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divers auteurs
Texte établi par Gaston RaynaudFirmin Didot (p. i-lxv).

INTRODUCTION


I

Deux grands poètes dominent le xve siècle, Villon et Charles d’Orléans, dont les œuvres reflètent la vie de la façon la plus exacte. L’un, bohème dépenaillé, coureur de tavernes et de mauvais lieux, se présente à nous seul, sans compagnon, sans ami, insouciant et fier dans sa verve gauloise et son originalité ; l’autre au contraire, duc et prince du sang, dilettante d’élégance et d’amour raffiné, toujours grand seigneur dans ses vers comme dans sa vie tout entière, apparaît entouré d’une foule de familiers et de serviteurs, poètes comme lui, comme lui quelque peu précieux dans leur langage, qui forment à ses côtés une cour de bel esprit, et partageant ses travaux, partagent aussi sa gloire littéraire. C’est grâce en effet à Charles d’Orléans que nous connaissons aujourd’hui le nom d’un assez grand nombre de poètes du xve siècle, inconnus, autrement que dans les œuvres de ce prince. À une époque où tout le monde faisait des vers et où tout jeune écuyer s’exerçait à composer un rondeau aussi bien qu’à manier l’épée, les recueils de poésie ne manquent pas, il est vrai, mais les pièces sont presque toujours anonymes ; les documents sont nombreux, mais les auteurs ne se nomment pas.

Aussi est-ce une bonne fortune de rencontrer un manuscrit[1] comme celui que nous publions, où les auteurs sont mentionnés, et parmi eux plusieurs nouveaux venus pour l’histoire littéraire. Nous trouvons en effet dans ce recueil, à côté de grands personnages célèbres par leur talent poétique, Charles d’Orléans, Marie de Clèves, sa femme, le comte de Clermont, Jean d’Estouteville, Jean de Lorraine, Boucicaut, ou d’écrivains de profession, Blosseville, Vaillant, Meschinot, Martin Le Franc, Busnois, d’autres poètes dont l’histoire nous avait seulement conservé le nom, Jeanne Filleul, Jamette de Nesson ; d’autres, hommes politiques ou hommes d’épée déjà connus, se révèlent rimeurs pour la première fois, Antoine de Guise, Tanneguy du Chastel, Eustache d’Espinay, André Giron, Thomas de Loraille ; d’autres enfin, ce sont les plus nombreux, Antoine, d’Orvilier, Regné d’Orange, Jeucourt, C. Blosset, Le Roussellet, Mlle de Beauchastel, Copin de Senlis, Le Galois de Créquy, Jean de Loyon, Pierre de La Jaille, Colas de La Tour, Huet de Vigne, Foullée, etc., nous offrent des noms et des vers ignorés jusqu’ici, et nous permettent ainsi de retrouver parfois sous le nom de leurs vrais auteurs certaines pièces dont la paternité était encore incertaine[2].

Sauf des cas assez rares où ils se montrent personnels et originaux, ces poètes traitent toujours les mêmes sujets : l’amour, le dégoût de la vie, la désespérance, la mort ; mais l’amour est le thème qui de beaucoup revient le plus souvent sous leur plume. L’amour qui à cette époque était encore « un art comme la guerre » [3], est aussi l’occasion de ces concours poétiques entre auteurs forcés de composer un rondeau ou toute autre pièce d’après un premier vers donné. Notre publication offre plusieurs exemples de cet exercice littéraire, dont voici les premiers vers :

Sot œil, raporteur de nouvelles (p. 9),
En la forest de Longue Atente (p. 30)[4],
Le trichement de ma pensée (p. 39),
Des amoureux de l’observance (p. 40),
En la montaigne de Tristesse (p. 73 et 78)[5],
Dedans l’abisme de Douleur (p. 94),
Pour un chief d’œuvre vous fist Dieux (p. 114)
Pour acquerir honneur et pris (p. 123-131),
Fortune veut le rebours de mon veuil (p. 133),
Qu’elle n’y a, je le maintien (p. 150).

Quelques rondeaux de notre recueil sont aussi des réponses à d’autres poésies ; dans ce cas, celui qui répond, reprenant les rimes et le rythme de la pièce de son interlocuteur, ne fait en quelque sorte que des bouts-rimés.

Jamais les dames auxquelles s’adressaient ces vers d’amour plus ou moins platonique ne sont nommées par leurs soupirants, qui semblent se complaire dans le mystère Trois pièces du recueil font toutefois exception : deux d’entre elles, composées par Blosseville, laissent facilement entrevoir sous l’M initiale le nom de la dauphine, Marguerite d’Écosse, que le poète choisit pour dame dans un rondeau[6], et dont il déplore la mort dans une ballade[7] ; la troisième[8], de Huet de Vigne, célèbre une dame, dont le nom, commençant par A, pourrait bien être à cette date celui d’Agnès Sorel, dame de Beauté.

Les poètes que nous avons énumérés plus haut se rattachent à peu près tous au milieu du xve siècle ; ce qui permet de dater notre manuscrit. Mais il est aisé de préciser davantage et d’assigner à la composition du recueil une époque plus exacte. Cinq pièces sont en effet attribuées à Jean de Lorraine[9] ; ce prince, fils du roi René, ne reçut le titre de duc de Lorraine qu’en 1453, année de la mort de sa mère : le recueil, — qui du reste est écrit tout entier de la même main, — ne peut donc avoir été fait avant cette année-là ; autrement Jean de Lorraine y figurerait avec son ancien titre de duc de Calabre.

Écrit après 1453, le recueil contient cependant des pièces dont la composition remonte plus haut, le rondeau de Blosseville par exemple, qui fait mention de Valentine de Milan[10], et a dû par suite être écrit avant 1408, année de la mort de cette princesse ; et aussi les poésies de Mlle de Beauchastel, d’Antoine de Guise, etc. Nous ne pouvons donc pas admettre que tous ces vers aient été rimés à l’occasion d’une assemblée poétique quelconque : les différentes dates des pièces s’opposent à cette hypothèse. Nous croyons simplement que le recueil était une anthologie, écrite sous les yeux d’un grand seigneur poète, heureux de posséder des spécimens poétiques de ses contemporains ou de ses devanciers immédiats.

Pouvons-nous deviner quel était ce grand seigneur ? Nous n’avons à cet égard que de bien frêles indices. Remarquons en effet que sur les 11 auteurs[11] qui ont pris part au concours poétique, ayant pour thème le vers

Pour acquerir honneur et pris,


Mgr Jacques est le seul qui ait composé deux pièces, dont l’une est restée inachevée[12]. Si, comme nous le pensons, cette pièce incomplète n’est qu’un premier essai abandonné par le poète, elle n’a pu nous être conservée que par l’auteur lui-même, Mgr Jacques, à qui dès lors tout le recueil doit avoir été destiné.

II
Les auteurs.

Les nombreux poètes figurant dans ce recueil nous ont donné l’occasion de parcourir les documents originaux, les mémoires du temps et les travaux historiques relatifs à cette époque ; nous y avons puisé sur presque tous ces personnages des renseignements, que nous aurions désirés parfois plus complets, mais qui, si imparfaits qu’ils puissent être, ne laissent pas d’apporter une notable contribution à l’histoire littéraire du xve siècle.

Nous allons passer en revue, en suivant l’ordre alphabétique, les différents noms que nous fournit le manuscrit.

Antoine. — Nous avons sous ce nom qu’il faut peut-être identifier avec Antoine de Lussay, cité dans Charles d’Orléans[13], 15 rondeaux et bergerettes, qui fournissent quelques indications sur un poète qu’il eut été fâcheux à bien des points de vue de ne pas connaître. Antoine était probablement vers 1450[14] un jeune écuyer, partageant son temps entre les dames et la poésie d’une part, et les voyages et les chevauchées de l’autre. À plusieurs reprises nous le voyons faire allusion à Paris[15] et même à Montmartre[16] ; une autre fois il est à Saint-Pol[17] en Artois, peut-être au moment de la rentrée de Charles d’Orléans en France et de son mariage avec Marie de Clèves ; puis nous le rencontrons à Parthenay[18], ville qui joua un rôle si important dans les guerres du connétable de Richemont ; à Tours aussi, un des centres littéraires de l’époque, où il attend sa dame et se plaint de manquer d’argent[19]. Le moindre événement de sa vie, un cheval qui rue[20], un reproche qu’on lui adresse[21], tout lui est bon à faire des vers, qu’il compose du reste sans y mettre la moindre prétention. Il envoie « tous ces fatraz » à Blosseville, en le priant de les corriger[22]. Blosseville s’en garde bien, et il a raison, car Antoine est un des poètes les plus complets du xve siècle : il aborde tous les sujets, depuis les plus intimes et les plus badins jusqu’aux plus graves et aux plus sérieux ; sa pensée est toujours claire et sa langue est nette et franche. Les quinze pièces d’Antoine, toutes inédites jusqu’ici sont les nos cxxxiii à cxxxv, cxl, cxlv, clvi, clxi, clxiv, clxvi, clxix, clxxiii-clxxiv, clxxvii-clxxviii, clxxx (p. 114 à 116, 120, 124, 133, 137, 139, 141, 143, 147, 149-150, 152).

Beau Chastel (Madamoiselle de). — Odon de Tournon, seigneur de Beauchastel et de Servières, eut de sa femme Anne de Cornegon une fille Louise, qui se maria en 1421 à Antoine de Lévis, et mourut en 1424[23]. Pour que cette Louise jusqu’ici inconnue comme poètesse, soit l’auteur du rondeau cxxxi (p. 113), il faut supposer que la pièce a été écrite avant 1421, et a été transcrite plus tard sous le nom que portait son auteur au moment de sa composition.

Blosset (C.). – Les membres de la famille Blosset, florissante au xve et au xvie siècle, remplirent tous d’importantes fonctions. Citons entre autres : Rogerin Blosset, époux de Marie de l’Épine, demoiselle de corps de Marie d’Anjou[24], maître d’hôtel du Dauphin[25] en 1437, puis écuyer de l’écurie du roi[26] en 1444 ; Marie Bloscete, demoiselle de la duchesse d’Orléans en 1457[27] ; Jean Blosset, chevalier, seigneur de Saint-Pierre, conseiller et chambellan du duc de Guyenne en 1471[28] et grand sénéchal de Normandie en 1479[29] ; Étienne Blosset de Carouges, évêque de Lisieux de 1482 à 1505 ; etc. Quant au C. Blosset de notre manuscrit, ce doit être Charles Blosset, écuyer, que nous voyons maître d’hôtel du duc de Guyenne à la date du 23 janvier 1472[30].

C. Blosset est auteur de 14 rondeaux et bergerettes (nos xciv à xcviii, c à civ, cvii-cviii, cxi-cxii, p. 82 à 85, 87 à 90, 92-93, 96).

Blosseville. — Hugues de Saint-Maard, vicomte de Blosseville, écuyer, appartenait à une famille de Normandie. Il fut un des plus fidèles serviteurs de Charles d’Orléans, dont il partagea la captivité en Angleterre[31]. Courtisan en même temps que poète, Blosseville adresse ses vers à Valentine de Milan[32], et plus tard à Marguerite d’Écosse[33], dont il déplore la mort dans une ballade attendrie[34] .

Les poésies qu’il nous a laissées sont assez nombreuses ; ce sont d’abord 30 petites pièces, rondeaux et bergerettes, dont l’une est comprise dans les œuvres de Charles d’Orléans[35] ; les autres appartiennent à notre manuscrit (nos i à iii, xxv, xxix-xxx, xxxiii, lvi-lvii, lxi-lxii, lxix-lxx, lxii, lxxiv, lxxvi à lxxxiv, cv-cvi, cix-cx, cxiii, p. 1 à 3, 22, 26-27, 30, 50-51, 54-55, 61-62, 64, 65, 67 à 73, 91-92, 94-95, 97), puis deux ballades, l’une sur la mort de la Dauphine, à laquelle nous faisons allusion plus haut (no cxxvi, p. 108), l’autre sur la Loyauté des hommes (no cxxvii, p. 109), qu’on considérait jusqu’ici comme anonyme[36]. Il faut aussi lui accorder la paternité d’un quatrain (no cxxiv, p. 106) adressé comme réponse à Antoine, avec lequel il était en correspondance, aussi bien qu’avec le fils du roi René, Jean de Lorraine[37].

Blosseville a encore composé des pièces plus importantes : le Debat de la Damoiselle et de la Bourgeoise ou l’Echiquier d’amour[38], et le Debat du Viel et du Jeune[39]. Peut-être faut-il aussi le déclarer l’auteur d’un troisième débat placé en tête de notre recueil[40], le Debat de la Vie et de la Mort, dont la composition et le style se rapprochent certainement de la manière ordinaire du poète, et qui dans le manuscrit se trouve précéder immédiatement quelques rondeaux de Blosseville.

Un des rondeaux de Blosseville (no lxx, p. 62) figurait jusqu’à présent parmi les poésies attribuées à Villon[41].

Bridoré (Monseigneur du). – Mgr du Bridoré et Boucicaut ne sont qu’un seul et même personnage[42] : la pièce de notre recueil attribuée à Mgr du Bridoré se retrouve en effet dans les manuscrits de Charles d’Orléans[43] sous le nom de Boucicaut. Quel est ce Boucicaut ? M. P. Paris a déjà démontré[44] que ce ne pouvait être le grand Boucicaut, l’un des auteurs des Cent Ballades[45], car dans la réponse que donne Charles d’Orléans au rondeau de Boucicaut[46], il fait allusion à sa vieillesse ; or Boucicaut étant mort en 1421, Charles d’Orléans n’avait à cette époque qu’une trentaine d’années. D’ailleurs le maréchal Boucicaut n’a jamais eu la terre du Bridoré ou mieux du Breuildoré ; cette terre fut achetée par son frère Geoffroy le Meingre, dit Boucicaut[47], qui mourut en 1429, et la transmit à ses deux fils Jean et Louis. C’est donc à un de ces deux Boucicaut (car ils portèrent tous deux ce sobriquet), qu’il faut attribuer notre pièce et une autre encore qui figure dans les œuvres de Charles d’Orléans[48]. M. Kervyn de Lettenhove dans les notes de son Froissart[49] penche pour Jean, qui fut conseiller et chambellan du duc de Guyenne en 1471[50] ; jusqu’à preuve du contraire, nous tenons pour son frère Louis, que nous voyons en 1475 vendre, et par conséquent posséder, la terre du Breuildoré[51]. Louis le Meingre avait dû renoncer d’ailleurs au titre de seigneur du Breuildoré avant cette date, car parmi les manuscrits de Charles d’Orléans dans lesquels il paraît sous le nom de Boucicaut, plusieurs sont certainement antérieurs à 1475. Son frère Jean mourut sans enfants en 1485.

