« Hamlet/Traduction Hugo, 1865/Le Second Hamlet » : différence entre les versions

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=== V, I - Un cimetière ===
Entrent DEUX FOSSOYEURSPAYSANS, avec des bêches
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Doit-elle être ensevelie en sépulture chrétienne, celle qui volontairement devance l’heure de son salut?
 
DEUXIÈME FOSSOYEURPAYSAN
 
Je te dis que oui. Donc creuse sa tombe sur-le-champ. Le coroner a tenu enquête sur elle, et conclu à la sépulture chrétienne.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Comment est-ce possible, à moins qu’elle ne soit noyée à son corps défendant?
 
DEUXIÈME FOSSOYEURPAYSAN
 
Eh bien! la chose a été jugée ainsi.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Il est évident qu’elle est morte se offendendo, cela ne peut être autrement. Ici est le point de droit: si je me noie de propos délibéré, cela dénote un acte, et un acte a trois branches : le mouvement, l’action et l’exécution : argo, elle s’est noyée de propos délibéré.
 
DEUXIÈME FOSSOYEURPAYSAN
 
Certainement; mais écoutez-moi, bonhomme piocheur.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Permets. Ici est l’eau : bon! ici se tient l’homme: bon! Si l’homme va à l’eau et se noie, c’est, en dépit de tout, parce qu’il y est allé : remarque bien ça. Mais si l’eau vient à l’homme et le noie, ce n’est pas lui qui se noie : argo, celui qui n’est pas coupable de sa mort n’abrège pas sa vie.
 
DEUXIÈME FOSSOYEURPAYSAN
 
Mais est-ce la loi?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Oui, pardieu, ça l’est : la loi sur l’enquête du coroner.
 
DEUXIÈME FOSSOYEURPAYSAN
 
Veux-tu avoir la vérité sur ceci? Si la morte n’avait pas été une femme de qualité, elle n’aurait pas été ensevelie en sépulture chrétienne.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Oui, tu l’as dit : et c’est tant pis pour les grands qu’ils soient encouragés en ce monde à se noyer ou à se pendre, plus que leurs égaux chrétiens. Allons, ma bêche! il n’y a de vieux gentilshommes que les jardiniers, les terrassiers et les fossoyeurs : ils continuent le métier d’Adam.
 
DEUXIÈME FOSSOYEURPAYSAN
 
Adam était-il gentilhomme?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Il est le premier qui ait jamais porté des armes.
 
DEUXIÈME FOSSOYEURPAYSAN
 
Comment! il n’en avait pas.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Quoi! es-tu païen? Comment comprends-tu l’Écriture? L’Écriture dit: Adam bêchait. Pouvait-il bêcher sans bras? Je vais te poser une autre question: si tu ne réponds pas péremptoirement, avoue-toi...
 
DEUXIÈME FOSSOYEURPAYSAN
 
Va toujours.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Quel est celui qui bâtit plus solidement que le maçon, le constructeur de navires et le charpentier?
 
DEUXIÈME FOSSOYEURPAYSAN
 
Le faiseur de potences; car cette construction-là survit à des milliers d’occupants.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Ton esprit me plaît, ma foi! La potence fait bien. Mais comment fait-elle bien? Elle fait bien pour ceux qui font mal : or tu fais mal de dire que la potence est plus solidement bâtie que l’Église : argo, la potence ferait bien ton affaire. Cherche encore, allons!
Oui, dis-le-moi, et tu peux débâter.
 
DEUXIÈME FOSSOYEURPAYSAN
 
Parbleu! je peux te le dire à présent.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Voyons.
 
DEUXIÈME FOSSOYEURPAYSAN
 
Par la messe ! je ne peux pas.
 
