Un Littérateur italien - M. Edmondo de Amicis

Un Littérateur italien - M. Edmondo de Amicis
Revue des Deux Mondes3e période, tome 62 (p. 922-934).
UN
LITTÊRATEUR ITALIEN

M. EDMONDO DE AMICIS.

Œuvres complètes jusqu’à ce jour : la Vie militaire, Souvenirs de 1870-71, l’Espagne, la Hollande, Souvenirs de Londres, Pages éparses, le Maroc, Nouvelles, Constantinople, Souvenirs de Paris, Poésies, Portraits littéraires, les Amis.

Parmi les quelques écrivains étrangers dont la réputation a passé les frontières de la France, M. Edmondo de Amicis occupe une bonne place. On le connaît non-seulement par son nom, mais par plusieurs récits de voyages écrits avec entrain et bonne humeur, rendus plus piquans par l’emploi de certains procédés de conteur et dont le succès semble avoir été assez vif, puisqu’il en a paru plusieurs éditions illustrées. Mais M. de Amicis ne s’est point borné à voyager et à raconter ses voyages. Il s’est exercé dans d’autres genres et toujours avec bonheur, en sorte que ses divers ouvrages lui ont valu dans son pays une véritable popularité. Dès son premier livre, les Récits de la vie militaire, il a pris rang parmi les écrivains en faveur. Il a réuni des articles écrits au jour le jour, qui ne se distinguent pas autrement de la production moyenne du journalisme, et ses lecteurs l’ont suivi sur ce terrain. Il a publié un volume de vers, dans lequel on retrouve surtout des impressions éparses déjà dans ses précédens écrits, et ses vers ont été aussi lus que ceux de n’importe quel poète de sa patrie déjà connu. Ses voyages ont mis à la mode un genre jusqu’alors peu cultivé en Italie, et de jeunes écrivains se sont empressés d’entrer dans une voie où M. de Amicis obtenait des succès si inaccoutumés. Enfin, il y a quelques mois, l’heureux auteur pouvait publier, sans lasser la patience de son public, deux gros volumes sur le sujet banal et déjà tant exploité des Amis. — Un tel succès est assez peu fréquent pour qu’il ne soit pas inopportun de faire connaître aux lecteurs français, dans son ensemble, l’œuvre d’un écrivain qu’ils ne connaissent encore que par un seul de ses côtés.

M. Edmondo de Amicis, en parcourant le palais de l’Exposition de 1878, traverse rapidement les salles réservées à la presqu’île scandinave. Tout de suite, il se sent pris de tristesse devant « ces images et ces couleurs dont l’ensemble forme un grand cadre mélancolique, dans lequel la blancheur argentée des filigranes de Christiania met à peine un sourire... » Cette brève apparition d’une vie trop grave, où rien ne répond aux besoins de sa nature, suffit à le troubler; mais il se remet bien vite en se retrouvant en pays de connaissance : « Aux brumes du Nord, s’écrie-t-il avec un soupir de soulagement, succède en un clin d’œil la vaste étendue sereine d’un ciel printanier; un peuple de blanches statues, un éclat de cristaux, un miroitement de soieries et de mosaïques, une gaîté de couleurs et de formes qui éclaire tous les visages, égaie tous les cœurs, arrache à toutes les bouches le cri : « C’est l’Italie! » — En présence de son œuvre, on ne peut s’empêcher, je ne dirai pas de pousser le même cri d’enthousiasme, mais bien de s’écrier : « Voilà qui est méridional ! » Cela brille, cela luit, cela scintille. Il arrive que les cristaux sont de la verroterie, que la mosaïque est de couleurs trop vives, mais le bon soleil se charge d’harmoniser les nuances, et la variété des objets nouveaux déconcerte la réflexion. On part pour Constantinople, pour Fez ou pour Amsterdam, on patine sur les canaux de la Hollande, on se risque dans les caïques du Bosphore, on entre à l’Escurial, on considère du dehors une mosquée interdite aux giaours, — et les images s’entassent, et l’on passe par une série d’impressions qui ont à peine le temps de se formuler tant elles se suivent pressées; puis ces visions s’évanouissent, on en garde le sentiment d’un voyage trop rapide dont il ne reste que de vagues souvenirs. Ou, plus exactement, on croit qu’un causeur habile vous a conduit dans un panorama et vous a montré de petits tableaux à travers un verre grossissant, en vous racontant ses petites impressions particulières, que sa sensibilité facile et sa féconde naturelle exagèrent et multiplient.

