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Revue pour les Français Juillet 1906/III

LE LIVRE D’OR DES AVENTURIERS



C’est une lecture très amusante — sinon très instructive — que celle du volume consacré par M. de Villiers du Terrage, à ceux qu’il appelle (improprement à notre avis) des « rois sans couronne » et dont les aventures tragiques ou comiques se déroulent, à travers cinq siècles d’histoire, de Jean de Béthencourt, roi des Canaries, à Jacques Lebaudy, empereur du Sahara. Il y a de tout dans ce lot d’individus en rébellion contre leur état social ; il y a des parvenus du hasard et des calculateurs entêtés, de béats utopistes et de rusés maquignons. Mais il y manque — et c’est pour quoi nous critiquons le titre adopté par l’auteur — le vrai roi sans couronne, l’homme qui règne sous le nom d’un autre, et préfère la réalité du pouvoir au titre sonore, ou bien celui qui comme Cecil Rhodes, crée de toutes pièces un état portant son nom, et l’ayant créé, en fait don à sa patrie…

Souverains pour rire

L’empereur du Sahara et le président de la République de Counani, se disputent la présence de cette rubrique. S’adjuger un empire que personne ne connaît, et dont on s’est borné à longer les côtes dans un yacht luxueux, constitue assurément une joyeuse fumisterie. Mais quand on est « publiciste, officier d’Académie, membre des Sociétés de Géographie de Paris, Rouen et Lisbonne, et conseiller municipal de Vanves », se prétendre élu par le suffrage universel à la présidence d’une République que personne n’a jamais constituée, et dont on ignore en tout cas les frontières, ce n’est pas ordinaire non plus. Tel fut le cas de M. Jules Gros qui, en 1887, sans quitter Paris d’ailleurs, octroya à ses administrés tout un gouvernement, et plus de ministres, de consuls et de hauts fonctionnaires qu’il n’y avait assurément de contribuables dans Counani. Cette localité au nom harmonieux, se trouve dans ce qu’on appelait en ce temps-là, le « territoire contesté » parce que ce territoire sis entre la Guyane française et le Brésil, était l’objet d’une vieille querelle qu’un arbitrage suisse a terminée depuis lors, à notre défaveur.

Repaire de chercheurs d’or, Counani qui désormais appartient en droit au Brésil, continue de n’appartenir en fait, à personne ; M. Jules Gros a disparu, mais plusieurs personnes lui ont succédé dans ses prétentions ; il n’y a toujours pas de République à Counani ; Counani possède néanmoins des présidents qui résident dans plusieurs villes d’Europe où ils signent d’inoffensifs décrets, et distribuent d’étincelantes décorations. Comique, n’est-ce pas ? Quant à M. Jacques Lebaudy, on craint qu’il ait renoncé à son génial projet de croiser le cheval et le chameau aux fins d’obtenir un produit plus parfaitement approprié aux besoins de son empire, mais il est toujours vigilant en ce qui concerne ses prérogatives impériales, ainsi qu’en témoigne la protestation récente adressée à la conférence d’Algésiras illégalement constituée en dehors de son concours…

Ceux qui réussirent

Ils furent deux. L’un s’appela Yakoob Beg ; son royaume s’étendit entre le Thibet, la Chine, le Turkestan russe et le Pamée. C’est la région de Hachgar. D’autres avant lui avaient cherché à en soulever les habitants contre leurs dominateurs chinois, mais nul n’était parvenu à y constituer un gouvernement. En fait, Yakoob Beg régna que onze ans, de 1866 à 1877. Son fanatisme mahométan qui transforma son entreprise en une sorte de croisade anti-boudhique, devait lui aliéner la Chine sans lui gagner la Russie ; puis entre ces deux puissances, obligé de guerroyer perpétuellement pour occuper l’armée qui avait été l’instrument de son élévation, Yakoob Beg était condamné à voir son œuvre s’effondrer. Il n’en fut pas moins, lui simple fils d’un modeste fonctionnaire, un souverain absolu, entouré d’une cour brillante. En 1873, un de ses neveux fut reçu à Pétersbourg par le Tsar, lequel avait l’année précédente, signé un traité avec Yakoob. On peut donc bien le compter parmi ceux qui réussirent.

