Différences entre versions de « Les Loix du mouvement et du repos déduites d’un principe metaphysique »

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Quelques Philosophes paroissent avoir été tellement frappés de cette vûë, qu'oubliant toutes les beautés de l'Univers, ils n'ont cherché qu'à justifier Dieu d'avoir créé des choses si imparfaites. Les uns, pour conserver sa sagese, semblent avoir diminué sa puissance; disant qu'il a fait tout ce qu'il pouvoit faire demieux: (''Leibnitz. Theod. II. part. N. 224. 225.'') Qu'entre tous les Mondes possibles, celui-ci, malgré ses défauts, étoit encore le meilleur. Les autres, pour conserver la puissance, semblent faire tort à la sagesse. Dieu, selon eux, pouvoit bien faire un Monde plus parfait que celui que nous habitons: mais il auroit fallu qu'il y employât des moiens trop compliqués; & il a eu plus en vûë la maniere dont il operoit, que la perfection de l'ouvrage (''Malebranche Medit. Chret. & Metaph. VII.''). Ceux-ci se servent de l'exemple du Peintre, qui crut qu'un cercle tracé sans compas prouveroit mieux son habileté, que n'auroient fait les figures les plus composées & les plus régulleres, décrites avec des instrumens.
 
Je ne sai si aucune de ces réponses est satisfaisante: mais je ne crois pas l'objection invincible. Le vrai Philosophe ne doit, ni se laisser éblouïr par les parties de l'Univers où brillent l'ordre & la convenance, ni se laisser ébranler par celles où il ne les découvre pas. Malgré tous les desordres qu'il remarque dans la Nature, il y trouvera assez de caracteres de la sagese & de la puissance de son Auteur, pour qu'il ne puisse le méconnoître.
 
Je ne parle point d'une autre espece de Philosophes, qui soûtiennent qu'il n'y point de mal dans la Nature: ''Que tout ce qui est, est bien.'' (''Pope. Essai sue l'homme.'')
 
Si l'on examine cette proposition, sans supposer auparavant l'existence d'un Etre tout puissant & tout sage, elle n'est pas soûtenable. Si on la tire de la supposition d'un Etre tout sage & tout puissant, elle n'est plus qu'un Acte de foi. Elle paroît dabord faire honeur à la suprême Intelligence; mail elle ne tend au fond qu'à soûmettre tout à la necessité. C'est plustôt une consolation dan nos niseres, qu'une loüange de notre bonheur.
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Je reviens aux preuves qu'on tire de la contemplation de la Nature.
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Ceux qui ont le plus rassemblé de ces preuves, n'ont point assez examiné leur force ni leur étendue. Mille choses dans l'Univers annoncent qu'il n'est point gouverné par une Puissance aveugle: De tous côtés on apperçoit des suites d'effets concourans à quelque but: cela ne prouve que de l'intelligence & des desseins: c'est dans le but de ces desseins qu'il faut chercher la sagesse. L'habileté dans l'exécution ne suffit pas; il faut que le motif soit raisonnable. On n'admireroit point, on blâmeroit l'Ouvrier; & il seroit d'autant plus blâmable, qu'il auroit emploié plus d'adresse à construire une machine qui ne seroit d'aucune utilité, ou dont les effets seroient dangereux.
 
Que sert-il d'admirer cette regularité des Planetes, à se mouvoir toutes dans le même sens, , presque dan le même plan, & dans des orbites à peu près semblables; si nous ne voions point qu'il fût mieux de les faire mouvoir ainsi qu'autrement. Tant de Plantes venimeuses & d'Animaux nuisibles, produits & conservés soigneusement dans la Nature , sont-ils propres à nous faire connoître la sagesse & la bonté de Celui qui les créa? Si l'on ne découvroit dans l'Univers que de pareilles choses, il pourroit n'être que l'ouvrage des Démons.
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