Ouvrir le menu principal

Stèles/Moment

< Stèles
G. Crès (p. 135-136).





MOMENT


Ce que je sais d’aujourd’hui, en hâte je l’impose à ta surface, pierre plane, étendue visible et présente ;


Ce que je sens, — comme aux entrailles l’étreinte de la chute, — je l’étale sur ta peau, robe de soie fraîche et mouillée ;


Sans autre pli, que la moire de tes veines : sans recul, hors l’écart de mes yeux pour te bien lire ; sans profondeur, hormis l’incuse nécessaire à tes creux.


Qu’ainsi, rejeté de moi, ceci, que Je sais d’aujourd’hui, si franc, si fécond et si clair, me toise et m’épaule à jamais sans défaillance.


J’en perdrai la valeur enfouie et le secret, mais ô toi, tu radieras, mémoire solide, dur moment pétrifié, gardienne haute


De ceci… Quoi donc était-ce… Déjà délité, décomposé, déjà bu, cela fermente sourdement déjà dans mes limons insondables.