Plus durable fut toutefois le succès de James Brooke Rajah de Sarawak puisque, lors de son décès survenu en 1868, il laissa la couronne à son neveu, lequel règne encore aujourd’hui. James Brooke était né en Angleterre en 1803 ; il s’était distingué dès 1824 dans une campagne contre la Birmanie ; ayant voyagé par la suite en Extrême-Orient, Bornéo l’avait séduit, et le projet de s’y tailler un joli fief paraît avoir germé dès lors dans son esprit. À la mort de son père, il employa la petite fortune dont il héritait à acheter et à équiper un schooner de 120 tonneaux, et fit voile vers Bornéo. Il débarqua le 15 août 1839 à Kutching, sa future capitale. La province de Sarawak était en rébellion contre son suzerain, l’impuissant petit Rajah de Brunei. Ce fut pour le compte de ce dernier que Brooke y rétablit l’ordre ; puis nommé gouverneur il se rendit bientôt indépendant. Le pays prospéra grandement entre ses mains ; la piraterie disparut, la justice s’organisa… L’Angleterre reconnut ses droits ; par la suite, l’État de Sarawak fut placé sous son protectorat honoraire, mais ce n’est qu’au cas viendrait à s’éteindre la dynastie des Brooke, que Sarawak se trouverait annexé à la couronne britannique. Voilà donc une réussite, une vraie.

Royautés de fantaisie

Premier prix de fantaisie : lady Esther Stanhope, reine de Palmyre. Impossible de dire autrement, et qu’on nous passe l’expression, elle était bien maboul, cette pauvre femme. Mais on conçoit que Lamartine lui ait trouvé de la saveur lorsqu’il lui rendit visite au cours d’un voyage en Orient. Nièce de William Pitt, lady Esther était née à Londres en 1776 ; elle avait pu se croire appelée à jouer auprès de son oncle qui prisait fort son intelligence un rôle politique. Pitt disparu, lady Esther se rendit en Palestine pour y restaurer sa santé ; tout de suite elle s’habilla à la turque et comme elle répandait l’or à pleines mains, sa popularité grandit rapidement. Après un séjour à Damas qu’elle remplit de ses excentricités, elle se mit en route pour Palmyre. On lui avait préparé une inoubliable réception ; au milieu des ruines se tenaient des jeunes filles enguirlandées, sous les portiques des femmes dansaient, des bardes chantaient et tous les brigands de la région exécutaient dans la plaine des fantasias sans fin.

Cette journée coûta, dit-on, trente mille piastres à lady Esther, mais lui permit de se croire un instant l’héritière de Zénobie ; et cet instant suffit à illuminer su vie ; elle la « rumina » de 1814 à 1839 dans le vieux couvent de Dhar-Djoun situé sur une des croupes du Liban. Là, lady Esther fixa sa résidence peu après son « couronnement » ; elle y mena une vie bizarre, mystérieuse, au milieu de derviches et de devins occupés à découvrir dans le Coran les destins glorieux réservés à leur hôtesse. Ses prodigalités l’avaient dès longtemps ruinée et ce fut le Consul d’Angleterre à Beyrouth qui dut payer les frais de ses humbles funérailles.

Après cela tous les autres « fantaisistes » pâlissent, même Théodore roi de Corse et Orélie roi d’Araucanie. Le premier était un allemand le baron de Neuhoff d’humeur changeante et de bourse toujours vide ; il avait rempli diverses missions auprès de Charles xii de Suède puis d’Alberoni ; plus tard, en Italie, un moine le mit en relations avec des réfugiés corses qui ne parlaient que d’émanciper leur île. Il fallait de l’argent ; Neuhoff en emprunta à un chirurgien français et à deux religieuses dominicaines ; mais ce fut le Bey de Tunis qui lui procura le vaisseau et les munitions nécessaires à son débarquement lequel s’opéra en 1736. Théodore ayant débarqué et s’étant proclamé lui même, n’eut rien de plus pressé que de fonder un ordre de chevalerie compliqué et décoratif… après quoi il se rembarqua. Nous ne le suivrons pas dans ses aventures qui ne le ramenèrent en Corse qu’une seule fois pour quelques semaines ; il s’y était peut-être créé des droits, mais n’avait pas su s’y former assez de sujets fidèles pour les soutenir.

