Différences entre les versions de « Les bassins à cupule/L'environnement des bassins »

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==== Les sites de bord de mer ====
 
À la concentration des sites dans une même cité, correspond une répartition des sites selon deux critères principaux non pas administratifs, mais géographiques  : la proximité de la mer, et celle d'une rivière. La mer comme les rivières offrent à la fois des ressources et une possibilité de commerce à longue distance. La rivière permet de transporter des marchandises, éventuellement jusqu'à la mer et au-delà. Le premier groupe de sites rassemble donc tous ceux actuellement proches de la mer, d'un marais, qui a pu se former depuis l'Antiquité, ou de l'embouchure d'une rivière. Un troisième groupe, mineur, est formé de sites à la fois éloignés de la mer et d'une rivière importante.
 
Le premier sous-groupe des sites proches de la mer comprend les sites de [[Site de Puits Jouan|Château-d'Oléron]], de [[Site des Minimes|La Rochelle]], et de [[Site du Veillon|Talmont-Saint-Hilaire]]. Les deux derniers sont à moins de 5 hectomètres d'une côte rocheuse, qui n'a pas du beaucoup varier depuis leur implantation, il y a un peu plus de deux mille ans. Les bassins de Puits Jouan, à [[Site de Puits Jouan|Château-d'Oléron]], sont à 200 mètres à peine de la citadelle. La côte est sableuse, voire marécageuse, et a pu varier, comme pour les sites du deuxième sous-groupe. La forteresse et la ville sont cependant sur un éperon rocheux, qui a du constituer un point d'accrochage pour les sables emmenés par les courants littoraux. Il est fort probable que la côte d'Oléron a avancé à cet endroit, plus que reculé.
Ces sites sont cependant toujours situés dans la vallée du fleuve et dans celles de ses affluents. Si des sites se sont implantés près de ces cours d'eau peu importants, il faut plutôt y voir un effet de la recommandation de Varron, qui conseille de s'établir «" à proximité d'une eau qui coule sans tarir "». La précaution s'impose presque d'elle-même, et Varron reprend certainement une pratique établie. La vallée facilite aussi les communications avec le cours de la Charente. Les sites concernés sont ceux de [[Site de Grands-Champs|Saint-Fraigne]] (vallée de l'[http://fr.wikipedia/wiki/Aune (rivière) Aune]) et de [[Site de Chez-Michaud|Suaux-Brassac]] (sur un coteau dominant la [http://fr.wikipedia/wiki/Bonnieure Bonnieure]).
 
Les sites du Haut-Poitou sont eux, tous à proximité d'une voie navigable  : le [http://fr.wikipedia/wiki/Thouet Thouet] pour [[Site du fief de Boué|Taizé]], la [http://fr.wikipedia/wiki/Gartempe Gartempe] pour [[Site du gué de Sciaux|Antigny]], la [http://fr.wikipedia/wiki/Vienne_(rivière) Vienne] pour [[Site de la Croche|Civaux]] et Ingrandes. Le site d'[[Site du gué de Sciaux|Antigny]] est de plus sur la voie entre Limonum et Lugdunum (Poitiers et Lyon). Ces sites étaient sur la même voie commerciale fréquentée que ceux de la vallée de la Charente, qui remontait le Clain et traversait le seuil du Poitou pour reprendre une voie fluviale. Une ligne d'eau de la Table de Peutinger relie ainsi Limonum à Mediolanum Santonum. Cela ne signifie évidemment pas qu'une voie d'eau continue existait ente les deux villes. Mais la Table de Peutinger indique les itinéraires les plus pratiques. Le voyage par eau étant plus économique et plus confortable, elle précise lorsqu'il est possible d'aller d'une ville à l'autre presque uniquement en bateau. Le court transport par terre n'est pas indiqué.
 
