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Revue littéraire - La Confession d’un réfractaire

Revue littéraire - La Confession d’un réfractaire
Revue des Deux Mondes3e période, tome 68 (p. 212-224).

Les Réfractaires ; — l’Enfant ; — le Bachelier ; — l’Insurgé.


C’est d’un vilain homme que je vais parler, et, — sans précisément vouloir m’en excuser, auquel cas il serait plus simple, maintenant qu’il est mort, de le laisser tranquille, — je dois dire tout d’abord les raisons que j’ai d’en parler. La première, c’est que « la mort n’est pas une excuse, » comme il l’a dit lui-même, et qu’au contraire elle marque pour chacun de nous l’heure d’être jugé selon ses actes et selon ses œuvres, sans haine, mais aussi sans hypocrisie de sentimentalisme. La seconde, c’est que l’auteur de l’Enfant, du Bachelier, de l’Insurgé, fort éloigné d’avoir jamais été le rare écrivain que l’on est en train d’en faire, cependant, une fois ou deux, n’a pas manqué de quelque talent. On peut dire également du journaliste du Cri du peuple et du membre de la commune que, si les circonstances ne lui ont pas permis d’accomplir tout le mal qu’il rêvait, cependant il aura sa place dans l’histoire d’une insurrection que l’avenir n’amnistiera pas. Mais de tant d’autres raisons que je pourrais encore ajouter, celle-ci sans doute paraîtra la plus forte, que les confessions de Jacques Vingtras ou de Jules Vallès offrent à l’observation l’un des plus « beaux » cas qu’il y ait, des plus complets et des mieux caractérisés d’une maladie qui, plus qu’aucune autre, mériterait vraiment d’être appelée la maladie du siècle : je veux dire l’exaltation de l’amour-propre et l’hypertrophie de la vanité littéraire. Quand cette maladie s’attaque à des natures saines d’ailleurs et défendues contre elle par un peu de bon sens ou un reste d’éducation, on sait, et les exemples en seraient faciles à nommer, ce qu’elle fait néanmoins de ravages. Mais quand elle s’empare, comme quelquefois, d’un déclassé, c’est alors qu’on la voit développer tous ses effets. Et si ce déclassé, par hasard, se trouve être, comme Jacques Vingtras, une nature foncièrement immorale, mauvaise et dangereuse, le mal aboutit finalement à des déformations d’une valeur unique pour le naturaliste, le psychologue et l’historien.

On a beaucoup vanté son talent depuis quinze ou vingt jours, et peu s’en faut que ceux-là mêmes à qui sa manière de s’en servir faisait le plus de peur ne l’aient transformé, comme j’ai dit, en une espèce de grand écrivain. Accordons-leur donc qu’il y a dans les Réfractaires, dans l’Enfant, dans le Bachelier même, dans l’Enfant surtout, quelques pages, et peut-être deux ou trois chapitres qui ne sont pas du premier venu. Disons en outre, s’ils y tiennent, que la préoccupation de l’adjectif, le souci de la phrase, et la rage de l’effet pittoresque, — une rage froide qui n’enlève jamais à l’écrivain l’entière possession de ses moyens de style, — se sentent, se trahissent ou plutôt s’étalent partout. Mais ce ne sont enfin là que les procédés bien connus du naturalisme, habilement diversifiés par ceux du petit journalisme : un peu de Rochefort dans beaucoup de Zola, du Zola moins puissant, plus court d’haleine, et du Rochefort moins spirituel, ou, pour mieux dire, moins divertissant. « Marcelin tient une auberge dans une rue du faubourg. Il a la réputation à dix lieues à la ronde pour le vin blanc et les grillades de cochon. Il y a, quand on entre, une odeur chaude de fumier et de bêtes en sueur qui avance, comme une buée, de l’écurie… Il y a aussi les émanations fortes du fromage bleu. » C’est du Zola, comme on peut voir, et, pour qu’on n’en ignore, la buée même n’y manque pas. Voici maintenant du Rochefort : « Je couvrirai mes émotions intimes du masque de l’insouciance et de la perruque de l’ironie ; » ou ceci encore : « Rester assis, c’est bien ; mais, quand l’heure du fouet sonnera de nouveau, où en serai-je ? Les délices de Capoue m’auront perdu : je n’aurai plus la cuirasse de l’habitude, le caleçon de l’exercice, le grain du cuir battu ; » et vingt autres métaphores, — car ce sont des métaphores, — du même goût hardi, si l’on veut, mais surtout prétentieux et douteux. Rien d’ailleurs, il faut bien le savoir, ne s’imite plus aisément ; ce n’est guère qu’une habitude à prendre, comme l’on fait celle du calembour ; et le moindre vaudeville abonde en drôleries plus cocasses, de même que, de son côté, le moindre roman naturaliste est plein de descriptions qui ne fleurent pas mieux, mais plus fort. Là-dessous, dans ces quatre ou cinq volumes, pas une ombre d’imagination seulement, pas un commencement, pas un rudiment, pas un semblant d’idées ; les chroniqueurs parisiens, ainsi qu’ils s’intitulent, fabriquent vraiment à bon compte une réputation d’écrivain.

