Différences entre les versions de « Walden ou la vie dans les bois/Commenté/18 »

m
aucun résumé de modification
(→‎Conclusion : Mississippi)
m
Si humble que soit votre vie, faites-y honneur et vivez-la ; ne l'esquivez ni n'en dites de mal. Elle n'est pas aussi mauvaise que vous. C'est lorsque vous êtes le plus riche qu'elle paraît le plus pauvre. Le chercheur de tares en trouvera même au paradis. Aimez votre vie, si pauvre qu'elle soit. Peut-être goûterez-vous des heures aimables, palpitantes, splendides, même en un asile des pauvres. Les fenêtres de l'hospice reflètent le soleil couchant avec autant d'éclat que celles de la demeure du riche ; la neige fond aussitôt devant sa porte au printemps. Je ne vois pas comment un esprit calme ne pourrait vivre là aussi content et y nourrir des pensées aussi réjouissantes qu'en un palais. Souvent les pauvres de la ville me semblent mener la vie la plus indépendante qui soit. Peut-être sont-ils simplement assez « grands » pour recevoir sans crainte. On se croit en général au-dessus des secours qu'accorde la ville ; mais plus souvent arrive-t-il qu'on n'est pas au-dessus de se secourir soi-même par des moyens déshonnêtes, qui devraient attirer plus de déconsidération. Cultivez la pauvreté comme une herbe potagère, comme la sauge. Ne vous embarrassez point trop de vous procurer de nouvelles choses, soit en habits, soit en amis. Retournez les vieux, retournez à eux. Les choses ne changent pas ; c'est nous qui changeons. Vendez vos habits et gardez vos pensées. Dieu veillera à ce que vous ne manquiez pas de société. Fussé-je relégué dans le coin d'un galetas pour le reste de mes jours, telle une araignée, que le monde resterait tout aussi vaste pour moi tant que je serais entouré de mes pensées. Le philosophe a dit : « D'une armée de trois divisions on peut enlever le général et la mettre en désordre ; de l'homme le plus abject et le plus vulgaire on ne peut enlever la pensée. » Ne cherchez pas si anxieusement à vous développer, à vous soumettre à maintes influences pour être joué ; ce n'est que dissipation. L'humilité comme la ténèbre révèle les lumières célestes. Les ombres de pauvreté et de médiocrité s'amoncellent autour de nous, « et voyez ! la création s'élargit à nos yeux » <ref>Tiré du fameux sonnet, Night and Death, de Blanco White, et son œuvre unique, le sonnet d'Arvers des Anglais.</ref>. Nous sommes souvent remis en mémoire que, nous fût-il accordé l'opulence de Crésus, nos visées doivent toutefois rester les mêmes, et nos moyens essentiellement les mêmes. En outre, si vous vous trouvez limité dans votre champ d'action par la pauvreté, si vous ne pouvez acheter livres ni journaux, par exemple, vous n'en êtes que réduit aux plus significatives et vitales expériences ; vous voilà contraint de traiter avec la matière qui présente le plus de sucre et le plus d'amidon. C'est dans la vie voisine de l'os que réside le plus de suavité. Vous voilà préservé d'être un homme frivole. Nul jamais ne perd sur un niveau plus bas par magnanimité sur un niveau plus élevé. La richesse superflue ne peut acheter que des superfluités. L'argent n'est point requis pour acheter un simple nécessaire de l'âme.
 