La tentative de rapprochement d'une rivière navigable est aussi constatable pour le site de [[Site de Nougerède|Salles-Lavalette]], dans la vallée de la Lizonne ou Nizonne.
==== L'implantation des sites incertains ====
 
Les sites à bassins aux caractéristiques proches des bassins à cupule se répartissent de manière analogue. Seize sites sont en Charente Maritime ou en Charente, si l'on compte trois sites à Fouras. Étant décrits succinctement comme semblables par un seul auteur, il n'a pas été utile d'établir plusieurs fiches. Quatre seulement sont établis dans les trois départements du Nord. La civitas Pictonum regroupe à peu près la même proportion (20  % contre 18,5 %) de sites incertains que de sites surs. La civitas Santonum est, pour ces sites aussi, largement prédominante, avec 60 % des sites. Les sites de la cité d'Icolisma sont mieux représentés, avec 20 % des sites. Les bassins sont en très grande majorité dans ce même territoire, à cause du très grand nombre possible de bassins de Fouqueure.
 
Ces sites incertains sont également nombreux dans les vallées de la Charente et de ses affluents. En amont, les sites de Mons et des Gours sont proches de l'Aume et de la Couture, près du groupe de sites surs de [[Site de la Touche|Ligné]] et de [[Site de Grands-Champs|Saint-Fraigne]]. Les sites de Fouqueure, Vars, Balzac et Nersac se trouvent eux dans la vallée de la Charente. Ils comblent en quelque sorte l'intervalle entre le groupe de sites amont (dont le plus aval est celui de [[Site de la Touche|Ligné]]) et ceux de la Basse-Charente. Plus en aval, les sites incertains de Cierzac, près de [[Site de Beaulieu|Germignac]], et de Coulonges, près du confluent du Bramert avec la Charente, sont eux aussi très proches de la Charente. Enfin, les trois sites de Fouras sont établis sur la rive droite de l'estuaire du fleuve.
L'évolution de la capacité totale des bassins entre 20 avant J.-C. et 100 après J.-C. suit celle du nombre de bassins actifs, et augmente très rapidement. La petite pause que l'on observe au milieu du premier siècle est due au rapprochement des dates de référence (de vingt ans en vingt ans), les installations de nouveaux bassins n'étant pas toujours datables avec une telle précision. C'est à cette époque que l'on doit être le plus prudent dans la lecture du graphique, puisque une grande part de cet accroissement est due à un site à datation incertaine, [[Site de Beaulieu|Germignac]]. Il ne remet cependant pas en cause la tendance générale, puisqu'il ne figure dans le graphique qu'à deux dates de référence, 60 et 80. Il faut aussi tenir compte des sites dont nous ne connaissons pas le volume des bassins ; leur nombre passe de un à deux à cette époque. Le nouveau site est celui de Saint-Martial, dont le bassin, qui n'est peut-être pas unique, est l'un des plus grands : 12 m2. Il est donc sur, malgré ces quelques incertitudes quant aux proportions exactes, que les capacités totales des bassins ont très fortement augmenté entre 50 et 100, et de façon moins sensible entre 100 et 140. Ce petit accroissement correspond à la montée en puissance du site de [[Site de Grand-Fief Chagnaud|Port-des-Barques]], et se fait malgré la diminution du nombre de sites actifs pris en compte. La première moitié du II<sup>e</sup> siècle est donc réellement l'apogée de l'activité des bassins à cupule.
 
La période qui suit est très particulière. Alors que le nombre de sites actifs reste très stable, après une première baisse limitée, la capacité des bassins chute en continu jusqu'au début du III<sup>e</sup> siècle, en diminuant de 40 % dans un premier temps ente 140 et 200, puis de 50 % entre 200 et 260. Pour que leur activité perdure, les sites actifs ont du réduire drastiquement la capacité des bassins. Les propriétaires se sont ainsi adaptés à un changement durable de la conjoncture, sur lequel nous ne pouvons que lancer des conjectures. Une région constituant un débouché particulier s'est-elle fermé progressivement  ? Les consommateurs habituels de ce produit s'en sont-ils détournés, ce qui retire également un débouché ? Si les bassins avaient un usage domestique, leur utilité a-t-elle diminué ? Tant que nous ne pourrons pas déterminer avec plus de certitude quel usage les Gallo-Romains faisaient de ces bassins, nous ne pourrons trancher entre ces différentes hypothèses.
 
