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L’histoire de la littérature anglaise peut se diviser en trois époques. La première est celle d’Elisabeth, l’âge d’or, puisque c’est celui de la vigueur et de la richesse, l’âge aussi de l’imagination individuelle et capricieuse, ''fancy'', où l’esprit, à peine affranchi des liens du moyen âge et mis en possession de sa jeune liberté, ne marche pas, ne se maîtrise pas, mais court, gambade, et se livre à toutes ses saillies. La seconde est celle de la reine Anne, qui s’est donné à elle-même le nom de siècle d’Auguste, âge de maturité un peu froide, de correction spirituelle et sensée, de demi-poésie et de demi-éloquence. La troisième, c’est notre siècle, qui est revenu à l’époque d’Elisabeth et a renouvelé ses fantaisies personnelles, ses libertés sans contrôle, ses humeurs capricieuses, ses inventions et ses boutades, avec un succès qu’il serait injuste de contester, mais avec un parti-pris et un esprit de système qu’il est impossible de nier.
 
Byron, Shelley, Wordsworth, Walter Scott, Coleridge, ont emporté avec eux une grande partie du souffle et de la puissance qui faisaient ressembler ce siècle, à celui d’Elisabeth, sans en approcher tout à fait. Qu’ont-ils laissé à ceux qui restent ? Il serait ridicule de soutenir que Tennyson et Dickens, encore dans la verdeur de leur talent, que Thackeray et Macaulay, morts seulement d’hier, que Carlyle, moins écouté, mais toujours digne de l’être malgré ses bizarreries, n’aient ni souffle ni puissance ; mais il ne serait pas malaisé de montrer qu’ils ont tous suivi leur pente particulière encore plus que leurs devanciers immédiats, — Tennyson vers une certaine curiosité et recherche de tours, Dickens vers la peinture des manies, Thackeray vers le grossissement des petites misères morales, Macaulay vers la rhétorique et la couleur, Carlyle vers une sorte de fantasmagorie philosophique. Et ceux-ci, que laisseront-ils à ceux
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