Tout ce que l’auteur des Réfractaires a mis de personnel, sinon d’original, dans l’emploi monotone de ces procédés d’école, c’est uniquement son accent de haine et de convoitise : la colère de l’impuissant qui s’en prend à tout le monde, hors à lui-même, de son impuissance, et l’envie brutale du jouisseur. Il n’a rien aimé dans sa vie, pas même la révolution, quoi qu’il en ait voulu dire, et encore moins le « peuple, » dont les sueurs blessaient son odorat d’aristocrate, mais il a beaucoup haï, prodigieusement haï, d’une haine inexpiable ; et c’est le plus clair de son talent. D’autres n’eussent pas écrit s’ils n’avaient pas aimé ; lui, au contraire, s’il n’avait pas haï. C’est dans l’injure qu’il a cherché sa seule inspiration, et s’il l’a quelquefois trouvée, c’est dans l’insulte, en enchérissant sur ce que l’auteur des Châtimens ou l’auteur des Odeurs de Paris avaient dit avant lui, mais, pour s’ouvrir une carrière nouvelle, en crachant, de plus qu’eux, sur ce qu’ils avaient respecté. De toutes les manières de se donner aux yeux de ses contemporains les apparences du talent, et de forcer en quelque sorte la réputation, il n’y en a guère, pourvu seulement que l’on sache tourner une phrase, qui soit plus sûre et surtout plus rapide. Car si nous partageons les rancunes de l’insulteur, il flatte, il caresse, il nourrit nos plus mauvaises passions ; mais si nous ne les partageons pas, il nous irrite, il nous indigne, il nous révolte d’autant plus qu’il insulte plus fort ; et, pour les uns comme pour les autres, il est quelqu’un.

C’est évidemment ce que n’ont pas compris les critiques naïfs qui, pour accorder ensemble, dans l’oraison funèbre de ce mort, leur admiration de son talent avec leur effroi de ses doctrines, ont déploré d’un commun sentiment, selon un thème convenu, que la fâcheuse politique eût enlevé cet écrivain aux lettres. Mais ils peuvent se consoler, et le mal n’a pas été grand. La politique n’enlève aux lettres que ceux qui ne les aiment point ou qui ne les ont choisies que comme le plus court moyen de faire en ce monde leur trou. Plaindra-t-on pas peut-être aussi l’auteur de la Vieillesse de Brididi d’avoir déserté le vaudeville pour allumer sa Lanterne ? Mais le pamphlétaire de la Lanterne, comme celui du Cri du peuple, c’est la politique seule qui les a tirés du milieu de la foule où ils étaient confondus, et d’où l’on ne voit pas qu’ils eussent pu sortir autrement que par la politique, — puisqu’il paraît du moins que c’est là de la politique : « J’ai honte de moi par momens, disait précisément Vallès en nous racontant dans l’Insurgé ses débuts de journaliste, quand c’est seulement le styliste que la critique signale et louange, quand on ne démasque pas l’arme cachée sous les dentelles noires de ma phrase comme l’épée d’Achille à Scyros. » Prophète après coup, comme tous les prophètes qui voient juste, — car il n’y a pas trois ans que Jacques Vingtras faisait sur lui-même cette découverte, — il se rendait compte au moins que, sans la fureur injurieuse de sa rhétorique et ses perpétuels appels à la discorde sociale, son nom de Vallès fût demeuré dans son obscurité première. En effet, sans eux et par conséquent sans la politique, après un peu de bruit qu’avaient soulevé les Réfractaires, bruit de vitres cassées qui peut bien en passant nous obliger à retourner la tête, mais ne saurait longtemps nous retenir, tout était à recommencer dans un siècle où, comme dans le nôtre, dix ans, quinze ans, vingt ans d’acharné labeur ne suffisent pas toujours à fixer sur un homme l’attention de ses contemporains. Mais, justement, ce soi-disant « styliste » et ce prétendu « lettré » n’était pas homme à rien recommencer, vidé qu’il était par ce premier effort, complètement vidé, vidé de tout, — excepté de son fiel. On avait déjà trouvé les Réfractaires eux-mêmes monotones, et ils l’étaient sans doute autant que le puisse être un recueil d’articles ; on trouva communément la Rue plus monotone encore, car c’était toujours la même chose ; et ni dans l’Enfant, ni dans le Bachelier, ni dans l’Insurgé on ne saurait rien découvrir qui ne fût dans la Rue ou dans les Réfractaires. Sans les circonstances qui firent de lui une caricature de personnage politique, Vallès eût-il seulement écrit ses trois derniers livres, on peut se le demander ; et qui songerait à lire aujourd’hui les deux premiers si ce n’était pour y chercher le secret de sa politique ?