Cette sensibilité raide, mobile, démonstrative, toujours en mouvement, toujours prête à s’épancher sur quelque chose, est la clé du talent de M. de Amicis. Elle exerce d’abord une continuelle influence sur sa manière de composer. M. de Amicis n’écrit pas tranquillement, en relatant ses souvenirs avec méthode, en entremêlant le récit de ses aventures de symétriques dissertations d’histoire ou de géographie, selon l’usage de beaucoup de voyageurs. Il parcourt ses notes prises au jour le jour : sa mémoire, à mesure qu’elle lui présente les objets qu’il a vus et qu’il veut dépeindre, les transforme et les embellit ; ses impressions ne lui reviennent point exactes, sèches, mortes, mais métamorphosées par un travail intérieur et inconscient, beaucoup plus fortes qu’elles ne l’ont été. Le raisonnement, à son tour, se met bientôt de la partie, s’exerce sur les données du souvenir, leur prête parfois des significations singulières. Ainsi, l’abbaye de Westminster devient « un immense argument de marbre en faveur de l’immortalité de l’âme. » En racontant sa visite au musée Tussaud, l’écrivain piémontais en arrive à croire tout de bon qu’il a eu réellement peur des assassins de cire : « Si quelqu’un, en ce moment, avait jeté un cri derrière un rideau, j’aurais cru qu’un de ces assassins lui avait planté un couteau dans le cœur. » Il a vu patiner des Hollandaises et il s’enthousiasme si fort en évoquant leurs gracieuses images penchées en avant et glissant sur la glace, qu’il affirme « qu’elles font jaillir avec leurs patins les étincelles amoureuses qui vont susciter des incendies. » Le récit de son entrevue avec Victor Hugo est plus caractéristique encore : pour traduire son émotion au moment où la gouvernante du poète vient lui annoncer qu’il serait reçu, M. de Amicis est obligé de remonter jusqu’à ses années de collégien, quand, après une longue attente, il voyait sortir de la salle des délibérations un secrétaire qui lui disait : « Admis! » Cela va si loin, que quelquefois, effrayé de l’ardeur de ses propres enthousiasmes, l’écrivain doute de lui-même, en appelle au témoignage de ses amis, — regrette, par exemple, que M. Gonzalo Segovia y Ardizione ne soit pas là, derrière lui, pendant qu’il écrit, pour attester qu’il a jeté un cri, un vrai cri, en voyant le Saint Antoine de Padoue, le chef-d’œuvre de Murillo.

Ce sont là des amplifications et des accès de lyrisme un peu voulus qui me rappellent je ne sais quel guide des étrangers qui affirme avec conviction qu’en entrant dans l’église de Santa-Croce, à Florence, on sent son crâne près d’éclater en songeant à tous les grands morts de la république florentine dont les tombeaux sont là. Mais cette même faculté qui entraîne l’écrivain à des fautes de goût et le pousse, sans qu’il s’en rende compte, à chercher, pour rendre des impressions certainement sincères, des exagérations choquantes, cette faculté de sentir si vite et de passer si facilement d’une sensation à une autre, est, en bien des cas, utile au voyageur. Elle tient continuellement son attention en éveil, elle lui découvre des rapports entre des choses en apparence très dissemblables, elle lui multiplie les curiosités et les satisfactions. M. de Amicis se met en route avec une joie communicative. Dès la première page, par un rapide aperçu général du pays qu’il va visiter, il vous donne l’envie de partir avec lui. A peine a-t-il pénétré dans la contrée nouvelle qu’il commence tout de suite à s’émerveiller sur tout ce qu’il voit avec tant de bonne foi et de bonne humeur qu’on se laisse aller à s’émerveiller avec lui. Cette manière d’entrer en campagne en déployant une curiosité naïve, presque enfantine, est bien à lui. Et cette curiosité, une fois excitée, restera en éveil tant que durera le voyage. Quelquefois la moindre des choses, un sourire, une légende, un mystère suffira à la soutenir et à l’exciter encore. En arrivant en Hollande, par exemple, le voyageur italien entend parler du village de Broek. Il demande ce que c’est; on lui répond en riant et sans lui donner d’explication satisfaisante. Il demande pourquoi l’on rit : « Parce que Broek est quelque chose de ridicule. » A Amsterdam, le propriétaire de son hôtel, auprès duquel il revient à la charge, lui répond; « Enfantillages! «D’autres lui disent: « Vous verrez. » Et le voilà tourmenté par le désir de voir Broek. Broek devient son idée fixe. Il en rêve toutes les nuits : « Je pourrais faire un volume si je voulais décrire tous les villages fantastiques, merveilleux, impossibles que j’ai vus dans mes songes. » Enfin le moment est arrivé où son plan de voyage lui permet de partir pour Broek. Il monte sur un bateau à vapeur, descend un canal, débarque et s’achemine à pied vers le village mystérieux, but de tant de désirs. D’abord il ne voit rien qui diffère de l’aspect habituel de la Hollande : une campagne implacablement verte, sillonnée de canaux, avec, ici et là, une haie, un groupe d’arbres, un moulin à vent; des vaches couchées sur l’herbe, des troupes de canards ou d’oies et, glissant sur l’eau d’un canal, une barque où rame un paysan. Il avance. Il rencontre une maison, puis deux, puis plusieurs, et, devant toutes, des ustensiles de campagne peints en couleurs vives. Les maisons se multiplient : elles sont en bois verni; voilà aussi des moulins aux fenêtres garnies de rideaux roses, des arbres dont le tronc est peint en bleu du pied jusqu’à la naissance des branches. Ces bizarreries l’étonnent un peu, mais point outre mesure : dans un pays qui a été fait par les hommes plus que par la nature, il faut s’attendre à tout. Il rencontre quelqu’un et demande ; « Où est Broek? » On lui répond : « Vous y êtes. » Vous croyez qu’après s’être attendu à des merveilles, il éprouve un instant de déception en trouvant simplement un joujou de Nuremberg à la place du village des Mille et une Nuits? Point. « Alors, dit-il, je regarde mieux, et je vois briller au milieu du vert des arbres des couleurs si charlatanesques, si impertinentes, si enragées, qu’il m’échappe une exclamation d’étonnement. » D’ailleurs il rencontre une bonne femme qui lui fait visiter l’intérieur d’une maison, — faveur que n’avait pu obtenir l’empereur Joseph II, — et, après avoir décrit longuement cette espèce d’arche de Noé, il s’en retourne « avec ce sentiment de tristesse que laissent dans le cœur toutes les grandes curiosités satisfaites. » Avec une humeur pareille, les moindres aventures deviennent des événemens, les plus petits détails prennent des proportions importantes. Broek, ses maisons lavées, ses rues polies et ses arbres peints ne répondaient certainement à aucun des endroits vus en rêve, dont la description aurait rempli un volume. Mais M. de Amicis l’accepte tout de même et en prend occasion, soit dit en passant, pour écrire quelques-unes de ses meilleures pages : de même que les grandes émotions semblent lui être interdites, de même il n’est à l’aise que dans les cadres resserrés.

