Différences entre les versions de « Walden ou la vie dans les bois/Commenté/13 »

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Comme les guêpes, avant de prendre définitivement mes quartiers d'hiver en novembre, je fréquentais le côté nord-est de Walden, dont le soleil, réfléchi des bois de pins rigides et du rivage de pierre, faisait le « coin du feu » de l'étang ; c'est tellement plus agréable et plus sain de se trouver chauffé par le soleil tant qu'on le peut, que par un feu artificiel. Je me chauffais ainsi aux cendres encore ardentes que l'été, comme un chasseur en allé, avait laissées.
 
Lorsque j'en vins à construire ma cheminée j'étudiai la maçonnerie. Mes briques, étant « d'occasion », réclamaient un nettoyage à la truelle, si bien que je m'instruisis plus qu'il n'est d'usage sur les qualités de briques et de truelles. Le mortier qui les recouvrait avait cinquante ans, et passait pour croître encore en dureté ; mais c'est là un de ces on-dit que les hommes se plaisent à répéter, vrais ou non. Ces on-dit-là croissent, eux aussi, en dureté pour adhérer plus fortement avec l'âge, et il faudrait plus d'un coup de truelle pour en nettoyer un vieux Salomon. Nombreux sont les villages de Mésopotamie construits de briques « d'occasion » de fort bonne qualité, tirées des ruines de Babylone, et le ciment qui les recouvre est encore plus vieux et probablement plus dur. Quoi qu'il en soit, je fus frappé de la trempe remarquable de l'acier qui résistait sans s'user à tant de coups violents. Comme mes briques avaient été déjà dans une cheminée, quoique je n'eusse pas lu sur elles le nom de Nabuchodonosor, je choisis autant de briques de foyer que j'en pus trouver, pour éviter travail et perte, et remplis les espaces laissés entre elle à l'aide de pierres prises à la rive de l'étang ; je fabriquai en outre mon mortier à l'aide du sable blanc tiré du même endroit. C'est au foyer que je m'attardai le plus, comme à la partie la plus vitale de la maison. Vraiment, je travaillais de propos si délibéré que, bien qu'ayant commencé à ras du sol le matin, une assise de briques érigée de quelques pouces au-dessus du plancher me servit d'oreiller le soir ; encore n'y attrapai-je pas le torticolis, autant que je m'en souvienne ; mon torticolis est de plus ancienne date. Vers cette époque je pris en pension pour une quinzaine de jours un poète <ref>William Ellery CbanningChanning.</ref> lequel j'eus grand embarras à caser. Il apporta son couteau, bien que j'en eusse deux, et nous les nettoyions en les fourrant dans la terre. Il partagea mes travaux de cuisine. J'étais charmé de voir mon œuvre s'ériger par degrés avec cette carrure et cette solidité, réfléchissant que si elle avançait lentement, elle était calculée pour durer longtemps. La cheminée est jusqu'à un certain point un édifice indépendant, qui prend le sol pour base et s'élève à travers la maison vers les cieux ; la maison a-t-elle brûlé que parfois la cheminée tient debout, et que son importance comme son indépendance sont évidentes. Cela se passait vers la fin de l'été. Voici que nous étions en novembre.
 
Déjà le vent du nord avait commencé à refroidir l'étang, quoiqu'il fallût bien des semaines de vent continu pour y parvenir, tant il est profond. Lorsque je me mis à faire du feu le soir, avant de plâtrer ma maison, la cheminée tira particulièrement bien, à cause des nombreuses fentes qui séparaient les planches. Encore passai-je quelques soirs heureux dans cette pièce fraîche et aérée, environné des grossières planches brunes remplies de nœuds, et de poutres avec l'écorce là-haut au-dessus de la tête. Ma maison, une fois plâtrée, ne me fut jamais aussi plaisante, bien qu'elle présentât, je dois le reconnaître, plus de confort. Toute pièce servant de demeure à l'homme ne devrait-elle pas être assez élevée pour créer au-dessus de la tête quelque obscurité où pourrait la danse des ombres se jouer le soir autour des poutres ? Ces figures sont plus agréables au caprice et à l'imagination que les peintures à fresques ou autre embellissement, quelque coûteux qu'il soit. Je peux dire que j'habitai pour la première fois ma maison le jour où j'en usai pour y trouver chaleur autant qu'abri. J'avais une couple de vieux chenets pour tenir le bois au-dessus du foyer, et rien ne me sembla bon comme de voir la suie se former au dos de la cheminée que j'avais construite, de même que je tisonnai le feu avec plus de droit et de satisfaction qu'à l'ordinaire. Mon logis était petit, et c'est à peine si je pouvais y donner l'hospitalité à un écho ; mais il semblait d'autant plus grand que pièce unique et loin des voisins. Tous les attraits d'une maison étaient concentrés dans un seul lieu ; c'était cuisine, chambre à coucher, parloir et garde-manger ; et toutes les satisfactions que parents ou enfants, maîtres ou serviteurs, tirent de l'existence dans une maison, j'en jouissais. Caton déclare qu'il faut au chef de famille (''pater familias'') posséder en sa villa champêtre « ''cellam oleariam, vinariam dolia multa, uti lueat caritatem expectare, et rei, et virtuti, et gloriae erit'' », ce qui veut dire « une cave pour l'huile et le vin, maints tonneaux pour attendre aimablement les heures difficiles ; ce sera à ses avantages, honneur et gloire. » J'avais dans mon cellier une rasière de pommes de terre, deux quartes environ de pois y compris leurs charançons, sur ma planche un peu de riz, une cruche de mélasse, et pour ce qui est du seigle et du maïs un peck de chacun.
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