Différences entre les versions de « Les Aventures de Télémaque/Treizième livre »

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(sans l'appendice)
 
En même temps, Télémaque se montrait infatigable dans les plus rudes travaux de la guerre : il dormait peu, et son sommeil était souvent interrompu ou par les avis qu’il recevait à toutes les heures de la nuit comme du jour, ou par la visite de tous les quartiers du camp, qu’il ne faisait jamais deux fois de suite aux mêmes heures, pour mieux surprendre ceux qui n’étaient pas assez vigilants. Il revenait souvent dans sa tente couvert de sueur et de poussière. Sa nourriture était simple ; il vivait comme les soldats, pour leur donner l’exemple de la sobriété et de la patience. L’armée ayant peu de vivres dans ce campement, il jugea à propos d’arrêter les murmures des soldats en souffrant lui-même volontairement les mêmes incommodités qu’eux. Son corps, loin de s’affaiblir dans une vie si pénible, se fortifiait et s’endurcissait chaque jour : il commençait à n’avoir plus ces grâces si tendres qui sont comme la fleur de la première jeunesse ; son teint devenait plus brun et moins délicat, ses membres moins mous et plus nerveux.
 
Appendice au livre XIII
 
… comme les rayons de soleil. Sur le bouclier était gravée la fameuse histoire du siège de Thèbes. On voyait d’abord le malheureux Lagus, qui, ayant appris
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par la réponse de l’oracle d’Apollon, que son fils, qui venait de naître, serait le meurtrier de son père, livra aussitôt l’enfant à un berger pour l’exposer aux bêtes farouches et aux oiseaux de proie. Puis on remarquait le berger qui portait l’enfant sur la montagne de Cithéron, entre la Béotie et la Phocide. Cet enfant semblait crier et sentir sa déplorable destinée. Il avait je ne sais quoi de naïf, de tendre et de gracieux, qui rend l’enfance si aimable. Le berger qui le portait sur des rochers affreux paraissait le faire à regret et être touché de compassion : des larmes coulaient de ses yeux ; il était incertain et embarrassé. Puis il perçait les pieds de l’enfant avec son épée, les traversait d’une branche d’osier, et le suspendait à un arbre, ne pouvant se résoudre ni à le sauver contre l’ordre de son maître, ni à le livrer à une mort certaine. Après quoi il partit, de peur de voir mourir ce petit innocent qu’il aimait.
 
Cependant l’enfant faute de nourriture…
 
Déjà ses pieds, par lesquels tout son corps était suspendu, étaient enflés et livides. Phorbas, berger de Polybe, roi de Corynthe, qui faisait paître dans ce désert les grands troupeaux du roi, entendit les cris de ce petit enfant. Il accourt, il le détache, il le donne à un autre berger, afin qu’il le porte à la reine Mérope, qui n’a point d’enfant. Elle est touchée de sa beauté, elle le nomme Oedipe à cause de l’enflure de ses pieds percés, le nourrit comme son propre fils, le croyant un enfant envoyé des dieux. Toutes ces diverses actions paraissaient chacune en leur place.
 
Enfin on voyait Oedipe déjà grand, qui, ayant appris que Polybe n’était pas son père, allait de pays en pays pour découvrir sa naissance. L’oracle lui déclara qu’il trouverait son père dans la Phocide. Il y va, il y trouve le peuple agité par une grande sédition. Dans ce trouble, il tua Lagus, son père, sans le connaître. Bientôt on le voit encore qui se présente à Thèbes. Il explique l’énigme du Sphinx. Il tue le monstre, il épouse la reine Jocaste, sa mère, qu’il ne connaît point et qui croit Oedipe fils de Polybe. Une horrible peste, signe de la colère des dieux, suit de près un mariage si détestable. Là Vulcain avait pris plaisir à représenter les enfants qui expiraient dans le sein de leurs mères, tout un peuple languissant, la mort et la douleur peinte sur les visages. Mais ce qui était de plus affreux était de voir Oedipe, qui, après avoir longtemps cherché la cause du courroux des dieux, découvre qu’il en est lui-même la cause.
 