Si, dans ses récits de voyage, M. de Amicis met quelquefois sa sensibilité au service de son imagination, il procède inversement dans ses nouvelles, qui n’ont pas, à beaucoup près, le même intérêt. Il choisit de très petits sujets attendrissans, puis il les divise méthodiquement en très petits chapitres et il les traite avec un luxe inouï de détails sur un ton de perpétuelle émotion. C’est, par exemple, l’histoire d’un pauvre jeune homme, employé chez un avocat, qu’on accuse d’avoir volé un billet de 100 francs et qu’on met à la porte. Désespéré, il s’en va errer dans des jardins publics, s’assied sur un banc, sort de son carnet le portrait de sa mère et fait sur le verso le calcul de ses dernières ressources. Il égare ce portrait, qui, trouvé naturellement par les enfans de l’avocat, amène la réconciliation finale. Cette historiette, agrémentée d’un amour idyllique, remplit plus de cent pages bien serrées. De même, dans ses Scènes de la vie militaire, les soldats emploient le temps de leur service à s’attendrir, à pleurer et à faire de bonnes actions. Les ordonnances se dévouent corps et âme à leurs officiers, qui se dévouent à leurs ordonnances et adoptent en commun des enfans égarés. De temps en temps, une bataille vient verser un peu de rouge sur tout ce bleu; mais les combattans s’entretuent avec tant de douceur, de bonne grâce et d’aménité, ils meurent si gentiment dans les bras les uns des autres, ils se réconcilient d’une façon si touchante sous l’invitation pressante des boulets, que la guerre finit vraiment par paraître une bonne chose, — comme le reste. Et M. de Amicis peut, sans sortir de sa ligne habituelle, terminer la série des douze sonnets qu’il consacre à ce pathétique sujet par une rêverie innocente et consolante :

« Un jour viendra qui mettra terme à l’horrible querelle, — où la fraternité tarira, dans les nations, — ce fleuve aux tourbillons sanglans, — cette mer de larmes infinies.

« Mais les générations ainsi unies — se rappelleront, pieuses et respectueuses, — les massacres énormes, le sang, la valeur — auxquels elles devront leur vie plus facile.

« Et les drapeaux vénérés et saints, — souvenirs des époques passées, — seront célébrés par des chants.

