Tableau de l’instruction primaire en France/7


CHAPITRE VII.


LIVRES ÉLÉMENTAIRES.


Tout était à faire dans l’instruction primaire : et, depuis les bâtiments jusqu’aux maîtres, depuis le goût de l’étude qu’il fallait faire germer au sein de l’ignorance, jusqu’aux livres qui devaient aider à la détruire, c’était tout un monde à créer. Qu’on ne nous accuse point d’injustice envers les louables tentatives faites avant la loi. Nous n’ignorons pas que, sous la restauration, des sociétés s’étaient élevées pour encourager l’instruction populaire, et même en dépit de son mauvais génie, le gouvernement déchu, quelquefois par vergogne, souvent par la force des choses, faisait à regret des concessions qu’il sentait lui-même contraires à sa direction et funestes à son principe. Mais tous ces essais, même les plus heureux, influaient peu sur le sort de l’instruction primaire en France. Quelques écoles étaient fondées, encouragées, aidées, mais sans ensemble, et les résultats de l’inspection prouveraient au besoin le peu de succès qu’avaient eu jusqu’alors toutes les tentatives.

Parmi ces plaies honteuses qui restaient à guérir, la déplorable médiocrité des livres destinés à l’enseignement élémentaire appelait tout d’abord l’attention, car elle pouvait servir d’excuse à l’incapacité des maîtres. On verra dans la liste que nous avons dressée des livres trouvés alors en possession des écoles, que des instituteurs plus habiles devaient échouer avec de pareils instruments (365).

Les croix de par Dieu, les psautiers latins, les abécédaires de Limoges avec figures de girafe ou d’éléphant (366), n’avaient au moins qu’un tort, celui de mal seconder les leçons du maître et de laisser languir l’instruction de l’enfant ; mais combien d’autres n’ajoutaient-ils pas à ce danger le danger bien plus grand encore de fausser de bonne heure le jugement par des fables grossières, et souvent de corrompre le cœur par des lectures immorales ou impies (367). Telle était l’anarchie, que des instituteurs n’ont pas craint de nous présenter, comme spécimen de l’écriture de leurs élèves, des cahiers où ils leur avaient dicté tout au long une apologie de l’adultère, et je ne sais quel pamphlet intitulé le cauchemar du juste milieu (368). L’inexpérience des parents et l’insouciance des maîtres laissaient l’innocence de ces enfants jouer avec des charbons ardents, et l’on trouvait dans leurs mains le bon sens du curé Meslier (369) à côté du catéchisme. Quelques ouvrages que leur titre aurait dû, ce semble, reléguer au moins dans les villes, mais que le hasard avait comme égarés dans les campagnes, égayaient singulièrement les lectures : on y apprenait les devoirs de l’homme galant, et les passages drolatiques de Montaigne ou d’Amyot étaient à peu près tout ce qu’on pouvait en comprendre dans les écoles (370).

Car les meilleurs livres ne sont pas toujours bons pour l’enfance, et je n’hésiterais pas à condamner pour elle l’usage même des extraits ordinaires de la Bible, à commencer par le récit de la chasteté de Joseph (371). La vie des Saints n’est pas non plus sans danger, et, quand celles de St.-Quentin (372) et de St.-Dominique, n’auraient d’autre inconvénient que d’être mêlées d’un merveilleux qui éblouit la raison de ces jeunes intelligences, j’aimerais mieux remettre à un âge plus avancé ces lectures appelées édifiantes (373). Je n’en veux citer qu’un exemple. De tous les livres portés dans les tableaux, il n’en est pas dont l’emploi soit plus général dans les écoles, il n’en est pas qui soit mieux accueilli par le clergé, que l’Instruction des jeunes gens par le père Gobinet, il n’en est pas dont les intentions soient plus pures ; voici pourtant ce qu’on y trouve (374).

« Saint-Jérôme dit que le diable est un serpent glissant ; et que, comme, pour empêcher un serpent d’entrer en un trou, il faut prendre garde qu’il n’y mette point la tête, laquelle, étant une fois passée, tire après elle le reste du corps sans qu’il soit possible de le retenir, aussi, pour empêcher le diable d’entrer en notre âme par le péché, il faut résister à ses premières tentations. »

« La pensée sale, qui n’est pas repoussée, cause la délectation : la délectation tire le consentement ; le consentement produit l’action ; de l’action vient l’habitude, de l’habitude la nécessité, de la nécessité la mort. Et, comme la vipère est tuée par les petits qu’elle porte dans son ventre, aussi nous recevons la mort par nos mauvaises pensées, quand nous les nourrissons dans notre cœur. »

« La seconde cause de l’impureté est l’intempérance du boire et du manger, avec laquelle il est impossible de conserver la chasteté en quelque âge que ce soit, mais principalement dans la jeunesse. La chaleur du sang, qui bouillonne en cet âge, n’excite que trop les voluptés sensuelles ; mais, quand elle est aidée par des causes extérieures, comme le vin et la bonne chère, elle fait un embrasement incroyable. Écoutez ce que dit Saint-Jérôme qui en parle par sa propre expérience. En l’épitre à Furia, il dit que le mont Etna, le mont Vésuve et le mont Olympe, qui exhalent continuellement des feux et des flammes, ne brûlent pas avec tant d’ardeur que les moelles des jeunes gens, lorsqu’elles sont enflammées par le vin et les viandes. »

« Le sage vous donne cet avertissement si important : ne demeurez point parmi les femmes ; parce que, comme le ver s’engendre dans les vêtements, ainsi l’iniquité de l’homme vient de la femme. »

« Joignez aussi aux causes précédentes les baisers qui sont souvent entre les jeunes gens les effets de sensualité et d’affection deshonnête, quoiqu’elle soit quelquefois cachée ; ou pour le moins ils existent et donnent commencement à beaucoup de péchés et de saletés. C’est pourquoi un bon auteur les appelle les morsures du diable, et les arrhes du péché. »

Je demande si ces conseils, dont nous ne jugeons pas le fond, dont nous ne voulons pas examiner le style (375), ne sont pas propres à éveiller plutôt, chez les enfants, les mauvaises pensées que l’on y veut combattre. Or, ces lectures ne sont pas seulement isolées, elles sont communes ; elles se font à haute voix ; dans des écoles où les filles sont obligées, pendant ce temps, d’affronter les regards des garçons et du maître : et l’innocence stupide des admirateurs de ce livre est allée si loin, que nous retrouvons les mêmes détails reproduits textuellement dans un ouvrage imprimé en 1830, et spécialement destiné aux jeunes filles. Instruction chrétienne des jeunes filles, disposée En Faveur de celles qui sont instruites dans la communauté des dames de la Croix et de Ste-Geneviève, pour y servir à la lecture. On y lit en outre :

Page 296. « Chap. VI. De la récréation. Premièrement, elles éviteront, autant qu’il leur sera possible, de jouer avec des petits garçons. Que si elles ne peuvent s’en empêcher, comme avec leurs frères, parents ou autres, elles ne souffriront point du tout qu’ils portent leurs mains sur leurs gorges, sur leurs bras, ou d’autres endroits, ni qu’ils les baisent ou les embrassent, sous quelque prétexte de jeu que ce soit ; et, si, après qu’elles leur auront dit de n’y plus retourner, ils voulaient encore en user de même, elles ne joueront plus du tout avec eux ; et, si c’était hors de jeu, elles les éviteront tant qu’elles pourront ; elles s’en plaindront même à leurs mères ; car, sur toutes choses, elles doivent avoir un grand soin de conserver leur cœur et leur corps dans une parfaite chasteté. Pour cet effet, non seulement elles ne rechercheront jamais de jouer avec les garçons, mais même elles éviteront les promenades et les conversations familières avec eux, s’ils ne leur sont fort proches parents, et jamais elles ne se tiendront seules en leur compagnie. Elles feront une grande différence entre leur manière d’agir avec eux et avec leurs compagnes, puisqu’elles peuvent être familières et libres, d’une liberté, néanmoins honnête, avec leurs compagnes, et qu’elles doivent toujours être fort réservées pour eux ; quoique cela doive se faire sans gêne et sans contrainte, tant qu’ils ne passent point les bornes de la modestie. »

« Comme cette vertu doit être la fidèle compagne d’une fille, elles ne joueront jamais à aucun jeu qui ait quelque chose qui lui soit contraire, non pas même avec leurs compagnes. Elles ne souffriront point qu’on leur dise des paroles déshonnêtes, non plus que des chansons de même qualité, bien loin d’en vouloir apprendre, et d’en dire. Elles ne liront jamais des livres qui sont aussi contre l’honnêteté et la pudeur ; car, outre que toutes ces choses sont péché, c’est qu’elles sont toujours très-messéantes à une fille, et qu’elles en donnent mauvaise opinion. »

Nous ne parlerons pas du ridicule de certains conseils, tels que ceux qu’on va lire sur la révérence.