(Entrent HAMLET et HORATIO, à distance.)
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Ne fouette pas ta cervelle plus longtemps; car l’âne rétif ne hâte point le pas sous les coups. Et la prochaine fois qu’on te fera cette question, réponds: C’est un fossoyeur. Les maisons qu’il bâtit durent jusqu’au jugement dernier. Allons ! va chez Vaughan me chercher une chopine de liqueur. (Sort le deuxième fossoyeurpaysan.) (Il chante en bêchant.)
:Dans ma jeunesse, quand j’aimais, quand j’aimais,
:Il me semblait qu’il était bien doux,
C’est juste : la main qui travaille peu a le tact plus délicat.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN, (chantant.)
:Mais l’âge, venu à pas furtifs,
:M’a empoigné dans sa griffe,
Oui, vraiment! Et maintenant cette tête est à Milady Vermine; elle n’a plus de lèvres, et la bêche d’un fossoyeur lui brise la mâchoire. Révolution bien édifiante pour ceux qui sauraient l’observer! Ces os n’ont-ils tant coûté à nourrir que pour servir un jour de jeu de quilles? Les miens me font mal rien que d’y penser.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN, (chantant.)
 
:Une pioche et une bêche, une bêche!
Ce sont des moutons et des veaux, ceux qui recherchent une assurance sur un titre pareil... Je vais parler à ce garçon-là... Qui occupe cette fosse, drôle?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
:Moi, monsieur. (Chantant.)
Vraiment, je crois que tu l’occupes, en ce sens que tu es dedans.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Vous êtes dehors, et aussi vous ne l’occupez pas; pour ma part, je ne suis pas dedans et cependant je l’occupe.
Tu veux me mettre dedans en me disant que tu l’occupes. Cette fosse n’est pas faite pour un vivant, mais pour un mort. Tu vois! tu veux me mettre dedans.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Démenti pour démenti. Vous voulez me mettre dedans en me disant que je suis dedans.
Pour quel homme creuses-tu ici?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Ce n’est pas pour un homme.
Pour quelle femme, alors?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Ce n’est ni pour un homme ni pour une femme.
Qui va-t-on enterrer là?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Une créature qui était une femme, monsieur; mais, que son âme soit en paix! elle est morte.
Comme ce maraud est rigoureux! Il faut lui parler la carte à la main: sans cela, la moindre équivoque nous perd. Par le ciel! Horatio, voilà trois ans que j’en fais la remarque : le siècle devient singulièrement pointu, et l’orteil du paysan touche de si près le talon de l’homme de cour qu’il l’écorche... Combien de temps as-tu été fossoyeur?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Je me suis mis au métier, le jour, fameux entre tous les jours, où feu notre roi Hamlet vainquit Fortinbras.
Combien y a-t-il de cela?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Ne pouvez-vous pas le dire ? Il n’est pas d’imbécile qui ne le puisse. C’était le jour même où est né le jeune Hamlet, celui qui est fou et qui a été envoyé en Angleterre.
Oui-da! Et pourquoi a-t-il été envoyé en Angleterre?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Eh bien! parce qu’il était fou: il retrouvera sa raison là-bas; ou, s’il ne la retrouve pas, il n’y aura pas grand mal.
Pourquoi?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Ça ne se verra pas : là-bas tous les hommes sont aussi fous que lui.
Comment est-il devenu fou?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Très étrangement, à ce qu’on dit.
Comment cela?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Eh bien! en perdant la raison.
Sous l’empire de quelle cause?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Tiens! sous l’empire de notre roi en Danemark. J’ai été fossoyeur ici, enfant et homme, pendant trente ans.
Combien de temps un homme peut-il être en terre avant de pourrir?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Ma foi! s’il n’est pas pourri avant de mourir (et nous avons tous les jours des corps vérolés qui peuvent à peine supporter l’inhumation), il peut vous durer huit ou neuf ans. Un tanneur vous durera neuf ans.
Pourquoi lui plus qu’un autre?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Ah! sa peau est tellement tannée par le métier qu’il a fait, qu’elle ne prend pas l’eau avant longtemps; et vous savez que l’eau est le pire destructeur de votre corps mort, né de putain. Tenez! voici un crâne: ce crâne-là a été en terre vingt-trois ans.
A qui était-il?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
A un fou né d’une de ces filles-là. À qui croyez-vous?
Ma foi ! je ne sais pas.
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Peste soit de l’enragé farceur! Un jour, il m’a versé un flacon de vin sur la tête! Ce même crâne, monsieur, était le crâne de Yorick, le bouffon du roi.
Celui-ci?
 