Toujours est-il que cette adaptation a du réussir, puisque, malgré la disparition de deux sites à volume connu, le nombre de sites actifs redevient stable après 260 et la capacité totale ne baisse que légèrement dans la deuxième moitié du III<sup>e</sup> siècle. Son évolution est ensuite parallèle à celle du nombre de sites actifs, avec deux diminutions importantes vers 300 et vers 400, et dont l'apparente brutalité est due à la difficulté déjà évoquée de la datation des cessations d'activité des sites.
==== L’implantation des bassins dans les sites ====
 
La connaissance que nous pouvons avoir de celle-ci commence par un vide, puisqu'aucune installation particulière n’a été relevée autour des bassins les plus anciens, puisqu’elles avaient disparu à [[Site de la Cigogne|Écurat 2]], les sols ayant disparu  ; à [[Site des Moûtiers|Rochefort]], les conditions de fouilles n’ont pas permis d’en retrouver  ; enfin, à [[Site du gué de Sciaux|Antigny]], il semble qu’aucun aménagement n’ait subsisté jusqu'à nos jours. Simplement, à [[Site du gué de Sciaux|Antigny]], le bassin est en plein air, alors que le bassin d’[[Site de la Cigogne|Écurat 2]] était plus vraisemblablement à l’intérieur de la ferme gauloise. Cette dernière information contient deux points intéressants  : le bâtiment de la Cigogne à Écurat est une reconstruction d’une ferme gauloise, et c’est un bâtiment rural. Certains des bassins à cupule, bien que faisant appel à des techniques de construction romaines, ont été bâtis par des Gaulois, ou sur commande de Gaulois, les sites les plus anciens étant aussi, nous l’avons vu, les plus susceptibles d’une romanisation précoce. L’occupation du site de [[Site des Moûtiers|Rochefort]] remonte elle à la Tène finale. Ses bassins ne peuvent être datés si anciennement, le béton les situant à l‘époque romaine de façon certaine. La première conclusion à tirer de ces quelques éléments est que la production des bassins à cupule est soit d’origine romaine, et produite selon des techniques importées en même temps, mais peut aussi être d’origine gauloise. Ses conditions de fabrication se seraient modifiées avec la romanisation.
 
D’autre part, le site d’[[Site de la Cigogne|Écurat 2]], comme celui de [[Site des Moûtiers|Rochefort]], présentent une caractéristique commune à la plupart des sites, leur situation à la campagne. Les bassins situés dans une ville ou un vicus sont rares  : outre celui d’[[Site du gué de Sciaux|Antigny]], il n’y a guère que ceux de [[Site du fief de Boué|Taizé]], [[Site de la Croche|Civaux]], et celui de la [[Site de la rue Daniel Massiou|rue Daniel Massiou]] à Saintes, très proche de la ville antique. Les sites incertains présentent la même particularité  : seul celui de Niort est installé dans un milieu urbain.
 
Les deux bassins d’Écurat et d’[[Site du gué de Sciaux|Antigny]] sont aussi disposés selon les deux variantes qui seront utilisées tout au long de la période, à l’intérieur d’un bâtiment ou à découvert. Le bassin de [[Site de Chez-Michaud|Suaux-Brassac]] est ainsi construit dans une cour. Le fait est aussi possible pour une partie des bassins de Soubise  1 (soit ceux de l’espace central, soit ceux des espaces latéraux), et celui du [[Site de Montsanson|Gua 3]]. Pour ce bassin, le directeur des fouilles ne penche ni dans le sens de la cour, ni dans celui de la grande salle. Les constructions de tout ces sites sont datés du I<sup>er</sup> siècle. Les sites à bassins couverts sont les plus nombreux à être avérés  : [[Site de la Haute-Sarrazine|Cognac]], [[Site de la Moussigère|Puyréaux]], [[Site de Grands-Champs|Saint-Fraigne]], [[Site de la Cigogne|Écurat 2]], l’[[Site du Haut de Pampin|Houmeau]] (très probablement), [[Site des Minimes|La Rochelle]], [[Site de Grand-Fief Chagnaud|Port-des-Barques]], [[Site du Renfermis|Soubise 2]] et [[Site de la Croche|Civaux]]. Enfin, quelques sites ont à la fois construit des bassins couverts de façon certaine, et d’autres en extérieur. Il s’agit des sites de [[Site des Terres de Font-Belle|Segonzac]], des [[Site des Trains d'Écurat|Trains d'Écurat]] à Saintes et de [[Site du Veillon|Talmont-Saint-Hilaire]]. Ceux du second site sont toutefois très probablement des bassins cultuels et B2 de [[Site du Veillon|Talmont]] a pu être couvert d’un appentis. Certains sites n’ont qu’une couverture incertaine pour quelques uns de leurs bassins  : ainsi pour L et D du [[Site de Fief de Châlons|Gua 2]] sont entre des murs assez solides pour soutenir une couverture, mais A et B, bien qu’entourés des mêmes sols bétonnés, n’ont qu’un mur au sud, ce qui ne permet pas de se prononcer. Les sites à bassins couverts au moins en partie sont majoritaires. La préparation au moins était préférable sous abri, et il paraissait le plus souvent préférable pour la production d’avoir des bassins à l’abri des intempéries.
 