Page 299. « Elles prendront garde comme elles font la révérence, dont voici la manière : lorsque l’on avance, il faut glisser le pied droit devant le gauche ; et, lorsque l’on recule pour sortir, il faut glisser le pied gauche derrière le droit, et toujours les pointes des pieds en dehors ; il faut plier les genoux bien bas, surtout lorsque l’on entre en une chambre, ou que l’on fait la révérence à une personne de considération ; tenir le reste du corps tout droit, aussi bien que la tête, et avoir les mains l’une sur l’autre environ vers la ceinture, si ce n’est que l’on tienne quelque chose qui oblige à les avoir autrement : il ne faut point affecter de contenance, mais avoir un air libre et sans contrainte, et toujours modeste et de bonne grâce. »

Il est impossible que l’administration tolère longtemps de pareils abus. Nous n’aimons guère à provoquer des arrêts sévères de l’autorité, et nous approuvons qu’elle fasse sentir rarement son pouvoir. Mais, quand il y a péril pour l’enfance, l’Université ne peut oublier qu’elle est chargée de la prendre sous sa garde, et qu’elle est responsable de son éducation à la France. Nous hâtons donc de tous nos vœux le jour où elle publiera la liste impatiemment (376) attendue des livres qu’elle entend accepter pour l’instruction des écoles. Les inspecteurs, les comités, les instituteurs, le bon sens et à la morale réclament également cette mesure. Déjà, elle a été mise à exécution pour les écoles normales, et nous donnons plus bas[1] le catalogue des ouvrages adoptés.

M. de Montalivet, alors Ministre de l’instruction publique, pour rendre ce travail plus facile, a institué une commission de révision des livres élémentaires qui s’occupe avec persévérance de ce choix important : nous en publions aussi le résultat sommaire à la fin de ce chapitre[2].

Enfin, l’administration n’a cessé, pour faire au moins concurrence avec les mauvaises méthodes, de propager gratuitement dans les écoles quelques livres utiles.

C’est ici le lieu d’inviter MM. les inspecteurs à veiller désormais à ce que ces munificences ne soient pas stériles. Jusqu’alors les fonds employés à cette bonne œuvre avaient souvent été complètement perdus. Tantôt, l’instituteur qui avait reçu les livres destinés à son école, les laissait pourrir dans un coin sans y toucher (377) ; soit parce qu’il en coûtait à sa paresse (378) d’étudier une méthode nouvelle pour lui, soit pour condescendre aux instances, aux conseils de personnes influentes (379), aux menaces même des parents, car on a vu des familles, je ne sais par quelle frénésie, lacérer et livrer aux flammes ces présents qui leur étaient faits. Tantôt, les comités (380) ou les maires avertis qu’à quelques lieux de là le préfet ou le recteur tenaient à leur disposition des ballots de livres gratuits pour l’enseignement primaire (381), répondaient qu’ils ne pouvaient faire les frais du transport (382). On a vu des secours en argent accordés par le Ministre pour procurer des livres à une école, changer de destination sur les lieux, et servir à raccommoder une fenêtre (383).

En même temps que l’administration s’assurera que l’on n’a point mésusé de ses dons, peut-être devra-t-elle, pour les rendre plus efficaces et plus durables, choisir aux livres dont elle disposera pour cet usage une reliure plus solide : un livre qui est destiné à des mains rustiques, ne saurait avoir un tempérament trop robuste, et le léger sacrifice qu’elle s’imposera de plus pour cet objet (384), la dispensera peut-être de renouveler ses libéralités aussi souvent. Au reste, il ne faut point qu’elle se décourage, ni qu’elle se repose sur les communes ou sur les familles, du soin de se pourvoir des livres nécessaires à l’instruction. Quand le temps en aura mieux fait connaître tout le prix, elle pourra se dispenser d’être libérale : elle doit craindre aujourd’hui la parcimonie plus que la profusion (385) ; il faut qu’elle alimente une grande famille, celle des indigents de France, pour lesquels le bienfait de l’instruction n’est maintenant encore qu’une promesse illusoire, s’il leur faut payer à beaux deniers comptants, qu’ils n’ont pas, un bien qu’ils n’estiment guère (386).

Tel était sans doute le but du Ministre de l’instruction publique, M. Guizot (387), lorsqu’il a fait composer, pour les écoles, 5 manuels qui embrassent en effet, avec le système légal des poids et mesures de M. Lamotte (388), toutes les branches de l’instruction élémentaire : ce sont l’Instruction morale et religieuse, l’alphabet et premier livre de lecture, la petite arithmétique, la petite grammaire des écoles primaires (389), le manuel d’histoire et de géographie.

Ces ouvrages, joints à ceux que le besoin des localités (390) ne peuvent manquer de faire naître, contribueront puissamment, avec le Journal officiel fondé par M. Guizot, sous le titre de Manuel général de l’Instruction primaire, à répandre les connaissances utiles et à améliorer l’enseignement (391).

D’un autre côté, les instituteurs n’auront plus à se plaindre d’être obligés d’acheter à grands frais (392), dans la ville voisine, des livres qui ne sont pas de leur coût, faute de trouver sous leurs mains les meilleurs. Des dépôts sont établis aujourd’hui dans tous les chef-lieux de quelque importance par les maisons de librairie les plus accréditées de la capitale, et les plus honorablement connues dans cette spécialité (393).


EXTRAIT DU REGISTRE DES DÉLIBÉRATIONS
DU CONSEIL ROYAL DE L’INSTRUCTION PUBLIQUE.

PROCÈS VERBAUX DES 9, 30 JUIN ET 7 JUILLET 1835.

Le Conseil royal de l’Instruction publique

Arrête, ainsi qu’il suit, le catalogue des livres qui devront composer les bibliothèques des écoles normales primaires.

INSTRUCTION MORALE ET RELIGIEUSE.

La Bible, traduction de Sacy. — Le Nouveau-Testament, id. — Abrégé de l’histoire de l’Ancien-Testament, avec explications, par Mesenguy, 10 vol. in-12. — Imitation de Jésus-Christ. — Catéchisme de Montpellier. — L’Ouvrage des six jours, par Duguet. — Mœurs des Israélites et des Chrétiens, par Fleury. — Démonstration de l’existence de Dieu, par Fénélon. — Doctrine chrétienne, par Lhomond. — Histoire de la religion, par Lhomond. — Choix de sermons de Bossuet. — Des devoirs des hommes, par Silvio Pellico. — Premières et secondes lectures françaises, par Wilm., 2 vol. in-12. — Simon de Nantua et ses œuvres posthumes, par L. de Jussieu. 1 vol. in-12. — Hymnes du premier âge, ou cantiques en prose, imités de l’anglais.

LECTURE.

Alphabet et premier livre de lecture, et Tableaux correspondants. — La Citolégie, par Dupont. — Méthode simplifiée de lecture, par Maître. Tableaux de lecture sans épellation, par MM. Lamotte, Perrier, Meissas et Michelot. — Méthode de Lavaud. — Cahiers lithographiés de Selves. — id. de Levrault. — id. de Montizon.

ÉCRITURE.

Méthode de Carstairs. — Cahier complet d’écriture en 72 modèles ; par Werdet. — Méthode de Taupier. — Id. de Lavaud.

LANGUE FRANÇAISE.

Grammaire de Lhomond. — Id. Guéroult. — Id. Noël et Chapsal. — Id. Meissas et Michelot. — Petite Grammaire des écoles primaires et Exercices. — Principes de Grammaire générale, par de Sacy. — Dictionnaire des Synonymes français, par Guizot. — Dictionnaire de l’académie (édition de 1835). — Vocabulaire français de de Wailly. — Choix d’Oraisons funèbres de Bossuet, Fléchier, etc. — Œuvres choisies de Fénélon, 6 vol. in-8o. — Esprit de Nicole, 1 vol. in-12. — Fables de Lafontaine. — Boileau (œuvres poétiques de), par Amar. — Caractères de Labruyère. — Petit carême de Massillon. — Histoire de Charles XII. — Morceaux choisis de Buffon. — Poème de la Religion, suivi de Polyeucte, Athalie, Esther et Mérope.

ARITHMÉTIQUE, GÉOMÉTRIE ET APPLICATIONS.

Arithmétique de Bezout. — Id. de Vernier, 1 vol. in-12. — Géométrie élémentaire de Vernier. — Id. de Legendre. — Id. de Bergery. — Id. pratique, de Desnanot. — Dessin linéaire, de Francœur. — Cours méthodique de dessin linéaire, par Lamotte. — Tableaux de dessin linéaire, par le même. — Dessin linéaire, de Boniface. — Exercices de dessin linéaire, par Bouillon. — Traité élémentaire d’Arpentage et du Lavis des plans, par Lamotte. — Tableaux d’arpentage, par le même. — Id. par Caubet, de Rouen. — Table de logarithmes, par Callet.

HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE.

Histoire ancienne de Rollin. — Discours sur l’histoire universelle, par Bossuet. — Cahiers d’histoire universelle, par Dumont et Gaillardin. — Histoire de France, par Émile de Bonnechose. — Abrégé de l’histoire de France, par Ragon. — Précis de l’histoire de France, par Caïx et Poirson. — Atlas historique et géographique de Kruse, publié par MM. Lebas et Ansart. — Globe aërophyse de Weyling. — Les trois grandes cartes d’Engelmann, collées sur toile, mappemonde, Europe, France. — Grandes cartes muettes de Levrault. — Méthode complète pour l’enseignement de la géographie, par MM. Meissas et Michelot (cartes, atlas, tableaux, géographie méthodique). — Géographie de la France, par Lespin. — Id. par Delapalme. — Id. par Loriol. — Cours de géographie de Letronne. — Atlas de Selves. — Id. d’Ansart.

ÉLÉMENTS DE SCIENCES PHYSIQUES ET APPLICATIONS.

Traité élémentaire de physique de Péclet. — Chimie de Péclet. — Histoire naturelle, par Delafosse. — Éléments de technologie, par Francœur. — Géométrie et mécanique appliquées, par Dupin. — Dessin industriel de Normand. — La minéralogie populaire, par Brard. Maître Pierre, industrie. — Id. Physique. — Id. Mécanique. — Id. Astronomie. — Histoire naturelle des plantes, par Delapalme. — Histoire abrégée des principales inventions et découvertes, par Roux-Ferrand. — Alphabet des arts et métiers. — Calendrier du bon cultivateur, par Dombasle.

MUSIQUE ET CHANT.

Méthode de Choron. — Tableaux de lecture musicale et de chant élémentaire, par Wilhem. — Méthode de Strœpel. — Traité élémentaire et tableaux de musique de Quicherat. — Chant de la table de Pythagore, chant du décalogue, par Cany de Toulouse.

PÉDAGOGIE
(Méthodes d’enseignement et principes d’éducation).

De l’éducation des enfants, par Locke. — De l’éducation des filles, par Fénélon. — De l’éducation progressive, par madame Necker de Saussure. — Entretien sur l’éducation, par Mœder. — Cours normal des instituteurs, par de Gérando. — Cours normal des institutrices, par mademoiselle Sauvan. — Manuel de l’instituteur primaire, ou principes généraux de pédagogie, par Matter. — Le visiteur des écoles, Id. — Exposé analytique des méthodes de l’abbé Gaultier, par L. de Jussieu. — Instruction sur une bonne méthode d’enseignement primaire, par Levrault. — Lettres sur l’éducation religieuse, par Deluc. — Rapport sur l’état de l’instruction primaire, en Allemagne, par V. Cousin. — Rapport au Roi sur l’instruction primaire en France, par M. le Ministre de l’instruction publique (1834). — L’Ami de l’Enfance, Journal des salles d’asile. Guide des écoles primaires. — Code de l’instruction primaire. — Manuel général de l’instruction primaire. — L’Instituteur, Journal des écoles primaires.

Par des décisions plus récentes, le Conseil royal a admis pour les écoles normales et les écoles primaires les livres suivants.

— Dessin linéaire à vue, première partie in-folio, en cinquante leçons, lithographiées par M. Bergery. — Galerie biographique des instituteurs de l’Allemagne qui se sont le plus distingués dans leur carrière, par M. Spindler. — Éléments d’algèbre, par M. Querret. — Morale de la Bible, par M. l’abbé Didon. — Petit Atlas élémentaire, par MM. Meissas et Michelot. — Géographie élémentaire descriptive, divisée en deux cours, par M. Boniface. — Manuel d’agriculture, par M. Moll. — La vaccine soumise aux simples lumières de la raison, par M. Marc. — Instruction élémentaire et pratique sur l’usage des tables des logarithmes, par M. de Prony, faisant partie de la bibliothèque dite populaire. — Manuel complet de l’enseignement simultané, par MM. Lamotte et Lorain. — Maître Pierre, ou le savant de village, entretiens sur la physiologie. — Essai sur l’histoire naturelle de la Normandie, par M. Chesnoux. — Nouvelles lectures manuscrites, par M. Louis. — Mécanique des écoles primaires, par M. Bergery. — Cours élémentaire de Grammaire française, par Fricadel Dubiez. — Les petits Colliberts ou le bateau d’Émerian, par Madame Mélanie Waldor. — Petite histoire naturelle, par Monsieur Delapalme (plantes, minéralogie, géologie, animaux). — Victor ou le basar des pauvres, par Madame Mélanie Waldor. — Manuel de géométrie, par M. Terquem. — Abécédaire allemand-français et français-allemand, par M. Linder.


Commission de révision des livres de l’enseignement élémentaire.

Avril 1834. 1117 ouvrages formant un total de 1832 volumes lui avaient été soumis ; elle les avait divisés en six classes d’après leur mérite, et cette classification devait servir de guide aux mesures de l’administration pour l’introduction ou l’interdiction de ces ouvrages dans les écoles publiques. (Rapport au Roi par le Ministre de l’instruction publique 1834. Voir, pour plus amples renseignements, le tableau no 9 de ce rapport).

— 18 mai 1836. Depuis son institution, jusqu’au 8 mars 1836, la commission a examiné 1541 ouvrages ; elle en a signalé au Ministre 283 comme dignes d’être placés dans les bibliothèques des écoles normales, des écoles primaires, en distinguant ceux qui conviennent aux maîtres ou aux élèves, aux enfants ou aux adultes, aux garçons ou aux filles ; 271 autres ouvrages ont été désignés comme méritant la même distinction, après des modifications à faire que la commission a indiquées ; ainsi, ce travail d’épuration a rejeté 887 ouvrages. (Rapport fait à la Chambre des Députés au nom de la commission chargée de l’examen du projet de budget pour l’exercice 1837).





Basses-Alpes. — Instruction de la Jeunesse. Histoire de France par le Ragois. Orthographe gauloise.

Hautes-Alpes. — Instruction pour les jeunes gens. Histoire de France par le Ragois. Les quatre Fils Aymond. Traité des glaires. Ordonnances de Louis XIV.

Ardèche. — Instruction pour les jeunes gens.

Ardennes. — Instruction de la jeunesse. Histoire de France par le Ragois. Géométrie de Legendre. Algèbre. Mythologie.

Arriége. — Œuvres de Blanchard. Instruction de la jeunesse.

Aude. — Instruction pour les jeunes gens. Mythologie.

Bouches du Rhône. Instruction pour les jeunes gens.

Calvados. — Instruction de la jeunesse.

Cantal. — Instruction des jeunes gens.

Charente. — Les Cinq Codes. Mythologie.

Charente-Inférieure. — Instruction de la jeunesse. Tableaux philosophiques de Voltaire. Épîtres de Cicéron. Journaux, Vie de Jésus de Paris. Grammaire latine.

Corrèze. — Instruction pour les jeunes gens.

Côte d’Or. — Instruction des jeunes gens.

Creuse. — Instruction de la jeunesse. Mythologie.

Dordogne. — Instruction pour les jeunes gens. Mythologie. Manuel du Garde national.

Drôme. — Les procès. Œuvres de St.-Évremond. Instruction de la jeunesse.

Eure. — Instruction de la jeunesse.

Finisterre. — Instruction de la jeunesse. Traité d’économie politique.

Gard. — Mythologie.

Gers. — Instruction de la jeunesse. Mythologie. Encyclopédie normale de la méthode Jacotot.

Gironde. — Mythologie. Instruction des jeunes gens. Code civil. Lois de la première révolution.

Hérault. — Jérusalem délivrée. Journal de la révolution. Instruction des jeunes gens. Apendix de Diis. De Viris illustribus. Mythologie.

Isère. — Histoire de France par le Ragois. Instruction de la jeunesse. Géométrie de Legendre.

Jura. — Instruction des jeunes gens.

Haute-Loire. — Instruction de la jeunesse.

Loire-Inférieure. — Instruction de la jeunesse.

Loiret. — Mythologie. Instruction de la jeunesse. Droit français.

Loir-et-Cher. — Droit public. Instruction de la jeunesse.

Lot. — Instruction des jeunes gens. l’École des Mœurs.

Lot-et-Garonne. — Histoire de France par le Ragois. École des Mœurs. Instruction des jeunes gens.

Lozère. — Instruction de la jeunesse.