Le secret de sa politique, nous en avons dit déjà les deux premiers mots : impuissance et convoitise ; le troisième en est la paresse, non pas celle de l’épicurien, ni même celle de ces enfans de bohème que Murger avait jadis chantés, mais la paresse orgueilleuse, la papesse insolente, celle que l’on déguise sous les beaux noms d’indépendance et de respect de sa dignité. Si Jacques Vingtras, quinze ou vingt ans durant, a traîné sa misère en savates sous les galeries de l’ancien Odéon et dans les cafés du vieux quartier Latin, c’est que ses convictions ne lui permettaient pas de prêter serment à l’empire. Mais la haute idée qu’il se faisait du grand homme qu’il portait en lui ne lui permettait pas davantage de faire comme tout le monde, et de chercher sa vie dans le travail. Il se jeta donc dans la bohème, prépara dans les crémeries la revanche de décembre et servit la grande cause de la révolution sociale en chassant à la pièce de cent sous. Les impuissans le sont rarement au point de ne savoir se faire des qualités de leurs défauts mêmes, et les orgueilleux excellent à se parer de leurs vices comme d’une marque qui les distingue. Celui-ci se fit une situation de sa misère, et, si quelque bonne âme peut-être était tentée de le plaindre, il faut qu’elle sache au moins la cause qui le retint si longtemps dans la bohème. « On avait une âpre jouissance à se sentir le plus fort dans le pays de la détresse, à être, — pour pas trop cher de vaillance et parce qu’on avait appris du latin ; — le grand homme de la gueuserie sombre. » Voilà le vrai mot lâché : De la rue Soufflot à la rue Madame, et du carrefour de l’Observatoire à celui de l’Odéon, — pour pas trop cher de vaillance, retenez bien cet aveu précieux, — il était une façon de grand homme. La crédule jeunesse, en tout temps, s’est volontiers laissé prendre à ces affectations d’indépendance et de cynisme. Elle confond aisément deux choses qui pourtant sont bien différentes : le mépris des préjugés et le courage de l’esprit. Elle ne distingue pas non plus très nettement le goût de l’aventure d’avec la dignité du caractère. A l’émerveillement donc de ces fils de famille qui débarquent chaque année du fond de leur province, futurs notaires, futurs magistrats, futurs bons époux et bons pères, « le plus fort dans le pays de la détresse » exécutait des danses sur la corde raide, il jonglait avec des boulets, il avalait des lames de sabre et rendait de l’étoupe enflammée. Ce saltimbanque avait ses tréteaux, cet aboyeur en plein vent son public ; et c’était le commencement de cette popularité dont rêvait son orgueil.

Ce n’est pas sans motif que je me sers ici de ces comparaisons, mais c’est qu’effectivement, comme un hercule de foire, il avait la vanité de sa force physique, de ses gros poings, de son « coup de pied de bas ; » de son besoin de rendre, comme il dit, les coups qu’il avait reçus. « On m’a battu pendant toute mon enfance, cela m’a durci la peau et les os… Allons, rangez-vous que je le corrige, ce fou qui me cherche querelle, à moi, l’échappé des mains paternelles… J’ai dix ans de colère dans les nerfs, du sang de paysan dans les veines, l’instinct de la révolte… Ne me touchez pas ! Prenez garde ! j’ai trop d’avantage sur vous. » Et, comme un bellâtre de barrière, à cet orgueil de sa vigueur il ajoutait la fatuité de ses cheveux noirs, de sa peau de cuivre, de ses « dents de marbre. » Lorsque les romantiques déclamaient jadis le sonnet fameux :

Je suis jeune ; la pourpre en mes veines abonde ;
Mes cheveux sont de jais et mes regards de feu,

