Tristesse (Chapman)

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Intima verba
Les Fleurs de Givre (p. 157-159).


 



Le gel a flétri les rameaux
Des érables et des ormeaux
De nos bocages.
Un frisson de mort a passé.
Et le vent fauve et courroucé
Tord les branchages

Au creux des sillons assoupis
On ne voit plus tomber d’épis.
Les nids sont vides ;
Et les tyroliens ailés
Quittent nos climats désolés
Pour les Florides.


Un froid linceul voile les cieux.
Son aspect sombre et soucieux
Angoisse l’âme.
Tout est morne, onde, champ, forêt.
Et le soleil comme à regret
Donne sa flamme.

Tout semble tressaillir d’effroi.
La voix des cloches dans l’air froid
Est sourde et fausse ;
Et la feuille tombe des bois
Comme un pleur de l’œil aux abois
Sur une fosse.

Adieu les chansons du flot bleu !
Adieu les couchants d’or ! Adieu
Les matins roses !
Adieu l’enivrant gazouillis
De la brise dans les taillis !
Adieu les roses !

Plus de fleurs ! plus de chants d’oiseau !
Au fond du ravin le ruisseau
Écume et tonne.

Novembre est venu nous glacer.
Et dans mon cœur je sens passer
Le vent d’automne.