« De la suffisance de la religion naturelle » : différence entre les versions

m
match
(cedil; -> ç)
m (match)
{{titre|De la suffisance de la religion naturelle|[[Auteur:Denis Diderot|Denis Diderot]]|[[:Category:1746|1746]]}}
 
</div>
 
[[Catégorie:XVIIIe siècle]][[Category:1746]]
[[Catégorie:Philosophie]]
{{Index|Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, I.djvu}}
 
==__MATCH__:[[Page:Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, I.djvu/331]]==
 
1. La religion naturelle est l'ouvrage de Dieu ou des hommes. Des hommes : vous ne pouvez le dire, puisqu'elle est le fondement de la religion révélée. Si c'est l'ouvrage de Dieu, je demande à quelle fin Dieu l'a donnée. La fin d'une religion qui vient de Dieu ne peut être que la connaissance des vérités essentielles, et la pratique des devoirs importants. Une religion serait indigne de Dieu et de l'homme si elle se proposait un autre but. Donc, ou Dieu n'a pas donné aux hommes une religion qui satisfît à la fin qu'il a dû se proposer, ce qui serait absurde ; car cela supposerait en lui impuissance ou mauvaise volonté ; ou l'homme a obtenu de lui tout ce dont il avait besoin. Donc il ne lui fallait pas d'autres connaissances que celles qu'il avait re&ccedil;ues de la nature. Quant aux moyens de satisfaire aux devoirs, il serait ridicule qu'il les eût refusés. Car de ces trois choses, la connaissance des dogmes, la pratique des devoirs, et la force nécessaire pour agir et pour croire, le manqué d'une rend les deux autres inutiles. C'est en vain que je suis instruit des dogmes, si j'ignore les devoirs. C'est en vain que je connais les devoirs, si je croupis dans l'erreur ou dans l'ignorance des vérités essentielles. C'est en vain que la connaissance des vérités et des devoirs m'est donnée, si la grâce de croire et de pratiquer m'est refusée. Donc j'ai toujours eu tous ces avantages, Donc la religion naturelle n'avait rien laissé à la révélation d'essentiel et de nécessaire à suppléer. Donc cette religion n'était point insuffisante.
 
27. La vérité de la religion naturelle est à la vérité des autres religions comme le témoignage que je me rends à moi-même est au témoignage que je reccedil;ois d'autrui ; ce que je sens à ce qu'on me dit ; ce que je trouve écrit en moi-même du doigt de Dieu, et ce que les hommes vains et superstitieux et menteurs ont gravé sur la feuille ou sur le marbre ; ce que je porte en moi et rencontre le même partout et ce qui est hors de moi et change avec les climats ; ce qui n'a point été sincèrement contredit ne l'est point et ne le sera jamais, et ce qui loin d'être admis et de l'avoir été, ou n'a point été connu ou a cessé de l'être, ou ne l'est point, ou bien est rejeté comme faux ; ce que ni le temps ni les hommes n'ont point aboli et n'aboliront jamais et ce qui passe comme l'ombre ; ce qui rapproche l'homme civilisé et le barbare, le chrétien, l'infidèle et le paien ; l'adorateur de Jéhova, de Jupiter et de Dieu ; le philosophe et le peuple, le savant et l'ignorant, le vieillard et l'enfant, le sage même et l'insensé ; et ce qui éloigne le père du fils, arme l'homme contre l'homme, expose le savant et le sage à la haine et à la persécution de l'ignorant et de l'enthousiaste, et arrose de temps en temps la terre du sang d'eux tous ; ce qui est tenu pour saint, auguste et sacré par tous les peuples de la terre, et ce qui est maudit par tous les peuples de la terre, un seul excepté j ce qui a fait élever vers le ciel de toutes les régions du monde l'hymne, la louange et le cantique, et ce qui a enfanté l'anathème, l'impiété, les exécrations et le blasphème ; ce qui me peint l'univers comme une Seule et unique immense famille dont Dieu est le premier père, et ce qui me représente les hommes divisés par poignées et possédés par une foule de démons farouches et malfaisants, qui leur mettent le poignard dans la main droite et la torche dans la main gauche, et qui les animent aux meurtres, aux ravages et à la destruction. Les sièclesà venir continueront d'embellir l'un de ces tableaux des plus belles couleurs, l'autre continuera de s'obscurcir par les ombres les plus noires. Tandis que les cultes humains continueront de se déshonorer dans l'esprit des hommes par leurs extravagances et leurs crimes, la religion naturelle se couronnera d'un nouvel éclat et peut-être fixera-t-elle enfin les regards de tous les hommes et les ramènera-t-elle à ses Pieds. C'est alors qu'ils ne formeront qu'une société, qu'ils banniront d'entre eux ces lois bizarres qui semblent n'avoir été imaginées que Pour les rendre méchants et coupables ; qu'ils n'écouteront plus que la voix de la nature ; et qu'ils recommenceront enfin d'être vertueux. Ô mortels ! Comment avez-vous fait pour vous malheureux que vous l'êtes ? Que je vous plains et que je vous la commisération et la tendresse m'ont entriné, je le sens vous ai promis un bonheur auquel vous avez renoncé et qui fuis pour jamais.
</div>
 
[[Catégorie:XVIIIe siècle]][[Category:1746]]
[[Catégorie:Philosophie]]
{{Index|Diderot - Œuvres complètes, éd. Assézat, I.djvu}}
182 415

modifications