ils eussent bien voulu se faire prendre et se prendre eux-mêmes au sérieux, mais ils ne pouvaient pas s’empêcher de sentir qu’ils étaient légèrement ridicules, et l’ironie se jouait parmi leurs vanteries. On ne peut pas se tromper à l’accent de Jacques Vingtras ; c’est bien franchement, quand il s’examine, qu’il ne voit rien en lui qui ne le distingue du commun des hommes, et ne le marque, pour ainsi dire, d’un signe nouveau de supériorité. « On me fait des complimens sur mon pied chez le bottier. Il parait que je ne l’ai pas trop vilain, — je ne l’ai jamais su ; » ou encore, « Je vois dans une glace un garçon brun, large des épaules, mince de taille, qui a l’air heureux et fort. Je connais cette tête, ce teint de cuivre, et ces yeux noirs. Ils appartiennent à un évadé qui s’appelle Jacques Vingtras. Je me dandine sur mes jambes comme sur des tiges d’acier. Il me semble que je suis sur un tremplin : j’ai de l’élasticité plein les muscles, et je bondirais comme une panthère ; » ou bien encore, quand pour la première fois, il s’est fait habiller chez un tailleur à la mode : « Me voilà enfin armé de pied en cap : bien pris dans ma jaquette, les hanches serrées dans mon pantalon doublé d’une bande de beau cuir rouge, à l’aise dans ce drap souple. J’ai fait tailler ma barbe en pointe, ma cravate est lâche autour de mon cou couleur de cuir frais, mes manchettes illuminent de blanc ma main à teinte de citron, comme un papier de soie fait valoir une orange. » Il porte haut la tête, ce jour-là, il promène ses habits sur le boulevard, les filles le regardent. « Il y a un bar américain, près du passage Jouffroy, où la mode est d’aller vers quatre heures. Des boursiers, des viveurs, des gens connus viennent là parader devant les belles filles qui versent les liqueurs couleur d’herbe, d’or et de sang. Je ne déplais pas, paraît-il, à ces filles. « Il a l’air d’un terre-neuve,’ a dit Maria la Croqueuse. » Et, parmi tout cela, les rodomontades de l’ancien orgueil qui subsiste toujours : des « menaces de gifles toutes prêtes, » l’envie de « souffleter un ganté du bout de ses gants neufs, » et la fureur de « faire saigner un riche. » C’est sa façon de concilier les appétits de jouissance et de luxe vulgaire qui lui brûlent le sang, avec son rôle de conspirateur et d’ouvrier de la révolution future. Le jour où Jacques Vingtras aura du vin, de l’or, et des femmes, la révolution ne sera-t-elle pas faite ? Et malheur à celui qui dira le contraire !

Avec l’ordinaire hypocrisie de tous ceux qui nous font leur confession, — pour que nous pensions d’eux ce qu’ils veulent qu’on en pense, — il a donc vainement essayé de rapporter cette « soif de bataille » à l’humilité de sa première origine, et « au sang de paysan qui coulait dans ses veines. » On voit du moins que, s’il y coulait du sang de paysan, il y était fortement mélangé de sang d’aristocrate. Et, en réalité, fanfaron de grossièreté, tartufe de jacobinisme, peu de gens ont eu le mépris du peuple au même degré que ce réfractaire et que ce déclassé. Luisans de convoitise, c’est toujours en haut que ses yeux regardent, vers les « bourreaux d’argent, creveurs de chevaux, entreteneurs de filles ; » mais le paysan, mais l’ouvrier, mais ceux qui travaillent et qui peinent offensent la délicatesse de ses sens. « Ils mangent en bavant, ouvrent la bouche en long ; ils se mouchent avec leurs doigts, s’essuient le nez sur leurs manches ; » Jacques Vingtras, fils d’un maître d’études, est fait à d’autres manières. Il faut l’entendre nous parler des bonnes gens qui lui procurent un gîte, en l’adressant à leurs amis « avec un mot, gras comme les doigts du charcutier qui a vendu les côtelettes, » ou de ceux qui l’aident à vivre en lui procurant du travail : « Je ne fais rien, — pardon ! je gagne dix sous cinq fois par semaine. Je donne une leçon à un fils de portier. » Sans doute il lui faudrait des vidâmes pour leur enseigner le latin, que d’ailleurs il ignore, et sur l’encre de ses billets de la poudre de diamans ! Et quand le concierge de l’École de droit, avant de lui donner une adresse qu’il demande, lui dit de descendre dans la salle des inscriptions, et de « faire, en l’attendant, comme s’il était domestique, » de quel accent il répète, après vingt ou trente ans passés : « Je fais comme si j’étais domestique ! » Mais, en revanche, de quel accent aussi, sincère celui-là, se rappelant le spectacle qu’il avait à Nantes, quotidiennement, sous les yeux, il s’écrie : « Le peuple ! .. où est donc le peuple ici ? Ces meneurs de bateaux, ces porteurs de cottes, ces Bas-Bretons en veste de toile crottée, ces paysans du voisinage en habit de drap vert, tout cela n’est pas le peuple. » Et, en effet, « tout cela, » c’est le peuple qui gagne durement sa vie, dont les plaisirs sont grossiers, dont les joies sont vulgaires, le peuple qui se prive sur son nécessaire, et qui « s’ôte le pain de la bouche » pour faire de ses fils, comme de celui-ci, des bacheliers, des bourgeois, des « redingotiers. » Ce n’est pas le peuple des réfractaires, qui vivent en marge des sociétés, ouvriers sans travail, professeurs sans élèves, avocats sans clientèle, étrangers sans aveu, bohèmes sans domicile, vagabonds sans métier, a tout ce qui ne peut pas se dire quelque chose, ophicléide, ébéniste, notaire, docteur ou cordonnier, » toute l’écume des grandes villes, toute la lie des vieilles civilisations. Et surtout ce n’est pas le peuple qui fait les émeutes pour donner aux déclassés de tout poil et de toute origine, avec les pures satisfactions de la vengeance, — ne fût-ce que trois mois, — toutes celles aussi du pouvoir, de l’amour-propre et de l’argent.

