtant que l’effet d’un profond désespoir ; mais quand on a longtemps souffert des tortures de l’incertitude, quand on a lutté longtemps contre un destin fatal, quand des lueurs d’espérance ont cessé de vous montrer l’heureux avenir auquel il faut renoncer, il naît de cet excès de malheur une sorte d’engourdissement moral qui ressemble au repos : on a pris un grand parti avec soi-même, et l’on rassemble son courage pour l’accomplir, comme un criminel pour subir sa sentence.

Madame de Lorency, ne pouvant plus s’abuser sur l’état où elle se trouvait et la cause qui depuis plusieurs mois altérait sa santé, venait de prendre une résolution qu’elle croyait dictée par l’honneur ; celle de se séparer de son mari en lui laissant la plus grande partie de la fortune dont elle jouissait déjà et toute celle qui devait lui revenir. Ce parti violent, qui la livrait au blâme général, au mépris de l’homme qu’elle aimait, qui lui ôtait toute espérance de le ramener, lui semblait le seul châtiment qui pût l’absoudre à ses propres yeux, car c’était se condamner à des regrets éternels ; et le plaisir féroce qu’elle ressentait à l’idée de venger son mari en s’immolant pour lui, donnait à son visage une expression de joie qui trompait les indifférents.

M. de Montvilliers lui-même en était dupe, malgré sa tendresse pour elle ; mais il y avait tant de raison pour la croire heureuse ! Cependant il remarquait parfois son air égaré, ses réponses incohérentes ; il la voyait lire des heures entières à côté de lui, sans tourner une seule fois la page : et dans les soins qu’elle lui donnait, dans le peu de mots qu’elle lui adressait, il y avait quelque chose de tendre, d’implorant, qui trahissait le besoin d’un secours d’amitié.

Un jour que ces remarques le préoccupaient davantage, il demande à sa nièce Mélanie si elle-même ne s’est point aperçue d’un peu de contrainte dans les manières d’Ermance. Il a peur qu’elle n’éprouve quelque inquiétude, et pense qu’elle la confierait plutôt à sa cousine qu’à lui.

— Qu’est-ce qui pourrait la contrarier ? répond Mélanie : certes, elle ne manque de rien, je vais moi-même tous les matins chez elle pour m’en assurer : les bergères de sa chambre étaient trop hautes pour qu’elle se chauffât commodément, j’en ai fait scier les pieds ; elle aime à écrire près du feu, je lui ai fait donner la petite table à pupitre qui était dans la chambre verte ; il lui déplaît de déjeuner en compagnie, on lui porte tous les matins son thé : je ne vois pas ce qu’elle peut désirer !

— Sans doute, reprit en souriant M. de Montvilliers, si tous les biens de la vie positive suffisaient au bonheur, les gens que vous soignez, ma chère Mélanie, n’auraient rien à désirer ; mais il y a des ennuis dans ce monde que grâce au ciel vous ne connaissez pas, et dont une jeune femme peut être atteinte.

— C’est possible, répondit Mélanie, avec cette confiance qui ne lui permettait jamais un doute sur ce qu’avançait son oncle ; mais vous pourriez bientôt savoir à quoi vous en tenir sur ce qui tourmente madame de Lorency, car tout à l’heure, en revenant de la messe, elle m’a demandé si vous resteriez toute cette matinée dans votre cabinet. Je lui ai répondu qu’étant un peu souffrant de votre pied goutteux vous ne descendriez que pour l’heure du dîner. Alors elle m’a chargé de vous prier de la recevoir, et de lui faire dire, si vous y consentiez, à quelle heure elle pourrait venir.

— À l’heure qu’elle voudra, reprit vivement M. de Montvilliers ; j’ai toujours tant de plaisir à causer avec elle, son esprit a tant d’élévation, de grâce ; en vérité, je n’aurai jamais cru que cette éducation toute de vanité, cette cour de soldats et de femmes galantes n’eussent pas plus altéré son heureux naturel.