On doit cette justice à Jean Thonnens, fils de cultivateurs et clerc d’avoué à Périgueux qu’il tint — en jetant les yeux sur l’Amérique du Sud — à ne prendre le royaume de personne ; l’Araucanie était terre libre. Bien baroque en tous cas la passion qui s’éveilla dans son cerveau de gratte papier pour ce sol lointain et ses sauvages habitants. Il l’entretint avec une persévérance surprenante, il parvint à gagner le Chili, et après deux ans d’études franchit en 1860 la frontière d’Araucanie. Tout de suite, il fit part de son « avènement » au président du Chili, et par un décret rendu dans quelque clairière de forêt, il annexa la Patagonie à ses possessions. Qu’en pensèrent les Indiens ? On n’a jamais bien su. Ils aimèrent probablement la haute taille, la belle tournure et la barbe abondante de Sa Majesté, mais ne comprirent point ses décrets et ses proclamations. Fait prisonnier par les Chiliens, acquitté comme aliéné, embarqué malgré lui à destination de la France, Orelie, toujours sans argent, réussit quand même à reparaître en Araucanie en 1869, et il est certain que si à ce moment la France l’avait soutenu, il s’y fut maintenu, mais, il y avait à la base de son entreprise quelque chose de trop ridicule pour que l’opinion s’y intéressât. Ce fantaisiste n’en fut pas moins un entêté et un énergique.

Les oubliés

M. de Villiers du Terrage a négligé dans sa galerie de portraits un type bien amusant. C’est le brave « chocolat » dont Haïti fit momentanément un empereur. Comme Napoléon iii régnait en France, tout fut à la Bonaparte dans l’empire d’Haïti et l’Illustration de l’époque reproduisit Sa Majesté Faustin ier et l’impératrice Adelina son épouse, revêtus pour leur sacre, des costumes qu’ils s’étaient commandés à Paris — sur le modèle de ceux utilisés jadis au sacre de Napoléon ier. Rien de comique comme leurs bonnes faces de nègres émergeant de la blanche hermine. Faustin eut tout juste le temps de créer une noblesse destinée à faire l’ornement de sa cour ; il distribua des titres à ses fidèles qui s’appelèrent harmonieusement le prince de la Marmelade, le duc de Trou-Bonbon ou le prince de l’Anguille sous roche. Hélas ! souverains, cours et noblesse firent comme les marionnettes de la chanson : trois petits tours et puis s’en vont. Il aurait fallu nous parler de Faustin et, pendant qu’on y était, de son « prédécesseur » le fameux Toussaint Louverture. Mais, sans vouloir chercher querelle à l’auteur, il a omis plus d’un nom important et par exemple celui de l’empereur Iturbide au Mexique et celui de Jacques de Liniers, ce français de haute intelligence qui devenu vice-roi de la Plata fit des propositions à Bonaparte en vue d’installer le protectorat français dans ses domaines. Bonaparte écouta d’oreille distraite et la faute qu’il commit ce jour-là fut bien autre que l’abandon de la Louisiane.

Brasseurs d’affaires

Dans cette catégorie prennent place : au temps passé M. de Beniowsky qui entreprit la colonisation de Madagascar d’abord pour le compte de la France ensuite pour son propre compte, et, de nosjours, Harden Hickey, Mayrena et le marquis de Rays. Harden Hickey, irlandais né en Amérique est surtout connue comme ayant dirigé à Paris le fameux journal le Triboulet qui de 1838 à 1880 encourut dix neuf condamnations. Ses satires souvent guerrières mais parfois spirituelles contre les hommes politiques de l’époque lui firent une réputation universelle. Toutefois elles passèrent bien vite les limites du tolérable et Harden Hickey fut expulsé de France. Ayant mangé sa fortune, il se mit à dévorer de même celle de sa seconde femme. En dernier lieu il érigea en principauté la petite lie (cinq kilomètres sur trois) de la Trinidad sise au large de Rio de Janeiro. Il réclamait un cautionnement préalable de 10.000 francs de chacun des colons qu’il cherchait à attirer par des promesses fallacieuses mais personne ne se présenta. Le prince de la Trinidad se suicida à El paso en 1898.

