Émile Nelligan et son œuvre/Tristia/Tristesse blanche


Émile Nelligan et son œuvre, Texte établi par Préface par Louis Dantin (p. 152-153).



TRISTESSE BLANCHE




Et nos cœurs sont profonds et vides comme un gouffre,
Ma chère, allons-nous-en, tu souffres et je souffre.

Fuyons vers le castel de nos Idéals blancs,
Oui, fuyons la Matière aux yeux ensorcelants.

Aux plages de Thule, vers l’île des Mensonges,
Sur la nef des vingt ans fuyons comme des songes.

Il est un pays d’or plein de lieds et d’oiseaux
Nous dormirons tous deux aux frais lits des roseaux.

Nous nous reposerons des intimes désastres,
Dans des rythmes de flûte, à la valse des astres.


Fuyons vers le château de nos Idéals blancs,
Oh ! fuyons la Matière aux yeux ensorcelants.

Veux-tu mourir, dis-moi ? Tu souffres et je souffre,
Et nos cœurs sont profonds et vides comme un gouffre.