Maine-et-Loire. — Instruction des jeunes gens. Entendement humain (de Locke). Mythologie.

Manche. — Instruction de la jeunesse. Vieux Manuscrits depuis 1400. Epitome Historiæ Sacræ. Confessions de St.-Augustin.

Marne. — Mythologie. Histoire de France par le Ragois.

Haute-Marne. — Instruction des jeunes gens. Histoire de France par le Ragois.

Mayenne. — Histoire de France par le Ragois. Instruction de la jeunesse.

Meurthe. — Grammaire allemande-française par Meidinger. Journal des connaissances utiles. Mythologie.

Meuse. — Instruction de la jeunesse. Guide des jeunes hommes. Histoire de France par le Ragois. Journal des connaissances utiles.

Morbihan. — Instruction de la jeunesse.

Moselle. — Instruction pour les jeunes gens. (Allemand). Instruction de la jeunesse. Histoire de France par le Ragois.

Nièvre. — Histoire de France par le Ragois. Instruction pour les jeunes gens.

Oise. — Mythologie. Histoire de France par le Ragois. Instruction pour les jeunes gens.

Orne. — Histoire de France par le Ragois. Instruction de la jeunesse. De Viris illustribus.

Puy-de-Dôme. — Abrégé de rhétorique française. Instruction des jeunes gens.

Basses-Pyrénées. — Liburn Ispiritala. École des Mœurs. Instruction des jeunes gens.

Pyrénées-Orientales. — Grammaire latine. Histoire de France par le Ragois. Jérusalem délivrée. Epitome Historiæ Sacræ. De Viris illustribus urbis Romæ. Romans. Cornelius Nepos. Paradis perdu.

Bas-Rhin. — Grammaire allemande française par Meidinger. Instruction des jeunes gens.

Haut-Rhin. — Instruction pour les jeunes gens.

Saône-et-Loire. — Instruction de la jeunesse.

Sarthe. — Instruction de la jeunesse. Conciones français.

Seine. — Grammaire de Restaut. Histoire de France par le Ragois. Mythologie (de Masson).

Seine-Inférieure. — Instruction de la jeunesse.

Seine-et-Marne. — Mythologie. Instruction des jeunes gens.

Seine-et-Oise. — Instruction de la jeunesse.

Deux-Sèvres. — Voyage d’un chien. (Traduit de l’Anglais). Instruction de la jeunesse.

Somme. — Instruction des jeunes gens.

Tarn. — Instruction pour les jeunes gens. Étrennes de Cadmus.

Tarn-et-Garonne. — Instruction de la jeunesse.

Var. — Grammaire de Restaut. Histoire de France par le Ragois. Instruction de la jeunesse.

Vaucluse. — Grammaire de Restaut. Histoire de France par le Ragois. Instruction pour les jeunes gens.

Vendée. — Instruction pour les jeunes gens.

Vienne. — Histoire de France par le Ragois. Instruction pour les jeunes gens. Domino des enfants. Confessions de St-Augustin. Annales galantes de la Cour de Henri II.

Haute-Vienne. — Contes des génies. Histoire de France par le Ragois. Instruction de la jeunesse. Rhétorique des demoiselles. Le Capitaine Robert. Quatrains de Neuchâtel.

Vosges. — Instruction des jeunes gens. Journal des connaissances utiles. Mort d’Abel Dufrêne. Mythologie.

Yonne. — Histoire de France par le Ragois.

Loir-et-Cher ; arr. de Blois, cant. de Blois et de Bracieux. — Si le peu d’instruction des maîtres est une des principales causes du mauvais état des écoles rurales, je dois signaler aussi, parmi les causes qui nuisent aux progrès de l’enseignement, le manque de livres élémentaires ; j’ai trouvé partout de mauvais livres de première lecture et après les syllabaires, les enfants n’ont, entre les mains, que la Civilité et le Psautier.

Lot-et-Garonne ; arr. de Marmande. — L’avarice des parents est vraiment inconcevable. Ils exhument de leurs greniers des livres maculés, qui ont reçu les larmes de quatre ou cinq générations, ou bien, ils achètent à très-bon marché des éditions de Limoges, remplies des fautes les plus grossières.

Cette ville fournit, au moins dans nos contrées, la moitié du nombre des livres élémentaires en usage, et beaucoup de contrefaçons.

Marne ; arr. de Châlons. — L’enseignement est faible et peu étendu. Il est urgent que les instituteurs soient pourvus de quelques bons ouvrages, sans le secours desquels leur instruction sera toujours bornée.

Morbihan ; arr. de Vannes. — Les livres en usage dans les écoles sont généralement bons. Il en est cependant où il conviendrait de faire choix des sujets de lectures. L’ouvrage intitulé Devoirs du Chrétien, excellent pour des hommes faits, offre plusieurs passages qu’on ne saurait, sans danger, expliquer à des enfants. La Civilité, entre beaucoup d’avis utiles, présente une foule de détails qui ne conviennent plus à nos mœurs, et qui, mal appropriés à la situation des habitants de la campagne, deviennent au moins déplacés dans les écoles rurales, quand ils n’y sont pas tout-à-fait ridicules.

Nièvre ; arr. de Château-Chinon. — Les parents, les uns par avarice, les autres par misère, refusent d’acheter des livres uniformes, et, dans telles écoles, j’ai vu, entre les mains des élèves, la moitié d’un Code municipal, les Lettres de Mirabeau, etc.

Aube ; arr. de Nogent-sur-Seine. — Villenauxe. L’instituteur de ce lieu est le seul qui ait un brevet du premier degré, cependant, à quel titre ! En examinant les cahiers des élèves, je vis un extrait d’un conte de Bocace, conte assez graveleux.

Bas-Rhin ; arr. de Schélestadt. — Des ouvrages de ce genre remplaceraient les mauvais livres que l’on trouve encore dans les mains de la jeunesse, dans nombre de localités, comme, par exemple, la Grammaire française de Meidinger qui contient, entre autres, un recueil d’anecdotes remplies de mauvaises plaisanteries, et de choses qui offensent ouvertement la pudeur et le sentiment moral de la jeunesse.

Indre-et-Loire, arr. de Chinon. — L’instituteur de *** a eu, je dirai presque, l’impudeur de me donner à examiner, comme échantillons d’écriture, des cahiers de ses élèves pour les prix, où l’on voyait tout au long des histoires joviales sur l’adultère avec détails circonstanciés, des poésies érotiques, et enfin une autre pièce intitulée le Cauchemar du Juste Milieu, le tout tiré de mauvais journaux du temps.

Calvados ; arr. de Falaise, cant. de Falaise et de Coulibœuf. — À défaut de vieux livres, ces éditions nouvelles, dont les colporteurs, depuis trois ans, inondent nos campagnes à vil prix, sont mises entre les mains des petits enfants, avec une bonhomie que je n’ose caractériser.

Telle est l’innocence de certains pères, qu’un septuagénaire avait mis entre les mains d’un sien petit-neveu un bien autre code de morale, le Bon sens du curé Meslier !

Calvados ; arr. de Caen, cant. d’Évrecy. — Les maîtres n’ont point assez d’instruction pour discerner ce qui est bon ou mauvais à tel âge, à telle condition plutôt qu’à telle autre ; il y a des exemples singuliers ; j’ai entendu lire gravement les Devoirs de l’homme galant, des passages fort libres de Montaigne et du Plutarque d’Amyot.

Mayenne ; arr. de Laval. — On devrait interdire dans les classes l’ouvrage intitulé : l’Instruction pour les jeunes gens (primitivement imprimé à Besançon), à cause de bien des traits qui ne peuvent que porter les enfants à penser au mal ou fausser leur esprit. Il est encore dans la Bible beaucoup de choses qui font penser les enfants à ce qu’ils devraient long-temps ignorer. J’en dirai autant de la Vie des Saints. Ces trois ouvrages, que l’on trouve partout, seraient avantageusement remplacés par l’Histoire de la Religion, la Doctrine chrétienne le Catéchisme historique, Simon de Nantua, la Morale en action, etc., etc.

Meurthe ; arr. de Lunéville, cant. de Baccarat et de Gerbéviller. — Il serait à propos que tous les livres qu’on met entre les mains des enfants fussent propres à développer leur intelligence. Cependant, presque partout ils lisent du latin autant que du français ; sans doute on fait bien de leur apprendre à lire la langue dans laquelle sont écrits les offices de l’Église, mais ce ne devrait être, je crois, que quand ils savent bien lire les ouvrages composés dans leur langue maternelle. J’ajouterai qu’il y a dans la Bible certains passages qui la devraient faire proscrire des écoles, et remplacer par des histoires tirées de l’Écriture sainte, qui ne présenteront pas les mêmes inconvénients.