— Il est certain qu’elle est douce et ne fait pas étalage de sa fortune, dit Mélanie ; mais si riche qu’on soit, il ne faut pas se confier trop légèrement à ses domestiques, et sa demoiselle Augustine a des façons de grande dame qui finiront par coûter cher à sa maîtresse ; elle est d’une exigence, d’une prodigalité ! j’ai quelquefois envie d’en avertir ma cousine.

— N’en faites rien, ma chère Mélanie ! Cette fille est habituée au luxe d’une maison nouvellement riche, où l’on ne regarde pas au plus ou moins de dépense, elle croit qu’il en est partout de même, et, tant qu’elle ne sera pas trop ridicule dans ses exigences, je vous engage à les tolérer. Si on s’en plaignait, elle prendrait de l’humeur et servirait très-mal sa maîtresse. Je ne connais rien de plus insupportable que le service d’un domestique mécontent.

— Que votre volonté soit faite, répondit mademoiselle de Montvilliers du ton d’une personne qui se soumet avec peine. Mais, comme elle sortait pour aller prévenir madame de Lorency, elle rencontra le baron Godeau qui venait causer avec M. de Montvilliers d’une affaire concernant les intérêts de la sous-préfecture. Il s’agissait d’un moulin à établir sur une rivière que les sources du parc de Montvilliers alimentaient ; enfin, le sous-prefet venait demander quelque chose au nom du bien public : on ne pouvait se dispenser de le recevoir.

Les instructions préfectorales de M. Godeau lui enjoignaient particulièrement de se concilier les gros propriétaires soumis à son pouvoir administratif ; il était chargé de les flatter, de les surveiller surtout, et de leur prouver de son mieux que le gouvernement de l’empereur étant infaillible, il serait éternel, et que tous les gens sages devaient s’y rattacher. M. Godeau, trop habile pour dire clairement sa pensée à ce sujet, l’entremêlait ordinairement de mots facétieux, de calembours, d’histoires un peu lestes, croyant par là sacrifier à la légèreté française et mieux cacher les ressorts de sa diplomatie. M. Godeau n’ignorait pas l’influence des femmes sur les opinions politiques : aussi s’appliquait-il particulièrement à leur plaire, ne doutant pas que celles qui trouvaient un sous-préfet aimable ne fussent par cela même dévouées au gouvernement. Malgré tant de finesse et de grâce, M. de Montvilliers n’était pas dupe des soins empressés de M. Godeau, et des motifs de la préférence qu’il lui donnait sur les autres châtelains de sa sous-préfecture.

Le président le désignait à ses amis comme son aimable espion, et lorsqu’on blâmait sa complaisance à le recevoir :

— Vraiment, je serais désolé de ne plus le voir, répondit-il ; on ne manquerait pas de m’en envoyer un autre, et je perdrais au change. Avec tout son zèle impérial et sa diplomatie de province, Godeau est au fond un bon homme, incapable de dénoncer autre chose que ce qu’il voit ; et c’est une vertu bien rare en matière de haute police. Il sait que je tiens à mes vieilles idées comme à mes vieux amis, que j’en réunis souvent ici plusieurs pour médire du temps présent, mais que nos conspirations se bornent là. Il me répète sans cesse que son empereur serait charmé de me voir à la tête de sa magistrature ; je lui réponds que je me croirais très-honoré d’une telle distinction, mais que je m’en sens indigne. Nous mentons tous les deux, et cette double dissimulation maintient entre nous la plus parfaite harmonie.

Tout en parlant politique, administration, rivière et moulin, M. Godeau était resté la matinée entière chez le président, et madame de Lorency se vit forcée à remettre au lendemain l’entretien qui lui causait d’avance une émotion si pénible. C’était prolonger son supplice, et l’on peindrait difficilement ce qu’elle éprouva en se résignant à répondre aux questions aventureuses, aux bons mots joyeux de M. Godeau, car M. de Montvilliers l’avait retenu à dîner sons prétexte de lui faire faire connaissance avec sa jolie nièce.