« Et chaque nation construira un temple grandiose, — sur la façade duquel on écrira : Gloire à tous les morts des guerres humaines! »

En examinant dans son ensemble l’œuvre de M. Edmondo de Amicis, on remarquera qu’il n’a jamais entrepris un travail fatigant. Ses livres semblent s’être faits d’eux-mêmes. Ses voyages ne sont point des études approfondies sur les peuples qu’il a visités, et, sauf le Maroc, il a toujours choisi des pays où l’on est sûr de trouver les aises de la vie civilisée. Il a écrit ses vers au hasard, quand sa pensée se moulait sans effort dans la ferme poétique, et il a dû être fort étonné lui-même de constater un jour qu’il en avait de quoi remplir quelques feuilles d’impression. Seuls, ses deux volumes sur les Amis pourraient sembler une exception, par le fait même de la peine sans laquelle un tel sujet est condamné à demeurer banal. Mais il suffit de les parcourir pour voir que l’auteur n’est point sorti de son domaine habituel. Il a été amené un jour, par je ne sais quelle circonstance fortuite, à réfléchir sur l’amitié. Des souvenirs attendrissans sont venus se grouper autour de ses premières réflexions, il a évoqué des figures disparues, de légères amertumes l’ont fait sourire avec une paisible ironie. Or les observations de détails et des souvenirs étant sa matière littéraire habituelle, il s’est mis à les rassembler et à les diviser à mesure qu’ils se présentaient à lui, donnant ainsi satisfaction à son besoin naturel d’analyses microscopiques: « Parlons donc de l’amitié puisqu’elle occupe une si grande place dans notre vie. Voyons comment elle naît, comment elle se brise et se renoue, quels sont ses divers caractères suivant l’âge, l’esprit et l’éducation intellectuelle; quels sont ses obstacles, ses dangers, ses plaisirs, ses ennuis et ses amertumes; de quelle manière on discute entre amis, etc. » Ces minutieuses recherches amènent des anecdotes, des préceptes de morale, des réflexions humoristiques, des digressions dans des sens inattendus, — et cela remplit tout doucement sept cents pages. A une époque où la production littéraire est presque toujours un travail pénible, une telle manière de travailler ne suffit-elle pas à constituer une petite originalité ?

C’est peut-être à ce procédé, attrayant parce qu’il est agréable, que M. de Amicis doit, en partie du moins, son succès auprès de ses compatriotes. Les Italiens sont avant tout des dilettanti. Quand ils vont à l’Opéra, dans leurs théâtres organisés bien plus en vue de la conversation que du spectacle, ce n’est pas pour suivre d’un bout à l’autre le développement d’une savante œuvre d’art, c’est pour entendre un morceau favori ou un chanteur à la mode, l’air de bravoure du ténor ou la cavatine de la prima donna. Une fois le morceau entendu et applaudi, ils se mettent à babiller ou rentrent chez eux. Ce n’est point non plus par hasard que la mosaïque tient une si grande place dans l’art industriel national. Or les écrits de M. de Amicis sont justement de ceux qui peuvent le mieux satisfaire des goûts pareils : ses livres n’exigent aucune application; on n’est point obligé de les commencer à la première page et de les suivre jusqu’à la fin; on peut les ouvrir où que ce soit, on est sûr de trouver toujours une jolie description, une anecdote amusante, une fine miniature d’un alinéa. Comme en outre, selon l’expression si juste que Beyle, qui comprenait l’Italie, applique à l’un de ses plus brillans contemporains, il aime mieux « peindre peu profond que s’appesantir, » on n’a pas à craindre un morceau absorbant ou troublant.

En raison même de ce dilettantisme de caractère, en raison aussi de sa sensibilité si facilement excitée et si facilement satisfaite, M. de Amicis est un de ces écrivains, — rares à l’heure actuelle, — qui trouvent la vie bonne et la savourent en toute saison. Il est sceptique, mais sans aigreur, juste assez pour rester tranquillement établi dans un épicuréisme modéré. Il a de l’esprit, mais un esprit aimable, qui ne se déverse jamais en railleries : on trouve deux ou trois satires dans son recueil de poésies, mais elles ont une portée toute générale et ne blessent personne : ici, par exemple, il prend à partie un critique impuissant et rageur qu’il ne nomme pas, qu’il s’abstient même de caractériser par un trait qui pourrait le désigner plus clairement, et auquel il se borne à déclarer qu’il se moque de lui; là, un parasite qui exprime à un grand homme son admiration désintéressée en lui empruntant un louis ; des personnages dont les petits ridicules et les petits vices choquent à peine, — tant nos contemporains nous ont accoutumés à des peintures plus violentes, à des figures plus marquées, — et qu’on ne reconnaîtrait certainement pas parmi la foule de leurs pareils.