Aisne ; arr. de Vervins, cant. de Vervins. — Je dirai des livres d’école ce que je viens de dire des méthodes. Livres réimprimés depuis 100 ans, voilà les productions que l’on met entre les mains des enfants. Certes, Instruction de la jeunesse, Devoirs du chrétien, Civilité puérile et honnête, Vie de Jésus-Christ, Vie de saint Quentin, etc., etc., Voilà de beaux titres, de fort beaux titres même ; mais que d’ouvrages n’ont vécu que sur leur titre ! Si l’on ouvre les livres que je viens d’indiquer, on y verra des instructions fort peu instructives ; des devoirs assez singulièrement formulés ; des civilités peu honnêtes de nos jours ; et la Vie de Jésus-Christ, et celle de saint Quentin surtout, dans quel style, bon Dieu, sont-elles écrites ! Je ne crains pas de le dire, et je le prouverais sans peine aucune, il y a dans tous ces ouvrages des hérésies dogmatiques, des instructions immorales, des absurdités et des niaiseries pitoyables. Ce qu’il y a de plus heureux dans tout cela, c’est que les enfants n’y comprennent rien. Pour des livres qui éclaireraient leur esprit, qui formeraient leur cœur en piquant en même temps leur curiosité, en les attachant par un intérêt soutenu, je n’ai rencontré que deux fois Simon de Nantua, et une fois Maître Pierre. Il y a une révolution à faire dans ces instruments de l’instruction primaire.

Moselle ; arr. de Metz. — Trop de livres de piété, et des livres même hors de la portée des enfants, et leur donnant des idées fausses, superstitieuses et souvent dangereuses. Trop peu de livres de morale et d’instruction.

Seine-Inférieure ; arr. de Rouen, cant. de Boos. — L’Instruction de la jeunesse offre une lecture aride, et peut-être au-dessus de la portée des commençants ; il en est de même de la Civilité ; cet ouvrage ancien et d’un usage général dans les écoles de ce canton, fatigue et ennuie les écoliers. Les préceptes qu’il trace, d’ailleurs, s’ils étaient suivis strictement de point en point, seraient au moins ridicules et absurdes.

Aisne ; arr. de Laon, cant. de Channy. — Les Instructions de la jeunesse par Gobinet, la Civilité puérile et honnête, la Grammaire de Lhomond, celle de Noël et Chapsal, la Géographie par Baguette, le Demi-Psautier, le Catéchisme du diocèse, l’Ancien et le Nouveau Testament, voilà les livres en usage dans ce canton. Pour les manuscrits, les enfants lisent dans de vieux papiers. Les petits cahiers lithographiés qu’il serait si nécessaire de donner aux enfants, y sont totalement inconnus.

Calvados ; arr. de Falaise. — Les livres les plus en usage sont de mauvais Syllabaires imprimés à Falaise, l’Instruction de la jeunesse et la Civilité. L’Instruction de la jeunesse a tellement vieilli pour le style, il s’y trouve tant de fautes de français, qu’il faut la proscrire ou la rajeunir. La Civilité, dite puérile et honnête, est le livre le plus ridicule que l’on puisse mettre entre les mains des petits enfants. Le caractère particulier de l’impression ne ressemble à aucun autre, et n’offre par conséquent que des difficultés sans profit : et puis, qu’est-ce que donner aujourd’hui des préceptes sur la manière de nourrir les cheveux avec de la poudre ou de la pommade, sur la couleur que doit avoir une perruque, etc. ? Civilité chrétienne de J.-B. de la Salle, chap. iii.

Maine-et-Loire ; arr. de Segré. — Parmi les livres les plus en usage dans les écoles, se trouve l’Instruction des jeunes gens, qui renferme des histoires dites édifiantes, dans lesquelles les principes de la décence sont assez peu ménagés. La prohibition de ces sortes de livres serait certainement salutaire, mais pourrait faire crier à l’irréligion.

Moselle ; arr. de Metz, cant. de Boulay. — L’Instruction des jeunes gens comprend des détails trop minutieux, des dissertations trop longues sur les devoirs du parfait chrétien ; souvent même les matières des explications, et les explications elles-mêmes, sont faites pour donner aux enfants des idées qu’ils doivent plutôt ignorer que de savoir comment ils ont à se conduire dans les circonstances dont il y est question. Le Manuel de dévotion, enfin, qui devrait se borner aux prières les plus simples de la religion, en contient trop pour la quantité, beaucoup trop surtout pour la qualité, s’il est permis de le dire. Ce sont souvent les niaiseries les plus ridicules qui aient pu sortir d’une cervelle humaine. Ce livre est terminé par une Vie de sainte Marguerite, où sont résumées les croyances les plus superstitieuses dont on ait pu broder les vies de tous les autres martyrs. Le gouvernement est venu au-devant de cette réflexion, en répandant dans les écoles les Connaissances premières, la Science du bonhomme Richard, Maître Pierre, etc. ; ces livres, outre qu’ils sont excellents, ne sont pas chers ; cependant, on ne trouve dans les classes que ceux qui sont envoyés par le gouvernement, et encore ne les lit-on que rarement.

Somme ; arr. de Doullens, cant. de Domart. — On ne voit, dans les écoles, que des livres comme l’Instruction des jeunes gens, où l’imagination des enfants est frappée par le ressort des histoires qu’on y lit, et qui, au lieu de connaissances utiles, facilitent la propension presque générale qu’on a dans ce pays pour le fanatisme.

Meuse ; arr. de Commercy. — Parmi tous ces livres d’une diction gothique, surannée, et souvent absurde, nous remarquerons celui qui a pour titre l’Instruction de la jeunesse. C’est dans cet ouvrage, que nous ne craindrons pas de nommer impur, que les enfants repaissent leur esprit d’expressions crues et obscènes, et lisent des faits propres à soulever toutes les émotions de la pudeur ; ce livre, d’ailleurs, de l’aveu même de MM. les ecclésiastiques, offre une infinité d’exemples que repousse toute espèce d’autorité et de vraisemblance.

Ardennes ; arr. de Réthel. — Enfin il serait nécessaire que le comité dressât une liste de livres plus convenables que ceux qui sont en usage dans les écoles de l’arrondissement, et qu’il interdît l’usage de certains ouvrages absurdes, tels que l’Alphabet, dont on se sert dans presque toutes les écoles, la Civilité puérile et honnête etc. Mais il faudrait aussi qu’on pût procurer gratuitement des livres aux enfants pauvres, qui, sans cela, ne pourront jamais suivre les exercices de l’école.

Ardennes ; arr. de Sedan, cant. de Carignan. — La plupart des livres élémentaires sont mal choisis. Ceux uniformes sont en nombre insuffisant ; il conviendrait qu’on indiquât plus précisément les livres à mettre en usage.

Cantal ; arr. de Mauriac. — Cet état de l’enseignement dans cette contrée peut s’expliquer par les causes suivantes :

· · · · ·

4o La pratique de la méthode individuelle encore conservée dans quelques localités ;

5o L’absence et l’ignorance des bons livres élémentaires ;

6o L’impatience, le peu de ressources ou l’exigence des parents, dont la plupart n’envoient leurs enfants à l’école que jusqu’à ce qu’ils aient fait leur première communion ; d’où il suit qu’ils les retirent pendant la saison où les catéchismes n’ont plus lieu, époque à laquelle arrivent les grands travaux de l’agriculture ; double raison qui fait que la plupart des enfants subissent une interruption d’environ six mois dans les leçons qu’ils reçoivent chaque année.

Côte-d’Or ; arr. de Beaune. — Nota. Il serait à désirer que l’on éclairât MM. les maires sur le choix des livres qui doivent composer cette petite bibliothèque rurale.

Creuse ; arr. d’Aubusson et de Bourganeuf. — Il faudrait établir pour toute la France, une certaine uniformité d’enseignement. On devrait tous les ans faire connaître aux instituteurs primaires quels sont les livres qu’ils doivent mettre entre les mains des élèves. Je ferai observer que plusieurs le demandent avec instance.

Drôme ; arr. de Montélimart. — Les instituteurs manquent de livres et ne savent ni ceux qu’ils doivent adopter, ni par quels moyens ils pourront se les procurer. Il serait bon que tous les instituteurs reçussent une liste des livres nécessaires à l’instruction.

Drôme ; arr. et cant. de Nyons. — Il serait bon que tous les instituteurs reçussent une liste des livres à suivre dans leurs écoles et des tableaux qui leur sont nécessaires pour adopter le mode simultané ; qu’ils connussent, et le prix de ces ouvrages, et les moyens de se les procurer. Tous ont bonne volonté, et la plupart même se proposent de faire les premières avances.