Embarrassée de ses questions et de l’obstination de M. Godeau à parler le langage d’une lourde galanterie, Ermance le questionna à son tour sur les nouvelles d’Allemagne.

— Est-il vrai que la paix soit conclue, dit-elle, et que l’empereur ait déjà quitté Munich ?

— La paix est indubitablement signée, reprit M. Godeau, et je sais par mon collègue que l’on prépare tout à Fontainebleau pour y recevoir l’empereur. Ah ! qu’il va s’y donner de belles fêtes ! Je ne demande pas si vous y serez, madame ; les jolies femmes doivent aller au-devant des vainqueurs.

— Au fait, j’ai bien peur que ce retour ne m’enlève ma chère Ermance un mois plus tôt que je ne le pensais, dit le président.

— Ne le craignez pas, mon oncle, répondit-elle ; je suis trop bien auprès de vous.

— Oh ! s’il ne s’agissait que de bals, que de fêtes, je sais que tu pourrais m’en faire le sacrifice sans trop de regrets ; mais si Adhémar revient, si l’empereur le retient à Fontainebleau, il faudra bien que tu ailles le rejoindre.

— Après une telle absence, dit en souriant M. Godeau, on a tant de choses à se dire ; et puis, sans avoir l’honneur de connaître M. de Lorency, je pense bien qu’il est digne de tant d’attraits, malgré le préjugé qu’on a trop souvent contre le mari d’une femme charmante.

— Ah ! celui-là suffirait pour détruire un préjugé si ridicule, dit le président ; jamais je n’ai connu de jeune homme plus aimable et plus distingué ; on peut m’en croire, car la manière dont on l’a imposé à ma nièce m’avait armé d’une grande sévérité contre lui. Je m’étais arrangé pour lui trouver toute la fatuité d’un sot, enfin tous les défauts d’un favori. Je ne savais pas encore que Bonaparte s’amusât chaque malin à accoupler les gens de sa cour, même ceux qu’il connaissait le moins, par la seule raison d’allier la naissance à la fortune. J’imaginais que M. de Lorency était un de ces nobles déchus qui vendaient leur bravoure héréditaire pour prix d’une clef de chambellan, et ma prévention contre lui était extrême ; mais il l’a bientôt changée en estime et en affection. La noblesse de son caractère, son esprit à la fois sérieux et piquant, la grâce de ses manières, tout en lui m’a subjugué ; j’allais à Paris pour déterminer mon neveu à lui refuser la main de sa fille, et j’ai été un de ceux qui l’ont engagé le plus vivement à la lui accorder. Tu ne m’en veux pas de cette versatilité ? ajouta le président en se tournant vers Ermance.

Cette réflexion redoubla le regret qui déchirait son cœur. Comment avouer à son oncle que cet homme si digne des éloges qu’il lui donnait, ce mari qui devait assurer son bonheur, elle ne pouvait plus être à lui !

— Voilà, dit alors le baron Godeau, qui vient à l’appui de mes principes contre les mariages d’inclination ; je n’en ai jamais vu réussir : témoin celui de ce pauvre M. de T… qui demeure dans vos environs. Il a enlevé sa femme pour l’épouser contre l’avis de sa famille, et voilà qu’il s’en sépare aujourd’hui après une fatale découverte.

— Quoi ! madame de T… trompait son mari ? s’écria M. de Montvilliers ; je ne croyais pas qu’il y eût de meilleur ménage à cent lieues à la ronde.

— Et vous aviez raison, monsieur le président ; ils étaient fort heureux avant qu’une rivale, jalouse du beau M. de***, l’Apollon des banquiers, ne se fût avisée de saisir chez lui toute une correspondance de la main de madame de T…, pour en faire hommage au mari.