PREMIER FOSSOYEURPAYSAN
 
Celui-là même.
Mais chut! chut !...écartons-nous !... Voici le roi.
 
Entrent en procession des prêtres, etc. Des Coutisans accompagnent leLe corps d’ OPHÉLIEOPHÉLIA, LAERTELAERTES et les pleureuses suivent; puis LE ROI, LA REINE et leur suite
 
HAMLET, (continuant.)
 
La reine! les courtisans! De qui suivent-ils le convoi? Pourquoi ces rites tronqués? Ceci annonce que le corps qu’ils suivent a, d’une main désespérée, attenté à sa propre vie. C’était quelqu’un de qualité. Cachons-nous un moment, et observons. (Il se retire avec Horatio.)
 
LAERTES
LAERTE
 
Quelle cérémonie reste-t-il encore?
HAMLET, à part
 
C’est LaerteLaertes, un bien noble jeune homme! Attention!
 
LAERTES
LAERTE
 
Quelle cérémonie encore?
Ses obsèques ont été célébrées avec toute la latitude qui nous était permise. Sa mort était suspecte; et, si un ordre souverain n’avait dominé la règle, elle eût été placée dans une terre non bénite jusqu’à la dernière trompette. Au lieu de prières charitables, des tessons, des cailloux, des pierres, eussent été jetés sur elle. Et pourtant on lui a accordé les couronnes virginales, l’ensevelissement des jeunes filles, et la translation en terre sainte au son des cloches.
 
LAERTES
LAERTE
 
N’y a-t-il plus rien à faire?
Plus rien à faire : nous profanerions le service des morts en chantant le grave requiem, en implorant pour elle le même repos que pour les âmes parties en paix.
 
LAERTES
LAERTE
 
Mettez-la dans la terre; et puisse-t-il de sa belle chair immaculée éclore des violettes! Je te le dis, prêtre brutal, ma sœur sera un ange gardien, quand toi, tu hurleras dans l’abîme.
HAMLET
 
Quoi! la belle OphélieOphélia!
 
LA REINE, jetant des fleurs sur le cadavre Fleurs sur fleur! Adieu! J’espérais te voir la femme de mon Hamlet. Je comptais, douce fille, décorer ton lit nuptial et non joncher ta tombe.
 
LAERTES
LAERTE
 
Oh! qu’un triple malheur tombe dix fois triplé sur la tête maudite de celui dont la cruelle conduite t’a privée de ta noble intelligence! Retenez la terre un moment, que je la prenne encore une fois dans mes bras.
(Il saute dans la fosse.) Maintenant entassez votre poussière sur le vivant et sur la morte, jusqu’à ce que vous ayez fait de cette surface une montagne qui dépasse le vieux Pélion ou la tête céleste de l’Olympe azuré.
 
HAMLET, (s’avançant.)
 
Quel est celui dont la douleur montre une telle emphase? dont le cri de désespoir conjure les astres errants et les force à s’arrêter, auditeurs blessés d’étonnement? Me voici, moi, Hamlet le Danois! (Il saute dans la fosse.)
 
LAERTES, l’empoignant
LAERTE, (lui sautant à la gorge.)
 
Que le démon prenne ton âme!
HAMLET
 
J’aiJ’aimais aimais OphélieOphélia. Quarante mille frères ne pourraient pas, avec tous leurs amours réunis, parfaire la somme du mien. (A LaerteLaertes.) Qu’es-tu prêt à faire pour elle?
 
LE ROI
 
Oh! il est fou, LaerteLaertes.
 
LA REINE
Ceci est pure folie! et son accès va le travailler ainsi pendant quelque temps. Puis, aussi patient que la colombe, dont la couvée dorée vient d’éclore, il tombera dans un silencieux abattement.
 