Parmi tout ces sites, bien peu ont été fouillés entièrement, et nous ne connaissons la pars urbana et la pars rustica que sur deux d’entre eux, les Minimes à [[Site des Minimes|La Rochelle]], et les deux sites de Soubise. Les deux derniers font l’objet de deux fiches séparées car, bien qu’ils ne constituent qu’une seule villa, la localisation de la production a évoluée, et pris seulement du point de vue des bassins à cupule, ils constituent deux sites différents. Du I<sup>er</sup> au III<sup>e</sup> siècle, elle reste dans un bâtiment construit à cet usage, [[Site du Péré Maillard|Soubise 1]] (500 m2 environ), avant de passer dans une aile réservée de la pars urbana à [[Site du Renfermis|Soubise 2]] (l’aile concernée ayant une surface de 280 m2). Cette aile devient alors la pars rustica de la villa. L’ancien bâtiment artisanal est alors abandonné, le matériel postérieur au III<sup>e</sup> siècle est très rare sur cet partie du site. Les auteurs utilisant deux noms différents pour ces deux bâtiments, il est préférable de les suivre.
 
Sur d’autres sites, seul un bâtiment artisanal plus ou moins vaste a été retrouvé. C’est le même schéma pars urbana dans des bâtiments distincts de la pars rustica que l’on retrouve  : [[Site de la Haute-Sarrazine|Cognac]] (1660 m2), [[Site de Grand-Fief Chagnaud|Port-des-Barques]] (seulement 250 m2 fouillés). Les bâtiments artisanaux de [[Site des Minimes|La Rochelle]] ont une superficie de 450 m2 environ. Ce sont d’ailleurs ces cinq sites qui sont les plus importants et qui nous apportent le plus de renseignements sur les modes de production des sites à bassins à cupule, en considérant bien sur que tous les bassins avaient la même destination (exceptés ceux de [[Site des Trains d'Écurat|Trains d'Écurat]]).
 
====L’environnement direct des bassins====
 
Tous les espaces reconnus proches des bassins sont clairement aménagés en vue de la manipulation d’une production liquide, et de son acheminement vers les bassins. Malheureusement, ils n’ont que rarement fait l’objet de fouilles et de descriptions, et nous ne disposons que d’un nombre restreint de sites pour établir des comparaisons. L’un des systèmes qui nous est parvenu est celui de l’aire bétonnée et drainée, du type du secteur 15 de [[Site de la Haute-Sarrazine|Cognac]]. Elle a une superficie de 70 à 75 m2 environ, et alimente B5 (volume maximal  : 15,7 m3). Après avoir fonctionné un certain temps, elle a été abandonné au profit de l’aire 7. Les raisons de cet abandon nous échappent en partie, d’autant que ce système fut encore utilisé plusieurs décennies après, sur un autre site, en un ou deux exemplaires, à [[Site des Minimes|La Rochelle]], qui remplacent un autre dispositif. Les dimensions en sont approximativement identiques, mais l’aire est destinée à alimenter un bassin de seulement 384 litres (il a été déposé au dépôt de fouilles de la Porte Royale à [http://fr.wikipedia.org/wiki/La Rochelle La Rochelle]). Il est incontestable que ces aires étaient destinées à alimenter les bassins, puisque les drains de l’aire S13 aux Minimes formaient un réseau en relation directe avec le bassin. Si ceux de [[Site de la Haute-Sarrazine|Cognac]] n’allaient pas jusqu'au bassin (B5), ils allaient dans sa direction, et étaient effacés plus qu’absents dans leur dernière section. Cependant, on peut se poser la même question pour le bassin B9 de [[Site des Minimes|La Rochelle]] que pour les cupules en général  : n’était-il pas destiné à recueillir un simple résidu indésirable, ou au contraire était-il le réceptacle de la production de la salle  ? Il est probable que ce soit la deuxième option qui soit la bonne. L’argument principal est qu’on a mis en valeur l’entrée de la salle, en l’encadrant de deux colonnes. Si ce bassin avait été destiné à recueillir quelque chose voué à être jeté, on n’aurait pas placé si près de ce qui ressemble à une entrée d’honneur un simple collecteur de résidus indésirables.
 