— Quelle indignité ! s’écrièrent toutes les personnes présentes.

— Et M. de M… va donner à cette femme le plaisir de voir réussir sa vengeance ! je lui croyais plus d’esprit, dit M. de Montvilliers.

— Ah ! c’est qu’en pareil cas on le perd, répondit M. Godeau, enchanté de sa réplique.

— Ce qui ne prouve pas qu’on en avait beaucoup, reprit le président. Eh bien, M. de T… va donc amuser tout Paris à ses dépens ; car si le mépris est pour sa femme, le ridicule sera pour lui.

— Quelle injustice ! s’écria Ermance ; quoi ! parce que sa femme est coupable, M. de T… doit être l’objet de la risée publique !

— Rien de plus injuste, j’en conviens, mais c’est un usage depuis trop de temps établi pour ne pas receler quelque chose de bon ; et je crois l’avoir trouvé dans l’indulgence de certains offensés, qui préfèrent une vengeance généreuse, propre à amener le repentir, à l’éclat d’une rupture dont le scandale retombe sur eux.

En disant ces mots, M. de Montvilliers, qui avait les yeux sur Ermance, s’étonna de la voir pâlir ; une tristesse soudaine s’empara de lui, il se rappela l’entretien qu’elle lui avait fait demander, et craignit qu’elle n’eût une confidence pénible à lui faire. C’est quelques soupçons jaloux, pensa-t-il ; mais, désirant calmer son esprit et lui donner tous les conseils d’une amitié éclairée, il profita d’un moment pour lui dire :

— Je n’aurai pas tous les jours de si pompeuses visites et si tu veux me donner demain les moments que tu me destinais…

— Oh ! oui, mon oncle ! interrompit vivement Ermance ; j’ai besoin de vous parler… il faut…

Et M. de Montvilliers, s’apercevant qu’Ermance est prête à trahir le sentiment qui la préoccupe, l’engagea se contraindre, et rend aussitôt la conversation générale. Alors le sous-préfet reprend la parole, et ne la quitte pas même pour saluer MM. de Gevrieux qui arrivent ; c’est à madame de Lorency qu’il s’adresse : elle ne l’écoute pas, il est vrai, mais il est trop occupé de lui pour s’en apercevoir ; il médite une petite fête à la sous-préfecture et voudrait bien qu’elle l’honorât de sa présence. Ermance répond oui machinalement à ce qu’il dit. Alors, M. Godeau, dans sa reconnaissance fastueuse, lui nomme tous les gens de distinction qu’il doit réunir pour ce grand jour :

— Le bonheur veut, dit-il, que j’aie pour administrées les châtelaines les plus aimables : madame de L. B…, chez laquelle on joue la comédie à ravir ; madame la comtesse du C…, où l’on rencontre tout ce que la cour a de plus brillant et qui passe pour avoir fait une illustre conquête ; madame de S…, qui fait des romans divins et non pas de ces livres prétentieux et amphigouriques à la manière de madame de Staël ; car il est bon que vous sachiez que je déteste madame de Staël.

— Je m’en doutais, dit tout bas le président.

— La jolie madame Le G…, dont la blonde et belle chevelure rend un peu jalouse la comtesse du C… ; vous aurez encore la bonne, l’excellente madame de Kerville avec sa charmante fille ; elles sont venues passer quelque temps chez madame d’Herbois, leur vieille tante. C’est dommage que le jeune Kerville soit à l’armée, je vous aurais donné là le plus beau danseur de Paris !

Ce nom sortit brusquement Ermance de sa rêverie : sans se rappeler qu’elle venait de promettre à M. Godeau d’aller à son bal, elle lui dit que sa santé ne lui permettant pas de veiller, elle ne pourra s’y rendre, et, profitant d’un moment de silence dû à l’étonnement qu’elle lui cause, elle se lève et va se renfermer chez elle, où l’attend la plus cruelle insomnie.