Eure ; arr. de Pontaudemer — Il faudrait faire connaître aux instituteurs les meilleures méthodes, de bonnes grammaires, de bons traités d’arithmétique, de dessin linéaire, de géographie et d’histoire, et tous les ouvrages bien développés, à l’aide desquels ils se formeraient eux-mêmes et s’élèveraient à la hauteur de leurs fonctions.

Lot-et-Garonne ; arr. de Marmande. — L’uniformité des livres est la base de l’enseignement, soit mutuel soit simultané ; ces systèmes devant pour toujours remplacer l’enseignement individuel, il me paraît nécessaire de fixer d’une manière précise les livres qui doivent être en usage dans toutes les écoles primaires, soit mutuelles, soit simultanées, d’après le degré de leur enseignement.

Manche ; arr. de St.-Lô. — Il serait bon qu’on adressât, à chaque instituteur un programme détaillé de ce qu’il doit savoir et enseigner, les noms au moins des livres qu’il doit étudier ou faire lire.

Manche ; arr. de Valognes. — Les livres envoyés par le gouvernement, et qui ont été distribués dans quelques communes, y sont peu goûtés. Ceux qui sont réellement bons sont trop courts et demandent à être remplacés trop souvent. Une commission devrait être instituée pour faire des choix convenables et rédiger un catalogue qui serait adopté par toutes les écoles d’une académie ou d’un département. Le bien est difficile à faire dans les campagnes ; ce n’est qu’en luttant qu’on peut introduire quelques améliorations.

Haute-Marne ; arr. de Chaumont. — Il serait à souhaiter que M. le Ministre de l’instruction publique, fît répandre un catalogue d’un certain nombre de livres destinés aux écoles élémentaires ; et les instituteurs seraient tenus d’y faire un choix. Certainement les livres que j’ai trouvés dans les écoles sont moraux et religieux, mais ils sont pour la plupart au-dessus de la conception de l’enfance, et les instituteurs peu éclairés sont embarrassés pour faire un choix et s’en tiennent aux anciens livres.

Oise ; arr. et cant. de Compiègne. — Il serait bon de déterminer les livres qui doivent être d’usage dans les écoles.

Seine-Inférieure ; arr. de Dieppe, cant. de Bacqueville. — J’ai eu de nouveau, à l’école de Bacqueville, l’occasion de faire l’observation que j’ai déjà consignée dans les états précédemment envoyés sur le choix de livres élémentaires et la nécessité où sont les instituteurs que le Gouvernement fasse publier quelques ouvrages que l’on suivra nécessairement dans les écoles.

Seine-Inférieure ; arr. du Havre. — Le Gouvernement prescrit la marche qu’on doit suivre et les livres qu’on doit voir dans les colléges ; pourquoi ne ferait-il pas la même chose pour les écoles primaires ?

Somme ; arr. d’Abbeville, cant. de Nouvion. — Il serait urgent d’adresser aux inspecteurs nommés par le comité, des circulaires, en leur traçant une marche uniforme, et d’adopter au plus vite des livres nouveaux, d’en prescrire l’usage ; car le petit nombre des instituteurs qui sentent le besoin de cette réforme, espèrent réussir à la faire adopter aux parents, du moment où ils pourront leur dire : la loi veut qu’on se serve de tels ou tels livres ; les membres du comité sollicitent aussi avec instance des décisions précises à cet égard. Car tous les amis de l’instruction ne peuvent que déplorer le choix pitoyable des livres répandus dans les campagnes.

Vaucluse. — .... Peut-être serait-il à désirer que l’Université publiât le catalogue des livres qui devraient être adoptés pour l’enseignement dans les écoles primaires, comme elle le fait chaque année pour les colléges.

Vosges ; arr. et cant. de Neufchâteau. — Comme aux colléges, il est nécessaire de donner aux écoles un catalogue des livres adoptés par le conseil royal, et de défendre l’emploi de ceux qui n’y seraient pas indiqués.

Manche ; arr. de Coutances, cant. de Gavray et Cerisy-la-Salle. — Le Catéchisme du diocèse, et l’Instruction de la jeunesse, sont les seuls livres français de la plupart des écoles. Dans un petit nombre, on y ajoute les Figures de la Bible, dite de Royaumont. On regrette de ne pas y voir d’autres livres moraux et historiques propres à développer les sentiments d’honnêteté et de vertus sociales dans l’enfance. — On a le déplaisir de retrouver, dans presque toutes les écoles, encore neufs et intacts, les livres divers envoyés aux écoles primaires par M. le Ministre de l’instruction publique ; il n’en a été fait aucun usage. Les maîtres se sont excusés sur le petit nombre d’exemplaires distribués à chacun d’eux. On pourrait ajouter qu’ils n’ont pas su s’en servir ; quelques-uns de ces petits livres sont à peine compris des maîtres.

Il paraît que, dans certains endroits, on s’est plaint de l’omission dans l’Alphabet de la prière catholique Je vous salue, Marie. Dans un pays tout catholique, cette omission a paru être un signe de protestantisme.

Loir-et-Cher ; arr. de Vendôme, cant. de Vendôme. — Parmi les syllabaires, l’inspecteur a rencontré plusieurs fois celui qui a été envoyé par l’Université ; les instituteurs trouvent son emploi difficile, et les caractères trop fins ; aussi n’en font-ils guère usage qu’à partir du 15e exercice, quand les enfants commencent à lire couramment.

Moselle ; arr. de Metz, cant. de Boulay. — J’ai vu, chez beaucoup d’instituteurs, les ouvrages envoyés par l’Université, soigneusement renfermés au fond d’une armoire, au nombre de 10 ou 12 exemplaires chacun, les feuilles non encore coupées, et dans l’état où on les avait reçus.

Pyrénées-Orientales ; arr. de Perpignan. — Les Histoires tirées de l’Écriture sainte, par le chanoine Schmid, rempliraient le même but, en intéressant beaucoup plus les uns et les autres. Il y a 250 exemplaires de cet ouvrage dans le dépôt fait au collége de Perpignan pour les écoles primaires ; il y a aussi 2000 alphabets correspondant aux tableaux de lecture dont l’usage devrait être général, comme l’utilité en est incontestable ; malheureusement, beaucoup d’instituteurs ne savent pas s’en servir. Ils pourraient l’apprendre dans leurs conférences.

Bas-Rhin ; arr. de Strasbourg, cant. de Brumath. — Dans le canton de Brumath, comme dans tous ceux de l’arrondissement de Strasbourg, l’enseignement de la langue française est à peu près illusoire. Dans les écoles où cet enseignement est donné, quelques élèves de la première division apprennent à lire et à écrire des mots français qu’on ne cherche pas à leur faire comprendre. L’instruction française se réduit là, et quelques mois après avoir quitté l’école, ce que les enfants ont appris de français ne leur étant d’aucun usage, est bientôt complètement oublié… Dans beaucoup de communes, les tableaux et les livres français envoyés par l’Académie ont été rejetés, d’autres les ont brûlés, lacérés ; quelques-unes ont été près de se porter à des actes de violence contre des instituteurs qui avaient entrepris d’enseigner cette langue.

Vaucluse ; arr. d’Orange. — … Dans la commune même de Faucon (canton de Vaison), des pères de famille se sont opposés d’une manière explicite à ce que leurs enfants se servissent de l’Alphabet Hachette, qui avait été envoyé par M. le recteur de l’Académie, et qui était distribué gratuitement dans l’intérêt de l’instruction primaire.

Ardennes ; arr. de Sedan, cant. de Sedan. — Les livres employés dans les écoles en 1830 étaient, en général, au-dessus de l’intelligence des enfants, et empreints d’un mysticisme exagéré ; c’étaient les Devoirs du chrétien, l’Instruction de la jeunesse, les Exercices de la journée chrétienne, la Civilité chrétienne, et divers syllabaires. Quant à l’Alphabet de MM***, le comité n’a pas cru devoir le recommander aux instituteurs ; il en a déduit les motifs dans deux lettres adressées à M. le recteur de l’Académie de Metz.

Dordogne ; arr. de Périgueux, cant. de Brantôme et de Saint-Astier. — Encore un puissant moyen de propager l’instruction élémentaire : c’est de distribuer dans les communes les bons livres à bon marché, ou même gratuitement. Ce moyen, employé dans les six mois qui viennent de s’écouler, n’a pas produit tous les effets désirables, et a manqué en partie son effet par l’incurie de plusieurs agents de l’administration. Ainsi, l’inspecteur chargé de faire savoir aux anciens présidents de comité, qu’il avait à leur disposition un assez grand nombre de livres élémentaires, a reçu pour réponse qu’il n’y avait pas de fonds pour le transport de ces livres ; de sorte que le dépositaire de ces précieux ouvrages n’a pu faire, que dans beaucoup de temps, une distribution partielle.