Lisez maintenant ce livre intitulé l’Enfant, que je ne trouve point « admirable, » comme quelques-uns, mais que je puis bien appeler « infâme, » sans y mettre, je pense beaucoup d’exagération. L’auteur l’a dédié : « A tous ceux… qui furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parens ; » et il voudrait bien nous faire croire que, s’il a traité la mémoire de sa mère ou de son père comme je doute qu’on le fasse dans les prisons ou dans les bagnes, c’est sous l’impression violemment renouvelée des misères de son enfance et des coups qu’il a reçus. « Ai-je été nourri par ma mère ? Est-ce une paysanne qui m’a donné le sein ? Je n’en sais rien. Quel que soit le sein que j’aie mordu, je ne me rappelle pas une caresse du temps où j’étais tout petit ; je n’ai pas été dorloté, tapoté, baisoté ; j’ai été beaucoup fouetté. Ma mère dit qu’il ne faut pas gâter les enfans et elle me fouette tous les matins ; quand elle n’a pas le temps le matin, c’est pour midi, rarement plus tard que quatre heures. » Mais il ment ; et ce n’est pas là le principe de sa haine. Et nous, entre les lignes visibles d’une confession apparente et publique, il nous faut savoir déchiffrer les aveux qui ne sont pas écrits.

Fils d’une paysanne et d’un maître d’études au collège du Puy, ce que Jacques Vingtras ne leur a jamais pardonné, c’est la modestie de leur condition. « Je viens au monde dans un lit de vieux bois, qui a des punaises de village et des puces de séminaire. » Dans un lit de vieux bois ! lui, ce futur grand homme du pays Latin ! Et sa mère, campagnarde, ne met pas l’orthographe ! Et son père, pauvre hère, a étudié « pour être prêtre ! » Mais leur fils, du moins, leur a fait cruellement expier le crime qu’ils avaient commis en lui donnant le jour. — Ah ! tu portais « des robes raisin avec une ceinture jaune ; » et tu m’habillais « comme un singe, » avec les vieilleries de ton humble garde-robe ; et tu m’appelais « ton pauvre enfant » devant le monde ; et tu te vantais « de ne pas rougir de ton origine ; » et, comme tu n’avais pas les moyens de payer une bonne, tu me « faisais laver quelques assiettes » ou « donner du plumeau sur les meubles ! » Et toi, simple maître d’études ou professeur de septième, tes élèves « se moquaient de ton grand nez et de ton vieux paletot ; » ils me traitaient comme « le fils d’un galérien ou d’un garde-chiourme ; » tandis que, père ambitieux qui n’imagine rien de plus ni de mieux que de faire de son fils quelque chose de plus que lui-même, tu m’obligeais alternativement de « piocher les prophètes » et d’étudier « le que retranché ! » Eh bien ! mon jour est venu, maintenant, de me venger des humiliations que vous m’avez imposées. Les blessures d’amour-propre que vous m’avez values, je vais donc pouvoir vous les rendre, et, si vous n’aviez pas conscience du ridicule que vous traîniez partout après vous, c’est moi qui me charge aujourd’hui de vous l’apprendre. On ne plie pas ainsi l’échine, monsieur Vingtras, devant ses supérieurs ; et vous, madame Vingtras, on ne fait pas de vos plaisanteries dans le monde. Vous m’avez donné de « l’éducation, » supportez-en les conséquences. Tel que vous me voyez, moi, Jacques Vingtras, votre fils, je rougis de mon origine, si vous ne rougissez pas de la vôtre ; et j’ai honte pour vous de notre commune misère, si vous ne paraissez pas eu avoir senti l’aiguillon. On ne fait pas d’enfans quand on est pauvre, et, si l’on a le malheur d’en avoir, on tâche à les traiter comme des enfans de riche. — Et pendant près de quatre cents pages, avec une volupté féroce, il a jeté le ridicule et l’injure sur ce père et cette mère, qui n’avaient au fond d’autre tort que d’avoir peut-être sévèrement élevé l’enfant, dont à notre tour nous avons le droit de dire qu’il le fut trop doucement encore, puisqu’il devait devenir l’homme que nous avons connu.