La pièce, œuvre de Boucicaut dans notre recueil, est une bergerette (no lii, p. 47).

Busnois. – Maître Antoine Busnois, doyen de Borne (en Nivernais), poète et musicien, fut un des correspondants littéraires de Molinet. On ne connaissait jusqu’ici que deux pièces de lui, un dictier adressé à Molinet[52] et une bergerette citée comme exemple par Pierre Fabri[53]. Busnois a aussi composé plusieurs mélodies s’appliquant à des pièces dont Eitner nous a conservé les premiers vers[54].

L’unique rondeau de cet auteur, fourni par notre manuscrit (no clxxxii, p. 153) a cela de remarquable qu’il a la forme surannée à cette époque d’un Jeu parti.

Cleremont (Monseigneur de). — Le comte de Clermont dont il s’agit ici, est celui qui, né en 1426, devenait plus tard, en 1456, duc de Bourbon, après la mort de son père Charles Ier, et, sous le nom de Jean II le Bon, se mêlait aux luttes politiques du temps, entrait dans la ligue du Bien public, en 1464, et mourait connétable de France en 1488. Jean II avait épousé en 1447 Jeanne de France, fille de Charles VII ; il était donc neveu, à la mode de Bretagne, de Charles d’Orléans. Par suite nous nous étonnons que M. d’Héricault dans son édition de Charles d’Orléans[55] ait hésité à lui attribuer la paternité d’une chanson et de sept rondeaux[56], alors que dans la réponse à une de ces pièces, Charles d’Orléans traite le « duc Bourbonnois » de « parent et alyé[57]. » Aucun autre comte de Clermont ou duc de Bourbon ne justifie cette appellation. Jean II est d’ailleurs connu comme protecteur des lettres ; c’est à lui que Villon adressait, en forme de ballade, une requête « si fort estimée des poètes du commencement du « xvie siècle »[58], dont le refrain est :

Vous n’y perdrez seulement que l’attente[59].

Le duc de Bourbon est l’auteur dans notre recueil d’un rondeau destiné à une dame (no vi, p. 5 ; quand il a composé cette pièce, n’étant encore que comte de Clermont, il devait avoir de 20 à 25 ans.

Copin, de Senlis. — Copin de Senlis, qu’il ne faut pas confondre avec Jean Copin, de Valenciennes, qui paraît dans un concours de Tournai en 1481[60], non plus qu’avec Florent Copin, poète du xvie siècle[61], ne semble pas être connu d’ailleurs. Peut-être est-ce le même que Philippot Copin, châtelain d’Aisey, écuyer-pannetier, puis écuyer d’écurie du duc de Bourgogne que nous voyons mentionné en 1455[62]. Il a composé un rondeau (no cxlvi, p. 125) devant figurer dans un concours poétique.

Créquy (Messire Ernoul de). — Arnoul de Créquy[63], IIe du nom, seigneur de Raimboval, des Granges, des Planques et de Marquais-à-l’Eau, était échanson de Philippe-le-Bon en 1450 ; il avait entrepris en 1448 un voyage en Terre-Sainte, en Égypte et en Espagne. Il s’était marié en 1432 avec Ade de Dieval, dont il n’eut qu’un fils, Jean de Créquy, dit Le Galois, dont la notice suit. Il vivait encore en 1489[64].

Il est l’auteur d’un rondeau (no cxlviii, p. 126), destiné au même concours poétique que celui de Copin de Senlis.

Créquy (Galoys de). – Jean de Créquy, dit Le Galois, fils du précédent, fut comme son père seigneur de Raimboval, etc., et devint chevalier des ordres du roi. Il ne devait guère avoir plus de 20 ans, quand il composa le rondeau (no cxlvii, p. 126), qui figure à côté de celui de son père. Il épousa en 1469 Jacqueline d’Inchy[65].

Du Chastel (Tannegui). – Neveu du prévôt de Paris qui portait le même nom, Tanneguy du Chastel, vicomte de La Bellière, fut un des serviteurs les plus dévoués du roi Charles VII, dont il paya les funérailles. Après cette mort, il se retira pendant quelque temps en Bretagne, son pays d’origine, auprès du duc François II ; il obtint bientôt la faveur de Louis XI, qui le nomma grand-écuyer, chambellan et chevalier de Saint-Michel. Tanneguy du Chastel mourut en 1477.

En dehors des trois pièces de notre recueil (nos iv, lv et lxviii, p. 3, 49 et 60), qui nous le montrent en correspondance littéraire avec Jamette de Nesson, on possède de Tanneguy du Chastel plusieurs lettres adressées à Louis XI[66]. Sa belle bibliothèque était bien connue : aux nombreux manuscrits lui appartenant, énumérés par M. L. Delisle[67], on peut ajouter un Alain Chartier[68], qui est aujourd’hui dans la Bibliothèque du duc d’Aumale, et une Histoire ancienne en deux volumes[69].

Filleul (Jehanne). – Jeanne Filleul, dame d’honneur de Marguerite d’Écosse, partageait la passion de cette princesse pour la poésie[70]. On sait que la dauphine « passait des nuits entières à composer des rondeaux[71] » dont nous ne possédons aujourd’hui aucun spécimen ; plus heureux avec Jeanne Filleul, nous avons un échantillon de son talent poétique dans le no lxxxvi (p. 76)[72].

La famille Filleul, d’origine normande, a de nombreux représentants au xve siècle : en 1383 un Jean Filleul, avocat au Parlement, est incarcéré lors de l’entrée de Charles VI à Paris[73] ; un autre Jean Filleul est maçon juré du roi en 1403[74] ; un Guy Filleul reçoit du duc d’Orléans une livrée de bûche en 1410[75] ; un troisième Jean Filleul, qui nous semble bien être le père de notre poétesse, est écuyer au service du duc d’Orléans en 1414[76] ; un Étienne Filleul, marchand d’Avignon, vend à la cour (en janvier 1425) pour 4000 livres d’étoffes[77] ; enfin nous constatons à Lisieux (1457)[78] et à Rouen (1483) la présence d’un Jean Filleul, dit Dymauville, écuyer[79], qui pourrait bien être lui aussi fils du troisième Jean Filleul, et par conséquent frère de Jeanne.

Foulée. – Nous manquons de renseignements sur ce personnage, auteur d’un rondeau (no clxxi, p. 145) et d’une bergerette (no clxxii, p. 146), qui est attribuée ailleurs (no lxxxv, p. 74.) à un poète tout aussi inconnu, René d’Orange.

Peut-être à la place de Foullée faut-il lire Froulay, et faut-il identifier ce poète avec Guillaume de Froulay, qui meurt en 1451[80].

Fredet. – Guillaume Fredet, licencié es lois et garde des sceaux de la prévôté de Bourges, est un des correspondants les plus féconds de Charles d’Orléans, qui bien qu’exploité souvent par lui[81], ne pouvait se passer de sa présence, et lui reprochait de l’avoir délaissé pour se marier[82]. Fredet a composé onze rondeaux et bergerettes : trois de ces rondeaux se trouvent seulement dans les manuscrits de Charles d’Orléans[83] ; cinq sont communs à ces manuscrits[84] et à notre recueil (nos xxxvi, xxxviii-xxxix[85], xliii, xlv, p. 33, 35, 39 et 41) ; trois enfin paraissent pour la première fois ici ; ce sont les nos v, xxvii et xxxiv (p. 4, 24 et 31). Fredet est aussi l’auteur de deux complaintes adressées à Charles d’Orléans[86], où il fait allusion à son amour pour la dame « la meilleur née » de France, qu’il avait choisie dans une fête donnée à Tours.

Gilles. – Gilles des Ormes, seigneur de Saint-Germain, chevalier, grand maître des eaux et forêts d’Orléans, se trouve mêlé à tous les événements de la vie de Charles d’Orléans, dont il partage le goût pour la poésie et le jeu d’échecs[87]. Gilles des Ormes dut vivre vieux : il est mentionné pour la première fois dans une pièce du 11 juin 1456 (il reçoit une robe fourrée de Charles d’Orléans), et il apparaît encore en 1505 ; en 1498 il intervient comme témoin dans le procès de divorce de Louis II[88], auquel il s’était attaché après la mort de Charles d’Orléans, son père.

Les poésies de Gilles des Ormes sont assez nombreuses : outre le rondeau de notre recueil (no xxxv, p. 32), qui figure déjà dans les œuvres de Charles d’Orléans[89], il en a composé trois autres[90] ; il est, de plus, l’auteur d’une chanson[91] et de deux ballades[92], dont l’une est la réponse à une attaque de Georges Chastellain, le poète attitré de la maison de Bourgogne.

Giron (André). — Écuyer du connétable de Richemont en 1443-1445[93], André Giron est moins connu qu’Alain Giron, son père sans doute, capitaine d’armes, en 1436, au service du connétable de Richemont, qui devient capitaine[94], puis bailli[95] de Senlis, et meurt en 1438[96].

L’unique pièce d’André Giron est une bergerette (no cl, p. 128), destinée à un concours poétique.

Guise (Antoine de). — Antoine de Lorraine, comte de Guise et de Vaudemont, seigneur de Joinville, est bien connu par sa lutte avec le roi René, qui finit par le mariage d’Yolande, fille de René, et de Ferri, son fils. Il ne devint comte de Vaudemont qu’en 1415, à la mort de son père, et porta jusque-là le titre de comte de Guise ; c’est donc avant 1415 qu’il faut reporter la composition des 12 pièces, rondeaux et bergerettes, qui lui sont attribuées dans notre recueil. Ces pièces recopiées plus tard, alors que leur auteur était mort, ont conservé le nom qu’il avait lorsqu’il les écrivait[97].

Trois rondeaux d’Antoine de Guise figurent dans les œuvres de Charles d’Orléans, et ont été publiés[98] ; l’un d’eux n’est autre que notre no xcii (p. 81) ; un autre (no lxxv, p. 66) a été attribué à Villon[99]. Les 10 pièces inédites jusqu’ici sont les nos vii, xx, xxiii, lix, lxiv, lxxv, xciii, xcix, cxxi à cxxiii (p. 6, 17, 20, 53, 57, 81, 86, 104-105).

Jaques (Monseigneur). — Il semble difficile au premier abord de préciser quel est ce « Monseigneur Jaques », auteur de 21 rondeaux inédits (nos cxxxii, cxxxviii-cxxxix, cxli à cxliv, clv, clxxxiii à cxcv, p. 114, 119, 121 à 123, 132, 154 à 162) ; mais l’hésitation n’est réellement possible qu’entre deux noms. Il ne peut être question de Jacques de Bourbon, trop jeune en 1450, non plus que de Jacques d’Armagnac, qui, à notre connaissance, n’a jamais écrit de vers ; quant à Jacques de Luxembourg, écuyer du connétable de Richemont[100], qui sous le nom de Monseigneur de Saint-Po est donné comme le narrateur d’une des Cent nouvelles nouvelles[101], s’il fut prosateur apprécié, rien ne prouve qu’il ait été poète. Restent donc Jacques de Brézé, fils du Grand Sénéchal, et Jacques, bâtard de la Trémoïlle, tous deux connus par leurs poésies[102]. Il serait toutefois étonnant que le copiste du manuscrit ait désigné Jacques de Brézé par le seul nom de Jacques, alors qu’il donne à tous les autres auteurs leur nom de seigneurie ; le bâtard de la Trémoïlle, au contraire, jusqu’à sa légitimation qui eut lieu en 1466, n’a pas eu d’autre appellation : nous croyons donc qu’il s’agit ici du fils de Marie la Championne, de Jacques, écuyer, seigneur de Saint-Civran, bâtard de la Trémoïlle.

Une objection se présente cependant : nous ne trouvons jamais ce personnage traité de Monseigneur ; il est seulement dénommé « Jaque [103]» ou « bastart de la Trimoille[104] ». À cela on peut répondre que, si officiellement on ne donnait pas au bâtard de la Trémoïlle le titre de Monseigneur, rien ne s’opposait à ce que dans l’usage on le qualifiât ainsi, d’autant que malgré la disgrâce de son père il resta toujours au service du roi[105], et qu’en fait, il était seigneur de Saint-Civran. Ajoutons que si, comme nous l’avons dit plus haut (p. v), le manuscrit qui sert à cette édition a été fait par ses ordres, la chose devient encore plus vraisemblable.

Le bâtard de la Trémoïlle a composé de plus une ballade[106] et un rondeau destinés à un de ces concours littéraires si chers à Charles d’Orléans[107].

Jeucourt. — En 1413 et 1415 nous trouvons[108] un Pierre Jeucourt, écuyer de corps de Charles VI, à côté de Guillaume son fils, dit Sauvage, écuyer et premier pannetier du roi. Pierre est fait prisonnier à Azincourt, Guillaume est tué ; et Guyonnet de Jeucourt, deuxième fils de Pierre, est nommé, en lieu et place de son frère, capitaine du château du Petit-Goulet près de Gisors. Ce Guyonnet a sans doute écrit les deux rondeaux qui figurent sous le nom de Jeucourt (nos lxxxix et xc, p. 78-79).

