Sur la route (Bruant)/Marida

Sur la Route : chansons et monologuesAristide Bruant (p. 103-106).


MARIDA


À la mairi’ la noce arrive.
Le marié plein… soûl comme un’ grive,
S’met à chanter : « Gai… marions-nous !
Gai… mettons-nous la corde au cou. »
Le mair’, bonn’ gueul’ républicaine,
Disait aux témoins : « J’comprends ça…
Mais ram’nez-le la s’main’ prochaine,
J’peux pas l’marier dans c’t état-là. »


— Oh ! Mossieu, disait la mariée
Qui paraissait très contrariée,
Nous somm’ ensembl’ depuis sept ans…
Nous avons déjà huit enfants !
Et la bonn’ gueul’ républicaine
Disait : « Oui, j’comprends bien tout ça…
Mais ram’nez-le la s’main’ prochaine,
J’peux pas l’marier dans c’t état-là. »

Huit jours après la noc’ rapplique.
Le marié, soûl comme un’ bourrique,
Chantait toujours : « Gai… marions-nous !
Gai… mettons-nous la corde au cou. »
Et la bonn’ gueul’ républicaine
Disait : « Ah ! non, j’comprends pas ça,
J’crois qu’il est plus soûl qu’l’autr’ semaine.
J’peux pas l’marier dans c’t état-là. »

— Mais, Mossieu, disait la mariée
Qui paraissait très contrariée,
Quand i’ n’est pas dans c’t état-là,
I’ dit qu’i’ s’fout du marida,
Qu’i’ veut rester concubinaire,
Qu’i’ veut pas s’mett’ la corde au cou.
Bref, vous comprenez, Mossieu l’maire,
I’ veut s’marier qu’quand il est soû.