Harden Hickey du moins se trouvait ainsi n’avoir ruiné que lui-même tandis que le marquis de Rays fondateur de cette colonie de Port Breton qui inspira à Daudet son troisième Tartarin ruina et perdit beaucoup de monde. Ce crapuleux personnage pour lequel M. de Villiers marque une indulgence incompréhensible expédia en Océanie de nombreuses victimes attirées dans le piège par les convictions catholiques dont M. de Rays faisait grand étalage. L’auteur de cette vilaine histoire ne récolta en fin de compte que 4 ans de prisons et 3.000 francs d’amende. C’était peu. Il chercha sur la fin de ses jours à vendre comme produit pharmaceutique de la poussière de granit breton. Cette étrange médecine, la foi aidant, opéra quelques guérisons.

Charles Marie de Mayrena qui vers 1887 se proclama roi des Sedangs, petite peuplade de l’Annam avait toute l’imagination et toute l’absence de scrupules nécessaires pour accomplir d’aussi notables exploits, mais les circonstances ne lui furent pas favorables ; il dut se borner à confectionner à son profit des traites portant de fausses signatures.

Deux projets

Tout le monde sait que le général Lallemand condamné par la Restauration pour son attitude pendant les Cent Jours conduisit au Texas un certain nombre de ses camarades de la Grande Armée et tenta d’y fonder avec eux une colonie qui s’appela le Champ d’asile ; tout le monde connaît d’autre part l’aventure du comte de Raousset Boulbon qui, attiré en Californie à l’époque de la découverte de l’or et n’y ayant pas réussi, s’avisa en 1852 de conquérir la riche province mexicaine de Sonora, équipée qui se termina par la capture et l’exécution du moderne conquistador. Mais on ignore généralement que des arrière pensées de fidélité dynastique se soient dissimulées derrière ces actes. Ami personnel du duc d’Aumale, Raousset Boulbon forma-t-il vraiment le plan de lui préparer sur la côte du Pacifique un trône exotique ? La chose reste douteuse. Il paraît assez certain au contraire — sa conduite étrange et par instants inexplicable semble l’attester — que le souci de faire de l’agriculture prospère ne hanta jamais l’esprit du général Lallemand et que dans son Champ d’Asile il préparait une expédition destinée à enlever Napoléon de Sainte-Hélène par un hardi coup de main. Mais, comment s’y fut-il pris ? Le détail serait curieux à connaître. Malheureusement le général Lallemand ne l’a pas raconté et nous n’en saurons jamais rien.

Les prophètes

On ferait un pittoresque parallèle entre Cabet l’inventeur de l’Icarie et Brigham Young le grand chef des Mormons. Fils d’un tonnelier de Dijon, avocat, carbonaro, écrivain et député, Cabet, lorsqu’en 1840 il publia son Voyage en Icarie n’avait pas la moindre velléité de se rendre lui-même dans ce pays fortuné et par l’excellente raison qu’il ignorait ou le placer. C’était un pays d’imagination, une terre promise où tout était parfait ; l’État se chargeait de tout, même de faire la cuisine. Lorsque sept ans plus tard dégoûté de la politique, Cabet voulut passer à la réalité, cette réalité transforma le rêve en cauchemar. L’Icarie établie d’abord au Texas puis dans l’Illinois périt dans le grabuge le plus éhonté ; Cabet qui y exerçait les fonctions de prophète-dictateur mourut d’apoplexie à Saint-Louis en 1856.