Le deuxième mode d’alimentation, qui n’est en fait qu’une variante plus simple du système précédent, est l’aire bétonnée étanche et lisse en contact direct ou presque direct avec le bassin. On pourrait douter dans certains cas de son utilisation dans le but de produire une substance plus ou moins liquide si, à [[Site du Renfermis|Soubise 2]], la plus ancienne de ces aires n’était pas dotée de caractères spéciaux. L’enduit étanche qui recouvrait le sol remontait en effet le long des murs sur une hauteur de 10 cm, et d’une telle qualité que les aires A1, B1 et C1 ont d’abord été prises pour des bassins en élévation. De plus, des conduits étaient aménagés de l’une de ces aires (A1) vers les bassins contemporains A2 et A3, traversant le mur de séparation établi entre elle et le bassin. Ils étaient constitués d’''imbrices'' face concave vers le haut et enduites de la même façon que le sol de ces aires. Les ''imbrices'' n’ont pas été retrouvées entre les autres aires du site et les autres bassins, mais leurs emplacements étaient toujours présents dans les murs.
 
Des aires étanches ont de façon probable été retrouvées à [[Site du petit moulin de Gadehors|Baignes-Sainte-Radegonde]]  ; et de façon certaine au [[Site de Fief de Châlons|Gua 2]], où l’enduit remontait aussi sur le bas des murs, et à [[Site de Grand-Fief Chagnaud|Port-des-Barques]], où tous les bassins, sauf G, furent dotés de ce genre d’alimentation, sans conduit en ''imbrex''. À [[Site de la Haute-Sarrazine|Cognac]], l’aire 7, qui cohabita avec le secteur 15 avant de le remplacer, a connu la même disposition qu’à [[Site du Renfermis|Soubise 2]]. Mais le mur était traversé par deux tuyaux de plomb (''fistulæ'') conduisant aux bassins B10 et B11, et remplaçant les ''imbrices''.
 
La dernière variante dans l’alimentation des bassins par ces aires est la construction d’un canal émissaire ou répartiteur. Dans le premier cas, on pouvait installer l’aire à distance du bassin, mais aussi, comme cela est le cas à [[Site de la Haute-Sarrazine|Cognac]], n’en utiliser qu’une pour tous les bassins du site. Le système, coûteux à l’installation, permettait néanmoins d’économiser l’entretien de deux aires. L’aire 7 de [[Site de la Haute-Sarrazine|Cognac]] porte la trace d’au moins une reprise du béton, alors que le secteur 15 n’en porte aucune. Ce canal de [[Site de la Haute-Sarrazine|Cognac]] avait une profondeur de 40 cm, et s’achevait par une ''fistulæ'' de 5,5 cm de diamètre intérieur qui traversait un mur.Ce canal a été dédoublé à hauteur du bassin B1, qu’il a pu alimenter, sans qu’on en retrouve le débouché. Son utilité paraît limitée par le double emploi qu’il ferait alors avec les ''fistulæ'' du mur m1. L’[[Site du Haut de Pampin|Houmeau]] présentait lui aussi un canal, mais plus simplement disposé, puisque le canal allait directement de l’aire au bassin, sans traverser de murs, sans virages ni ''fistula''. La couche supérieure de ce qui est interprété comme une aire étanche n’est qu’un cailloutis mêlé de mortier, mais il est posé sur un hérisson stabilisateur aussi puissant que ceux des salles S3 et S13 de [[Site des Minimes|La Rochelle]]. Il est probable que la couche d’usure qui a été renouvelée ailleurs n’a pas subsisté jusqu'à nos jours ici. Même si, là aussi, aucun débouché du canal n’a été retrouvé, ni dans les bassins C3, ni dans C4, il est probable qu’il avait la même destination que ceux de [[Site de la Haute-Sarrazine|Cognac]] et de [[Site de Grand-Fief Chagnaud|Port-des-Barques]], entièrement retrouvé entre l’aire XVII et le bassin G.
 
