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des canaux flexibles, déformables, à l’extrémité desquels elle accomplira des travaux infiniment variés. Voilà ce que l’élan vital, traver­sant la matière, voudrait obtenir tout d’un coup. Il y réussirait, sans doute, si sa puissance était illimitée ou si quelque aide lui pouvait venir du dehors. Mais l’élan est fini, et il a été donné une fois pour toutes. Il ne peut pas surmonter tous les obstacles. Le mouvement qu’il imprime est tantôt dévié, tantôt divisé, toujours contrarié, et l’évolution du monde organisé n’est que le déroulement de cette lutte. La première grande scission qui dut s’effectuer fut celle des deux règnes végétal et animal, qui se trouvent ainsi être complémentaires l’un de l’autre, sans que cependant un accord ait été établi entre eux. Ce n’est pas pour l’animal que la plante accumule de l’énergie, c’est pour sa consommation propre ; mais sa dépense à elle est moins discontinue, moins ramassée et moins efficace, par conséquent, que ne l’exigeait l’élan initial de la vie, dirigé essentiellement vers des actes libres : le même organisme ne pouvait soutenir avec une égale force les deux rôles à la fois, accumuler graduellement et utiliser brusquement. C’est pourquoi, d’eux-mêmes, sans aucune intervention extérieure, par le seul effet de la dualité de tendance impliquée dans l’élan originel et de la résistance opposée par la matière à cet élan, les organismes appuyèrent les uns dans la première direction, les autres dans la seconde. A ce dédoublement en succédèrent beaucoup d’autres. De là les lignes divergentes d’évolution, au moins dans ce qu’elles ont d’essentiel. Mais il y faut tenir compte des régressions, des arrêts, des accidents de tout genre. Et il faut se rappeler, surtout, que chaque espèce se comporte comme si le mouvement général de la vie s’arrêtait à elle au lieu de la traverser. Elle ne pense qu’à elle, elle ne vit que pour elle. De là les luttes sans
des canaux flexibles, déformables, à l’extrémité desquels elle accomplira des travaux infiniment variés. Voilà ce que ''l’élan vital'', traver­sant la matière, voudrait obtenir tout d’un coup. Il y réussirait, sans doute, si sa puissance était illimitée ou si quelque aide lui pouvait venir du dehors. Mais l’élan est fini, et il a été donné une fois pour toutes. Il ne peut pas surmonter tous les obstacles. Le mouvement qu’il imprime est tantôt dévié, tantôt divisé, toujours contrarié, et l’évolution du monde organisé n’est que le déroulement de cette lutte. La première grande scission qui dut s’effectuer fut celle des deux règnes végétal et animal, qui se trouvent ainsi être complémentaires l’un de l’autre, sans que cependant un accord ait été établi entre eux. Ce n’est pas pour l’animal que la plante accumule de l’énergie, c’est pour sa consommation propre ; mais sa dépense à elle est moins discontinue, moins ramassée et moins efficace, par conséquent, que ne l’exigeait l’élan initial de la vie, dirigé essentiellement vers des actes libres : le même organisme ne pouvait soutenir avec une égale force les deux rôles à la fois, accumuler graduellement et utiliser brusquement. C’est pourquoi, d’eux-mêmes, sans aucune intervention extérieure, par le seul effet de la dualité de tendance impliquée dans l’élan originel et de la résistance opposée par la matière à cet élan, les organismes appuyèrent les uns dans la première direction, les autres dans la seconde. A ce dédoublement en succédèrent beaucoup d’autres. De là les lignes divergentes d’évolution, au moins dans ce qu’elles ont d’essentiel. Mais il y faut tenir compte des régressions, des arrêts, des accidents de tout genre. Et il faut se rappeler, surtout, que chaque espèce se comporte comme si le mouvement général de la vie s’arrêtait à elle au lieu de la traverser. Elle ne pense qu’à elle, elle ne vit que pour elle. De là les luttes sans