Si quelque chose d’ailleurs pouvait ajouter à l’odieux de ce livre, c’est qu’il l’écrivit bien des années après avoir joué pour sa mère la comédie de la réconciliation. Un jour, en effet, la malheureuse femme, — il avait dix-sept ans, — s’était demandé si peut-être elle n’avait pas fait fausse route en élevant ce fils unique selon son propre jugement ; et les rancunes du jeune homme effacées par les remords de la mère semblaient à jamais évanouies. Mais dans cette figure de paysanne transformée « par la poésie de la douleur, » tout ce que ce soi-disant avocat des humbles avait vu, c’est que sa mère dans la souffrance « avait la pâleur d’une grande dame, » et c’est tout ce qu’il en avait retenu. Elle avait donné à ce réfractaire la sensation d’une mère d’aristocrate, et pendant quelques minutes, ce démocrate et ce socialiste avait revu sa première enfance comme bercée sur les genoux d’une duchesse.

Comme il avait voulu nous donner le change sur les griefs de son enfance, il a voulu nous le donner aussi sur ceux de son éducation. A vrai dire, ce sont les mêmes, — car jamais peut-être rhétoricien ne s’est vu plus gonflé de son importance ni jamais bachelier plus convaincu de sa science. « Mes parens m’ont donné de l’éducation, et je n’en veux plus ! Je me plais mieux avec les laboureurs et les savetiers qu’avec les agrégés, et j’ai toujours trouvé mon oncle Joseph moins bête que M. Beliben, le professeur de philosophie. » Et dans un autre endroit : « Ah ! oui, je préférerais des sabots ! J’aime mieux l’odeur de Florimond, le laboureur, que celle de M. Sother, le professeur de huitième, j’aime mieux faire des paquets de foin que lire ma grammaire… Je suis peut-être né pour être domestique. » C’est ce que l’on dit quand on a été « le candidat de la misère » à la députation, et qu’on a fait partie de la commune de Paris. Mais quand on est plus sincère, on laisse éclater son mépris pour ceux qui ne savent pas l’orthographe et l’on garde un durable orgueil de ses succès en vers latins. « Le délégué à l’intérieur signe des actes pavés de barbarismes, mais pavés aussi d’intentions révolutionnaires… et il a organisé depuis qu’il est là une insurrection terrible contre la grammaire. » Sentez-vous s’il est fier, lui, « le lettré, » comme on l’appelle entre gens de la commune, de savoir à peu près l’orthographe ? Et quand il nous raconte ses essais de correspondance commerciale : « Monsieur, c’est avec un profond regret que je me vois obligé, triste ministerium, de vous dire que votre demande est de celles que je ne puis albo notore lapillo, marquer d’un caillou blanc. » Sentez-vous s’il est heureux de nous montrer, que, jadis, il n’a pas volé ses nominations en discours latin ? De quoi se plaint-il donc, et que signifie cette dédicace de cet autre livre : « A tous ceux qui, nourris de grec et de latin, sont morts de faim ? » Nous allons le savoir.

Il se plaint que la société, qui fait des bacheliers, ne leur fasse pas des rentes, et que les succès de collège ne classent pas les hommes pour la vie : en haut les forts en thème et les cancres en bas. En lui donnant des prix, on l’avait proclamé supérieur à ceux qui n’en recevaient point ; on lui devait de lui continuer le respect de cette supériorité ; en ne le faisant pas, on lui faisait banqueroute. « Je me croise à chaque instant avec d’anciens cancres, — c’est lui qui souligne, — qui ne s’en portent pas plus mal. Ils n’ont pas du tout l’air de se souvenir qu’ils étaient les derniers dans la classe. Ils sont entrés dans l’industrie, quelques-uns ont voyagé ; ils ont la mine dégagée et ouverte. Ils se rappellent que je passais pour l’espoir du collège. » Pour l’espoir du collège ! .. Et son étonnement devient de la colère, et son amour-propre blessé se tourne en une haine sauvage, à mesure qu’il apprend de la vie qu’un prix de version latine ou de thème grec, n’étant pas la mesure unique de la capacité des hommes, n’est pas celle non plus de leur succès. Car alors à quoi bon cette « latinasserie ? » ces complimens quand il était le premier ? ces fanfares au jour de la distribution des prix ? On se moquait donc de lui s’il y a d’autres forces en ce monde que celle de l’intelligence ? Et quel était le sens de cette révolution fameuse, qui n’avait aboli ni le pouvoir de la naissance, ni celui de la fortune acquise, ni celui de l’honorabilité continuée de père en fils, ni celui de l’esprit de conduite, ni celui seulement du travail et de la volonté ? Si c’en était le temps, — je veux dire s’il s’agissait d’un autre personnage, plus digne de sympathie, — j’aimerais à montrer là le point faible et le vice du système de notre éducation classique. Uniforme, égalitaire, n’ayant pas plus d’égard à la diversité des conditions qu’à l’inégalité naturelle des aptitudes, je ne pense pas qu’il y en ait une plus propre à faire des « Réfractaires » et des « déclassés, » parce que je n’en vois pas qui donne, à la jeunesse une idée moins exacte, plus fausse et plus décevante surtout de la réalité de la vie. Mais la question est de celles que l’on ne saurait trancher ni traiter en passant, Et, dans le cas d’un Vallès, quelques reproches que l’on puisse faire à ce système d’éducation, j’aime mieux dire que, souvent heureux en ses effets, il ne produit ses pires conséquences qu’autant qu’il opère sur une nature foncièrement immorale, mauvaise et dangereuse.