La façon dont un écrivain comprend la nature est souvent décisive pour caractériser ses goûts et son esprit. M. de Amicis la comprend comme il comprend la vie. On trouvera difficilement, dans ses voyages, une description mélancolique. Ses paysages favoris sont gais et s’étendent en plein soleil, à peine teintés quelquefois par ces vapeurs légères que dégagent dans les lointains les premières chaleurs du printemps par ces sfumature qui brodent leurs fines dentelles sur les rivages méditerranéens. Dans ses poésies qui portent encore plus nettement l’empreinte de sa personnalité, puisque rien ne l’y gêne dans le choix de ses sujets, la même tendance est encore plus accentuée. Les poètes modernes se font une nature à leur image, chargeante et complexe comme eux, souriante quand ils ont la joie au cœur, navrée quand ils s’assombrissent, reflétant tous les nuages qui leur voilent le ciel, bouleversée par toutes les tempêtes dont ils sont secoués : en sorte que c’est presque toujours eux-mêmes qu’ils dépeignent dans leurs descriptions, qu’ils imposent aux choses la violence et la fugacité de leurs sensations raffinées, qu’ils leur prêtent leur vie intense et si souvent maladive. Chez M. de Amicis, la nature est toujours simple, et si je puis me servir de cette expression, égale à elle-même. Dans ses sonnets sur l’Espagne, sur la Hollande, sur le Maroc, sur Constantinople, on croirait voir, on voit « les maisons blanches et isolées qui semblent recouvertes d’un voile de gazon » succéder aux « ondes azurées dans lesquelles tremblent les blancs minarets, » et faire place à leur tour «à la paix de ces grandes prairies coupées de canaux où une voile blanche de temps en temps passe, puis se perd, comme une somnambule solitaire et pensive. » Vous remarquez que le mot blanc revient sans cesse dans ces descriptions; et vraiment cette couleur qui, à proprement parler, n’en est pas une, qui n’est que la résultante du mélange de toutes les autres, et qui est particulièrement chère à M. de Amicis, peut encore servir à caractériser sa nature mobile, dont les oscillations ne sont cependant jamais assez violentes pour ne pas aboutir à une tranquille quiétude. Car, de même qu’il aime la nature en pleine lumière, M. de Amicis l’aime en plein repos, et il l’avoue dans son sonnet à la mer, qui, à ce point de vue, mérite d’être cité :

« Salut, ô grande mer ! Comme un avril éternel, — ton sourire m’invite toujours à chanter, — et fait, dans mon corps auquel il rend la vigueur, — bouillir les flots de mon sang juvénile.

« Salut, mer adorée! épouvante du lâche, — joie du brave, santé du malade, — mystère immense, jeunesse infinie, — beauté formidable et charmante.

« Je t’aime lorsque tes colères se brisent sur le rivage, — à la lueur funèbre des éclairs, — j’aime tes flots énormes et leurs mugissemens,

« Mais, plus encore, j’aime ton murmure — lent et solennel qui berce le cœur, — ô cimetière d’azur sans limites ! »

Ce dernier vers, cette évocation d’une chose triste, est la plus forte note de mélancolie qu’on trouve chez le poète italien; et, pour la lui arracher, il n’a fallu rien moins que le spectacle grandiose auquel tant de poètes ont mesuré leurs désespoirs. D’ailleurs, au fond de lui-même, le peintre de la Hollande doit préférer à tout le reste la vie artificielle, et je ne crois pas qu’il ait jamais eu d’élan sincère vers la vraie nature délivrée de l’homme.

M. de Amicis a-t-il conscience de son état d’optimisme? En tout cas, il s’y complaît et s’efforce de s’y maintenir. Il évite avec soin tout ce qui lui paraît attristant. Ses nouvelles finissent toujours bien, même quand la logique voudrait qu’elles finissent mal. Leurs péripéties sont rarement dramatiques. Si le sujet comporte des détails pénibles, l’auteur les enveloppe de toutes les précautions imaginables, et il sacrifie sans hésiter les données de la physiologie, ou même celles de la simple observation, au besoin de tout arranger. Un des plus importans récits des Scènes de la vie militaire, Carmela, est, sur ce point, tout à fait caractéristique. Carmela est une jeune paysanne, à demi sauvage, qui s’est passionnément éprise d’un officier en garnison dans son village; mais, — est-il besoin de le dire? — du plus pur des amours. Au bout de trois mois, son amoureux reçoit un ordre de départ, la quitte en lui promettant de revenir, — et ne revient pas. Carmela ne tarde pas à apprendre, par un malheureux hasard, qu’il se marie. Elle en devient folle. Sa folie consiste à prendre pour l’infidèle tous ses successeurs, l’un après l’autre. Elle les suit, les poursuit, les embrasse, les tourmente, se place sur leur chemin, couche en travers de leur porte, — et toujours en conservant sa vertu, quand bien même quelques-uns, gens peu délicats, auraient volontiers oublié, en faveur de sa beauté, qu’elle n’avait plus sa raison. Un jour, arrive un jeune lieutenant au cœur tendre, qui, touché par ses malheurs, entreprend de la guérir. Il y réussit en reproduisant devant elle, dans tous ses détails, la scène du départ de son prédécesseur. Et, comme il s’était épris d’elle en travaillant à la sauver et en méditant des ouvrages spéciaux sur la folie, — d’ailleurs singulièrement choisis, — il l’épouse dès qu’elle est rentrée en possession d’elle-même.