Nous constatons d’autre part en 1485, l’existence d’un Jean, seigneur de Jeucourt[109]qui, à défaut de Guyonnet, pourrait bien être l’auteur des deux rondeaux.

La Jaille (Pierre de). — La famille de La Jaille, originaire de l’Anjou, a joué aux xive, xve et xvie siècles un rôle important au point de vue militaire et littéraire. Sans parler de Tristan[110] et de Bertrand[111] de La Jaille, bien connus au xive siècle, citons Hardouin de La Jaille, maréchal de Lorraine, auteur du Livre du Champ de bataille[112] (1483) et Honorat La Jaille, écuyer du duc d’Alençon, auquel Guillaume Crétin adresse deux épîtres[113]. Une demoiselle de La Jaille, sans doute dame d’honneur de la reine de Sicile, Jeanne de Laval, deuxième femme du roi René, est logée au château d’Angers, et figure dans un inventaire de 1471-1472[114] ; elle devait être proche parente, sœur probablement, de Pierre de La Jaille, écuyer du connétable de Richemont (1443-1445)[115] , et l’auteur du rondeau no clii (p. 130).

La Tour (Colas de). — Parmi les nombreux représentants des différentes branches de la famille La Tour, à l’époque qui nous occupe, nous n’en rencontrons aucun qui porte le nom de Colas, et puisse être l’auteur du rondeau no cliii (p. 130).

Le Franc (Maistre Martin). — La vie de Martin Le Franc est à peu près complètement connue ; nous la résumons d’après un article de M. G. Paris[116]. Né à Aumale vers 1410, Martin Le Franc fit ses études à l’Université de Paris, où il obtint le grade de maistre es arts, mentionné à côté de son nom dans notre manuscrit. Après un séjour à Arras en 1435, il se met à voyager et entre bientôt comme secrétaire au service du duc Aimé de Savoie, qui, en 1439, devint pape sous le nom de Félix V. C’est à cette époque, entre 1440 et 1442, que Le Franc composa son Champion des dames[117] et sans doute aussi le poème que M. G. Paris a publié pour la première fois : Complainte du livre du Champion des Dames a maistre Martin Le Franc, son acteur[118].

En 1443, Martin Le Franc, qui avait suivi le pape Félix V à Lausanne, est nommé prévôt du chapitre de cette ville, puis protonotaire apostolique. De 1447 à 1448, il compose l’Estrif de Fortune et de Vertu, et prend part à la traduction de la Bible connue sous le nom de Bible Servion[119]. En 1452 nous le trouvons maître des requêtes du duc Louis de Savoie : en 1458, il quitte Lausanne, et devenu en 1459 administrateur ou abbé du Monastère de Novalaise près de Suse, il meurt en 1461.

Martin Le Franc qui « avec Charles d’Orléans et Villon, est assurément le poète le plus remarquable du xve siècle[120] », n’est malheureusement représenté dans notre recueil que par une seule pièce, un rondeau amoureux (n° lviii, p. 52), vraisemblablement écrit alors qu’il était maître des requêtes du duc de Savoie.

Le Rousselet. – Nous trouvons un premier Le Rousselet, parisien, capitaine et bailli de la ville de Gallardon qu’il défend le 23 juin 1421[121] ; c’est sans doute lui que nous retrouvons en 1433 prévôt de Laon[122]. Un autre Le Rousselet, peut-être fils du précédent, et peut-être aussi l’auteur de sept rondeaux et bergerettes, est qualifié d’homme d’armes de la compagnie de Monseigneur d’Orléans (plus tard Louis XII) : il reçoit 204 livres tournois pour prix d’un cheval vendu au duc d’Orléans (le 8 février 1485)[123] ; un troisième Rousselet cité[124] à propos des États provinciaux de 1445, doit très probablement se confondre avec l’homme d’armes du duc d’Orléans.

Les pièces composées par Le Rousselet sont les nos cxiv à cxx (p. 98 à 103).

Le Sénéchal (R.). — Robert ou Robin Le Sénéchal appartenait à la maison de Louis d’Orléans : simple écuyer en 1383, écuyer-échanson du duc d’Orléans en 1392, il se marie en 1394, et devient père en 1398 d’un enfant dont Louis d’Orléans est le parrain. Capitaine de la Ferté-Bernard en 1395, il est écuyer et maître d’hôtel en 1403[125].

Robert Le Sénéchal[126], qui était certainement mort à l’époque de la confection de notre recueil (après 1453), a composé une bergerette (no xci, p. 80) et trois rondeaux nos cxxviii-cxxx, p. 111-112).

Lespinay (Itasse de). — Nous relevons la mention d’un Eustache d’Espinay, conseiller du duc de Bretagne[127], qui fut en 1450 chargé d’une mission militaire auprès du roi de France par le connétable de Richemont[128].

Il est l’auteur de neuf rondeaux et bergerettes (nos cxxxvi-cxxxvii, cli, clvii, clx, clxii-clxiii, clxv, clxvii, p. 117-118, 129, 134, 136, 138-139, 140, 141).

Loraille (Thomas de). — Thomas de Loraille ou de Louraille, écuyer, seigneur d’Escoville, dont on ignorait jusqu’ici le talent poétique, fut un des hommes politiques les plus en vue du xve siècle : vicomte de Caen en 1447, vicomte de Rouen en 1448[129], il est envoyé la même année auprès de Charles VI par le duc de Sommerset, gouverneur anglais de Tours[130] il devient bientôt, en 1452, lieutenant général du bailli de Caen, puis bailli, et conseiller du roi[131], trésorier des guerres du roi en Normandie de 1455 à 1459[132], élu à Caen sur le fait des aides à recouvrer pour la guerre en 1465, enfin général des finances du duc de Guyenne[133]. Il assiste comme juge au Pas de l’arbre d’or[134] en 1468, et meurt en 1469, empoisonné, dit-on, par ordre de Louis XI, dont il avait refusé les offres[135]. Sa femme, Jeanne Chevalier, reçut une pension du duc de Guyenne[136].

Le rondeau de Thomas de Loraille (no clxxv, p. 148) est adressé à Jean de Lorraine, fils du roi René, qui lui aussi fut poète (voy. la notice suivante).

Lorraine (Jehan, monseigneur de). — Jean d’Anjou, duc de Calabre, né en 1426 et mort en 1471, ne devint duc de Lorraine qu’en 1453, à la mort de sa mère Isabelle de Lorraine. Il tenait de son père le roi René le goût des arts et de la poésie ; et les cinq rondeaux de notre recueil nous le montrent en correspondance avec d’autres poètes du temps, Blosseville, Fredet et Thomas de Loraille, auxquels il est certainement supérieur, à en juger d’après une pièce tout à fait remarquable qu’il nous a laissée sur la Mort (p. 151).

De ces cinq rondeaux, quatre étaient jusqu’ici inédits, les nos lx, clxxvi, clxxix et clxxxi (p. 53, 149, 151 et 152) ; le cinquième (no l, p. 45), a déjà été publié[137]. Nous avons encore de Jean de Lorraine six autres rondeaux tous édités[138].

Loyon (Jehan de). — Nous n’avons aucun renseignement sur ce Jean de Loyon, auteur d’un rondeau (no cxlix, p. 127) et d’une bergerette (no clxx, p. 144).

Meschinot. — Le peu que nous savons de la vie de Jean Meschinot a été résumé par Vallet de Viriville dans son article de la Biographie Didot. Né à Nantes, vers 1415 ou 1420, Meschinot resta attaché toute sa vie à la cour de Bretagne ; il était grand maître d’hôtel de la future[139] reine de France, Anne de Bretagne, quand il mourut à Nantes, le 12 septembre 1491. Il entretint une correspondance littéraire avec Georges Chastellain, le grand poète de l’époque, et fit de nombreux séjours en Touraine et en Anjou, ce qui le mit en rapport avec l’entourage de Charles d’Orléans.

Des trois pièces que nous avons de lui dans notre recueil, deux sont inédites et n’ont pas été insérées dans les manuscrits ou dans les nombreuses éditions de ses Lunettes des princes[140], où sont recueillies la plupart de ses poésies ; c’est un rondeau amoureux (no xxxii, p. 29) et une ballade (no cxxv, p. 107) qui a même refrain qu’une pièce semblable d’Alain Chartier. La troisième pièce, un rondeau (no xxxi, p. 28), a été imprimé dans les Lunettes et attribué à Charles d’Orléans par M. d’Héricault[141].

Monbeton. – Le poète porteur de ce nom qui doit certainement être corrigé en Montbreton[142], est déjà connu par une ballade faite en collaboration avec Jean Robertet[143]. Parmi les quatre pièces, rondeaux et bergerettes, qui lui sont attribuées dans notre recueil (no lxv, lxxi, lxxiii et lxxxvi, p. 58, 63, 65 et 75), la troisième, un rondeau, était jusqu’ici considérée sans raison sérieuse comme l’œuvre de Villon[144].

Peut-on identifier notre poète avec Boniface de Chalant, seigneur de Fenix en Piémont et de Montbreton en Dauphiné, que nous voyons se marier en 1434 avec Marie de Coligny[145]?

Nesson (Jammette de). — Un témoignage contemporain nous apprend que la « belle » Jamette, nièce de Pierre de Nesson, était une poétesse fort admirée au xve siècle. Martin Le Franc n’hésite pas en effet dans son Champion des dames, écrit en 1440 et 1442, à la qualifier « d’aultre Minerve » [146]. Mais aucune de ses œuvres ne nous était parvenue encore ; le rondeau amoureux, adressé à Tanneguy du Chastel, qu’a conservé notre recueil (no lxvii, p. 59), ne suffit pas absolument à justifier cette réputation considérable.

Nièce d’un poète renommé[147] qui fut attaché au duc de Bourbon, Jamette de Nesson devait certainement faire figure à la cour royale : nous ne croyons donc pas nous tromper en supposant qu’elle était la fille d’un certain Jamet de Nesson que nous trouvons, au commencement du xve siècle, valet de chambre et garde des deniers des coffres du roi Charles VI[148] ; elle faisait sans doute partie des dames de corps de la reine ou plutôt de la dauphine, dont les penchants littéraires sont connus.

Orange (Regné d’). ― Ce nom ne semble pas appartenir à un membre de la célèbre famille d’Orange, chez laquelle le prénom de René paraît pour la première fois en 1530[149] ; il doit donc s’appliquer à un poète originaire d’Orange, que nous ne connaissons pas d’ailleurs et qui partage avec Foulée la paternité de la bergerette no lxxxv (p. 74)[150].

Orléans (Madame d’). ― Marie de Clèves, troisième femme de Charles d’Orléans, qu’elle épousa en 1440, est célèbre par ses goûts artistiques : elle aimait les manuscrits, protégeait les peintres, Jean Fouquet entre autres[151], et était poète comme son mari[152].

Le rondeau de notre recueil (no xlviii, p. 43) a déjà été publié[153], ainsi qu’une autre pièce[154], qui constituent tout ce qui reste des poésies de cette princesse.

Orléans (Monseigneur d’). ― Les onze pièces dues à Charles d’Orléans (no x, xxxvii, xl à xlii, xliv, xlvi-xlvii, xlix, li, liii, p. 9, 34, 36 à 38, 40, 42, 44, 46, 48), ont déjà été publiées[155], et n’apprennent rien de nouveau sur ce prince, qui ne fut « jamais qu’un enfant au gracieux babil, qui vécut sans comprendre, ce qu’il avait à faire, et mourut de quelques paroles dures de Louis XI[156] ». Ces poésies ont dû être toutes composées dans la seconde période de sa vie, alors qu’il « avait à jamais renoncé à ses entreprises politiques pour se vouer entièrement à la poésie, aux arts, à tous les charmes d’une vie paisible, embellie par l’étude»[157].

Orvilier (Monseigneur d’). — Il nous faut descendre jusqu’au xvie siècle pour trouver mention de ce nom, qui est évidemment un nom de terre : un François de la Viefville, seigneur d’Orvilliers, mari d’Anne de Hallwin avant 1542[158], est peut-être un descendant du poète du xve siècle, auteur d’un unique rondeau (no xxiv, p. 21).

Robertet. — Jean Robertet, bailli d’Usson, père de François et de Florimond Robertet, secrétaire durant sa vie de trois rois de France[159] et de trois ducs de Bourbon, « fit comme poète les délices de la cour du duc de Bourbon, Jean II[160] ». La plupart de ses poésies, latines et françaises, parmi lesquelles on peut remarquer une traduction des Triomphes de Pétrarque[161], sont conservées dans trois manuscrits de la Bibliothèque nationale[162]. Il est aussi l’auteur d’une bergerette (no lxiii, p. 56), d’un rondeau[163], de deux ballades[164], dont une faite en collaboration avec Montbreton, et d’une petite pièce[165] servant de réponse à la Loange de Madame de Bourbon, qu’avait écrite le Grand Sénéchal Jacques de Brézé. Il a de plus traduit en vers les Dicts prophétiques des Sibylles[166] et a collaboré aux Douze dames de Rhétorique[167].

Tais (Monseigneur de). – Jacques, seigneur de Taix et de Boissière, auteur d’une bergerette (lxvi, p. 59), était dès 1464 au service de Louis XI : nous le voyons conseiller et chambellan du roi en 1479[168].

Torcy. (Monseigneur de). – Jean d’Estouteville, seigneur de Torcy et de Blainville, fournit une longue carrière de près de 90 ans. Né en 1405, il était déjà en 1421 maître des arbalétriers et recevait un cheval en présent du Dauphin[169] ; en 1424, à l’âge de 19 ans, il passait pour « l’un des bons et vrais chevaliers qui fust avec le regent[170] ». Tout le reste de la vie de Jean d’Estouteville fut consacré au service des rois Charles VII et Louis XI : nous le voyons en 1458 assister au jugement du duc d’Alençon, et en 1468 être nommé commissaire aux États de Tours ; en 1469, il est chargé de juger le cardinal de La Balue et créé chevalier de Saint-Michel à la fondation de l’Ordre ; enfin en 1472 et 1479, il prend part à la défense de Beauvais et à la bataille de Guinegate[171]. Il meurt en 1494, grand maître des arbalétriers de France.