Sarthe ; arr. de La Flèche. — La distribution des livres, par les moyen des comités, n’a pas toujours été faite avec discernement et conscience. Souvent les comités ne se sont pas informés des besoins plus ou moins grands des écoles ; quelquefois même, ces livres sont restés en grande partie entre leurs mains, sans qu’ils aient cherché à les placer ; il existe un grand nombre d’écoles qui n’en ont jamais reçus.

Drôme ; arr. de Die, cant. de Die. — Aucune distribution de livres n’a eu lieu. En entrant dans les bureaux de la sous-préfecture, j’ai trouvé à droite les ballots intacts des livres élémentaires destinés aux différentes écoles.

Saône-et-Loire ; arr. de d’Autun, cant. de Lucenay-l’Évêque. — Dans certaines localités, la négligence est telle, que les maires de Roussillon, Anost, Cussy et Béthune, n’ont pas encore retiré les Nouveaux Testaments que le Ministre a mis en dépôt au collège d’Autun pour le service de ces communes.

Nièvre ; arr. de Château-Chinon. — … Partout j’ai trouvé les écoles dans un dénûment complet ; ni tableaux, ni livres ne s’y trouvent. Ceux que l’Académie a envoyés pour être distribués aux diverses communes, sont en partie restés aux chefs-lieux de canton. Voyez aussi 380, Dordogne.

Drôme ; arr. de D… — De plus, l’argent envoyé à D…, pour achat de livres, a servi à réparer une des nombreuses fenêtres de l’école du chef-lieu.

Ardennes ; arr. et cant. de Sedan. — Le comité ne peut trop revenir sur les plaintes qu’il a faites du peu de soin et de la négligence avec laquelle sont reliés les livres que le Gouvernement envoie pour être distribués à l’école. Les cahiers se détachent à la moindre ouverture du volume, le carton est beaucoup trop mince, et le papier de couleur qui les recouvre est à peine collé. Les livres, d’ailleurs, sont emballés avec précipitation et nous arrivent dans le plus mauvais état. Au bout d’un mois, tous les exemplaires de Simon de Nantua et du Catéchisme historique, que nous avons répartis dans les écoles, se sont trouvés hors de service. Il n’y a que les Nouveaux Testaments envoyés par la Société biblique, qui se soient bien conservés ; mais là, tout est soigné, la reliure, le papier, l’impression, la correction du texte, ne laissent rien à désirer.

Moselle ; arr. de Metz. — Il faudrait aussi que les livres envoyés par le gouvernement fussent plus solidement reliés ; ceux que j’ai vus par hasard entre les mains des enfants, n’avaient servi que trois ou quatre mois, et ils étaient hors d’état de pouvoir être employés pour une seconde campagne.

Hautes-Alpes ; arr. de Gap. — Le peu d’aisance des habitants, l’indifférence pour l’instruction d’un grand nombre de parents qui, ignorants eux-mêmes, ne sont rien moins qu’empressés de faire instruire leurs enfants ; le mode vicieux de l’enseignement individuel suivi dans le plus grand nombre des communes rurales ; enfin, l’incapacité des maîtres, telles sont les causes qui ont arrête le développement de l’instruction élémentaire. Il serait à désirer que l’Université pût adresser à chaque commune rurale un nombre de bons ouvrages élémentaires, proportionné à celui des élèves qui fréquentent l’école. Ce bienfait faciliterait beaucoup l’instruction des indigents et ôterait aux maîtres tout prétexte de persévérer dans le système vicieux de l’enseignement individuel.

Cantal. — Il serait nécessaire qu’on se hâtât de propager dans nos montagnes de bons livres, tout à la fois religieux et instructifs, d’un français simple et facile à la portée de toutes les intelligences.

Bonis ; arr. de Besançon. — L’Université doit s’occuper à répandre beaucoup de livres élémentaires dans les campagnes, et intimer aux instituteurs l’ordre de ne se servir que des livres autorisés.

Maine-et-Loire ; arr. d’Angers. — Au nombre des soins de l’autorité et au premier rang je mets la propagation de bons livres, qui feront disparaître l’enseignement individuel, entretenu encore par la misère même des parents.

Maine-et-Loire arr. de Saumur, cant. de Montreuil et de Saumur. — La plupart de ceux qui exercent, très-arriérés en fait d’instruction et de méthode, furent reçus dans un temps où l’on n’exigeait pour toute connaissance que de savoir lire, écrire et chiffrer, tant bien que mal. C’est aussi à ce degré d’instruction que s’arrête l’enseignement donné aux élèves des écoles primaires. Le système des poids et mesures, ignoré des instituteurs, l’est à plus forte raison des élèves.

Offrir aux habitants des campagnes de bons livres élémentaires et au meilleur marché possible, sera, selon moi, l’unique moyen de vaincre l’avarice et la mauvaise volonté des parents. Il y a d’honorables exceptions, mais elles sont rares.

Orne ; arr. de Mortagne, cant. de Tourouvre. — L’achat des livres nécessaires sera le motif ou le prétexte du refus des indigents. Il ne suffira pas que l’instituteur les reçoive gratuitement, il faudrait encore qu’il pût leur fournir les livres et autres objets dont ils auraient besoin.

Bas-Rhin ; arr. de Strasbourg, cant. de Brumath. — Ce qui s’est le plus opposé jusqu’ici, ce qui s’opposerait éternellement à l’étude du français, en Alsace, c’est le manque de livres français. Le nombre des élèves auxquels on croit l’apprendre est toujours proportionné au nombre des ouvrages donnés par l’Académie aux différentes écoles et prêtés aux enfants par l’instituteur. Jamais les familles ne consentiront à faire, pour cet objet, la plus petite dépense. Si l’on veut que la langue française soit enseignée à tous les élèves, il faut que les ouvrages destinés à cet enseignement soient donnés à tous. Dans ce cas, néanmoins, les livres ne seraient que prêtés, et resteraient la propriété de l’école. L’Université pourrait affecter à cette dépense, ce qui serait sans doute loin de suffire, les sommes qu’elle consacre à l’achat des ouvrages qui sont envoyés de temps en temps à l’Académie de Strasbourg où ils sont jusqu’ici complètement inutiles, puisque ceux à qui ils sont destinés sont hors d’état de les comprendre.

Sarthe ; arr. du Mans, cant. de la Suze. — Je pense qu’un des moyens de vaincre l’indifférence, serait de remettre aux maîtres un plus grand nombre de ces livres, que le Gouvernement a fait imprimer en faveur surtout de la classe pauvre.

Vosges ; arr. de Neufchâteau. — Il faut, je crois, qu’on fournisse des livres gratuitement au tiers des enfants de chaque commune : alors, sans doute, les parents des autres, honteux de voir les enfants des pauvres mieux pourvus que les leurs, se décideront à en acheter.

Marne ; arr. de Sainte-Ménéhould, cantons de Dammartin-sur-Yère et de Sainte-Ménéhould. L’uniformité des livres est indispensable pour les progrès des enfants qui ont l’avantage d’être instruits simultanément. Qui croirait cependant que l’instituteur est encore, dans plusieurs communes, forcé de contester avec les parents à ce sujet ? Ceux-ci se refusent à la dépense d’un petit livre, parce qu’ils ont remis à leurs enfants un bouquin ou un almanach de deux sous qui perpétue de père en fils les erreurs et les superstitions populaires. Mais, si l’Université désire hâter l’adoption des livres uniformes, elle ne saurait faire un choix trop scrupuleux entre ces ouvrages qui se publient en grand nombre sous le titre de livres élémentaires. Ces livres doivent être rédigés sur un plan que ne connaissait pas l’auteur de l’Alphabet ou Premier Livre de lecture, et que le conseil académique a cependant approuvé. Il faut être bien étranger à l’enseignement du premier âge, connaître bien peu les enfants, la lenteur du développement intellectuel dans cette période, pour s’imaginer que l’innocent qui sait épeler et assembler des syllabes sans savoir encore assez ce qu’il fait, lira avec fruit une page sur les éclipses, une autre sur le thermomètre, une troisième sur les télégraphes… Je ne parlerai pas de l’intention de l’auteur qui a déplu au clergé en refusant une petite place dans son livre à la Salutation angélique, prière que nous n’apprenons pas aux enfants avec moins d’exactitude que le Pater. Il ne fallait point de prières dans l’Alphabet, ou bien y réunir toutes celles que la majorité des Français ne sépare jamais. Cet Alphabet, dont le Gouvernement a donné un assez grand nombre d’exemplaires à toutes les communes, pour être distribués aux indigents et dans la vue de déterminer les parents aisés à l’acheter pour leurs enfants, ne peut servir qu’à ceux qui apprennent leurs lettres ; encore faudrait-il en retrancher beaucoup de mots, tels que, pôle, carbone, gypse, rosace, fiacre, moka, koran, pythagore, myriade, chyle, ignition, olfactif, scapin, synthèse, etc., etc. Il était inutile et déplacé de faire passer sous les yeux d’un enfant qui apprend ses lettres, les syllabes et les mots les moins usités de la langue.