En voyage, M. de Amicis éloigne de même de son attention tout ce qui pourrait être pénible ou douloureux. De temps en temps, un fugitif accès de spleen ou de nostalgie interrompt brusquement la série de ses impressions émerveillées. Mais il se hâte de le chasser, pour s’abandonner de nouveau à ses étonnemens et à ses joies. A Londres, il subit la pluie, la terrible pluie anglaise, qui semble suinter des maisons, qui donne à toutes les choses des aspects fantomatiques el lugubres, qui fait passer dans les rues obscures des frissons de terreur splénétique. Sans doute, il n’en évite pas l’invincible et poignante mélancolie : « On éprouve, dit-il après l’avoir décrite, un sentiment désagréable de fatigue, un dégoût de tout, une envie inexprimable de disparaître comme un éclair de ce monde ennuyeux. » Mais c’est tout. Il se garde bien de s’appesantir sur cette impression : il ouvre son parapluie et se croit en plein soleil. D’ailleurs, de Londres comme de Paris, M. de Amicis ne voit que le côté brillant : à travers ses récits, les deux immenses villes apparaissent comme les capitales de royaumes de Cocagne, où des foules heureuses se promènent sur des boulevards bordés de somptueux palais et d’admirables édifices. Quand il s’aventure dans les faubourgs, il se hâte de les dépeindre en deux mots et passe son chemin : la misère trouble sa conception du pittoresque, elle manque trop de cristaux et de mosaïques. Dans les pays non civilisés, on le retrouve encore décidé à ne regarder que ce qui flatte sa vue, à glisser sur le reste. Le Maroc et Constantinople offrent pourtant un spectacle capable d’inspirer quelques tristes pensées au voyageur le plus indifférent : celui de races épuisées qui n’ont pas pu résister au contact de la civilisation, qui en ont les maladies sans en avoir les remèdes, et qui finissent peu à peu, qui s’éteignent dans une fatale consomption... M. de Amicis, si facilement attendri par de petites choses, et que nous avons vu tout effrayé devant des figures de cire, ne s’émeut point à un si grand spectacle. On en sent à peine la mélancolie dans quelques- unes de ses pages, où il a noté des faits particulièrement caractéristiques, — quand il montre, par exemple, tous les fils d’un chef arabe, de superbes jeunes gens qu’on eût dit choisis parmi les plus beaux de la race moresque, s’approcher d’un médecin européen et découvrir tous ensemble leur bras droit, rongé par la même plaie ; encore laisse-t-il au lecteur le soin de tirer lui-même les terribles conclusions, il passe et ne s’appesantit pas. Pour qu’il se sente à l’aise, pour qu’il puisse développer librement ses qualités, il lui faut des cadres plus animés, plus vivans que les vastes horizons de l’Orient ou de l’Afrique. Il lui faut les foules, même serrées dans des rues étroites, il lui faut le clinquant et le cliquetis des villes modernes. La vie heureuse, large, grasse, la santé épanouie, la prospérité générale qui se manifeste par l’ordonnance du repas et le bon entretien des trottoirs, voilà ce qui lui convient le mieux. Aussi, est-ce en Hollande qu’il s’est trouvé dans son véritable élément, et son livre sur la Hollande est-il son meilleur ouvrage, celui qui donne du pays parcouru l’impression la plus complète, celui qui seul révèle un accord intime, nécessaire entre le tempérament de l’auteur et le sujet traité. M. de Amicis s’est promené, la loupe à la main, dans ce pays étrange, conquis par l’homme sur la mer. Il en a examiné les moindres détails, depuis la médiocre statue d’Érasme qui se dresse sur une place de Rotterdam jusqu’au merveilleux Taureau de Potier, depuis ces paisibles paysages verts où seul quelque héron, immobile sur une patte, représente la vie, jusqu’aux rues d’Amsterdam si pleines de mouvement, jusqu’au vaste parc de La Haye, où des arbres énormes abritent une patriarcale résidence. Il a pris sa part des kermesses, il est entré dans un club d’Alkmaar, il a causé avec un paysan qui lui a répété en italien le premier vers de la Divine Comédie, il s’est extasié sur les casques d’or des servantes frisonnes, il a visité le marché de Groningue. Sans doute, certains détails l’ont étonné : sa vivacité méridionale s’est mal accommodée du flegme hollandais, et il n’a pu comprendre que des gens qui l’avaient reçu en ami se séparassent de lui sans déclamation. Peut-être même ce contraste l’a-t-il servi : le fait est que son tableau de la Hollande est d’une exactitude de proportions et d’une sûreté de lignes qu’on ne retrouve qu’en partie dans ses autres voyages.