HAMLET, à LaerteLaertes
 
Écoutez, monsieur! Pour quelle raison me traitez-vous ainsi? Je vous ai toujours aimé. Mais n’importe! Hercule lui-même aurait beau faire !... Le chat peut miauler, le chien aura sa revanche. (Il sort.)
Je vous en prie, bon Horatio, accompagnez-le.
 
(Horatio sort.) (A LaerteLaertes.) Fortifiez votre patience dans nos paroles d’hier soir. Nous allons sur-le-champ amener l’affaire au dénouement.
 
(A la reine.) Bonne Gertrude, faites surveiller votre fils. (À part.) Il faut à cette fosse un monument vivant. L’heure du repos viendra bientôt pour nous. Jusque-là, procédons avec patience.
OSRIC
 
De LaerteLaertes?
 
HORATIO, à part, à Hamlet
OSRIC
 
Vous n’êtes pas sans savoir de quelle supériorité LaerteLaertes est à...
 
HAMLET
OSRIC
 
Le roi a parié, monsieur, que, sur douze bottes échangées entre vous et LaerteLaertes, celui-ci n’en porterait pas trois de plus que vous; LaerteLaertes a parié vous toucher neuf fois sur douze. Et la question serait soumise à une épreuve immédiate, si Votre Seigneurie daignait répondre.
 
HAMLET
LE SEIGNEUR
 
Monseigneur, le roi vous a fait complimenter par le jeune Osric qui lui a rapporté que vous l’attendiez dans cette salle. Il m’envoie savoir si c’est votre bon plaisir de commencer la partie avec LaerteLaertes, ou de l’ajourner.
 
HAMLET
 
Je suis constant dans mes résolutions, elles suivent le bon plaisir du roi. Si LaerteLaertes est prêt, je le suis; sur-le-champ, ou n’importe quand, pourvu que je sois aussi dispos qu’à présent.
 
LE SEIGNEUR
LE SEIGNEUR
 
La reine vous demande de faire un accueil cordial à LaerteLaertes avant de vous mettre à la partie.
 
HAMLET
Pas du tout. Nous bravons le présage : il y a une providence spéciale pour la chute d’un moineau. Si mon heure est venue, elle n’est pas à venir; si elle n’est pas à venir, elle est venue: que ce soit à présent ou pour plus tard, soyons prêts. Voilà tout. Puisque l’homme n’est pas maître de ce qu’il quitte, qu’importe qu’il le quitte de bonne heure!
 
Entrent LE ROI, LA REINE, LAERTELAERTES, OSRIC,
 
des seigneurs, des serviteurs portant des fleurets, des gantelets, une table et des flacons de vin
 
Venez, Hamlet, venez, et prenez cette main que je vous présente.
(Le roi met la main de LaerteLaertes dans celle d’Hamlet.)
 
HAMLET
 
Pardonnez-moi, monsieur, je vous ai offensé, mais pardonnez-moi en gentilhomme. Ceux qui sont ici présents savent et vous devez avoir appris de quel cruel égarement j’ai été affligé. Si j’ai fait quelque chose qui ait pu irriter votre caractere, votre honneur, votre rancune, je le proclame ici acte de folie. Est-ce Hamlet qui a offensé LaerteLaertes? Ce n’a jamais été Hamlet. Si Hamlet est enlevé à lui-même, et si, n’étant plus lui-même, il offense LaerteLaertes, alors, ce n’est pas Hamlet qui agit: Hamlet renie l’acte. Qui agit donc? sa folie. S’il en est ainsi, Hamlet est du parti des offensés, le pauvre Hamlet a sa folie pour ennemi. Monsieur, après ce désaveu de toute intention mauvaise fait devant cet auditoire, puissé-je n’être condamné dans votre généreuse pensée que comme si, lançant une flèche par-dessus la maison, j’avais blessé mon frère!
 