Le canal peut être émissaire d’une aire vers un bassin, mais aussi répartiteur entre deux bassins. Il est situé alors horizontalement entre deux bassins, et en contrebas de l’aire étanche, inclinée vers le canal. Il permet le remplissage des deux bassins à la fois. Cet agencement n’est expressément décrit qu’à [[Site de la Moussigère|Puyréaux]], mais il était probablement présent à [[Site de Beaulieu|Germignac]]. À [[Site de la Moussigère|Puyréaux]], le canal, de section carrée, mesure 5,3 m de long  ; à [[Site de Beaulieu|Germignac]], il mesure 4,85 m de long et est de section triangulaire. Bien qu’aucune aire étanche n’y soit décrite, elle devait s’y trouver, puisque l’écoulement ne pouvait avoir lieu entre le haut des deux bassins B1 et B3. La ''fistula'' au fond de B1 et de B2 autorisait le remplissage de trois bassins en même temps, mais aussi de choisir, selon les cas, entre l’utilisation d’un, deux ou trois bassins (B3, ou B1 et B2, ou B1-B2 et B3) par la simple obturation du canal de surface.
 
==== Systèmes particuliers ====
Une autre découverte est aussi rare, celle des pierres évidées et percées de trous. Elles n’ont été découvertes que sur deux sites, dont un qui n’avait pas de cupule dans son bassin. À [[Site de Grand-Fief Chagnaud|Port-des-Barques]], les trois pierres étaient chacune dans un bassin différent, sans autre mobilier proche donnant une indication sur leur usage. Il était probable pour le fouilleur que les petites ouvertures étaient destinées à accueillir des tuyaux, de bois, ce qui expliquerait leur disparition, ou de plomb, qui aurait été remployés. Les pierres de Saint-Félix, décrites moins précisément, étaient reliées par des tuyaux de plomb. Il s’agit probablement du même système. Leur utilisation reste inconnue. Les deux séries de trous sont dans le même axe, donc les pierres ne pouvaient pas servir de coude pour une conduite. Aucun système analogue n’est connu. Des tuyauteries de moins de un cm de diamètre intérieur ne sont pas d’un usage très répandu, surtout pour une installation artisanale. Ceux de [[Site de la Haute-Sarrazine|Cognac]] ont un diamètre intérieur de 5,5 cm. Les Romains fabriquaient leurs tuyaux de plomb en tordant une feuille de plomb autour d’un objet cylindrique, puis en aplatissant l’une sur l’autre les deux extrémités. Les petits tuyaux exigeaient un travail plus précis, donc plus difficile. Le coût de ces pierres à tuyaux devait être élevé, comme celui de la construction des bassins en général.
 
Enfin, le site de [[Site de la Croche|Civaux]] présente une salle de travail dont la disposition n'est présente qu'une fois. Voici une brève description  : la salle est organisée symétriquement  ; deux excavations sont comprises toute deux entre deux aires étanches d’une superficie restreinte. Les deux excavations n’ont reçu un fond étanche que dans le deuxième état. Elles comportaient deux cuvettes, plus vastes que celles des trois bassins voisins. Des encoches aménagées dans les murs permettait le montage d’une superstructure en bois. Celle-ci aurait supporté une installation à mouvement circulaire, qui serait responsable du creusement des deux cuvettes. Ce système n’était pas étanche, il est donc probable que le liquide était manipulé au dessus de ces fosses. En effet, outre les deux aires, deux creux parallépipédiques parfaitement enduits et munis de couvre-joints se trouvaient de chaque côté des excavations. Il devait ensuite être porté dans les bassins. La légère transformation intervenue à une époque indéterminée ne remet pas en cause ce fonctionnement.
==== L’histoire des sites ====
 
