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Je vous remercie beaucoup de m'avoir envoyé votre biographie de Garrison.<ref>A Short Biography of William Lloyd Garrison, par Vladimir Tchertkoff & Florence Holah. London; Free Age Press, 1904 (1https://archive.org/details/ashortbiographyo00cher).</ref>
 
En la lisant, j'ai vécu de nouveau le printemps de mon éveil à la vraie vie. En lisant les discours et les articles de Garrison, je me suis vivement rappelé la joie spirituelle que j'ai connue il y a vingt ans quand j'ai trouvé la loi de non-résistance. J’ai été amené inévitablement à cette loi par la reconnaissance de l’enseignement chrétien dans sa plus pleine signification, et cela m'a révélé le grand idéal joyeux réalisé dans la vie chrétienne. Dès les années quarante, Garrison a non seulement reconnu et proclamé la non-résistance mais il l'a également mis à la base de son activité pratique d'émancipation des esclaves. (J'ai entendu parler de Ballou plus tard).
Mais à mesure que le temps passait, il est devenu de plus en clair pour moi que l’indifférence et l’opposition générales qui étaient alors exprimées par rapport à la loi de non-résistance, et qui sont encore exprimées à un degré prééminent parmi les hommes politiques, ne sont que des symptômes de la grande signification de cette loi.
 
« La devise sur notre bannière, » dit Garrison au milieu de son activité, « a été depuis le début de notre lutte morale "NOTRE PAYS EST LE MONDE; NOS COMPATRIOTES SONT TOUS LES HOMMES" .» Nous faisons le vœu que ce sera notre seule épitaphe. Une autre devise que nous avons choisie est ÉMANCIPATION UNIVERSELLE. Jusqu’à maintenant nous avons limité son application à ceux qui sont considérés dans ce pays comme des marchandises, des biens, des meubles et du matériel d'élevage par les oppresseurs du Sud. Désormais nous l’utiliserons dans toute son étendue : l’émancipation de toute notre race de la domination humaine, de la servitude du moi, du gouvernement de la force brute et du lien du péché. Nous les amènerons sous l’autorité de Dieu, sous le contrôle de l'esprit, et sous le gouvernement de la loi d’amour ».<ref>Cette citation, qui provient d'un article publié par Garrison dans le ''Liberator'' le 15 décembre 1837, se trouve dans sa biographie en quatre volumes par ses fils : Wendell Phillips Garrison & Francis Jackson Garrison. ''William Lloyd Garrison: the story of his life told by his children''. New York; Century Co., 1885, vol. II, p. (2)200.</ref>
 
Après avoir commencé par l’objectif pratique de la lutte contre l’esclavage, Garrison a très vite compris, en tant qu’homme éclairé par l’enseignement chrétien, que la cause de l’esclavage n’était pas la capture fortuite et temporaire de quelques millions de nègres par les Sudistes, mais la vieille admission universelle, contraire à l’enseignement chrétien, du droit de coercition de certaines personnes sur d’autres. Ce fut toujours un prétexte pour admettre le droit de coercition que de considérer qu’il était possible d’éradiquer ou de diminuer le mal par la force brute - c’est-à-dire aussi par le mal. Ayant pris conscience de cette fausseté, Garrison n’a pas mis en avant la souffrance des esclaves, la cruauté des propriétaires d’esclaves ou l’égalité des hommes dans sa lutte contre l’esclavage, mais l’éternelle loi chrétienne de s’abstenir de s’opposer au mal par la violence, c’est-à-dire la non-résistance. Garrison avait compris ce que les opposants les plus avancés à l'esclavage n'avaient pas compris : que le seul argument irréfutable contre l’esclavage était de désavouer le droit d’un homme sur la liberté d’un autre en toutes circonstances.
 
Yásnaya Polyána, janvier 1904
 
 
'''NOTES'''
 
1. A Short Biography of William Lloyd Garrison, par Vladimir Tchertkoff & Florence Holah. London; Free Age Press, 1904 (https://archive.org/details/ashortbiographyo00cher).
 
2. Cette citation, qui provient d'un article publié par Garrison dans le ''Liberator'' le 15 décembre 1837, se trouve dans sa biographie en quatre volumes par ses fils : Wendell Phillips Garrison & Francis Jackson Garrison. ''William Lloyd Garrison: the story of his life told by his children''. New York; Century Co., 1885, vol. II, p. 200.
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