Hautes-Pyrénées ; arr. et cant. de Tarbes (sud). — Je pense que les ouvrages envoyés par l’Université à un instituteur, devraient rester entre ses mains pour faire partie du matériel de l’école. Les enfants indigents s’en serviraient pendant la classe, le maître serait obligé de les représenter, toutes les fois qu’il en serait requis.

Vendée ; arr. et cant. de Fontenay. — Mais le moyen de hâter plus efficacement les progrès que nous ambitionnons, c’est de multiplier les livres pour l’instruction primaire ; il faut qu’une pluie de petits ouvrages utiles, de petits livres semblables pour l’enseignement simultanés, inonde nos campagnes.

Yonne ; arr. de Sens. — Pour avoir des livres uniformes on pourrait exiger que chaque commune en achetât tous les ans un certain nombre. Ces livres seraient distribués aux élèves selon leur force. En montant dans une classe supérieure, ils les transmettraient à leurs successeurs pour en recevoir d’autres. On remplacerait les livres gâtés au moyen d’une petite amende imposée aux élèves peu soigneux.

(Voyez le Rapport au Roi, 1834).

Marne ; arr. et cant. de Reims. — Les écoles sont presque toutes privées de livres élémentaires appropriés aux classes qui les fréquentent. C’est une grande lacune dans l’instruction du peuple. Je crois que le gouvernement devrait former une commission qui serait chargée de faire rédiger cinq ou six petits ouvrages qui renfermeraient les notions indispensables à tout citoyen français ; deux ou trois ouvrages exceptés, ceux qui ont été publiés jusqu’à ce jour, n’ont pas atteint le but proposé.

Meurthe ; arr. de Sarrebourg. — Il serait à désirer qu’il fût mis entre les mains des instituteurs un petit ouvrage spécial traitant du système des nouvelles mesures, ou que les écoles fussent dotées de certains tableaux contenant la comparaison des anciennes mesures avec les nouvelles.

Ain ; arr. de Bourg, cant. de Coligny et de Saint-Trivier de Courtes. — Il serait à désirer qu’on distribuât aux instituteurs des livres élémentaires faits spécialement pour eux, des ouvrages sur les méthodes mutuelle et simultanée, sur la meilleure marche à suivre pour apprendre mieux et plus promptement aux élèves les premières connaissances.

Dordogne ; arr. de Périgueux. L’administration de l’Université, n’a envoyé, pour être distribués aux écoles, que des alphabets, des catéchismes, des arithmétiques ou des histoires saintes ; il serait à désirer qu’elle pût ajouter à ses bienfaits des ouvrages élémentaires sur la grammaire française et la géographie. C’est le vœu de la presque totalité des instituteurs.

Jura ; arr. de Lons-le-Saulnier. — Il serait à désirer qu’on envoyât des grammaires dans les communes de Lombard et de Saint-Lamain.

Creuse ; arr. d’Aubusson et de Bourganeuf. — Cette mesure générale n’empêcherait pas de joindre à l’enseignement des écoles de chaque localité un ou deux traités en rapport direct avec l’industrie qu’on y exerce. Ainsi, l’on ne perdrait pas de vue que de la Villedieu à la Courtine tout est scieurs de long ; et que, sur les autres parties montueuses de ce département, on s’adonne plus volontiers à la fabrication de la tuile, à la peinture en bâtiments, au peignage du chanvre et au commerce de cheveux, professions qui, toutes, s’exercent au loin.

Lot-et-Garonne ; arr. de Nérac, cant. de Houeillés. — Le canton de Houeillés est sans contredit un des plus pauvres de France ; il paie des contributions qui l’écrasent ; et jamais un centime ne lui est rendu sous aucune forme. Éloigné de toute grande voie de communication, les progrès de la civilisation lui sont étrangers ; ses malingres habitants se nourrissent d’aliments grossiers et peu abondants en principes nutritifs ; l’air qu’ils respirent est malsain ; ils ne boivent en famille que de l’eau insalubre des Landes, et se livrent aux excès de la boisson quand ils peuvent aller au cabaret ; ils sont enfin de la plus dégoûtante malpropreté et leurs mœurs sont très-corrompues. Une telle population, dans un tel pays, doit être tous les ans moissonnée par les maladies. Pour la sauver de la destruction dont elle est menacée, un des remèdes les plus efficaces serait peut-être une instruction primaire bien entendue. Corriger la malpropreté, en exigeant des instituteurs une inspection sévère de tous les jours sur la personne de leurs élèves ; leur apprendre à lire avec des livres qui renfermeraient des préceptes d’hygiène, à la portée de leur jeune intelligence, et graver dans leur mémoire des principes de morale usuelle et religieuse : tels seraient, à mon avis, les moyens de préparer la génération qui s’élève à prendre part aux progrès de la civilisation.

Yonne ; arr. d’Avallon, cant de Vezelay. — Dans plusieurs communes, j’ai remarqué des enfants récemment guéris de la petite vérole. La vaccine n’est pas en usage dans ces villages où beaucoup d’enfants et de grandes personnes périssent, chaque année, victimes de leur insouciance.

Ce Journal officiel de l’instruction primaire en est à sa sixième année. On souscrit à Paris chez les libraires F. G. Levrault, rue de la Harpe, no 81. Firmin Didot Frères, rue Jacob, no 56. Jules Renouard, rue de Tournon, no 6, L. Hachette rue Pierre-Sarrasin, no 12.

Haute-Marne ; arr. de Chaumont, cant. de Suzennecourt. — Il est à souhaiter qu’on procure aux écoles primaires de petits livres écrits en français, où les enfants puissent apprendre ce qu’ils doivent à Dieu, à leurs parents, à leur pays ; des livres dont la lecture ou l’étude leur inspire l’amour de leur état, le respect des propriétés, et le noble orgueil de porter le nom français.

Drôme, arr. de Montélimart, cant. de Grignan. — Les instituteurs, abandonnés à eux-mêmes, ne savent quels auteurs suivre, ni par quels moyens se les procurer. Les libraires des villes voisines leur vendent les livres à un prix très-élevé.

Lot-et-Garonne ; arr. de Marmande. — Je vais proposer un moyen qui pourra paraître étrange au premier coup-d’œil, parce qu’il semble porter atteinte à la liberté du commerce de la librairie, mais que je crois indispensable pour atteindre un résultat utile et général : c’est fournir gratuitement, comme on le fait déjà, mais aux élèves gratuits seulement, les livres élémentaires, et d’établir, dans chaque commune pourvue d’école, pour les élèves payants, un dépôt de ces livres, à un prix extrêmement modéré ; ils seraient livrés par le maire à l’instituteur, qui en remettrait le prix au maire ou au percepteur, lorsqu’il aurait vendu la quantité qui lui aurait été confiée. Ce monopole serait très-utile ; les éditions sortant des presses du gouvernement seraient exactes, et l’instruction primaire ne serait plus encombrée de ces éditions incorrectes, imprimées sur de fort mauvais papier, qui pullulent surtout dans nos départements méridionaux.

Manche ; arr. de Saint-Lô. — Le mieux serait de former un dépôt de ces livres dans chaque chef-lieu d’arrondissement ou de canton, et de l’indiquer aux instituteurs ; car, à la campagne, on ne sait pas même où l’on doit acheter des livres.

Haute-Marne ; arr. de Chaumont. — Le manque d’uniformité, dans les livres, tient souvent à l’ignorance et à l’intérêt mal entendu des parents. Ne serait-il pas possible que le gouvernement, qui a fait imprimer beaucoup d’ouvrages pour les écoles, établît dans chaque chef-lieu d’arrondissement, un dépôt des objets et livres qui leur sont convenables ; que la personne, tenant état de ce dépôt, en créât d’autres dans le canton. Alors, les instituteurs placeraient, à un prix fixé, les livres et autres objets ; et, comme ils feraient bon marché, les parents pourraient, ainsi que les communes, en pourvoir les écoles et les enfants. On pourrait en mettre quelques exemplaires à la disposition des comités de commune pour les enfants indigents. S’il existait de ces dépôts, nos communes, qui manquent toutes de manuscrits, en seraient pourvues avant trois semaines.



  1. Voir page 127.
  2. Voir page 130.
  3. Depuis l’impression de la feuille 8 de cet ouvrage, la liste des livres autorisés a été publiée ; ou la trouve complète dans le Manuel général de l’instruction primaire, tome 9, no 5, page 198.