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Traité de la pesanteur de la masse de l’air/Chapitre V

Traités de l’équilibre des liqueurs et de la pesanteur de la masse de l’air
Hachette (p. 232-234).
Traité de la pesanteur de la masse de l’air


Chapitre v.Que comme le poids de la masse de l’Air est plus grand sur les lieux profonds que sur les lieux élevez, aussi les effets quelle y produit sont plus grands à proportion.


Puisque le poids de la masse de l’Air produit tous ces effets dont nous traittons, il doit arriver que comme elle n’est pas égale sur tous les lieux du monde, puisqu’elle est plus grande sur ceux qui sont les plus enfoncez, ces effets y doivent aussi estre differents : aussi l’experience le confirme, et fait voir que cette mesure de 31. pieds, que nous avions prise pour servir d’exemple, n’est pas celle où l’eau s’éleve dans les Pompes, dans tous les lieux du monde ; car elle s’y éleve differemment en tous ceux qui ne sont pas à mesme niveau, et d’autant plus qu’ils sont plus enfoncez, et d’autant moins qu’ils sont plus élevez : de sorte que par les experiences qui en ont esté faites en des lieux élevez l’un au dessus de l’autre de cinq ou six cent toises, on a trouvé difference de quatre pieds trois poulces ; de sorte que la mesme Pompe qui éleve l’eau en un endroit à la hauteur de 30. pieds quatre poulces ne l’éleve en l’autre, plus haut d’environ 500. toises, qu’à la hauteur de vingt-six pieds un poulce, en même temperamment d’Air ; en quoi il y a difference de la sixiéme partie.

La mesme chose se doit entendre de tous les autres effets, chacun suivant sa maniere, c’est à dire, par exemple, que deux corps polis sont plus difficilles à desunir en un vallon que sur une montagne, etc.

Or, comme 500. toises d’élevation causent quatre pieds trois poulces de difference à la hauteur de l’eau, les moindres hauteurs font de moindres differences à proportion ; sçavoir, 100. toises, environ dix poulces ; 20. toises, environ deux poulces, etc.

L’instrument le plus propre pour observer toutes ces variations est un tuyau de verre bouché par en haut, recourbé par en bas, de trois ou quatre pieds de haut, auquel on cole une bande de papier, divisée par poulce et lignes ; car, si on le remplit de vif argent, on verra qu’il tombera en partie, et qu’il demeurera suspendu en partie ; et on pourra remarquer exactement le degré auquel il sera suspendu ; et il sera facile d’observer les variations qui y arriveront de la part des charges de l’Air, par les changements du temps, et celles qui y arriveront en le portant en un lieu plus élevé ; car en le laissant en un mesme lieu, on verra que, à mesure que le temps changera, il haussera et baissera ; et on remarquera qu’il sera plus haut en un temps qu’en un autre, d’un poulce six lignes, qui répondent precisément à un pied huit poulces d’eau, que nous avons donné dans l’autre Chapitre, pour la difference qui arrive de la part du temps.

Et, en le portant du pied d’une montagne jusques sur son sommet, on verra que, quand on sera monté de dix toises, il sera baissé de prés d’une ligne ; quand on sera monté de vingt toises, il sera baissé de deux lignes ; quand on sera monté de 100. toises, il sera baissé de neuf lignes ; quand on sera monté de 500. toises, il sera baissé de trois poulces dix lignes. Et, redescendant, il remontera par les mesmes degrez.

Tout cela a esté éprouvé sur la montagne du Puy de Domme en Auvergne, comme on verra par la Relation de cette Experience qui est après ce Traitté[1], et ces mesures en vif argent répondent precisément à celles que nous venons de donner en l’eau.

La mesme chose se doit entendre de la difficulté d’ouvrir un soufflet, et du reste.

Où l’on voit que la mesme chose arrive precisément dans les effets que la pesanteur de l’Air produit, que dans ceux que la pesanteur de l’eau produit ; car nous avons veu qu’un soufflet immergé dans l’eau, et qui est difficile à ouvrir, à cause du poids de l’eau, l’est d’autant moins qu’on l’élève plus pres de la fleur[2] de l’eau ; et que le vif argent dans un tuyau immergé dans l’eau, se tient suspendu à une hauteur plus ou moins grande, suivant qu’il est plus ou moins avant dans l’eau ; et tous ces effets, soit de la pesanteur de l’air, soit de celle de l’eau, sont des suittes si necessaires de l’Equilibre des liqueurs, qu’il n’y a rien de plus clair au monde.

  1. Remaniement de la phrase de Pascal, fait évidemment pour l’édition de 1663. Vide supra, t. II, p. 349 sqq.
  2. La superficie. Ce sens est resté dans quelques formules : à fleur d’eau, à fleur de tête.