On a bien souvent essayé, dans le temps où nous sommes, d’obscurcir, de brouiller le sens de ces vieux mots. On affecte donc volontiers de croire et peut-être croit-on, pour l’avoir entendu répéter à d’aimables sceptiques, qu’une nature « immorale « est celle tout simplement qui comprend la morale autrement que nous, ou une nature si dangereuse, » celle qui met en péril les intérêts de nos passions et notre égoïsme. Mais les vraies et vieilles définitions en sont autres, et n’ont rien d’arbitraire. Une nature a immorale » est celle qui ne sent pas la nécessité, pour l’être faible ou vicieux que nous sommes, d’être toujours et constamment en garde contre les suggestions qui lui viennent de ce que l’on pourrait appeler son fonds d’animalité. Nous avons tous en nous les commencemens ou les semences des plus détestables passions, et tous nous sommes poussés par des instincts obscurs vers l’assouvissement des pires appétits. Être immoral, ce n’est rien de plus que lâcher la bride à ces instincts, proclamer qu’ils nous sont donnés pour être satisfaits, que c’est donc être dupe que de chercher à les vaincre ; mais aussi c’est remettre en question, dans chacun de nos actes, l’existence même de la société, qui n’est au fond qu’une assurance mutuelle que les hommes ont prise les uns contre les autres. Ai-je besoin de prouver que peu de natures ont été plus profondément « immorales » que celle du malheureux homme dont je parle, si peu de « réfractaires » ont réclamé plus insolemment que lui le droit d’être lui-même, sans mesure et sans borne ? Il ne s’agit plus ici de ce qu’il a fait ou de ce qu’il n’a point fait ; — nous dépendons trop des circonstances pour que nos actes seuls suffisent à fonder un jugement sur nous ; — il s’agit de ce qu’il eût voulu faire si l’occasion, si la fortune, si nos destins l’eussent permis. Or, il nous a lui-même raconté son existence à peu près tout entière, et quoi qu’il ait pu rêver de honteux ou de coupable, on ne voit pas qu’il ait un seul instant hésité sur son droit de le faire. De toutes les formes de l’immoralité, si ce n’est pas la pire, elle en est du moins bien voisine ; j’en connais de plus dégradantes, mais non pas de plus complètes ni de plus redoutables : se prendre soi-même comme l’on est, avec ses défauts, avec ses vices, et n’hésiter jamais, pour aucune considération que ce puisse être, à les diviniser en les satisfaisant. Jacques Vingtras s’est peut-être su gré d’avoir écrit l’Enfant comme d’un acte de courage, et en tout cas, pas une heure, pas une minute il n’a cru qu’il lui fût interdit de l’écrire. En effet, qu’importait le reste, — le reste, c’est-à-dire tout ce qui rend le souvenir du père ou de la mère sacrés à leur enfant, — du moment qu’il avait son amour-propre à venger, ses rancunes à évacuer et sa bile à vomir ?

Ajoutez maintenant qu’aucune qualité n’a compensé ses vices, et c’est en bon français ce qu’on appelle une mauvaise nature : celle où manque, en même temps qu’une volonté droite qui discipline et qui dompte l’instinct, l’idée qui l’utilise, en le détournant, comme on fait des forces physiques, vers un but meilleur et plus noble qu’il n’est lui-même. Dans la plupart des hommes, en effet, le mal est mélangé de bien. Ceux mêmes qui vont droit devant eux, sans réflexion, repentir ni remords, peuvent proposer à leur besoin d’agir un objet qui l’épure. Il y a des sophistes, comme Rousseau, comme Proudhon, que l’on peut détester, mais que cependant la morale ne saurait absolument condamner ; et il y a des révolutionnaires comme Danton, comme Robespierre, que le jugement de l’histoire a distingués, distinguera toujours d’un Hébert ou d’un Marat. Ce n’est pas seulement que les uns ou les autres, en prêchant la révolte ou se laissant tomber jusqu’au crime, y aient porté une autre pensée que celle de faire leur fortune littéraire ou politique, c’est qu’ils avaient, quel qu’il fût, un certain idéal, je veux dire une préoccupation qui débordait l’heure présente, la vie mortelle, un souci de ce qui serait quand eux-mêmes ne seraient plus. Tels d’entre eux étaient si loin d’être des natures « immorales, » que la morale, c’est-à-dire la formule de la conduite humaine, a été la grande affaire de leurs méditations ; et tels autres, justement flétris, et quoique leur nom n’éveille que d’odieux souvenirs, ne furent pas cependant des natures tout à fait « mauvaises. » Et la preuve en sera si je mets seulement à côté des noms que je viens de citer le nom de Jules Vallès.

