Revue littéraire - La Carrière diplomatique de Voltaire

Revue littéraire - La Carrière diplomatique de Voltaire
Revue des Deux Mondes4e période, tome 149 (p. 453-466).
REVUE LITTÉRAIRE

LA CARRIÈRE DIPLOMATIQUE DE VOLTAIRE

Le rôle d’un diplomate doit-il s’apprécier à la valeur des services rendus et à l’importance des résultats obtenus ? on voit alors tout de suite que le rôle de Voltaire se réduit ici à peu de chose, et que ce peu de chose se réduit à rien. Mais si l’on doit tenir compte des intentions, même malheureuses, de la vivacité des désirs, de la répétition des tentatives, de la persévérance des efforts, on avouera que peu de diplomates, parmi ceux mêmes de la carrière, ont donné plus que Voltaire les signes d’une impérieuse vocation. Lorsqu’il lui est arrivé, au cours de ses ouvrages, de parler des négociations où il s’entremit, il l’a fait toujours avec un air de complet détachement : c’est, à l’entendre, qu’on l’avait sollicité et qu’il n’a pas voulu refuser, c’est qu’on avait besoin de lui et qu’il aime à obliger les gens : il n’avait d’ailleurs aucune illusion sur l’issue des missions qui lui étaient confiées ; il y cherchait seulement un plaisir de philosophe, et s’amusait à voir de près la lutte des vanités, le choc des intérêts et toutes les petites misères de la vie des grands. Mais il ne faut pas toujours accepter aveuglément les affirmations de Voltaire. Il se trouve que cette fois elles sont au rebours de la vérité. En fait, c’est de lui, Voltaire, que sont venues presque toutes les propositions : il a offert des services qu’on ne songeait pas à lui demander ; il a, de ce chef, sollicité les princes et leur gouvernement, les ministres, les cardinaux, les maîtresses royales. Ni les échecs ne l’ont rebuté, ni les humiliations ne lui ont coûté ; mais il n’a cessé de revenir à la charge, alléguant sa bonne volonté et un zèle dont on pouvait tout attendre, protestant de son inaltérable attachement aux personnes en place, et, au besoin, de la sincérité de ses convictions religieuses : il ne lui a pas fallu moins de quarante années pour reconnaître qu’on ne voulait pas de lui. Au surplus, il ne réservait pas à la France ses bons offices ; il les tenait également prêts pour l’empereur d’Allemagne ou pour le roi de Prusse. Il ne s’arrêtait pas à la question de nationalité. Les missions auxquelles il pouvait prétendre n’étaient naturellement pas des missions officielles ; mais le rôle d’agent officieux n’avait rien pour lui déplaire. Il aimait le secret des négociations confidentielles. Il y trouvait une satisfaction à ce goût de l’intrigue qui chez lui est essentiel, un emploi pour ses merveilleuses ressources d’activité et d’agilité. Il y prenait surtout ce plaisir très particulier qui consiste à jouer un personnage double et à dépister l’interlocuteur. Aussi bien le temps était passé où les gens de lettres se réduisaient à n’être que des faiseurs de livres. Poètes, écrivains de théâtre, beaux esprits et causeurs, la politique les tente et ils aspirent à diriger les affaires. Ajoutez que jamais plus qu’au XVIIIe siècle et nulle part plus que parmi les philosophes, on ne se montra jaloux de l’intimité des princes. Pour ce qui est de Voltaire, il ne se passait pas aisément de « l’atmosphère des cours ;  » il l’allait respirer à Berlin ou même à Luné ville, faute d’être assez bien accueilli à Versailles ; car, suivant sa remarque, c’était sa destinée de passer de roi en roi. Cette diplomatie occulte lui servait justement à remplir sa destinée.

Tous ces points, déjà plus ou moins connus, sont aujourd’hui mis dans leur plein jour grâce aux beaux travaux d’histoire diplomatique de M. le duc de Broglie. Naguère, traitant des rapports de Frédéric II et de Marie-Thérèse, de Frédéric II et de Louis XV, il avait eu plus d’une occasion de mentionner le nom de Voltaire, et l’étude des velléités diplomatiques du grand écrivain lui avait fourni de piquans chapitres. Venant ensuite à exposer les causes du renversement des alliances qui rapprocha tout à coup la France et l’Autriche et changea en alliées ces ennemies séculaires, l’historien s’étonna de ne pas avoir à signaler l’intervention de Voltaire. Était-il possible qu’il fût resté indifférent à un événement aussi considérable et qui le touchait de si près ? L’hôte de Frédéric, au lendemain d’une intimité et d’une brouille pareillement bruyantes, n’était-il pas désigné pour tenir quelque emploi dans un drame si compliqué et fertile en péripéties ? N’avait-on pas songé à utiliser sa connaissance du caractère de Frédéric, et sa rancune contre d’indignes procédés ? Avait-il manqué à indiquer le parti qu’on en pourrait tirer ? C’est à ces questions que répond M. le duc de Broglie dans son nouveau livre : Voltaire avant et pendant la guerre de Sept ans[1]. Il le fait avec la même sûreté que toujours, avec la même délicatesse et le même sentiment des nuances. Il excelle à démêler les secrets mobiles et les calculs cachés, à débrouiller l’écheveau des contradictions, à présenter le résultat de ses recherches avec une aisance qui est une coquetterie de politesse et un raffinement de courtoisie à l’endroit du lecteur. C’est un plaisir de suivre ce récit alerte, élégant, spirituel, dont la signification ne se trahit que par une note d’ironie jamais appuyée. En nous référant à ces travaux, nous essaierons de jeter un coup d’œil d’ensemble sur ce qu’on pourrait appeler, avec un peu de solennité peut-être et quelque excès de complaisance, la carrière diplomatique de Voltaire.