Le cas le plus étonnant est celui de l’[[Site du Haut de Pampin|Houmeau]]. Le bassin C4, neuf ou presque, a subi d’importantes modifications. Le fait qu’on se rende compte que ce bassin, qui a remplacé les bassins C1 et C2, ne convenait plus à peine construit, pose à lui seul un problème. Les enduits des bassins les plus anciens avaient déjà été repris de nombreuses fois, et bien que leur étanchéité ne semble pas avoir été remise en cause, ils ont été remplacés. Vue la charge d’entretien, les propriétaires devaient y penser depuis longtemps. La construction d’un bassin, qui ne devait pas se décider au hasard, aurait du être dans ce cas-là, sinon encore plus mûrement, du moins plus longuement réfléchie. Ce délai n’a apparemment pas suffi, puisque le bassin C4 a été modifié aussitôt. En résumé, le plus probable est qu’il a été allongé vers le Nord de 2,5 mètres et son mur Nord a été abattu pour permettre cet agrandissement. Puis le nouveau bassin a été réduit par la construction d’un mur au milieu de l’ancien C4, réduisant l’allongement à 1,65 mètre. Le fond de la nouvelle partie étant plus haut, on a aussi surélevé le plus ancien. L’autre moitié de C4 a été abandonnée et comblée. Une autre interprétation des vestiges est que le bassin C4 a d’abord été réduit de moitié, avant d’être agrandi. Le bassin intermédiaire, avec des dimensions L = 1,70 mètre, l = 0,85 mètre et P = 1,35 mètre aurait été difficilement utilisable, en raison de son étroitesse et de sa profondeur. La première version est plus vraisemblable, bien que difficilement compréhensible. Les constructeurs ont du chercher à s’adapter au mieux à leurs approvisionnements en matières premières ou à leurs possibilités d’écoulement de la marchandise. Si l’une de ces deux données a subitement variée, ou si elle a été mal appréciée dans un premier temps, elle peut expliquer ces travaux. Dans le deuxième cas, une incurie expliquerait l’autre, mais l’explication semble un peu trop facile, et surtout trop peu étayée.
 
Car le cas n’est pas unique, bien qu’exceptionnel. Ainsi, on peut s’interroger sur quelques unes des huit campagnes de construction de [[Site de Grand-Fief Chagnaud|Port-des-Barques]]. Ainsi, pourquoi abandonne-t-on le bassin E lorsque les bassins C et G sont construits  ? Selon ce qui a été fait sur le site précédent, un agrandissement aurait économisé la construction d’un des deux nouveaux bassins. Admettons que l’on ne pouvait se passer du bassin E pendant la construction des deux nouveaux bassins, cela semble étonnant d’un si petit volume comparé aux deux autres. Peut-être le fait que la villa ne s’est que progressivement tournée vers cette activité intervient-il dans cette explication, mais comment  ? De même, pourquoi construit-on le bassin D, d’un volume de 12,5 m3 dans son deuxième état, soit à peine moins que les deux anciens réunis  ? Même si sa construction en deux étapes s’explique par une volonté d’étaler les coûts dans le temps, sa construction ne se justifie que si les bassins C et G étaient hors d’usage, ce que n’a pas remarqué le fouilleur. D’ailleurs, ils ont été construits en même temps, donc devaient être dans un état d’usure sensiblement voisin, et le remplacement de l’un prioritairement à l’autre ne s’explique pas dans ces conditions. Lorsque le bassin H, deux cent ans plus tard, est devenu trop grand malgré une première réduction de moitié, il semble illogique, et coûteux, si le marché devient plus étroit (on utilise de plus petits volumes) de construire un nouveau bassin, B, dans une nouvelle aile. Il est vrai que la partie utilisée de H aurait été ridicule, par rapport à sa taille ancienne, et qu’en utilisant la même surface sur une profondeur moindre, le dépôt supposé par la construction de cupules aurait pu se mélanger plus facilement au liquide produit lors de la vidange s’il avait été réparti sur une plus grande surface. La notion de ridicule peut sembler déplacée lorsqu’on parle d’une activité économique, mais le bassin H avait certainement une grande importance sentimentale pour les habitants de la villa, puisqu’il était le plus grand, donc correspondait à un âge d’or, et ses caractéristiques, escaliers, double cupule, voûte, des restes d’une période faste qu’on n’a peut-être pas voulu mutiler. Il suffit de se rappeler l’histoire du paquebot Norway  : financièrement, l’Etat a fait une bonne affaire en réussissant à vendre une carcasse rouillée. Sentimentalement, ce fut un échec, et beaucoup de Français ne peuvent y penser sans un serrement au cœur. Il entre peut-être une part de nostalgie des Trente Glorieuses dans ce sentiment  , et peut-être est ce le même sentiment qui a, en partie, conduit les utilisateurs de H à construire un nouveau bassin. Que l’on se rappelle aussi l’essai d’un nouveau type de couvre-joints, la période de construction du bassin B (autour de 400 après J.-C.), et ce sentiment sera compréhensible. Car, des nombreuses reconstructions précédentes, on peut aussi déduire que les bassins ne servaient guère qu’entre un demi-siècle et un siècle, et que le bassin H comme le D avaient atteint la limite d’âge.
 
