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Ce qui n’est pas moins significatif, c’est l’importance que paraissent avoir les élections au point de vue de la direction des rapports extérieurs de l’Italie. Dans cette mêlée, il est bien clair que c’est la politique de ressentiment et d’animosité contre la France qui a été vaincue, que c’est la politique de mesure, de bonne intelligence avec la France, soutenue par M. Depretis à Stradella, qui a été sanctionnée par le pays. Plus que jamais, depuis quelque temps, à la vérité, l’Italie a des raisons de revenir à la prudence, de s’apercevoir que ses calculs diplomatiques ne sont pas toujours justes. L’Italie n’a fait, après tout, depuis quelques mois, qu’une médiocre campagne auprès de M. de Bismarck, dont elle a vainement recherché les faveurs, et elle vient encore d’être déçue dans son rêve d’alliance intime avec l’Autriche. Lorsque le roi Humbert allait, l’an dernier, avec un certain apparat à Vienne, les Italiens avaient aussitôt espéré que l’empereur François-Joseph rendrait au roi sa visite à Rome même, au Quirinal, en face du Vatican. Une récente déclaration du ministre des affaires étrangères d’Autriche, du comte Kalnoki, ne laisse plus espérer que l’empereur François-Joseph se décide de sitôt à faire le voyage de Rome. Non pas que l’Autriche ait mis une intention quelconque dans son refus et ait voulu blesser l’Italie dans ses sentimens ou dans ses droits ; mais il est clair que l’intimité des deux monarchies ne va pas jusqu’à faire oublier à l’empereur François-Joseph qu’à côté du roi Humbert il y a le pape Léon XIII à Rome. Que reste-t-il donc de cette alliance avec tous les empires du continent ? Au lieu de se jeter dans des combinaisons qui risquent toujours d’être chimériques, l’Italie fait beaucoup mieux d’en revenir tout simplement à ses relations naturelles, à ce rapprochement avec la France dont M. Depretis avait déjà parlé dans son discours de Stradella et qui se trouve réalisé aujourd’hui par la double nomination d’un ambassadeur italien à Paris, d’un ambassadeur français à Rome. Le représentant choisi par le roi Humbert, le général Menabrea, est d’ailleurs un des hommes les plus éminens de la péninsule, qui avait été un brillant officier du génie avant de devenir un personnage politique, et qui se rattache par sa famille à la Savoie, dont il a été autrefois le député au parlement piémontais. Son arrivée dans notre pays, coïncidant avec l’envoi de M. Decrais à Rome, tranche une question qui était restée pendante. Toute incertitude a cessé, et puisque de tristes et inintelligentes polémiques avaient, paraît-il, rendu difficile le retour à Paris de M. Nigra, qui méritait si bien les sympathies françaises, M. le général Menabrea est certes un des hommes les mieux faits pour contribuer à renouer les liens de vieille amitié qui sont dans les traditions et dans les intérêts des deux pays.
Ce qui n’est pas moins significatif, c’est l’importance que paraissent avoir les élections au point de vue de la direction des rapports extérieurs de l’Italie. Dans cette mêlée, il est bien clair que c’est la politique de ressentiment et d’animosité contre la France qui a été vaincue, que c’est la politique de mesure, de bonne intelligence avec la France, soutenue par M. Depretis à Stradella, qui a été sanctionnée par le pays. Plus que jamais, depuis quelque temps, à la vérité, l’Italie a des raisons de revenir à la prudence, de s’apercevoir que ses calculs diplomatiques ne sont pas toujours justes. L’Italie n’a fait, après tout, depuis quelques mois, qu’une médiocre campagne auprès de M. de Bismarck, dont elle a vainement recherché les faveurs, et elle vient encore d’être déçue dans son rêve d’alliance intime avec l’Autriche. Lorsque le roi Humbert allait, l’an dernier, avec un certain apparat à Vienne, les Italiens avaient aussitôt espéré que l’empereur François-Joseph rendrait au roi sa visite à Rome même, au Quirinal, en face du Vatican. Une récente déclaration du ministre des affaires étrangères d’Autriche, du comte Kalnoki, ne laisse plus espérer que l’empereur François-Joseph se décide de sitôt à faire le voyage de Rome. Non pas que l’Autriche ait mis une intention quelconque dans son refus et ait voulu blesser l’Italie dans ses sentimens ou dans ses droits ; mais il est clair que l’intimité des deux monarchies ne va pas jusqu’à faire oublier à l’empereur François-Joseph qu’à côté du roi Humbert il y a le pape Léon XIII à Rome. Que reste-t-il donc de cette alliance avec tous les empires du continent ? Au lieu de se jeter dans des combinaisons qui risquent toujours d’être chimériques, l’Italie fait beaucoup mieux d’en revenir tout simplement à ses relations naturelles, à ce rapprochement avec la France dont M. Depretis avait déjà parlé dans son discours de Stradella et qui se trouve réalisé aujourd’hui par la double nomination d’un ambassadeur italien à Paris, d’un ambassadeur français à Rome. Le représentant choisi par le roi Humbert, le général Menabrea, est d’ailleurs un des hommes les plus éminens de la péninsule, qui avait été un brillant officier du génie avant de devenir un personnage politique, et qui se rattache par sa famille à la Savoie, dont il a été autrefois le député au parlement piémontais. Son arrivée dans notre pays, coïncidant avec l’envoi de M. Decrais à Rome, tranche une question qui était restée pendante. Toute incertitude a cessé, et puisque de tristes et inintelligentes polémiques avaient, paraît-il, rendu difficile le retour à Paris de M. Nigra, qui méritait si bien les sympathies françaises, M. le général Menabrea est certes un des hommes les mieux faits pour contribuer à renouer les liens de vieille amitié qui sont dans les traditions et dans les intérêts des deux pays.


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CH. DE MAZADE.
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