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Alphonse Lemerre, éditeur (p. 71-76).


Sonnets


À Raoul Ponchon.


I



Ô délectable
Ami Ponchon,
Vois ce cruchon :
De l’or potable !

On est à table,
Dans ce bouchon,
Comme un cochon
Dans son étable.

Un autre rôt,
Un autre pot ;
Je bois, j’enfourne.

Mon Dieu, merci !
La terre tourne,
Je tourne aussi.


II



Être homme de guerre
Et grand avocat,
Dire à tous : raca,
C’est bon pour Laguerre.

Quel homme vulgaire !
Boire du muscat
Est plus délicat
Et ne coûte guère.

Un coup de vin vieux
Nous rend tout joyeux :
Vidons la feuillette.

Chut ! Deux jolis yeux
Valent encor mieux :
Baisons la fillette.


III



Aimez-vous beaucoup
La littérature ?
Moi, de la lecture
J’en ai jusqu’au cou.

Que dit le coucou ?
Amour et friture.
Assez d’écriture ;
Il faut boire un coup.

Le soleil se mouille
Et va dans l’étang
Finir en Gribouille.

Au bouchon, pourtant,
Avec une andouille,
Margot nous attend.


IV



Hélas ! plus de foie
Ni de pied farci !
Par bonheur voici
Qu’on apporte l’oie.

Tiens, mon nez rougeoie
Et le tien aussi.
Buvons sans souci,
Et vive la joie !

Ô divin moment !
Un mot seulement
Au cruchon de fine.

Et, digue, din, don !
Partons, Joséphine,
Pour le rigodon.