Bien que son bagage littéraire soit très léger, un rondeau dans les œuvres de Charles d’Orléans[172], une ballade (no xxvi, p. 23) et un rondeau (no lxxxviii, p. 77) dans notre recueil, le seigneur de Torcy jouissait au xve siècle d’une grande réputation littéraire, et Blosseville, dont il était le contemporain, l’a choisi comme juge de son Debat du Viel et du Jeune[173], à côté de Pierre de Brézé.

Vaillant. — Les renseignements biographiques manquent sur ce poète. Nous trouvons en 1403 et 1404 un Mathelin Vaillant, garde en Sologne des hommes et des femmes de corps de Louis d’Orléans[174]. Ce personnage est sans doute le père de notre Vaillant, qui lui aussi fut au service de la maison d’Orléans, et devint un des familiers du duc Charles : il figure en cette qualité dans les œuvres de Charles d’Orléans comme auteur de trois pièces : une obligation rimée[175] et deux rondeaux[176]. Vaillant est de plus connu par son Embusche Vaillant, publiée par M. de Montaiglon, sous le titre de Debat des deux sœurs disputant d’amours[177], d’après un imprimé gothique et le ms. fr. 1642 de la Bibliothèque nationale[178]. Les autres ouvrages de Vaillant sont assez nombreux ; c’est d’abord une pièce intitulée La Cornerie des Anges[179], une vingtaine de rondeaux et bergerettes[180], parmi lesquels s’en trouvent quelques uns déjà donnés dans notre recueil, puis deux lettres écrites à sa dame, l’une en vers[181], l’autre en prose[182], enfin deux ballades[183], dont l’une envoyée à Jacques Cœur, a donc été composée avant 1456, date de la mort du fameux argentier. Il faut aussi remarquer que, de même que l’obligation rimée, la lettre en vers est datée de Tours, patrie probable de Vaillant ; ce qui pourrait s’expliquer aussi par les séjours fréquents que Charles d’Orléans et sa cour firent dans cette ville.

Notre recueil contient 14 pièces de Vaillant, 13 rondeaux et une bergerette, célébrant tous l’amour heureux ou malheureux (nos viii-ix, xi à xix, xxi-xxii, liv p. 7-8, 10-16, 18-19, 49); le dernier rondeau, écrit d’un style alerte et original, est adressé à un compagnon du poète, un nommé Arnault, que nous n’avons pas réussi à identifier.

Vigne(Huet de). — Deux rondeaux (nos clviii-clix, p. 135) et une bergerette (no clxviii, p. 142), tel est le bagage de ce poète qui paraît aussi avoir été musicien, car une mélodie figure dans Eitner[184] sous le nom de De Vigne. Les détails manquent sur sa vie, mais un de ses rondeaux, le premier, adressé sans doute à Agnès Sorel (morte en 1450), permet de fixer la date à laquelle il écrivait.

Anonymes. – Trois pièces ne portent pas de nom d’auteur : l’une, un quatrain (no cxxiv, p. 106) doit certainement être attribuée à Blosseville (voy. plus haut p. ix) ; l’autre, un rondeau (no cliv, p. 131), a, comme le prouve le contexte, pour auteur une femme ou tout au moins un poète prenant cette qualité ; la troisième, un rondeau (no xxviii, p. 25) déjà imprimé dans le Jardin de Plaisance, n’offre rien de particulier à signaler.

III
Les pièces.

Sur les 195[185] pièces de notre recueil, on compte un quatrain et quatre ballades ; toutes les autres sont des rondeaux, dans leurs formes les plus diverses.

Du quatrain (no cxxiv) nous n’avons rien à dire : les vers en sont octosyllabiques et riment en abba.

Des quatre ballades, deux seulement (nos cxxv et cxxvii) sont faites d’après la règle des théoriciens du xvie siècle, qui veut que chaque couplet ait autant de vers que le refrain a de syllabes ; les deux autres (nos xxvi et cxxvi) échappent au contraire à cette prescription, qui, édictée pour la première fois par Henry de Croy[186], est loin d’être toujours observée.

Les rondeaux méritent une attention toute particulière, et avant d’aborder l’étude de ces poèmes à l’époque de notre manuscrit, c’est-à dire au xve siècle, il nous semble utile de suivre depuis sa naissance le développement du genre littéraire.

Le rondeau est appelé ainsi, non point, comme on l’a dit souvent et comme l’a répété dernièrement M.Schwan[187], à cause de la répétition du refrain, qui forme le cercle, le rond, mais parce que primitivement c’est une petite chanson destinée à accompagner la danse[188] connue sous le nom de ronde ; les mots ronde[189] et rondel[190] sont employés indistinctement pour désigner au xiiie siècle la danse populaire conservée encore avec son accompagnement de chant dans les provinces de l’ouest de la France.

Avant même d’être une chanson, le rondeau était uniquement une de ces nombreuses compositions musicales, motets, virelais, etc., dont il faut rechercher l’origine dans le plain-chant. Cette composition, très en vogue au xiie et au xiiie siècles[191], était à plusieurs parties et se jouait sur divers instruments[192] ; elle se caractérisait par la forme et par la position particulières de son refrain mélodique, auquel devait correspondre dans la danse un mouvement spécial. À ces airs ainsi composés on adapta bientôt des chansons populaires, dont les refrains, souvent empruntés à d’autres pièces[193], se plièrent au moule musical : le rondeau était créé, tel que nous l’offrent Adam de la Halle et les auteurs du xiiie siècle.

C’est en effet à cette époque qu’apparaissent dans les manuscrits les plus anciens spécimens de textes, chantés sur des airs de rondeau. Ces textes qui présentent les caractères de la poésie populaire[194], sont assez nombreux, et ont été publiés à peu près tous dans le second volume de notre Recueil de Motets.[195]. Au point de vue musical, comme nous en pouvons juger presque exclusivement d’après les manuscrits d’Adam de la Halle[196], ces rondeaux ou rondets (les manuscrits employent les deux termes), sont des morceaux à trois parties, dont chaque partie, composée d’après les règles musicales du genre, chante le même texte[197] ; au point de vue littéraire, ils peuvent se diviser en trois strophes ou couplets : la première est composée de 2 ou 3 vers, rarement de 4 ; la seconde n’a qu’un seul vers, suivi du premier vers de la première strophe, formant refrain ; la troisième compte autant de vers[198] qu’il y en a dans la première strophe, le tout suivi de la répétition de cette première strophe tout entière formant refrain. Les vers ont de 2 à 9 et même 11 syllabes, et sont souvent de longueur différente, comme dans cet exemple[199] :

Jamais ne serai saous
De warder les vairs ieus dous
Qui m’ont ocis.

Onques mais si au dessous —
Jamais ne serai saous
 
Ne fu nus cuers amourous
Ne ja n’ert a tant rescous,
Quant muir tous vis.
Jamais ne serai saous
De warder les vairs ieus dous
Qui m’ont ocis.

Les variétés de rondeaux sont nombreuses à cette époque où les paroles sont complètement subordonnées à la musique ; mais on peut cependant remarquer que le type qui s’est conservé jusqu’à nos jours sous le nom de triolet se dégage déjà et se présente le plus fréquemment, comme dans cette pièce de Guillaume d’Amiens où les vers, tous de même longueur, sont octosyllabiques[200] :

Hareu ! commant m’i maintendrai
Qu’Amors ne m’i laissent durer ?
 
Apansez sui que j’en ferai ;
Hareu ! commant m’i maintendrai ?
 
A ma dame consoil prendrai
Que bien me le savra doner.
Hareu ! commant m’i maintendrai,
Qu’Amors ne m’i laissent durer ?

Avec le xive siècle, un changement radical s’opère dans le rondeau : de musical qu’il était auparavant, il devient littéraire, et entre dans la poésie courtoise[201]. Il continue cependant à être chanté dans les œuvres dramatiques comme les Miracles de Nostre Dame[202], où nous pouvons constater dès le milieu du xive siècle toute la variété des pièces que nous retrouverons plus tard dans Christine de Pisan.

C’est aussi à cette époque qu’apparaît le premier traité de l’art de faire des vers, l’Art de dictier d’Eustache Deschamps[203]. Cet Art de dictier se contente pour toute théorie d’énumérer un certain nombre de rondeaux qui peuvent se résumer en trois types, tous écrits en vers décasyllabiques. Le premier, que Deschamps appelle le rondel sangle (rondeau simple), se présente sous la forme ab | aa | abab, dans laquelle les lettres italiques correspondent aux vers de refrain. Le second type est le rondeau double[204], où chaque couplet a un nombre de vers double, soit abab | abab | abababab. Le troisième type[205] n’a que 3 vers au premier couplet : il semble particulier au xive siècle et ne se retrouve guère plus tard : abb | abab |abbabb. Voici l’exemple qu’en donne Deschamps, déjà publié à quelques variantes près dans l’édition de ses œuvres[206] :

Nul ne tendit oncques a cheval d’or
Qu’il n’en eüst la bride en son vivant,
Se du querir fu saige et diligent.
 
Diligence est un tresnoble tresor
Et qui a fait enrichir mainte gent.
Nul ne tendit oncques a cheval d’or
Qu’il n’en eüst la bride en son vivant.
 
Le contraire ne vy oncques encor,

Maiz j’ay veü povre de negligent.
Or y pensez et sachiés vrayement :
Nul ne tendit oncques a cheval d’or
Qu’il n’en eüst la bride en son vivant,
Se du querir fu saige et diligent.

Ces trois formes de rondeau, qui portent indistinctement le nom de rondelets[207], sont les seules qui se retrouvent en octosyllabes et en décasyllabes dans un manuscrit entièrement consacré à la poésie de cette époque (B. N. fr. 12557). La disposition des rimes varie quelquefois ; c’est ainsi que nous avons deux types pour le rondeau double : abab | abab | abababab, type déjà connu, et abcd | abcab | abcdabcd où interviennent deux nouvelles rimes.

Le rondeau n’ayant que 3 vers au premier couplet offre encore plus de variétés : aba | abab | abaaba, aab | aaaa | aabaab et abc | abab | abcabc.

Eustache Deschamps, qui ne connaît ordinairement que ces 3 formes de rondeaux, offre cependant le premier exemple d’une pièce écrite en octosyllabes, dont le premier couplet ait 5 vers[208] : aabba | babaa | aabbaaabba.

Froissart, qui dans l’ordre du temps vient après Deschamps, nous donne peu de renseignements, car sur les 107 rondelès amoureus qu’il a composés en vers décasyllabiques[209], 106 sont des rondeaux simples : ab | aa | abab. Une seule pièce, la xxie, à la forme abb | aab | abb |abb.

Au contraire, dans les œuvres de Christine de Pisan, qui appartient à la fois au xive et au xve siècles, le rondeau affecte des formes multiples non seulement dans sa structure, mais aussi dans la mesure du vers, qui peut comprendre 10, 8, 7, 4, 3, 2 syllabes et même une seule[210]. Les couplets deviennent plus longs et par suite les refrains s’écourtent ; au lieu de répéter la moitié du premier couplet à la fin du second et le premier couplet tout entier à la fin du troisième, les poètes prennent l’habitude, surtout pour les rondeaux ayant plus de 5 vers au premier couplet, de ne répéter qu’un ou deux vers à la fin des deuxième et troisième couplets, « tout à la voulenté du facteur», comme le dit plus tard Pierre Fabri[211]. L’ancienne forme persiste toutefois encore longtemps, car on en a de nombreux exemples dans Charles d’Orléans et aussi dans la poésie dramatique.

Il est du reste toujours assez difficile de voir si une pièce possède ou non ses refrains complets, car dans les manuscrits les refrains sont ordinairement indiqués par leurs premiers mots suivis d’un etc. ; dans quelques manuscrits plus soignés, comme ceux de Charles d’Orléans, chaque vers du refrain est représenté par son premier mot et un etc. ; en ce cas, il est bien clair qu’on peut aisément reconstituer le refrain tel qu’il était. Mais ce n’est là qu’une exception, et la plupart du temps on n’a guère d’autre guide que le sens de la phrase. Pour Christine de Pisan, chez laquelle les rondeaux semblent de préférence n’avoir qu’un vers de refrain, nous nous contenterons, en passant en revue les différentes formes qu’ils affectent, de désigner par R le refrain quel qu’il soit.

Nous constatons jusqu’à 6 formes de rondeaux dans Christine de Pisan :

1o Le rondeau simple d’Eustache Deschamps, qui conserve toujours, et a conservé jusqu’à aujourd’hui sous le nom de triolet, son refrain complet ab | aa | abab. Cette forme se rencontre en vers d’une, de 2, de 4, de 7, de 8 et de 10 syllabes.

2o Le rondeau ayant 3 vers au premier couplet ; on en distingue 2 genres, suivant la position des rimes :

α — abb | abR | abbR, en vers de 7, 8 et 10 syllabes.

β — aba | abR | abaR, en vers de 7, 8 et 10 syllabes.

3o Le rondeau double d’Eustache Deschamps, dont la forme ordinaire est : α — abba | abR | abbaR, en vers de 7, 8 et 10 syllabes, mais qui se présente aussi quelquefois autrement :

β — abab | abR | ababR, en vers de 10 syllabes.

γ — aaaa | aaR | aaaaR, en vers de 7 et 10 syllabes.

4o Le rondeau ayant 6 vers au premier couplet : aabaab | aabR | aabaabR, en vers de 4 syllabes.

5o Le rondeau ayant 8 vers au premier couplet : abababab | ababR | ababababR, en vers de 3 syllabes.

