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Revue pour les Français Septembre 1906/VII

L’ARMÉE FRANÇAISE EN 1906



Tel est le titre du livre qu’a récemment fait paraître, précédé d’une préface du général Langlois, M. L.-L. Klotz, député de la Somme, rapporteur du budget de la guerre. Nous ne pouvons donner à nos lecteurs un compte-rendu complet de toutes les matières traitées dans ce volume ; certains sujets offrent, en effet, un caractère trop technique mais nous nous arrêterons sur les trois points suivants : l’armée est-elle prête ? Qui pourrait être rendu responsable de l’insuffisance de sa préparation ? Quelle est la meilleure manière d’éviter les fautes commises dans le passé ?

En ce qui concerne la première de ces questions, on est obligé de reconnaître que tout n’était pas prêt lorsqu’éclata l’incident créé par Guillaume ii uu sujet du Maroc et voici pourquoi. En 1891, les Chambres décidèrent que la troisième section du budget de la guerre, celle qui a trait aux « constructions neuves et aux approvisionnements de réserve », serait dotée d’un crédit annuel. Or, le programme de 1900 affectait une somme globale de 972 millions à ce chapitre ; mais de 1901 à 1905 la dépense s’éleva à peine à 200 millions. C’est à ce fait de parcimonie que l’armée française a dû de n’être pas dans un état de préparation suffisante à un des moments les plus critiques que le pays ait traversé depuis 1870. Et ce qui est très remarquable, c’est qu’en comparant les dépenses extraordinaires des budgets de la guerre en France et en Allemagne, « on observe que la dépense allemande qui, en 1904, était triple, est, en 1905 du quintuple, pour dépenses extraordinaires, constructions neuves et approvisionnements de réserves » de celle de la France. En 1905, l’Allemagne a même consacré à ce chapitre 45 millions de plus qu’en 1904. Si l’on considère que ce crédit est destiné spécialement aux approvisionnements et aux constructions nécessaires pour le temps de guerre, on conclura que la politique de l’Allemagne n’était pas positivement orientée vers la paix.

Qui est responsable ? Le rapporteur répond textuellement : « Dans l’état actuel de notre organisation, si nous voulons connaître l’autorité responsable de la défense nationale et chargée de mettre en mouvement nos forces de terre, de mer et des colonies, tout en coordonnant leur action, nous n’en voyons pas ». Ainsi, comme dit Figaro, ce n’est personne. Il semble bien cependant, dans le cas particulier qui sollicite notre attention, que la responsabilité du Ministre de la guerre était en fait, sinon en droit, plus particulièrement engagée. Le remède à cet état de choses consisterait suivant M. Klotz « à coordonner, dans le plus bref délai, l’action des différents ministères de défense nationale sous la responsabilité pleine et entière du président du Conseil des ministres, seul susceptible d’être comptable de ses actes vis-à-vis des représentants de la France. »

Nous ne voulons pas terminer ce très rapide aperçu de l’intéressant volume du rapporteur de la guerre sans faire remarquer combien une parcimonie mal comprise peut entraîner de dépenses pour un même exercice. Pour réparer les bévues passées, il a fallu l’an dernier, pendant la période de tension politique, dépenser en hâte 235 millions, ce qui ne contribua pas à faciliter l’équilibre du budget de 1906. Mais, du moins, à ce prix nous fûmes prêts. Puisse la chaude alerte de 1905 nous tenir en haleine ?


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