J'habite l'angle d'un mur de plomb, dans la composition duquel fut versé un peu d'alliage d'airain. Souvent, à l'heure de ma méridienne, me parvient du dehors aux oreilles un confus tintinnabulum. C'est le bruit de mes contemporains. Mes voisins me parlent de leurs aventures avec de beaux messieurs et de belles dames, des notabilités qu'ils ont rencontrées à dîner ; mais je prends aussi peu d'intérêt à telles choses qu'au contenu du Daily TintesTimes. L'intérêt et la conversation tournent de préférence autour de la toilette et des bonnes manières ; mais une oie est encore une oie, de quelque habit qu'on l'affuble. Ils me parlent de Californie et Texas, d'Angleterre et des Indes, de l'Honorable Mr. — de Géorgie ou du Massachusetts, tous phénomènes transitoires et éphémères, au point de me donner envie de sauter hors de leur cour tout comme le Mameluck bey. J'aime à revenir à mes façons de voir, — non à marcher en procession avec pompe et étalage, en un lieu apparent, mais à marcher de pair avec le Bâtisseur de l'univers, si je peux, — non à vivre en cet inquiet, nerveux, remuant, vulgaire Dix-Neuvième Siècle, mais à rester là debout ou assis pensif tandis qu'il passe. Que célèbrent les hommes ? Ils sont tous en comité d'organisation, et d'heure en heure attendent le discours de quelqu'un. Dieu n'est que le président du jour, et Webster, son orateur. J'aime à peser, me tasser, graviter vers ce qui m'attire avec le plus de force et de justice, — non à me pendre au fléau de la balance pour tâcher de peser moins, — non à supposer un cas, mais à prendre le cas tel qu'il est ; à suivre le seul sentier que je peux, et celui sur lequel nul pouvoir ne saurait me résister. Je n'éprouve aucune satisfaction à commencer une voûte avant de m'être assuré une fondation solide. Ne jouons pas à kittly-benders <ref>Jeu américain qui consiste à courir sur la glace mince et fléchissante.</ref>. Partout se trouve un fond sérieux. Le voyageur, lisons-nous, demanda à l'enfant si le marais qui s'étendait devant lui avait un fond résistant. L'enfant répondit affirmativement. Mais voici que le cheval du voyageur enfonça jusqu'aux sangles, sur quoi le voyageur dit à l'enfant : « Je croyais que tu m'avais dit que cette fondrière avait un fond résistant. » « Mais oui, elle en a un », répondit l'enfant, « mais vous n'en êtes pas encore à moitié route. » Ainsi en est-il des fondrières et sables mouvants de la société ; mais vieux l'enfant qui le sait. Seul est bien ce qui est pensé, dit ou fait — suivant certain rare accord. Je ne voudrais pas être de ceux qui iront sottement enfoncer un clou dans le simple galandage et le plâtre ; tel exploit me tiendrait éveillé la nuit. Donnez-moi un marteau, et que je tâte où est la poutre. Ne comptez pas sur le mastic. Enfoncez droit votre clou et rivez-le si sûrement que vous puissiez, vous éveillant la nuit, penser à votre travail avec satisfaction, — un travail à propos duquel vous n'auriez pas honte d'invoquer la Muse. De la sorte Dieu vous aidera, et de la sorte seulement. Il n'est pas de clou enfoncé qui ne devrait être comme un nouveau rivet dans la machine de l'univers, avec vous pour assurer la marche du travail.
 
Mieux que l'amour, l'argent, la gloire, donnez-moi la vérité. Je me suis assis à une table où nourriture et vin riches étaient en abondance, et le service obséquieux, mais où n'étaient ni sincérité, ni vérité ; et c'est affamé que j'ai quitté l'inhospitalière maison. L'hospitalité était aussi froide que les glaces. Je songeai que point n'était besoin de glace pour congeler celles-ci. On me dit l'âge du vin et le renom de la récolte ; mais je pensai à un vin plus vieux, un plus nouveau, et plus pur, d'une récolte plus fameuse, qu'ils ne possédaient pas, et ne pouvaient acheter. Le style, la maison et les jardins, et le « festin », ne sont de rien pour moi. Je rendis visite au roi, mais il me fit attendre dans son antichambre, et se conduisit comme quelqu'un désormais incapable d'hospitalité. Il était en mon voisinage un homme qui habitait un arbre creux. Ses façons étaient véritablement royales. J'eusse mieux fait en allant lui rendre visite.
1 832

modifications