6o Le rondeau layé[212], qui apparaît pour la première fois et doit son nom à un rythme employé principalement dans les lais : le premier couplet n’a jamais moins de 5 vers de longueur inégale. Christine de Pisan en offre 3 exemples différents :

α — aa3baa3b | aa3bR | aa3baa3bR, en vers de 7 syllabes mêlés de vers de 3 syllabes[213].

β — aa3a4bba | aa3a4b R |aa3a4bba R, en vers de 7 syllabes mêlés de vers de 3 et de 4 syllabes.

γ — aa3bb3aa3bb3 | aa3bb3 R | aa3bb3aa3bb3 R, en vers de 7 syllabes, mêlés de vers de 3 syllabes.

Les genres si variés de rondeaux usités par Christine de Pisan nous acheminent tout naturellement vers l’étude de notre recueil, qui présente un ensemble encore plus complet de pièces de différente structure. Distinguons tout d’abord bien nettement les rondeaux proprement dit et les bergerettes, dont nous nous occuperons séparément.

I. — Rondeaux.

Les rondeaux se divisent encore à l’époque de notre manuscrit en rondeaux simples et en rondeaux doubles. Nous avons vu plus haut que le rondeau double d’Eustache Deschamps n’a que 4 vers au premier couplet ; c’est ce qui se constate encore dans un Art de rhétorique du xve siècle publié par M. de Montaiglon[214] et dans le Livre des Controverses[215] de Gracien du Pont qui lui donne aussi le nom de rondeau quatrain. Quelques années plus tard Pierre Fabri nous dit que les rondeaux sont doubles, quand ils ont de 4 à 7 vers au premier couplet[216]. Pour plus de commodité, nous emprunterons à Gracien du Pont le mot de quatrain pour désigner le rondeau ayant seulement 4 vers au premier couplet, et réserverons le terme de rondeau double au rondeau ayant plus de vers. Nous aurons ainsi à passer en revue 3 sortes de rondeaux : les rondeaux simples, les rondeaux quatrains et les rondeaux doubles.

Io Rondeaux simples.

Les rondeaux simples « n’ont que deux lignes en clause entière, c’est le vieil jeu », nous dit Pierre Fabri[217]. Les plus anciens exemples de rondeaux ne nous présentent en effet, comme nous l’avons vu plus haut, que 2 vers au premier couplet. Cette forme, ab | aa | abab, a pris dans la seconde moitié du xve siècle le nom plus spécial de rondelet qui primitivement s’appliquait à tous les rondeaux ; depuis le xvie siècle, elle ne s’appelle plus que triolet et a conservé ce nom jusqu’à nos jours[218]. Notre recueil en offre plusieurs exemples, que nous désignons par le numéro d’ordre de l’édition :

α — Vers de 4 syllabes no lxxviii.
β — Vers de 8 syllabes nos iiilxxixcxlvii.

IIo Rondeaux quatrains.

Il faut distinguer les rondeaux quatrains suivant qu’ils ont des vers d’un nombre plus ou moins grand de syllabes, suivant que leurs refrains se répètent plus ou moins complètement ou même suivant que ces refrains sont remplacés ou non par ce que les théoriciens appellent un rentrement.

Nous aurons donc :

1o Avec refrain complet, abba | abab | abba abba :

α — Vers de 5 syllabes — no xlii.

β — Vers de 8 syllabes — nos xxiixxixxiixxvxxxixxlxlixlivxlvxlvixlixlilivlxxxviiicxiiicxxiii.

2o Avec refrain incomplet, abba | abR | abbaR :

α — Vers de 7 syllabes — nos clxxxicxc.

β — Vers de 8 syllabes — nos viviiviiiixxivxvlxlxxilxxvcvcxcxivcxxviiicxxxiicxxxiiicxxxviiicxliiicxlivcxlixclxivclxvclxviclxxiclxxivclxxxviiclxxxcxciii.

γ – Vers de 10 syllabes — nos clxclxxix.

3o Avec rentrement, abba | abRt | abbaRt.

Le rentrement que nous voyons apparaître ici pour la première fois n’est autre chose que le premier mot ou les premiers mots du premier vers de refrain se répétant en place du refrain après le deuxième et le troisième couplets. Nous savons déjà que depuis Christine de Pisan les refrains peuvent être écourtés et ne plus comporter qu’un ou deux vers : nous venons de voir du reste que notre manuscrit offre un grand nombre de rondeaux quatrains à refrain incomplet. Cette tendance à raccourcir le refrain s’accentue davantage au milieu du xve siècle, et l’on en arrive bientôt dans les rondeaux en vers décasyllabiques à répéter après les deuxième et troisième couplets, non plus le refrain, non plus un vers de refrain, mais seulement le premier hémistiche du premier vers de refrain. La règle une fois admise pour les vers décasyllabiques, et peut-être aussi sous l’influence de la graphie des copistes, qui dans les manuscrits ne représentent les refrains que par leurs premiers mots, on agit de même pour les autres vers : le rondeau « doibt rentrer et reprendre les 2 premieres lignes du premier couplet ou bien le premier mot et aulcuneffoys le premier et le second », nous dit Gracien du Pont[219]. De la sorte, comme nous le verrons tout à l’heure, dans tous les rondeaux doubles aussi bien que dans les rondeaux quatrains, le rentrement se substitua peu à peu au vers de refrain pour devenir la règle générale au xvie siècle dans une forme typique de rondeau double, qui devait devenir le rondeau proprement dit, le seul que la poésie moderne connaisse.

Les manuscrits ne représentent jamais le refrain quel qu’il soit que par son premier mot ou ses premiers mots ; comment distinguer s’il doit y avoir refrain ou rentrement ? C’est le sens qui doit ici nous guider, comme déjà il nous a guidés quand il s’est agi de remplacer le refrain complet par le refrain incomplet. Prenons pour exemple le rondeau no xiii de notre recueil, dont le premier vers est :

Vostre grief mal si est le mien.


Il est de toute évidence que ce vers répété en entier après le deuxième couplet ne signifierait rien :

En regardant vostre maintien,
Mon povre cueur a sans doutance
Vostre grief mal si est le mien,


tandis que le rentrement donne le véritable sens :

En regardant vostre maintien,
Mon povre cueur a sans doutance
Vostre grief mal.

La même vérification serait facile pour les nos clxxxiii et cxci où le rentrement est indispensable au sens. Nous pouvons donc dire qu’à l’époque de notre manuscrit le rentrement était déjà en usage dans la poésie lyrique, sans être cependant devenu une règle générale.

Ce principe admis, on peut dès lors introduire le rentrement dans certaines pièces, principalement en vers décasyllabiques, où il n’est pas absolument nécessaire, mais où il semble plus agréable. C’est ainsi que pour les rondeaux quatrains avec rentrement, abba | abRt | abbaRt, nous constatons 4 séries :

α — Vers de 7 syllabes — no cxci.

β — Vers de 8 syllabes — no xiiiclxxiiiclxxxiiiclxxxix.

γ — Vers de 10 syllabes — no lxi.

δ — Vers de 8 syllabes mêlés de vers de 7 syllabes — no cxcii.

IIIo Rondeaux doubles.

Les mêmes divisions se retrouvent aussi bien dans les rondeaux doubles que dans les rondeaux quatrains, avec une grande variété de rythmes en plus. Il faut faire une distinction entre les rondeaux doubles ordinaires et les rondeaux doubles layés. Quand ils ne sont pas layés, les rondeaux n’ont jamais plus de 5 vers au premier couplet ; quand ils sont layés, ils ont de 5 à 7 vers.

Pour les rondeaux doubles non layés, nous avons :

Io Avec refrain complet, aabba | aabaab | aabbaaabba :

Vers de 8 syllabes — nos xxiiixxivxxviixxixxxxvixlviixlviii.

Remarquons que lorsque le rondeau double a son refrain complet, il répète après le deuxième couplet 3 ou 5 vers, suivant que le premier couplet a 5 ou 7 vers.

2o Avec refrain incomplet, aabba | aabR | aabbaR :

α — Vers de 8 syllabes — nos xvii — xviii — xx — xxviii — xxxiv — xxxv — xxxvii — xxxviii — xliii — l — lxvii — lxviii — lxxiii — lxxvii — lxxxi — lxxxii — lxxxiii — lxxxiv — xc — xcii — cvi — cxix — cxxix — cxxxi — cxxxv — cxxxix — cxlii — cxlv — clii — cliii — cliv — clviii — clix — clxxv — clxxvi — clxxxii.

β — Vers de 10 syllabes — nos xcix — cvii — cviii — cix — cxii.

3o Avec rentrement, aabba | aabRt | aabbaRt :

α — Vers de 8 syllabes — nos xxx — lxxii — clxix — clxxxv.

β — Vers de 10 syllabes — nos ii — lxii — xcv — xcvii — xcviii — clxiii — clxvii.

Ce rondeau de 5 vers au premier couplet est resté, nous l’avons dit plus haut, le type du rondeau tel que nous le connaissons aujourd’hui ; après avoir été très usité à la fin du xve siècle[220], il a remplacé au xvie toutes les autres formes de rondeaux[221] et a traversé sans changement le xviie et le xviiie siècles pour être de nos jours encore employé.

Le fameux rondeau de Voiture :

Ma foi, c’est fait de moi, car Isabeau
M’a commandé de lui faire un rondeau,


conserve la disposition des rimes telle que nous l’avons indiquée, aabba | aabRt | aabbaRt. Les poètes modernes ne se soumettent plus à ces lois ; c’est ainsi qu’Alfred de Musset dans trois rondeaux qu’il a composés[222] a chaque fois changé de rythme : le rondeau Fut-il jamais se présente sous la forme abbab | babRt | ababaRt ; le rondeau Dans dix ans, sous la forme abaab | babRt | ababbRt, et le rondeau Dans son assiette, sous la forme ababa | abaRt | abbaaRt.

Quand les rondeaux doubles sont layés, le refrain n’est jamais complet et le rentrement est assez rare.

A. — Le premier couplet a 5 vers.

1o Refrain incomplet :

α — aa3bb3a | aa3bR | aa3bb3aR — vers de 7 syllabes mêlés de vers de 3 syllabes — no cxlvi.

β — aa3bba | a3a3bR | a3a3bbaR — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 3 syllabes — no lix.

γ1 — aab4ba | aab4R | aab4baR — vers de 8 syllabes mêlés de 4 syllabes — no xi.

γ2 — aa4bba | aa4bR | aa4bbaR — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 4 syllabes — no xxxi.

γ3 — a4a4bba | a4a4bR | a4a4bbaR — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 4 syllabes — no lviii.

δ — aab7b7a | aab7R | aab7b7aR — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 7 syllabes — no clv.

ε — a7a3bb3a7 | a7a3bR | a7a3bb3a7R — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 7 et de 3 syllabes — no cxlviii.

2o Avec rentrement :

a7a7bba7 | a7a7bRt | a7a7bba7Rt — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 7 syllabes — nos clxxxiv — clxxxvii.

B. — Le premier couplet a 7 vers.

1o Refrain incomplet :

α — aaa4bbb4a | aaa4bR | aaa4bbb4aR — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 4 syllabes — no v — lxix — lxxxix — cxxx.

β — aaa4bbb3a | aaa4bR | aaa4bbb3aR — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 4 et de 3 syllabes — nos xvi — xxxiii.

γ — aaa4bbb4a | aaa4bR | aaa4bbb4aR — vers de 10 syllabes mêlés de vers de 4 syllabes — no clvii.

2° Avec rentrement :

aaa4bbb4a | aaa4bRt | aaa4bbb4aRt — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 4 syllabes — nos xxxii — lvii.

Malgré la diversité de leurs rythmes, les rondeaux de notre recueil ne présentent pas encore les bizarreries de rimes, rimes batelées, équivoquées, etc., que l’on constate quelques années plus tard chez les poètes de l’école de Molinet. Cette nouvelle transformation marque l’apogée et en même temps le commencement de la décadence de ce genre de poésie, dont les différentes formes se fondent du xvie siècle en une seule, conservée jusqu’à nos jours.

Pour être complet, il nous reste à dire quelques mots de deux rondeaux qui ont gardé jusqu’à la fin le caractère primitif musical, le rondeau dramatique et le rondeau-chanson.

Le rondeau dramatique, que nous avons déjà rencontré à deux reprises sur notre chemin (p. xxxviii et xli), a fait l’objet d’une étude spéciale[223] ; il a cela de particulier qu’il possède un refrain toujours complet, qu’il est chanté non plus par un seul personnage, mais par plusieurs, et qu’enfin il comporte certaines répétitions de vers que nous ne trouvons pas dans le rondeau ordinaire.

Le rondeau-chanson, simplement appelé chanson dans les manuscrits et éditions de Charles d’Orléans[224], ne présente au premier abord aucune différence avec le rondeau littéraire ; mais il est facile de supposer par le titre même de chanson qui sert à le désigner, que nous sommes ici en présence d’une composition poétique, essentiellement destinée à être chantée, et qui tout en reproduisant la même forme littéraire que le rondeau proprement dit de cette époque, sert peut-être de trait d’union entre l’ancien rondeau d’Adam de la Halle et le rondeau musical actuel.

II. — Bergerettes.

La bergerette est définie de la façon suivante par Pierre Fabri[225] : « Bergerette est en tout semblable à l’espèce de rondeau excepté que le couplet du mylieu est tout entier, et d’autre lisiere, et le peult l’on faire d’autre taille de plus ou moins de lignes que le premier baton ou semblable a luy». La bergerette est donc un rondeau dont le second couplet n’a pas de refrain ; ce second couplet qui diffère du premier comme rimes, peut aussi en différer comme rythme. Cette particularité explique la grande diversité de formes de la bergerette.

Il n’y a pas de bergerettes simples n’ayant comme les rondeaux simples que deux vers au premier couplet. Nous distinguerons les bergerettes à quatrains ayant 4 vers au premier couplet, et les bergerettes doubles, ayant plus de 4 vers au premier couplet. Les refrains sont presque toujours incomplets et le rentrement est fort rare.

Io Bergerettes à quatrains.