C’est que celui-ci n’eut jamais ce qui s’appelle une idée politique ou sociale, c’est que jamais il ne connut qu’une ardeur, celle de parvenir, et c’est enfin que jamais il ne se proposa d’autre objet que de rassasier les convoitises de Vallès. J’ai tâché de montrer quelles elles avaient été. « La voilà donc, s’écrie-t-il, à la date du 18 mars 1871, dans l’Insurgé, la voilà donc, la minute espérée et attendue depuis la première cruauté du père, depuis la première gifle du cuistre, depuis le premier jour passé sans pain, depuis la première nuit passée sans logis ! — Voilà la revanche du collège, de la misère — et de décembre. » La revanche de décembre ! le lecteur sait ce qu’il en doit penser maintenant. C’est le mot qu’il fallait pour donner une couleur politique aux haines de Jacques Vingtras et à ses convoitises. Mais si l’on pouvait douter qu’il se moquât de décembre comme de brumaire, et de février comme de juillet, il suffirait d’un dernier aveu. « Les gueux sont des gens heureux, dit la chanson de Béranger, mais il ne faut pas dire cela aux gueux ; s’ils le croient, ils ne se révolteront pas ; ils prendront la besace, le bâton, et non le fusil. » En effet, s’ils ne prennent pas le fusil, que deviendra Jacques Vingtras ? et que deviendront ses appétits ? Disons donc aux gueux qu’ils ne sont pas heureux ; s’ils ne sentent pas leur misère, tâchons d’en éveiller en eux le sentiment ; s’ils essaient d’en sortir honnêtement, par le travail et l’effort, persuadons-leur que c’est une duperie ; s’ils manquent de maux réels, inoculons-leur-en d’imaginaires ; s’il n’y a pas de haines dans leur cœur, sachons leur en inspirer ; et, — qu’ils prennent seulement le fusil, il en sortira toujours bien quelque chose.

C’est ce qui mettra, si l’on veut, le dernier trait à cette nature, et celui qui l’achèvera de peindre : immorale et mauvaise, elle fut encore, et de plus dangereuse. A la vérité, je sais, dans ces affectations de férocité sanguinaire, ce qu’il entre presque toujours de « cabotinage » et, si je l’ose dire, de « fumisterie. » A Vallès donc, comme à tant d’autres, le cœur faillit au moment d’agir, ou du moins on l’a dit, et lui-même s’est défendu d’avoir conseillé les incendies de 1871 et le massacre des otages. Mais l’histoire lui répondra comme ce fédéré : « Le massacre des otages ? Eh ! dites donc, le lettré, et les massacres de septembre ! c’était donc une blague quand vous nous disiez de faire comme en 93 ? » En effet, on n’a pas le droit de reculer et de bouder la besogne, pour malpropre qu’elle soit, quand on a soulevé la révolte, et soulevée, comme Vallès, au nom des pires passions qui puissent pousser l’homme contre l’homme. On ne l’excuserait certes pas, mais en le jugeant on pourrait le plaindre si l’on discernait seulement quelque chose en lui de la nature du sectaire ou du fanatique ; on n’y reconnaît malheureusement que les rancunes de l’impuissant, l’envie du réfractaire et, pour tout dire d’un mot, les instincts du forban. Qu’importe après cela qu’un jour il ait empêché celui-ci, comme il s’en vante, de faire sauterie Panthéon, ou celui-là de joindre une victime de plus à celles de la commune ? Ce qui demeure vrai, c’est qu’il était de ceux dont les appétits brutaux et l’indisciplinable égoïsme voient et verront toujours, dans toute société réglée, leur naturelle et constante ennemie. Ce qui n’est pas moins vrai, c’est que les satisfactions qu’il réclamait de la vie, il les voulait au prix d’une révolution ou d’un bouleversement social, comme s’il eût dû manquer quelque chose à sa volupté s’il ne l’eût obtenue de l’émeute et du meurtre. Et ce qui peut-être est encore plus vrai, c’est que, si c’est là une distinction, — non passans doute’ unique, mais enfin assez rare, — on n’en imagine, pas dont lui-même eût été plus fier. A ce titre, entre Hébert et Marat, par ; exemple, à peine moins grotesque que l’un et presque aussi féroce que l’autre, il tiendra dignement sa place dans un musée national des horreurs, et en attendant, comme cela sans doute ne pourra manquer quelque jour, qu’il ait aussi lui sa statue sur une place publique, dans ce pays de France où le souvenir des révolutions s’immortalise en bronze. Tant d’autres ont déjà la leur ! et ne souscrit-on pas quelque part pour celle de Danton ?


F. BRUNETIERE.