Différences entre les versions de « Walden ou la vie dans les bois/Commenté/1 »

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La grande nécessité, alors, pour notre corps, est de rester chaud, de garder la chaleur vitale en nous. Quelles douleurs nous coûtent en conséquence, non seulement notre Nourriture, nos Vêtements, et notre Abri, mais aussi nos lits, qui sont nos vêtements de nuit, pillant les nids et les estomacs des oiseaux pour préparer cet abri à l'intérieur de l'abri, comme la taupe a son lit d'herbe et de feuilles au fond de son terrier ! Le pauvre homme a coutume de se plaindre que son monde est froid; et ce froid, non moins physique que social, constitue directement une grande part de nos maux. L'été, dans certains climats, rend possible à l'homme une sorte de vie Elyséenne<ref>Dans la mythologie grecque, les Champs-Élysées sont le foyer des vertueux après la mort, ou de ceux ayant acquis l'immortalité.</ref>. Le Combustible, sauf pour cuire sa Nourriture, est alors inutile, le soleil est son feu, et beaucoup de fruits sont suffisamment cuits par ses rayons; tandis que la Nourriture est généralement plus variée, et plus facile à obtenir, et les Vêtements et l'Abri sont plus ou moins inutiles. De nos jours, et dans ce pays, comme je le constate par ma propre expérience, quelques outils, un couteau, une hache, une pelle, une brouette, etc, et pour les studieux, une lampe, du papier, et l'accès à quelques livres, constituent le nécessaire, et peuvent être obtenus à un coût dérisoire. Pourtant certains, non des plus sages, vont de l'autre côté du globe, dans des régions barbares et malsaines, et se consacrent au commerce pendant dix ou vingt ans, afin qu'ils puissent vivre - c'est à dire, conserver une chaleur confortable - et mourir finalement en Nouvelle-Angleterre. Les grands riches ne vivent pas seulement confortablement au chaud, mais à un niveau de chaleur contre nature; comme je l'indiquais précédemment, ils sont cuits, ''à la mode''<ref>en français dans le texte original.</ref> bien sûr.
 
La plupart des luxes, et beaucoup de ce qu'on appelle les conforts de la vie, ne sont pas seulement non indispensables, mais constituent de véritables entraves à l'élévation de l'humanité. Avec respect pour les luxes et les conforts, les hommes sages ont toujours vécu une vie plus simple et frugale que les pauvres. Les anciens philosophes, chinois, hindous, perses, et grecs étaient une classe de gens dont personne n'était plus pauvre de richesses extérieures, et personne n'était plus riche de celles intérieures. Nous ne savons pas grand-chose d'eux. Il est remarquable que nous en connaissions autant que nous le faisons. La même chose est vraie des réformateurs et des bienfaiteurs les plus modernes de leur race. Personne ne peut être un observateur impartial ou sage si ce n'est de l'excellent point de vue de ce que nous devrions appeler la pauvreté volontaire. D'une vie de luxe, le fruit est le luxe, que ce soit en agriculture, en commerce, en littérature ou en art. Il y a de nos jours des professeurs de philosophie, mais aucun philosophe. Pourtant, il est admirable de professer parce qu'il était autrefois admirable de vivre. Être un philosophe ce n'est pas seulement avoir des pensées subtiles, pas même fondéfonder une école, mais plutôt avoir l'amour de la sagesse pour vivre selon ses préceptes, une vie de simplicité, d'indépendance, de magnanimité et de confiance. C'est de résoudre certains des problèmes de la vie, non seulement en théorie, mais en pratique. Le succès des savants et des penseurs est généralement du genre de celui des courtisans, pas royal, pas viril. Ils s'arrangent pour vivre en conformité, pratiquement comme leurs pères l'ont fait, et ne sont en aucun cas les géniteurs d'une noble race d'homme. Mais pourquoi les hommes en arrivent-ils à dégénérer ? Qu'est ce qui épuise les familles ? Quelle est la nature du luxe qui affaiblit et détruit les nations ? Sommes-nous certains qu'il n'y a rien de cela dans nos propres vies ? Le philosophe est en avance sur son temps, même dans la forme extérieure de sa vie. Il n'est pas nourri, abrité, vêtu, chauffé comme ses contemporains. Comment un homme peut-il être un philosophe et ne pas maintenir sa chaleur vitale mieux que ses contemporains ?
 
Quand un homme est chauffé par les divers modes que j'ai décrit, que veut-il ensuite ? Certainement pas plus de chaleur de la même sorte, tel que des aliments plus riches et en plus grandes quantités, des maisons plus grosses et plus belles, des vêtements plus fins en plus grand nombre, plus de feux incessants et plus chauds, et autres choses semblables. Quand il a obtenu ces choses qui sont nécessaires à la vie, il y a une autre alternative que d'obtenir le superflu; et c'est de s'aventurer dans la vie, ses vacances de son humble labeur ont commencé. Le sol, semble t-il, est adapté à la semence, car elle envoie sa radicule vers le bas, et peut alors envoyer sa pousse vers le haut avec confiance. Pourquoi est-ce que l'homme s'enracinerait lui-même ainsi fermement dans la terre, si ce n'est pour s'élever dans la même proportion vers les cieux ? car les plantes les plus nobles sont appréciées par les fruits qu'elles portent finalement dans l'air et la lumière, loin du sol, et ne sont pas traités comme les plus modestes tubercules qui, bien qu'ils puissent fleurir deux fois dans l'année, sont cultivés seulement jusqu'à ce qu'ils aient perfectionné leurs racines, et souvent rabattus à cet effet, de sorte que nombreux sont ceux qui ne les verront jamais en période de floraison.
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