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Il est un hôte dur, - mais je l'honore, et je ne prie pas le dieu ventru du feu, comme font les efféminés.
 
Il vau encore mieux claquer des dents que d'adorer les idoles ! - telle est ma nature. Et j'en veux surtout à toutes les idoles du feu, qui sont ardentes, bouillonnantes et mornes.
 
Quand j'aime quelqu'un, je l'aime en hiver mieux qu'en été; je me moque mieux de mes ennemis, je m'en moque avec le plus de courage, depuis que l'hiver est dans la maison.
Est-ce de lui que j'appris les longs silences illuminés? Ou bien est-ce de moi qu'il les a appris? Ou bien chacun de nous les a-t-il inventés lui-même?
 
Toutes les bonnes choses ont une origine multiple, - toutes les bonnes choses folâtres sautent de plaisir dans l'existence: comment ne feraient-elles cela qu'une seule fois !
 
Le long silence, lui aussi, est une bonne chose folâtre. Et pareil à un ciel d'hiver, mon visage est limpide et le calme est dans mes yeux: - comme le ciel d'hiver je cache mon soleil et mon inflexible volonté de soleil: en vérité j'ai bien appris cet art et cette malice d'hiver !
 
C'était mon art et ma plus chère méchanceté d'avoir appris à mon silence de ne pas se trahir par le silence.
J'ai trouvé plus d'un homme malin qui voilait son visage et qui troublait ses profondeurs, afin que personne ne puisse regarder au travers et voir jusqu'au fond.
 
Mais c'est justement chez lui que venaient les gens rusés et méfiants, amateurs de difficultés: on lui pêchait ses poissons les plus cachés !
 
Cependant, ceux qui restent clairs, et braves, et transparents - sont ceux que leur silence trahit le moins: ils sont si profonds que l'eau la plus claire ne révèle pas ce qu'il y a au fond.
 
Silencieux ciel d'hiver à la barbe de neige, tête blanche aux yeux clairs au-dessus de moi ! O divin symbole de mon âme et de la pétulance de mon âme !
 
Et ne faut-il pas que je monte sur des échasses, pour qu'ils ne voient pas mes longues jambes, - tous ces tristes envieux autour de moi?
Toutes ces âmes enfumées, renfermées, usées, moisies, aigries - comment leur envie saurait-elle supporter mon bonheur?
 
C'est pourquoi je ne leur montre que l'hiver et la glace qui sont sur mes sommets - je ne leur montre pas que ma montagne est entourée de toutes les ceintures de soleil !
 
Ils n'entendent siffler que mes tempêtes hivernales: et ne savent pas que je passe aussi sur de chaudes mers, pareil à des vents du sud langoureux, lourds et ardents.
 
Ils ont pitié de mes accidents et de mes hasards: - mais mes paroles disent: "Laissez venir à moi le hasard: il est innocent comme un petit enfant !"
 
Comment sauraient-ils supporter mon bonheur si je ne mettais autour de mon bonheur des accidents et des misères hivernales, des toques de fourrure et des manteaux de neige? - si je n'avais moi-même pitié de leur apitoiement, l'apitoiement de ces tristes envieux? - si moi-même je ne soupirais et ne grelottais pas devant eux, en me laissant envelopper patiemment dans leur pitié?
Pour l'un la solitude est la fuite du malade, pour l'autre la fuite devant le malade.
 
Qu'ils m'entendent gémir et soupirer à cause de la froidure de l'hiver, tous ces pauvres et louches vauriens autour de moi ! Avec de tels gémissements et de tels soupirs, je fuis leurs chambres chauffées.
 
Qu'ils me plaignent et me prennent en pitié a cause de mes engelures: "Il finira par geler à la glace de sa connaissance ! - c'est ainsi qu'ils gémissent.
 
Pendant ce temps, les pieds chauds, je cours çà et là, sur ma montagne des Oliviers; dans le coin ensoleillé de ma montagne des Oliviers, je chante et je me moque de toute compassion.-
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