Comme les gens heureux, M. de Amicis est bon. Mais il est bon, comme il est heureux, sans se douter qu’on puisse ne pas l’être. Il le sait et il l’a dit, dans une suite de quatre sonnets où il s’est disséqué lui-même d’une main sûre : « Cette bonté n’est qu’une affectueuse courtoisie (un’ amorosa cortesia), — la courtoisie des âmes sereines. C’est une bonté qui ne vient pas de la volonté, — c’est un instinct de paix et d’harmonie, — c’est une douceur que ma mère — a répandue dans mes os et dans mes veines. — Oh ! que quiconque a pu m’affliger ou me blesser, — vienne à moi dans un jour de douleur, — il trouvera des larmes dans mes yeux. Et jusqu’à ce que je descende au tombeau, — sur ma bouche brillera un sourire, — une affection frémira dans mon cœur. » Certains morceaux des Scènes de la vie militaire suffisent à confirmer l’exactitude de cette analyse. Il faut voir, dans les petits récits intitulés : le Fils du régiment, le Conscrit, la Sentinelle, comment un certain officier, dans lequel on n’a pas de peine à reconnaître l’auteur, est bon et obligeant pour les soldats, comment il écoute leurs confidences, s’intéresse à leurs ennuis, les aide de ses conseils, les encourage de sa sympathie. Au pauvre conscrit, ridicule dans son uniforme qu’il ne sait point encore porter, il apprend à nouer la cravate d’ordonnance, à arranger les plis de la capote; il le met à l’abri des railleries des camarades, il s’efforce de le familiariser doucement avec les exigences de la vie militaire. — Ou bien il s’en va trouver la sentinelle qui grelotte en montant sa garde, il s’applique à lui abréger les longues heures de nuit et de solitude où toutes les tristesses du service s’accumulent dans le cœur. Tout cela est honnête et délicat. Mais rarement M. de Amicis s’élève à une conception plus vaste, à un sentiment plus haut : il reste un officier bon au soldat, la vie militaire lui sert à exercer les qualités de son cœur toujours affectueux, mais n’élargit pas sa pensée; il la pratique en homme consciencieux, — il ne la domine pas, il n’en fait pas jaillir des aperçus nouveaux sur la condition des hommes, comme sut le faire, par exemple, Alfred de Vigny. Pourtant, dans sa nouvelle intitulée : Fortezza (Bravoure), il a raconté avec puissance l’héroïsme d’un soldat qui, porteur d’un ordre écrit, et pris par les brigands, supporte silencieusement, en gardant l’ordre dans sa bouche, les épouvantables tortures auxquelles il est soumis. Ce récit, seul peut-être dans l’œuvre de M. de Amicis, est d’une lecture douloureuse ; on dirait que l’énergie du héros a agi sur le conteur : ses couleurs, d’habitude un peu molles, prennent une vivacité extraordinaire, sa douceur se transforme en vigoureuse fermeté, son imagination devient plus virile, et sa nouvelle laisse dans la mémoire du lecteur une trace plus profonde, une impression inattendue de vaillance morale et de courage humain.

Un tel écrivain n’a guère le choix de ses procédés littéraires : il est condamné à une abondance de style qui peut facilement devenir fastidieuse. M. de Amicis évite le plus souvent cet écueil, grâce à son enjouement et à sa souplesse, grâce aussi à un tact qui l’abandonne rarement. On pourrait demander à ses voyages plus d’ampleur dans les vues, il serait injuste de méconnaître le goût qui préside au choix des détails, le charme de beaucoup de descriptions. M. de Amicis n’est point un philosophe, tant s’en faut : toute sa nature répugne au trop grand effort intellectuel; il est un dilettante aimable, qui se promène à travers le monde en curieux, avec le parti-pris de le trouver très bon, et qui, toujours content, fait quelquefois partager sa satisfaction à ses lecteurs. Artiste réfléchi, il connaît ses facultés, il évite autant que possible de leur demander ce qu’elles ne peuvent rendre. Il sait, par exemple, que dans un vaste ensemble il aperçoit un fourmillement de détails qu’il traduit isolément avec exactitude et pittoresque, mais sans parvenir à dégager les traits principaux, ceux-là justement qui suffiraient à caractériser la physionomie du paysage : aussi tente-t-il rarement un grand tableau. Il l’a fait quelquefois, avec une extrême application, mais pas toujours avec bonheur. Son arrivée à Constantinople, par exemple, malgré la profusion des lignes et des couleurs, ou plus exactement peut-être à cause de cette profusion, reste un morceau confus. Après avoir lu les Souvenirs de Paris, qui sont divisés en grands chapitres, et où M. de Amicis semble avoir imité les procédés de nos romanciers contemporains, on n’a de la ville qu’une impression vague et même fausse en bien des endroits. La description des grands boulevards, par exemple, est toute factice, emphatique, cérébrale : « Là, c’est le peuple suprême, c’est la métropole de la métropole, le royaume ouvert et perpétuel de Paris auquel tout aspire et tend. Là, la rue devient place, le trottoir devient rue, la boutique devient musée; le café est un théâtre; l’élégance, du faste; la splendeur, un éblouissement; la vie, une fièvre... » Et les métaphores se succèdent pendant des pages : il y a « de grandes inscriptions d’or qui courent sur les façades des maisons comme les versets du Coran sur les parvis des mosquées ; » on passe sans interruption devant « les hôtels des princes et des crésus. » Nous sommes dans le Paris des hallucinations et des fièvres, dans le Paris conventionnel qu’ont mis à la mode les visions de certains héros de roman, et qu’il ne faut pas confondre avec le Paris de tous les jours, dont les agitations sont moins apparentes, dont les couleurs n’ont pas tant de crudité. En revanche, on retrouve en M. de Amicis un peintre de race, un miniaturiste charmant, dès qu’il enchâsse dans un cadre restreint une vue particulière, dès qu’il s’applique à une étude de détail. En Hollande, la disposition même du pays lui a fourni une succession presque ininterrompue de dessins d’une rare finesse; à Fez et en Espagne, il a réussi à prendre nombre de croquis agréables. Et, pour se rendre compte de la patience et de la sagacité du voyageur italien, il faut lire dans Constantinople le chapitre plein d’observations curieuses qu’il consacre aux chiens errans.