Tout autre fut le sort de Brigham Young qui, élu président des Mormons en 1844. mourut à Sait Lake City en 1877, possesseur de quinze millions, époux de seize femmes, père de quarante cinq enfants et pontife d’une église de 200.000 membres. Brighman Young était doué d’autant de talent que de caractère ; nous ferons bien entendre des réserves sur sa valeur morale. Il est malheureusement certain d’ailleurs que les appétits et les intérêts excités par sa propagande auraient aujourd’hui comme alors plus de chances de grouper de nombreux adhérents, que les beaux sentiments auxquels Cabet faisait appel. Le rapprochement de ces deux noms comporte donc une haute leçon de philosophie.

Un Archipel à prendre

Bien d’autres seraient encore à citer : et le flibustier Walker qui exerça au Nicaragua une brève dictature et John Adams, le matelot révolté qui devint patriarche d’une communauté océannienne et Mac Greger, cacique des Mosquitos et le baron de Thierry, roi de Noukahiva et les soldats de fortune, Boigne, Perron, Thomas, Raymond qui, à la fin du xviiime siècle et au début dn xixme réorganisèrent les armées de Rajahs de l’Hindoustan et parvinrent de la sorte aux situations les plus hautes. Mais il faut se borner. Passons même sur la royauté d’Yvetot de joviale mémoire et sur ce vieil ivrogne de Philippe Pinel qui put vraiment s’intituler le roi des Écréhous par la raison qu’il était alors le seul habitant du minuscule archipel.

Du reste la liste pourrait bien s’allonger encore. M. de Villiers du Terrage a terminé en effet son volume par un spirituel épilogue dans lequel il avertit ses lecteurs qu’il reste au moins une royauté à fonder. Avis à ceux qui se sentiraient tourmentés du désir d’émettre des timbres à leur effigie. Ce serait évidemment une royauté un peu humide. Il s’agit en effet de l’archipel Tristan da Cunha perdu au milieu des flots de l’océan austral entre le Cap de Bonne Espérance et la Patagonie. Occupé par les Anglais au temps que Napoléon était détenu à Sainte Hélène, il fut évacué par la suite. On y pouvait tuer des phoques en abondance et les habitants ne dépassaient pas la centaine. C’est de quoi se procurer dix dizaines de fonctionnaires. Cela suffit donc à constituer l’embryon indispensable d’un État moderne.

Conclusions

Il apparaît que dans l’ouvrage de M. de Villiers, la France tient le premier rang par la quantité et la qualité. On parlera de désordre mental. Mais en général tous ces hommes ne furent des détraqués que dans la mesure ou un peu de détraque se mêle inévitablement à l’esprit d’aventure poussé à l’excès. La figure la moins équilibrée est sans contredit celle d’une anglaise, Lady Stanhope. Et si la France a fourni en ces personnes de Jules Gros et de Jacques Lebaudy des types d’un ridicule achevé, d’autre part, un Béthencourt, un Boigne, un Raymond s’affirment comme des initiateurs et des organisateurs de grande envergure. Retenons en ceci — que tant de faits quotidiens confirment par ailleurs : le français est homme d’action et d’entreprise par tempérament et par hérédité. Il n’y aurait qu’à le laisser faire. Mais les règlements administratifs qui l’enserrent semblent conçus de façon à toujours l’entraver dans sa marche et lui couper la retraite sans parler de l’incapacité à jamais profiter de ses efforts. Nous citions tout à l’heure le nom de Jacques de Liniers ; il nous eut donné la Plata comme Higginson nous eut donné les Nouvelles Hébrides. Se rappelle-t-on seulement chez nous cet orfèvre de Vendôme, Girodon qui devint vers 1850 sous le pseudonyme de d’Orgoni, secrétaire d’État et généralissime de l’empereur birman ; si on l’eut suffisamment secondé, la Birmanie serait aujourd’hui sous le protectorat français.

Il était donc injuste de dire au début de cet article que la lecture du livre de M. de Villiers semblait plus amusante qu’instructive ; évidemment ses héros se tiennent en marge de l’histoire et pour l’apprendre, il n’est pas besoin de s’occuper d’eux ; mais leurs exploits sont instructifs en ce qu’ils nous rappellent toutes les occasions propices que sans cesse la France laisse échapper d’étendre son influence en soutenant à propos ses nationaux.


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