1o Le deuxième couplet est absolument semblable au premier comme rythme, abba | cdcd | abbaR :

Vers de 8 syllabes — nos i — lii — liii — lvi — xci — xciii — xciv — cxviii — clxi — clxxxviii.

Le rentrement paraît dans le no clxxxvi.

2o Le deuxième couplet a même nombre de vers que le premier, mais ces vers ont un nombre moindre de syllabes, abba | cdcd | abbaR :

Vers de 10 syllabes au premier couplet et de 8 au deuxième — no lxxx.

3o Le deuxième couplet a un plus grand nombre de vers que le premier :

α — Les vers ont même nombre de syllabes dans tous les couplets, abba | ccdccd | abbaR :

Vers de 8 syllabes — nos civ — cxv — cxvi.

β — Les vers n’ont pas le même nombre de syllabes dans tous les couplets, abba | ccd4de4ccd4de4 | abbaR :

Vers de 10 syllabes mêlés de vers de 4 syllabes — no cii.
IIo Bergerettes doubles.

Comme pour les rondeaux, nous examinerons successivement les bergerettes doubles ordinaires et les bergerettes doubles layées, suivant que le premier couplet a 5 ou 7 vers ; et dans ce dernier cas, le rythme du lai qui peut quelquefois être usité même dans les bergerettes à quatrains (voy. plus haut 3° β et plus bas 2o β1, β2 et γ), est toujours de règle.

A. — Bergerettes doubles ordinaires
(de 5 vers au premier couplet).

1° Le deuxième couplet a 6 vers, de même rythme que ceux du premier, aabba | ccdccd | aabbaR :

α — Vers de 8 syllabes — nos lv — lxv — lxvi — lxx — lxxxv — lxxxvi — c — ciii — cxx — cxxxiv — cxxxvi — cxl — clxviii — clxxii — clxxviii — cxciv — cxcv.

β — Vers de 10 syllabes — nos cxxii — clvi.

2° Le deuxième couplet a 6 vers d’un rythme différent de ceux du premier :

α – aabba | ccdccd | aabbaR — vers de 10 syllabes au premier couplet et de 8 au deuxième — nos xcvi — ci — cxvii.

β1 — aabba | cc3dcc3d | aabbaR — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 3 syllabes — no xix.

Le refrain dans cette pièce semble devoir être complet.

β2 — aabba | cc4dcc4d | aabbaR — vers de 8 syllabes mêlés de vers de syllabes — no lxxvi.

Le refrain est plus long que d’ordinaire.

γ — aa4bb4a | cc4dcc4d | aa1bb4aR — vers de 8 syllabes mêlés, au premier et au deuxième couplets, de vers de 4 syllabes — no lxxxvii.

3o Le deuxième couplet n’a que 4 vers :

α — aabba | cdcd | aabbaR — vers de 8 syllabes — no cxxi.

β — aabba | cdcd | aabbaR — vers de 10 syllabes au premier couplet et de 8 au deuxième — no cxi.

B. — Bergerettes doubles layées
(de 7 vers au premier couplet).

1o Le deuxième couplet a 8 vers :

α1 — aaa4bbb4a | ccc4dccc4d | aaa4bbb4aR — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 4 syllabes — nos iv — lxxiv — cxxxviii — cl — cli — clxii — clxx.

α2 — aaa4bbb4a | ccc4dccc4d | aaa4bbb4aR — vers de 10 syllabes mêlés de vers de 4 syllabes — no lxiii.

β — aaa3b7b7b3a | c7c7c3dc7c7c3d | aaa3b7b7b3aR — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 3 et de 7 syllabes — no cxli

2o Le deuxième couplet a 10 vers :

aaa4bbb4a | cc4cc4dcc4cc4d | aaa4bbb4aR — vers de 8 syllabes mêlés de vers de 4 syllabes — no lxiv.

Ce genre de la bergerette, né avec l’école de Charles d’Orléans[226], ne lui a guère survécu et a disparu complètement à la fin du xvie siècle.
IV
Langue.

Les quelques remarques que nous avons à présenter sur la langue se rapportent pour la plupart à des phénomènes de prononciation déjà connus :

ai final se prononce é (cf. Thurot, De la prononciation française, t. II, p. 41 et 635) :

é pour ai, xi, 7[227] , xxi, 9, etc.

diré pour dirai, cvii, 15.

seré pour serai, xcvii, 14.

2° La finale en aige, bien que notée une fois age, volage, cv, 5, a déjà la prononciation que Palsgrave constatait un siècle plus tard (cf. Thurot, t. I, p. 313-314).

e placé devant une voyelle ou une diphtongue avec laquelle il faisait diérèse dans la langue du xiiie siècle, se comporte différemment suivant les cas :
— devant a, la diérèse persiste :

creance, lii, 2 (cf. Thurot, t. I, p. 396).

leans, lvi, 7.

pourveance, xlvi, 9.
— devant e, il y a parfois fusion des deux e :

crés pour creés, xiii, 3.

vés pour veés, clxxxv, 6.
On lit par contre rencheés (L, 13) avec la diérèse.
— devant i, l’e disparaît et ne se prononce pas :

feys pour fis, xxix, 13.
— devant u, l’e se fond avec u pour former la prononciation eu[228], qui dans la plupart des cas est devenue u en français actuel :

asseure, cxvii, 11, etc. (cf. Thurot, t. I, p. 517).

congneus, clxxxix, 5 (cf. Thurot, t. I, p. 517).

deust, xciii, 6, etc.

eu, heu, lxxxvi, 9 ; clxxi, 4 etc. (cf. Thurot, t. I, p. 519).

meure, ii, 12, etc. (cf. Thurot, t. II, p. 588).

peur, cii, 10. La forme plus ancienne paour (cf. Thurot, t. I, p. 507) ne forme aussi qu’une seule syllabe (xxxv, 8 ; lxx, 12, etc.).

peusse, clxxiii, 10.

pleust, clxxiii, 8, etc.

seur, xxxvii, 11 etc. (cf. Thurot, t. I, p. 514-515).

seust, ciii, 15.

teue, xcv, 10.

veu,xliii, !2, etc. (cf. Thurot, t. I, p. 517).
— devant oi, l’e est absorbé par la diphtongue et ne se prononce plus séparément :

pourveoir, xxv, 11.

soir, pour seoir lxxiv, 3. (cf. Thurot, t. I, p. 525). veoir, xxv, 3 ; lv, 3, etc.(cf. Thurot, t. I, p. 529).

4° L’i adventice des verbes en -ier tend à disparaître ; c’est ainsi que nous trouvons :

aleger, au lieu d’alegier, rimant avec finer, xliii, 6 et 7.

batailler, detailler, esmailler, esmerveiller, tailler, au lieu de bataillier, detaillier, esmaillier, esmerveillier, taillier, rimant avec bruler, voler, etc., cxxvii, 18, 20, 22, 25 et 27.

Certaines pièces cependant ne présentent dans leurs rimes que des mots terminés primitivement en ier (nos lii et lx).

5° La diphtongue oi se prononce è (=ai), comme le montre le mot congnoistre rimant successivement avec adestre (vi, 1 et 4), estre (xx, 12 et 13) et maistre (cxxi, 6 et 8). Cf. Thurot, t. I, p. 376.

L’orthographe pouair pour pouoir (cxxxii, 8) est une preuve nouvelle de cette prononciation bien connue. De même dans d’autres mots, ai précédé d’une labiale, s’écrit oi et se prononce uai (cf. W. Meyer, Grammaire des langues romanes, éd. fr. t. I, p. 217) :

foiz (lxxiii, 13), foix (lxxxi, 2), fois (clxi, 1) pour fais.

poyer (lxiv, 7), pour payer (cf. Thurot, t. I, p. 381-382).

o, tonique, provenant d’un au latin ou d’un o entravé, se prononce ou devant l’s. La preuve de cette prononciation que Henri Estienne reproche plus tard aux courtisans (cf. Thurot, t. I, p. 242) est fournie par les mots :

chouse, cxxxii, 3, etc. cousté, xx, 4.

ousoye, cxci, 9.

ouster, cxv,7.

toust, x, 5, etc.

voustre lxxxiii, 3 ; cxix, 8, etc.

Il est bon aussi de signaler les rimes mêlées oute et onte dans les pièces n° lxx et cvii.

7° Il y a hésitation dans la prononciation à la finale de l’o long latin accentué, suivi de r. On rencontre indistinctement pour certains mots les formes en eur et en our :

douleur, v, 9 ; xxxvi, 15, etc., et doulour, xxxviii, 5 ; xliii, 4, etc.

pleur, v, 7 et plour, xxxviii, 7 ; cxlii, 6, etc.

rigueur, v, 7 ; xxxvi, 14, etc., et rigour, clviii, 8.

L finale dans il ne se prononce pas devant les consonnes et ne s’écrit même pas (nous avons corrigé partout le ms.) :

qu’i pour qu’il, v, 17 ; xxxiv, 4, etc. (cf. Thurot, t. II p. 141-142).

s’i pour s’il, civ, 14, etc.

9° L’s et le ç, ayant même prononciation, sont écrits l’un pour l’autre :

sa pour ça, xxvi, 16 ; clxxix, c’est pour s’est, xcvii, 11 ; 9 clxviii, 13.

se pour ce, cv, I ; cix, 10.

sessera pour cessera, xlv, 6.

Dans les groupes sc, st, l’s s’écrit presque toujours, mais ne se prononce pas (cf. Thurot, t. II, p. 317 et suiv. :

chacun pour chascun, xlviii, 6. chatier pour chastier x, 11 ; xii, 11.

coute pour couste, lxx, 4.

et pour est, lxiii, 9 ; cxv, 12.

10° Z ne se prononce pas après e dans les formes en ez des 2es personnes du pluriel des verbes, comme le montrent d’assez nombreux exemples où est ez remplacé dans la graphie par er, groupe dans lequel l’r ne se prononçait certainement pas (cf. Thurot, t. II, p. 150) :

ayer pour ayez, lxxiv, 7 ; xcviii, 11.

nommer pour nommez, lvi, 1.

octroyer pour octroyez, xcv, 12.

parler pour parlez, cxiii, 6.

soyer pour soyez, xcviii, 10.

vueillier pour vueilliez: clxxxiii, 9.

Dans ses rapports avec la versification, la langue de nos poètes n’offre guère matière à remarque :

À la rime signalons cependant la forme acordon au lieu d’acordons (lxix, 5), et la fin de vers en ce rimant avec conscience (li, 5 et 7).

D’autre part les rimes permettent de constater une double conjugaison du verbe aimer (= amer). On sait en effet que les formes actuelles de ce verbe sont toutes en aim, par analogie avec quatre personnes du présent de l’indicatif, où l’accent tonique s’exerçant sur un a suivi d’une nasale, donne ain (devenu aime), aimes, aimet (devenu aime), et aiment. Par une analogie inverse avec les formes où l’a reste pur, n’étant pas à la tonique, les formes suivantes se présentent à la rime :

[j’]ame, xiv, 1 ; xviii, 7 ; lxix, 9 ; lxxx, 10 ; lxxxii, 2 ; lxxxvii, 16 ; civ, 6. [il] ame, cix,l3.

2° Dans le corps des vers qui ont moins de 10 syllabes, l’e final après une voyelle, tantôt compte pour une syllabe, tantôt n’entre pas dans la mesure. Nous relevons seulement les exemples moins nombreux où l’e final ne compte pas (cf. Tobler, le vers français, trad. fr., p. 45 et suiv.)

ameroye, clxi, 4.

despoulleroye, clxxiii, 11.

eaue, xxviii, 7 (cf. Tobler, p. 41, 45 et 46).

estoye, xxvi, 9 ; lxxii, 6 ; cxxii, 22.

soys (= soies), xi, 2 (cf. Tobler, p. 41).

Signalons enfin les mots arions (cxii, 8), qui forme trois syllabes et intencion (cxliv, 3) qui ne compte que pour trois. Encore est-il permis de supposer que dans ce dernier cas une correction est nécessaire.

V
Le manuscrit.

Le manuscrit servant de base à cette publication porte actuellement le n° 9223 du fonds français (anc. suppl. fr. 2878) de la Bibliothèque nationale, où il est entré par voie d’acquisition en 1845. C’est un petit volume écrit sur vélin dans la seconde moitié du xve siècle (nous avons vu plus haut[229] qu’il ne peut être antérieur à 1453) ; il mesure 185 millimètres sur 130, et compte 109 feuillets. Les feuillets 1 à 6 sont occupés par le Débat de la Vie et de la Mort que nous n’avons pas publié, commençant ainsi :

Je, Vie, royne couronnée
Sans couroux née,
Empereiz de tout l’umain regne...

Les derniers vers sont :

Et qu’en toute joyeuse place
Je me soulace
Ains que la terre soit finie.

Ce débat, anonyme dans le manuscrit, est peut-être de Blosseville (voy. plus haut, p. x).