Mais si, dans les voyages, la multiplicité même des images qui se pressent devant ses yeux, des objets qui s’offrent à son observation, empêchent M. de Amicis d’abuser de sa facilité à voir pour trop regarder et de son abondance pour trop décrire, il n’en est malheureusement pas toujours de même dans ses nouvelles. Là, en effet, il est libre, il peut choisir un thème selon son goût et le développer comme il lui convient ; sa manière même de comprendre l’art d’écrire, son habitude de chercher dans la littérature un plaisir immédiat, l’empêchent de réagir contre les suggestions de son tempérament; aussi choisit-il presque toujours de tout petits sujets sur lesquels il exerce impitoyablement la minutie de son analyse. Les faits les plus simples se décomposent pour lui ; il consigne soigneusement les moindres gestes de ses personnages, et ces gestes même, il cherche à les démonter, à en montrer le mécanisme. Un soldat reçoit une lettre de sa mère : il la décachette à la lueur d’une lanterne, « de ses deux mains tremblantes, sous deux yeux dilatés où brillant deux belles larmes. Il lit la lettre très vite, en accompagnant d’un mouvement de tête le mouvement des yeux et en murmurant des mots sans suite. L’ayant lue, il la serre dans ses mains, laisse tomber ses bras en levant les yeux vers le ciel, et les deux grosses larmes, après avoir tremblé incertaines sur ses paupières, s’échappent, roulent intactes le long de ses joues et viennent tomber toutes chaudes sur ses mains. » Les conversations sont quelquefois construites d’une façon analogue, — interminables et surtout oiseuses. Au début d’un des récits militaires (Quel Giorno) une dame demande à un officier de lui raconter quelques-unes de ses impressions pendant la guerre. L’officier répond : « Comme cela, tout de suite, sans préparation? Donnez-moi au moins le temps de rassembler mes souvenirs, sinon je vous ferai un papotage sans queue ni tête. — Non, monsieur, ne préparez rien; je ne veux pas une dissertation philosophique, et encore moins une page d’histoire militaire. Dites-moi, comme cela vous viendra, tout ce que vous avez vu. — Vous le voulez absolument? — Je le veux. — Alors, je parlerai; mais... » Vous pouvez penser si des récits commencés sur ce ton marchent vite !

Ce sont là, si l’on veut, des défauts. Mais ces défauts, qu’il ne faudrait pas confondre avec les maladresses et les imperfections de forme d’un écrivain inhabile, tiennent à la nature même du talent de M. de Amicis et ont la même source que ses qualités, dont ils sont inséparables. Ils rendent tel ou tel morceau fatigant à lire, mais ils ne nuisent pas trop à l’effet d’ensemble d’une œuvre déjà assez considérable. On est forcé de les mettre en lumière, puisqu’ils servent à éclairer le tempérament de l’auteur; on ne pourrait raisonnablement s’attendre à les voir s’atténuer dans la suite. M. de Amicis est encore jeune et produira sans doute encore beaucoup; mais il n’est pas probable que ses livres futurs modifieront sensiblement l’opinion qu’on a pu se former de lui jusqu’à ce jour. Si même il tombe de temps en temps, comme cela lui est arrivé avec ses Amis, dans de fâcheuses exagérations d’analyse, il restera pourtant, on peut l’affirmer, un écrivain aimable et agréable, qu’un public nombreux suivra toujours avec plaisir. Son domaine n’est pas et ne sera probablement jamais des plus vastes; mais il y cultive plus d’une fleur délicate, il y crée des sites qui, pour être artificiels, n’en ont pas moins leur charme. Cela ne suffit-il pas à marquer sa place parmi les contemporains?


EDOUARD ROD.