LAERTES
LAERTE
 
Mon cœur est satisfait, et ce sont ses inspirations qui, dans ce cas, me poussaient le plus à la vengeance; mais sur le terrain de l’honneur, je reste à l’écart et je ne veux pas de réconciliation, jusqu’à ce que des arbitres plus âgés, d’une loyauté connue, m’aient imposé, d’après les précédents, une sentence de paix qui sauvegarde mon nom. Jusque-là j’accepte comme bonne amitié l’amitié que vous m’offrez, et je ne ferai rien pour la blesser.
J’embrasse franchement cette assurance, et je m’engage loyalement dans cette joute fraternelle. Donnez-nous les fleurets, allons!
 
LAERTES
LAERTE
 
Voyons! qu’on m’en donne un!
HAMLET
 
Je vais être votre plastron, LaerteLaertes auprès de mon inexpérience, comme un astre dans la nuit la plus noire, votre talent va ressortir avec éclat.
 
LAERTES
LAERTE
 
Vous vous moquez de moi, monseigneur.
Je n’en suis pas inquiet je vous ai vus tous deux... D’ailleurs, puisque Hamlet est avantagé, la chance est pour nous.
 
LAERTELAERTES, essayant un fleuret
 
Celui-ci est trop lourd, voyons-en un autre.
En garde, monsieur!
 
LAERTES
LAERTE
 
En garde, monseigneur! (Ils commencent l’assaut.)
Une!
 
LAERTES
LAERTE
 
Non.
Touché! très positivement touché!
 
LAERTES
LAERTE
 
Soit! Recommençons.
Je veux auparavant terminer cet assaut: mettez-la de côté un moment. Allons! (L’assaut recommence.) Encore une! Qu’en dites-vous?
 
LAERTES
LAERTE
 
Touché, touché ! je l’avoue.
Viens, laisse-moi essuyer ton visage.
 
LAERTELAERTES, au roi
 
Monseigneur, je vais le toucher cette fois.
Je ne le crois pas.
 
LAERTELAERTES, à part
 
Et pourtant c’est presque contre ma conscience.
HAMLET
 
Allons, la troisième, LaerteLaertes! Vous ne faites que vous amuser; je vous en prie, tirez de votre plus belle force; j’ai peur que vous ne me traitiez en enfant.
 
LAERTES
LAERTE
 
Vous dites cela? En garde! (Ils recommencent.)
Rien des deux parts.
 
LAERTES
LAERTE
 
À vous, maintenant! (LaerteLaertes blesse Hamlet. Puis, en ferraillant, ils échangent leurs fleurets, et Hamlet blesse Laertes.)
 
LE ROI
HAMLET
 
(attaquant.) Non. Recommençons! (La reine tombe.)
 
OSRIC
 
Secourez la reine! là! ho! (Hamlet blesse Laerte.)
 
HORATIO
OSRIC
 
Comment êtes-vous, LaerteLaertes?
 
LAERTES
LAERTE
 
Ah! comme une buse prise à son propre piège, Osric ! je suis tué justement par mon guet-apens.
Ô infamie ! ... Holà! qu’on ferme la porte! Il y a une trahison : qu’on la découvre!
 
LAERTES
LAERTE
 
La voici, Hamlet : Hamlet, tu es assassiné; nul remède au monde ne peut te sauver; en toi il n’y a plus une demi-heure de vie; l’arme traîtresse est dans ta main, démouchetée et venimeuse; le coup hideux s’est retourné contre moi. Tiens! je tombe ici, pour ne jamais me relever; ta mère est empoisonnée... Je n’en puis plus... Le roi... le roi est le coupable.
Tiens! toi, incestueux, meurtrier, damné Danois! Bois le reste de cette potion !... Ta perle y est-elle? Suis ma mère. (Le roi meurt.)
 
LAERTES
LAERTE
 
Il a ce qu’il mérite : c’est un poison préparé par lui-même. Échange ton pardon avec le mien, noble Hamlet. Que ma mort et celle de mon père ne retombent pas sur toi, ni la tienne sur moi! (Il meurt.)
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