Pour les autres sites, les abandons et les nouvelles constructions peuvent mieux s’expliquer par l’ascension et le déclin des sites, ou par des réorganisations de la production. Les bassins uniques des sites de [[Site de Mourière|Saint-Nazaire]] et d’[[Site des Grandes Pièces|Ingrandes]] ont ainsi subi des travaux beaucoup moins importants, puisqu’un simple mur a été ajouté au milieu du bassin. À Ingrandes, en plus de trois siècles d’occupation, c’est la seule modification. Les deux moitiés du bassin continuent d’ailleurs d’être utilisées, comme une batterie de bassins, et sont dotées des mêmes aménagements. L’utilisation conjointe des deux moitiés du bassin du premier site est moins sure, surtout en considérant l’épaisseur du mur de séparation. Celui-ci était capable de résister à la poussée d’un demi bassin plein. Une moitié a du servir seule, l’autre étant en réserve, puisqu’elle n’a pas été comblée.
 
Enfin, des travaux moins importants sont relevés assez souvent. Outre le renouvellement des enduits (signalé à l’[[Site du Haut de Pampin|Houmeau]] et à [[Site des Minimes|La  Rochelle]]), certains fonds sont rehaussés. La diminution de profondeur du bassin varie entre 12 (Saint-Martial) et 35 ou 37 cm (La  Rochelle, B67  ; [[Site des Groies|Nieul-sur-Mer]], B2). D’autres fonds de bassin rehaussés n’ont pas été mesurés  : B5 à [[Site des Minimes|La  Rochelle]], le deuxième dallage de B1 à [[Site de Puits Jouan|Château-d’Oléron]]. Ces petites modifications peuvent parfois être interprétées comme de simples opérations d’entretien. Quant le rehaussement dépasse les 30 cm, il s’agit probablement d’une réduction du bassin, peut-être plus économique que la construction d’un nouveau bassin ou la division de l’ancien. Ils correspondent en effet à une diminution d’un tiers ou moins du volume, et la construction d’un mur de séparation aurait été superflue.
 
 
 
* [[Les bassins à cupule dans le Centre-Ouest de la Gaule romaine, du Ier siècle avant J.-C. au Ve siècle après J.-C.|Accueil]]
* [[Wikisources:Les bassins à cupule (- Introduction et présentation)|Introduction et présentation]]
* [[Wikisources:Les bassins à cupule (- La construction des bassins à cupule)|La construction des bassins à cupule]]
** L'établissement des parois
** Les aménagements hydrauliques et de récupération
* [[Wikisources:Les bassins à cupule (- L'environnement des bassins)|L'environnement des bassins]]
**L'emplacement géographique des sites à bassins
**L'évolution des sites
**L’organisation de la production
**L’histoire des sites
* [[Wikisources:Les bassins à cupule (- Les interprétations des bassins à cupule)|Les interprétations des bassins à cupule]]
**Premières hypothèses
**Un cas exceptionnel : les bassins des Trains d'Écurat
**Les interprétations viticoles
**Des bassins à ''salsamenta'' ?
* [[Wikisources:Les bassins à cupule (- Conclusion)|Conclusion]]
* [[Wikisources:Les bassins à cupule (- Recensement A)|Recensement A]]
* [[Wikisources:Les bassins à cupule (- Recensement B)|Recensement B]]
* [[Wikisources:Les bassins à cupule (- Bibliographie)|Bibliographie]]
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