On voyait sur le visage de Jocaste la honte et la crainte d’éclaircir ce qu’elle ne voulait pas connaître, sur celui d’Oedipe la douleur et le désespoir. Il s’arrache les yeux, et il paraît conduit comme un aveugle par sa fille Antigone. On voit qu’il reproche aux dieux les crimes dans lesquels ils l’ont laissé tomber. Ensuite on le voyait s’exiler lui-même pour se punir, et ne pouvant plus vivre avec les hommes.
 
En partant, il laissait son royaume aux deux fils qu’il avait eus de Jocaste, Etéocle et Polynice, à condition qu’ils régneraient tour à tour chacun leur année. Mais la discorde des frères paraissait encore plus horrible que les malheurs d’Oedipe. Etéocle paraissait sur le trône, refusant d’en descendre pour y faire monter à son tour Polynice. Celui-ci, ayant eu recours à Adraste, roi d’Argos, dont il épousa la fille Argia, s’avançait vers Thèbes avec des troupes innombrables. On voyait partout des combats autour de la ville assiégée. Tous les héros de la Grèce étaient assemblés dans cette guerre, et elle ne paraissait pas moins sanglante que celle de Troie.
 
On y reconnaissait l’infortuné mari d’Eriphyle. C’était le célèbre devin Amphiaraüs, qui prévit son malheur et qui ne sut s’en garantir. Il se cache pour n’aller point au siège de Thèbes, sachant qu’il ne peut espérer de revenir de cette guerre, s’il s’y engage. Eriphyle était la seule à qui il eût osé confier son secret, Eriphyle son épouse, qu’il aimait plus que sa vie et dont il se croyait tendrement aimé. Séduite par un collier qu’Adraste, roi d’Argos, lui donna, elle trahit son époux Amphiaraüs. On la voyait qui découvrait le lieu où il s’était caché. Adraste le menait malgré lui à Thèbes. Bientôt, en y arrivant, il paraissait englouti dans la terre qui s’entrouvrait tout à coup pour l’abîmer.
 
Parmi tant de combats où Mars exerçait sa fureur, on remarquait avec horreur celui des deux frères Etéocle et Polynice. Il paraissait sur leurs visages je ne sais quoi d’odieux et de funeste : le crime de leur naissance était comme écrit sur leurs fronts. Il était facile de juger qu’ils étaient dévoués aux furies infernales et à la vengeance des dieux. Les dieux les sacrifiaient pour servir d’exemple à tous les frères dans la suite de tous les siècles et pour montrer ce que fait l’impie discorde quand elle peut séparer des cœurs qui doivent être si étroitement unis. On voyait ces deux frères pleins de rage qui s’entre-déchiraient. Chacun oubliait de défendre sa vie pour arracher celle de son frère. Ils étaient tous deux sanglants et percés de coups mortels, tous deux mourants, sans que leur fureur pût se ralentir, tous deux tombés par terre et prêts à rendre le dernier soupir ; mais ils se traînaient encore l’un contre l’autre pour avoir le plaisir de mourir dans un dernier effort de cruauté et de vengeance. Tous les autres combats paraissaient suspendus par celui-là. Les deux armées étaient consternées et saisies d’horreur à la vue de ces deux monstres. Mars lui-même détournait ses yeux cruels pour ne pas voir un tel spectacle. Enfin, on voyait la flamme du bûcher sur lequel on mettait les corps de ces deux frères dénaturés ; mais (ô chose incroyable !) la flamme se partageait en deux : la mort même n’avait pu finir la haine implacable qui était entre Etéocle et Polynice ; ils ne pouvaient brûler ensemble, et leurs cendres, encore sensibles aux maux qu’ils s’étaient faits l’un à l’autre, ne purent jamais se mêler. Voilà ce que Vulcain avait représenté, avec un art divin, sur les armes que Minerve avait données à Télémaque.
 
Le bouclier représentait Cérès dans les campagnes d’Enne…
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