Différences entre versions de « Encore un mot pour les jeunes poètes »

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{{Titre|Encore un mot pour les jeunes poètes|[[Auteur:Johann Wolfgang von Goethe|Johann Wolfgang von Goethe]]|Traduction par Jacques Porchat, 1861}}
 
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[[Category:Essais]]
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Notre maître est celui sous la direction duquel nous nous exerçons dans un art d'une manière continue, et qui, à mesure que nous acquérons de l'habileté, nous communique peu à peu les principes d'après lesquels nous pourrons atteindre le plus sûrement le but désiré.
 
Dans ce sens, je n'ai été le maitre de personne. Mais, si je dois dire ce que j'ai été pour les Allemands en général, et particulièrement pour les jeunes poëtes, j'oserai me nommer leur libérateur ; chez moi, en effet, ils se sont aperçus que, de même que l'homme doit vivre du dedans au dehors, l'artiste doit opérer aussi du dedans au dehors : car, il aura beau faire, il ne produira jamais que son individualité.
 
S'il se met à l'œuvre vivement et gaiement, il manifestera certainement la valeur de son être, la grandeur ou la grâce, peut-être aussi la grâcieuse grandeur, que lui a dispensée la nature. Je puis d'ailleurs très-bien observer sur qui j'ai opéré de la sorte. Il en résulte en quelque façon une poésie naturelle, et c'est la seule manière dont il est possible d'être original.
 
Heureusement notre poésie est si perfectionnée sous le rapport technique, le mérite d'un fonds intéressant se montre si clairement au jour, que nous voyons paraître des œuvres merveilleusement agréables. Cependant le progrès peut devenir plus sensible tous les jours, et nul ne sait où cela peut conduire. Mais il faut que chacun apprenne à se connaître lui-même, sache se juger lui-même, parce qu'il est ici impossible de recourir à une mesure étrangère.
 
Disons en peu de mots l'essentiel. Le jeune poëte doit exprimer uniquement sa vie et son œuvre, sous quelque forme que ce puisse être ; il doit écarter rigoureusement tout esprit de contradiction, toute malveillance, toute médisance, et ce qui est purement négatif, car de cela il ne sort rien.
Je ne puis assez sérieusement recommander à mes jeunes amis de s'observer eux-mêmes, afin que, à côté d'une certaine facilité d'expression rhythmique, ils gagnent aussi de plus en plus pour le fonds.
 
Mais le fonds poétique, c'est le fonds de notre propre vie, et personne ne peut nous le donner ; on peut l'assombrir peut-être, mais non le gâter. Tout ce qui est vanité, c'est-à-dire amour-propre sans fondement, sera plus maltraité que jamais.
 
Se déclarer libre est une grande prétention, car on déclare en même temps qu'on veut se dominer soi-même. Et qui en est capable ? À mes amis, les jeunes poëtes, voici là-dessus ce que je dirai : Vous n'avez proprement aujourd'hui aucune règle, et vous devez vous en tracer une à vous-mêmes. Demandez-vous, au sujet de chaque poésie, si elle renferme une chose que vous ayez éprouvée et si cette épreuve vous a avancés. Vous n'êtes pas avancés, si vous pleurez sans cesse une amante, que vous avez perdue par l'absence, l'infidélité ou la mort. Cela n'est d'aucune valeur, quelque habileté, quelque talent qu'on y sacrifie.
 
Qu'on s'en tienne au courant de la vie, et qu'on s'éprouve dans l'occasion ; car c'est ainsi qu'il se vérifie, dans l'instant même, si nous sommes vivants, et, dans la méditation postérieure, si nous étions vivants.
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