À partir du fol. 6 v° jusqu’au fol. 104, viennent les différentes pièces, ballades, rondeaux et bergerettes, qui font l’objet de cette publication. Ces pièces qui se présentent sans ordre, sont au nombre de 195[230], reparties très irrégulièrement entre 40 auteurs (3 sont anonymes). Voici la liste des auteurs avec le nombre des pièces qu’ils ont composées :

1. Blosseville[231] 
 31
2. Mgr Jaques 
 21
3. Antoine 
 15
4. Vaillant 
 14
5. C. Blosset 
 14
6. Antoine de Guise 
 12
7. Mgr d’Orleans 
 11
8. Itasse de Lespinay 
 9
9. Fredet 
 8
10. Le Rousselet 
 7
11. Jehan, Mgr de Lorraine 
 5
12. Monbeton (Montbreton) 
 4
13. R. le Senechal 
 4
14. Tanneguy du Chastel 
 3
15. Meschinot 
 3
16. Huet de Vigne 
 3
17. Mgr de Torcy 
 2
18. Jeucourt 
 2
19. Jean de Loyon 
 2
20. Foullée 
 2
21. Mgr de Clermont 
 1
22. Mgr d’Orvilier 
 1
23. Giles [des Ormes] 
 1
24. Madame d’Orleans 
 1
25. Mgr du Bridoré 
 1
26. Me Martin Le Franc 
 1
27. Robertet 
 1
28. Mgr de Tais 
 1
29. Jammette de Nesson 
 1
30. Regné d’Orange 
 1
31. Jehanne Filleul 
 1
32. Mlle de Beau Chastel 
 1
33. Copin de Senlis. 
 1
34. [Le] Galoys de Crequy 
 1
35. Messire Ernoul de Crequy 
 1
36. André Giron 
 1
37. Pierre de La Jaille 
 1
38. Colas de La Tour 
 1
39. Thomas de Loraille 
 1
40. Busnois 
 1
41. Anonymes 
 3
Il est à remarquer qu’entre les fol. 69 et 73 il y a 3 feuillets blancs. Le copiste à partir du fol. 73 se néglige un peu et les refrains des rondeaux toujours indiqués jusque-là par leurs premiers mots au milieu et à la fin de la pièce, n’apparaissent plus guère qu’à la fin [232].

Les feuillets 105-109 sont occupés par 5 petites pièces de poésie écrites à la fin du xviiie siècle ou au commencement du xixe par un des propriétaires du manuscrit ; ce sont deux rondeaux, des couplets, un conte et une épigramme.

VI
L’édition.

Dans cette publication nous avons reproduit exactement notre manuscrit, nous bornant à faire les corrections indispensables. Les refrains n’étant jamais entièrement indiqués dans le manuscrit, nous avons mis entre crochets les parties que nous avons cru devoir rétablir, nous référant à la troisième partie de notre introduction (p. xliv-liv), pour justifier les différentes formes de refrains que nous avons ainsi présentées.

Nous avons joint au texte les variantes de quelques manuscrits que nous avions plus particulièrement à notre portée et aussi les leçons des éditions anciennes et modernes contenant un certain nombre des pièces de notre recueil. Pour cette dernière partie, le travail nous a été singulièrement facilité par M. Émile Picot, qui avec une bonne grâce et une complaisance dont nous ne saurions trop le remercier, a bien voulu mettre à notre disposition son vaste répertoire bibliographique, et nous a fait profiter plus d’une fois de sa connaissance si exacte de l’ancienne poésie française.

Les manuscrits utilisés par nous appartiennent tous à la Bibliothèque nationale de Paris. Ce sont, outre le ms. fr. 9223, base de l’édition (sur les 195 pièces du recueil, 160 étaient jusqu’ici inédites et 119 ne se trouvent pas à notre connaissance dans d’autres manuscrits) :

— Le ms. fr. 1701, auquel nous empruntons les variantes d’un rondeau de Blosseville (n° lxi).

— Le ms. fr. 1719, qui renferme 57 pièces de notre recueil et offre de nombreuses variantes. Ce ms. qui n’a été employé par aucun des éditeurs de Charles d’Orléans, mériterait d’être publié en entier, et contient un grand nombre de pièces inédites, les unes purement littéraires (voy, entre autres p. iii, notes 2 et 3), les autres d’un caractère plus libre dans le genre de certaines ballades de Villon.

— Le ms. fr. 2230, qui est exclusivement consacré aux pièces de Vaillant et nous donne les variantes de 4 d’entre elles (nos viii, xii, xvi et xxii).

—Le ms. fr. 24314, qui présente seulement les variantes d’un rondeau de Meschinot (n° xxxi).

Il n’est peut-être pas inutile de dire qu’un manuscrit autrefois décrit par M. de Montaiglon (Recueil de poésies françaises, t. V, p. 258-263), et que nous avons cité en note à plusieurs reprises, après avoir appartenu au baron Pichon, puis à M. de la Roche-Lacarelle est redevenu en 1888 la propriété du baron Pichon.

Nous devons aussi quelques variantes à deux anciens imprimés : le Jardin de Plaisance, édition de Lyon, vers 1459 (6 pièces) et les Lunettes de Meschinot, édition de 1539 (no xxxi).

Les éditions modernes mises à profit par nous sont peu nombreuses ; c’est d’abord l’édition des Poésies de Charles d’Orléans (1842) de Guichard ((no xcii), puis le Recueil de poésies françaises, t. V (1856), de M. de Montaiglon ((no cxxvii), l’édition des Poésies de Villon (1867) de Jannet (3 pièces), l’édition des Poésies complètes de Charles d’Orléans (2 vol. 1874) de M. d’Héricault (21 pièces), enfin Cent quarante-cinq rondeaux d’amour, publiés vers 1875, par M. Bancel (nos  vi, cxx et cxxii).

M. Gaston Paris, notre commissaire responsable, nous permettra, en terminant cette introduction, de lui témoigner nos plus vifs remerciements pour la bienveillance avec laquelle il nous a laissé une fois de plus recourir à son inépuisable érudition.

Gaston Raynaud.
Paris, 14 juillet 1889.

  1. Ce manuscrit a été signalé très sommairement par M. d’Héricault dans son édition des Poésies complètes de Charles d’Orléans, t. II, p. 291.
  2. Trois pièces rangées d’ordinaire parmi les pièces attribuées à Villon ont pour auteurs Blosseville, Montbreton et Antoine de Guise (nos LXX, LXXIII et LXXV).
  3. 1. Voy. G. Paris, Journal des savants, année 1888. p. 732.
  4. 2. Ajoutez une pièce qui se trouve dans le ms. fr. 1719 de la
    Bibl. nat., fol. 98 vo.
  5. 3. Ajoutez une pièce qui se trouve dans le ms. fr 1719 de la
    Bibl. nat., fol. 137.
  6. P. 72.
  7. P. 108.
  8. P. 135.
  9. P. 45, 53, 149, 151 et 152.
  10. P. 67.
  11. P. 123-131.
  12. P. 123.
  13. Éd. d’Héricault, t. II, p. 167.
  14. Cette date est rendue certaine par le fait qu’Antoine a pris part à un concours poétique (p. 124), en compagnie d’autres poètes sur lesquels nous avons des données biographiques indiscutables. La pièce d’Antoine est adressée à Philippe d’Aulon, sans doute parent de Jean d’Aulon, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc.
  15. P. 124 et 147.
  16. P. 147.
  17. P. 140.
  18. P. 141.
  19. P. 150.
  20. P. 141.
  21. P. 137.
  22. P.105-106.
  23. P. Anselme, t. IX, p.425.
  24. G. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. II, p. 181.
  25. Ibid., t. III, p. 40, note 1 et t. IV, p. 24.
  26. Ibid., t. IV, p. 116, et Chronique de Charles VII de Jean Chartier, t. II, p. 165.
  27. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Orléans.
  28. R. de Maulde, Procédures politiques du règne de Louis XII (1885), p. 48, etc.
  29. L. Delisle, Le cabinet des Manuscrits, t.II, p. 341.
  30. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Blosset.
  31. De la Rue, Essais historiques sur les Bardes, t. III, p. 322.
  32. P. 67.
  33. P. 72.
  34. P. 108.
  35. Éd. d’Héricault, t. II, p. 241.
  36. Publiée par M. de Montaiglon, Rec. de poésies fr., t. I, p. 227-228.
  37. P. 54.
  38. Publié par M. de Montaiglon, Rec. de poésies fr., t. V, p. 5-33. Voy. aussi t. IX, p. 216 et 220. Sur ce poème que M. G. Paris regarde comme le modèle qui a servi à Martial d’Auvergne pour ses Arrêts d’amour, voy. le Journal des savants, année 1888, p. 734-735. Notre confrère et ami, M. H. Omont nous signale un nouveau ms. de ce débat dans la bibliothèque de Sir Thomas Phillipps (Cheltenham, n°1290).
  39. Publié, ibid., t. IX, p. 221-237.
  40. Bibl. nat., ms. fr. 9223, fol. 1 à 6 vo.
  41. Éd. P. Jannet, p. 135.
  42. Contrairement à l’opinion de M. d’Héricault dans son édition de Charles d’Orléans, t. II, p. 305.
  43. Éd. d’Héricault, t. II, p. 190.
  44. Les manuscrits françois de la Bibl. du roi, t. VI, p. 370-371.
  45. Sur ce personnage, voy. l’édition du marquis de Queux de Saint-Hilaire (1868), p. 248-254, et Complément, (1874), p. xix.
  46. Éd. d’Héricault, t. II, p. 191, et notre Recueil, p. 48.
  47. P. Anselme, t. VI, p. 755.
  48. Éd. d’Héricault, t. II, p. 191.
  49. Tome XX, p. 392.
  50. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Boucicaut.
  51. P. Anselme, t. VI, p. 755.
  52. Publié dans le Jardin de Plaisance (Lyon, Olivier Arnoullet, vers 1459), fol. 62 ro. Voy. aussi le Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le baron James de Rothschild [par M. Ém. Picot], t. I (1884), p. 273 et 277.
  53. Le grand et vray art de plaine rethoricque (Paris, Et. Caveiller, 1539), fol.35.
  54. Bibliographie der Musik-Sammelwerke des xvi und xvii Jahrhunderts (1877) p. 437.
  55. Éd. d’Héricault, t. II, p. 301.
  56. Ibid. p. 53, 141, 147, 152, 184, 238, 242 et 243.
  57. Ibid. p. 239. Deux autres rondeaux du comte de Clermont sont publiés dans l’édition Guichard des Poésies de Charles d’Orléans, p. 354 et 425.
  58. Aug. Longnon, Étude biographique sur François Villon (1877), p. 83.
  59. Éd. P. Jannet, p. 115-116.
  60. Voy. Hécart, Rhythmes et refrains tournaisiens p. xv ; voy. aussi Dinaux, t. IV, p. 406-407.
  61. La Croix du Maine, Bibliothèque françoise (éd. 1772-1773), t. I, p. 198. On trouve des poésies de Florent Copin dans plusieurs mss. fr. de la Bibl. nat. : 379, fol. 39 ; 1715, fol. 82 ; 1739, fol.119 ; 2206 fol. 84.
  62. Mémoires d’Olivier de la Marche, p. p. H. Beaune et J. d’Arbaumont, t. IV (1888), p. 248, à la table.
  63. Cité dans Monstrelet (éd. Douët-d’Arcq), t. IV, p. 415.
  64. P. Anselme, t. VI, p. 795.
  65. Ibid.
  66. Bibl. nat., mss. fr. 2811, fol. 199 et 2893, fol. 54.
  67. Le cabinet des manuscrits, t. II, p. 353-354.
  68. Catalogue Sigogne, n° 552.
  69. Catalogue de la vente Didot (1883), n° 34.
  70. Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, t III, p. 85 ; G. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. IV, p. 90, note 4.
  71. G. de Beaucourt, ibid., et p. 309.
  72. Ce rondeau était connu d’après notre ms. par Vallet de Viriville
  73. A. Longnon, Paris pendant la domination anglaise (1878), p. 290.
  74. U. Chevalier, Répertoire, au mot Filleul.
  75. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Orléans.
  76. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Orléans.
  77. G. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. II, p. 639.
  78. Thomas Basin, Histoire des règnes de Charles VII et de Louis XI, t. IV (1859), p. 214.
  79. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Filleul.
  80. P. Anselme, t. VII, p. 668.
  81. Poésies de Charles d’Orléans, éd. d’Héricault, t. II, p. 186-187.
  82. Ibid., p. 202-203.
  83. Poésies de Charles d’Orléans éd. d’Héricault, t. II, p. 89, 110 et 203.
  84. Ibid., p. 165, 173, 175, 186 et 193.
  85. Dans l’édition d’Héricault ce rondeau est attribué à Charles d’Orléans, et non à Fredet.
  86. Éd. d’Héricault, t. I, p. 177 et 184.
  87. Bibl. nat., Pièces orig., dossiers Orléans et Ormes.
  88. R. de Maulde, Procédures diplomatiques du règne de Louis XII, p. 981. On lit à cette page : « G. des Ormes est un ancien serviteur du duc Charles, pere du roi actuel. »
  89. Éd. d’Héricault, t. II, p. 168.
  90. Ibid., p. 205, 253 et 271.
  91. Poésies de Charles d’Orléans, éd. Guichard, p. 210.
  92. Ibid., p. 137, et Œuvres inédites de sire George Chastellain (éd. Buchon, dans le Panthéon littéraire), introduction, p. xxxvii.
  93. Cosneau, Le Connétable de Richemont (1886), p. 462 et 658.
  94. Ibid., p. 212 ; Flammermont, Mémoires de la Société de l’histoire de Paris, t. V, p. 28l.
  95. Chronique d’Eng. de Monstrelet (éd. Douët-d’Arcq.), t. V, p. 223.
  96. Cosneau, loc. cit.. p. 286.
  97. Art de vérifier les dates (éd. 1787), t. III, p. 46.
  98. Éd. Guichard, p. 408-409 ; ces rondeaux sont sous le nom d’Antoine de Cuise
  99. Éd. P. Jannet, p. 136.
  100. Cosneau, Le Connétable de Richemont (1886), p. 462 et 658.
  101. Catalogue des livres composants la bibliothèque de feu M. le baron J. de Rothschild [par M. Ém. Picot], t. II (1887), p. 246. Les éditions de Le Roux de Lincy et de Wright attribuent cette nouvelle à Louis de Luxembourg.
  102. Nous parlons plus loin des œuvres du bâtard de la Trémoïlle. Pour Jacques de Brézé, il est l’auteur du Livre de la Chasse, des Ditz du bon chien Souillard et d’une Loenge de madame de Bourbon, le tout publié par le baron Jérôme Pichon (Paris, Aubry, 1885).
  103. Bibl. nat., Pièces orig., dossier La Trémoïlle.
  104. Bibl. nat., ms. fr., 1104, fol. 25 vo et 95. — Chronique de Charles VII de Jean Chartier, t. Il, p. 196.
  105. Nous le voyons en 1450, avant la bataille de Formigny, envoyé en éclaireur par le connétable de Richemont (Cosneau, Le Connétable de Richemont, p.410).
  106. Poésies de Charles d’Orléans, éd. Guichard, p. 110.
  107. Éd. d’Héricault, t. II, p. 169.
  108. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Jeucourt.
  109. P. Anselme, t. V, p. 384.
  110. G. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t.I, p. 394, en note.
  111. Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, t. XII, p. 105.
  112. P. Paris, Les mss. fr. de la Bibl. du roi, t. II, p. 165-166; voy. aussi le ms. fr. 14513 de la Bibl. nat.
  113. Chant royaulx, etc. (éd. 1723), p. 214-221.
  114. Lecoy de la Marche, Comptes et mémoriaux du roi René (1873), p. 250.
  115. Cosneau, Le Connétable de Richemont (1886), p. 461 et 658.
  116. Romania, t. XVI (1887), p. 392-401.
  117. Pour les manuscrits et éditions du Champion des Dames et de l’Estrif de Fortune et de Vertu, voy. la thèse de doctorat présentée à la faculté des lettres de Genève par M. A. Piaget, Martin le Franc, prévôt de Lausanne (1888), p. 262-267.
  118. Romania, t. XVI, p. 423-437.
  119. A. Piaget, loc. cit., p. 19-23.
  120. G. Paris, Romania, t. XVI, p. 383.
  121. Vallet de Virivile, Histoire de Charles VII t. I, p. 268.
  122. Chronique d’Eng. de Monstrelet(éd. Douët-D’Arcq), t. V, 78.
  123. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Le Rousselet.
  124. G. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. IV, p. 417, note 2.
  125. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Sénéchal, et mss. fr. 6210, 10431 et 10432.
  126. M. de Circourt, qui connaissait notre recueil de rondeaux par M. A. Champollion, avait déjà signalé le poète Robert le Sénéchal au marquis de Queux de Saint-Hilaire (voy. le Livre des cent ballades, complément 1874, p. xxiii). Ce même érudit, auquel nous adressons tous nos remerciements, nous a communiqué un certain nombre de pièces, qui nous ont fourni les principaux éléments de cette notice.
  127. D. Morice, Histoire de Bretagne, t. III (preuves), p. 194.
  128. Cosneau, Le Connétable de Richemont, (1886), p 428.
  129. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Loraille.
  130. G. de Beaucourt, Histoire de Charles VII, t. IV, p. 321.
  131. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Loraille.
  132. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Orléans.
  133. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Loraille.
  134. Mémoires d’Olivier de la Marche, p. p. H. Beaune et J. d’Arbaumont, t. IV (1888), p. 116.
  135. Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, t. IX, p. 228.
  136. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Loraille.
  137. Poésies complètes de Charles d’Orléans, éd. d’Héricautt, t. II, p. 195.
  138. Ibid., p. 198, 199 et 201 ; et Poésies de Charles d’Orléans, éd. Guichard, p. 372, 415 et 416.
  139. Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le baron James de Rothschild [par M. Ém. Picot], t. I (1884), p. 266.
  140. Pour notre collation, nous nous sommes servi de l’édition de 1539, la dernière, qui est la plus complète.
  141. T. II, p. 266.
  142. Le ms. fr. 9223 est souvent fautif au point de vue des noms propres ; c’est ainsi qu’au fol. 34 (p. 56 de l’édition) on lit robert tait au lieu de robertet, et au fol. 48 (p. 80), seneclal au lieu de senechal.
  143. Poésies de Charles d’Orléans, éd. Guichard, p. 133.
  144. Éd. P. Jannet, p. 138.
  145. P. Anselme, t. VII p. 150.
  146. Voy. G. Paris, dans la Romania, t. XVI (1887), p. 417.
  147. Sur Pierre de Nesson, voy. l’article de Vallet de Viriville dans la Biographie Didot.
  148. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Nesson.
  149. Avec René (1518-1544), prince d’Orange en 1530 et comte de Nassau en 1538.
  150. Voy. p. 146, no clxxii.
  151. L. Delisle, Le cabinet des manucrits, t. I, p. 119-121.
  152. A. Champollion-Figeac, Louis et Charles ducs d’Orléans (1844), t. I, p. 353.
  153. Poésies complètes de Charles d’Orléans, éd. d’Héricault, t. II, p. 164.
  154. Ibid., p. 200.
  155. Ibid., p. 133, 146, 149, 160, 161, 164, 166, 174, 174, 175 et 190.
  156. G. Paris, La poésie française au quinzième siècle (Leçon d’ouverture faite au Collège de France, le 9 décembre 1885), p. 14.
  157. A. Champollion-Figeac, Louis et Charles ducs d’Orléans (1844), t. I, p. 352.
  158. P. Anselme, t. III, p. 914 ; voy. aussi t. VIII, p. 479.
  159. Il est qualifié pour la première fois d’élu du roi en l’élection de Clermont en 1467 et de secrétaire du roi en 1470 (Bibl. nat., Pièces orig., dossier Robertet).
  160. Bibl. de l’école des chartes, t. VIII (1846), p. 69.
  161. Bibl. nat., ms. fr. 1717, fol. 85.
  162. Mss. fr. 1716, 1717 et 1721.
  163. Poésies de Charles d’Orléans, éd. Guichard, p. 424.
  164. Ibid., p. 133 ; et ms. fr. 12490.
  165. Bibl. nat., ms. fr. 12490 (anc. suppl. fr. 208). Cette pièce a été publiée par le baron J. Pichon dans le Livre de la Chasse du Grand Sénéchal (Aubry, 1858), p. 52-56.
  166. Imprimé à Paris en 1531 avec la Nef des Dames de Symphorien Champier ; voy. Keralio, Notices et extraits des manuscrits t. V, p. 167, en note.
  167. Cet ouvrage, analysé d’après le ms. fr. 1174 (anc. 7392) de la Bibl. nationale, par Keralio (Notices et extraits des manuscrits, t. V, p. 167-177) et par Buchon (Œuvres historiques de sire George Chastellain, introduction, p. xxiii-xxvi), a été publiée par L. Batissier (1887, pet. in-fol.).
  168. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Taix. Voy. aussi P. Anselme, t. VIII, p. 178.
  169. Chroniques de Charles VII, de Jean Chartier, t. III, p. 301.
  170. Journal d’un bourgeois de Paris, p. 196.
  171. Barante, Histoire des ducs de Bourgogne, t. VIII, p. 101 ; t. IX, p. 111, 221 et 246 ; t. XII, p. 74.
  172. Éd. d’Héricault, t. II, p. 183.
  173. Voy. A. de Montaiglon, Rec. de poésies fr., t. IX, p. 218 et 234.
  174. Bibl. nat., Pièces orig., dossier Vaillant.
  175. Éd. d’Héricault, t. I, p. 117.
  176. Ibid., t. II, p. 188. L’autre rondeau a été publié dans l’éd. Guichard, p. 338.
  177. Recueil de poésies fr., t. IX, p. 92-147.
  178. On aurait pu consulter aussi les mss. fr. 2230, fol. 211 Vo 233 et 2264, fol. 127-158 Vo.
  179. Bibl. nat., mss. fr. 2230, fol. 238-240, et 2375, fol. : 84. et suiv.
  180. Bibl. nat., ms. fr. 2230, fol. 233-248.
  181. Ibid., fol. 233 Vo-235 Vo.
  182. Ibid., fol. 245-247 v°.
  183. Ibid., fol. 244 et 248.
  184. Bibliographie der Musik-Sammelwerke der xvi und xvi Jahrhunderts (1877), p. 910.
  185. La même pièce se retrouve deux fois (nos lxxxv et clxxii), attribuée à deux auteurs différents.
  186. Art et Science de rhethorique pour faire rigmes et ballades (éd. Vérard, 1493), fol. 4.
  187. Die Geschichte des mehrstimmigen Gesangs und seiner Formen in der franzœsischen Poesie des 12. und 13. Jahrhunderts, dans les Verhandlungen der 38. Philologensammlung, p. 27.
  188. G. Paris, La littérature française au moyen âge (1888), p. 177.
  189. Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française, sous Carole.
  190. Voy. un exemple dans l’éd. de Floriant de Fr. Michel, vers 6223.
  191. De Coussemaker, Œuvres complètes du trouvère Adam de la Halle (1872), p. xlv.
  192. Schwan, op. cit., p. 127.
  193. A. Jeanroy, Les origines de la poésie lyrique française (1889), p. 102-113.
  194. H. Pfuhl, Untersuchungen über die Rondeaux und Virelais, speciell des xiv. und xv. Jahrhunderts (1887), p. 11.
  195. Paris, Vieweg (1883), p. 94 et suivantes.
  196. Principalement le ms. fr. 25566 de la Bibl. nat. de Paris.
  197. Schwan, op. cit., p. 127.
  198. Ou plutôt autant de syllabes. C’est ainsi que lorsque la première strophe se compose de 2 vers de 10 syllabes (en tout 20 syllabes), la troisième strophe peut être représentée par 4 vers de 5 syllabes chacun. Voy. Recueil de Motets, t. II, p. 105.
  199. Recueil de Motets, t. II, p. 117.
  200. Recueil de Motets, t. II, p. 104.
  201. H. Pfuhl, op. cit., p. 13.
  202. Voy. le travail de M. L. Müller, Das Rondel in den franzœsischen Mirakspielen und Mysterien des xv. und xvi. Jahrhunderts(Marburg, 1884), qui forme le no xxiv des Ausgaben und Abhandlungen de M. Ed. Stengel.
  203. Publié incomplètement par Crapelet dans Poésies morales et historiques d’Eustache Deschamps (Paris, 1832), p. 277 et suiv. Au manuscrit médiocre qui a servi à cette édition (B. N. fr. 840), il faut en joindre un autre aujourd’hui réintégré à la Bibliothèque nationale (nouv. acq. fr. 6221), qui portait dans la bibliothèque Ashburnham le no 523 du fonds Barrois.
  204. Dans l’exemple d’Eustache Deschamps le premier refrain manque et les couplets sont mal coupés ; ce rondeau a été publié avec variantes nombreuses dans les Œuvres complètes d’Eustache Deschamps (édition du marquis de Queux de Saint-Hilaire, t. IV, p. 33.
  205. Eustache Deschamps le nomme à une place balade rondel, mais il semble qu’il y a là une erreur. M. P. Meyer a montré (Bulletin de la Société des anciens textes français, t. XII, p. 84, en note), combien était fautif le ms. ayant servi à Crapelet ; le ms. Barrois ne vaut pas mieux.
  206. Op. cit., t. IV, p. 168. Nous donnons le texte du ms. Barrois 523.
  207. Op. cit., t. IV, p. 43 ; voy. aussi le ms. fr. 12557 de la Bibl. nat., fol. 153 vo et 158.
  208. Op. cit., t. IV, p. 36. Les couplets sont mal coupés dans l’édition.
  209. Œuvres de Froissart, poésies p. p. Aug. Scheler, t. II (1871), p. 396-427.
  210. Œuvres poétiques de Christine de Pisan, p. p. Maurice Roy, t. I (1886), p. 147-185.
  211. Le grand et vray art de plaine rethoricque (éd. Estienne Caveiller, Paris, 1539), fol. xxxii.
  212. Nous trouvons ce nom appliqué au no xvi de notre recueil dans le ms. fr. 2230 de la Bibl. nat., fol. 236.
  213. Nous ajoutons à la lettre représentant les petits vers le chiffre indiquant le nombre de leurs syllabes.
  214. Recueil de poésies fr., t. III (1856), p. 118-128.
  215. Éd. 1534, fol. iv vo.
  216. Op. cit., fol. xxxiii vo.
  217. Op. cit.,fol xxxiii.
  218. Gracien du Pont, Art et science de rhetoricque metriffiée (éd. 1539), fol xxii vo.
  219. Op. cit., fol. xxiii vo.
  220. Voy. Cent quarante-cinq rondeaux d’amour, publiés d’après un manuscrit autographe de la fin du xve siècle [par E. M. Bancel], (Paris, s. d.). Cf. le compte-rendu de M. Ém. Picot dans la Romania, t. V (1876}, p. 390-393.
  221. Voy. Cent cinq rondeaux d’amour, publiés d’après un manuscrit du commencement du xvie siècle, par Edwin Tross (Paris, 1863). Cf. Romania, t. V, p. 391.
  222. Nouvelles poésies, éd. Charpentier (1865, in-12), p. 212, 214 et 260.
  223. L. Müller, op. cit. ; voy. plus haut p. xxxviii, note 3.
  224. Éd. d’Héricault, t. II, p. 1-72.
  225. Op. cit., fol.xxxiv vo.
  226. Éd. d’Héricault, t. ii, p. 171, 214 et 237 ; il y a aussi des bergerettes-chansons : voy. ibid. p. 22 et 48.
  227. Nous renvoyons à la numérotation des pièces et des vers.
  228. La preuve que nous avons bien ici la prononciation intermédiaire eu (= ō), et non la prononciation actuelle u, c’est que nous trouvons seur (lxxxv, 6 ; cii, 11) rimant avec doulceur et valeur, mots dans lesquels la voyelle eu ayant une autre origine, ne s’est jamais prononcée u ; de même meure et asseure riment avec heure (ii, 8 et 12 ; cxvii, 8 et 11 ).
  229. Voy. p. iv.
  230. La pièce clxxii fait double emploi avec la pièce lxxiv.
  231. On peut dire 32, car une des pièces anonymes lui est certainement attribuable.
  232. Ceci n’est pas un fait isolé : nous avons vu (p. xxxix, note 1) que le premier refrain manque dans un exemple d’Eustache Deschamps. M. L. Clédat a publié dans Lyon-revue (année 1886, p. 313-320) une série de rondeaux du xve siècle, qui pour la plupart n’ont aucun refrain indiqué.