Elle commença de bonne heure, puisqu’il nous faut remonter à l’année 1721, le cardinal Dubois étant premier ministre. Voltaire n’est encore que l’auteur d’Œdipe. C’est un jeune homme connu surtout pour sa facilité à faire les vers et l’effronterie de ses propos. D’une part, il compose des couplets satiriques contre le gouvernement de la Régence ; mais d’autre part, il brûle de le servir. Pour se mettre dans les bonnes grâce de Dubois, il n’épargne rien, et n’hésite pas à le comparer à Richelieu ; c’est, comme on pense, pour le préférer. Il crut avoir trouvé un moyen de se rendre utile en se mettant à la recherche d’un certain Salomon Lévi, personnage louche dont il y avait intérêt à acheter les services. Il écrit à ce sujet à Dubois : « Monseigneur, j’envoie à Votre Eminence un petit mémoire de ce que j’ai pu déterrer touchant le juif dont j’ai eu l’honneur de vous parler. Si Votre Eminence juge la chose importante, oserai-je vous représenter qu’un juif, n’étant d’aucun pays que de celui où il gagne de l’argent, peut aussi bien trahir le Roi pour l’Empereur, que l’Empereur pour le Roi. Je peux plus aisément que personne au monde passer en Allemagne sous le prétexte d’y voir Rousseau… Si ces considérations pouvaient engager Votre Eminence à m’employer à quelque chose, je la supplie de croire qu’elle ne serait pas mécontente de moi et que j’aurais une reconnaissance éternelle de m’avoir permis de la servir[2]. » Il est inutile de faire ressortir l’atrocité du langage dans la première partie de cette lettre, et la platitude dans la seconde. Cette fois d’ailleurs Voltaire en fut pour ses frais. Ce n’est qu’une entrée de jeu ; mais elle est curieuse.

Le cardinal Fleury succède au cardinal Dubois. Frédéric II succède à Frédéric-Guillaume. Le nouveau monarque, en qui on s’était habitué à voir un bel esprit, amateur de vers et joueur de flûte, déconcerte l’Europe par son attitude imprévue, et se livre, notamment sur les confins de la Silésie, à des préparatifs de guerre qui étonnent et qui inquiètent. Voltaire propose à Fleury d’utiliser les liens d’affection qui depuis longues années l’unissent au prince royal de Prusse, et se fait fort de pénétrer les intentions de Frédéric. Il part, est admirablement reçu, ne découvre rien, s’en retourne tout déconfit. On a peine à croire qu’il ait eu l’étrange idée de réclamer à Frédéric ses frais de route : soit treize cents écus. « Son apparition de six jours me coûtera par jour cinq cents livres, écrit celui-ci. C’est bien payer un fou. Jamais bouffon de grand seigneur n’eut de pareils gages.  » Ainsi s’établit entre le poète et le roi ce commerce où les questions d’argent se mêlent aux questions littéraires et les flatteries les plus délicates alternent avec les plus grossières injures.

Trois ans après, Frédéric vient de nous fausser brusquement compagnie, signant avec Marie-Thérèse un traité de paix où il n’était pas dit un mot de la France. Il s’agissait d’obtenir quelques renseignemens sur les desseins de cet allié fantasque. Or à ce moment Voltaire, furieux de son échec à l’Académie, annonçait avec fracas son intention de se venger en se retirant à Berlin. Ne pouvait-on profiter de cette situation et abriter derrière le courroux du poète le mystère d’une mission de confiance ? Frédéric s’exprimerait à cœur ouvert devant un ami ulcéré. Il paraît que l’idée vint de Mme de Châteauroux. Voltaire se hâta de l’accepter. Mais il se hâta de partir un peu moins qu’il n’eût fallu. Son départ fut retardé d’abord par les larmes de Mme du Châtelet ; ensuite par l’éternelle question des frais de route. Outre ses traites sur un banquier, Voltaire se fit largement intéresser dans un marché de fournitures pour les armées en campagne accordé à ses cousins MM. Marchand père et fils. C’étaient bien des lenteurs pour un départ précipité. Il n’en fallait pas tant pour mettre en éveil la prudence de Frédéric. Avant que Voltaire ne fût arrivé à Berlin, ses projets machiavéliques étaient percés à jour. C’était pour Frédéric une bonne occasion de se divertir : il ne s’en fit pas faute. « Je reçus un ambassadeur poète et bel esprit de la part de la France : c’était Voltaire, un des plus beaux génies de l’Europe, l’imagination la plus brillante qu’il y ait peut-être jamais eu, mais l’homme le moins né pour la politique… Sa négociation fut une plaisanterie, et elle en resta là.  » Il avait tout juste réussi à se faire moquer de lui.

Il ne semble pas qu’on en ait voulu à Voltaire de cet échec. C’est le temps de sa plus grande faveur à la cour. Il est nommé historiographe et gentilhomme ordinaire de la chambre. A vrai dire, il devait ces charges à la protection de Mme de Pompadour. Il l’a reconnu plus tard, avec franchise et désinvolture, en des termes où il est difficile de voir un témoignage de gratitude. « Il fallait une maîtresse. Le choix tomba sur la demoiselle Poisson… Je la connaissais assez : je fus même le confident de son amour… Cela me valut des récompenses qu’on n’avait jamais données ni à mes ouvrages, ni à mes services. Je fus jugé digne d’être l’un des quarante membres inutiles de l’Académie. Je fus nommé historiographe de France ; et le roi me fit présent d’une charge de gentilhomme ordinaire de sa chambre. Je conclus que, pour faire la plus petite fortune, il valait mieux dire quatre mots à la maîtresse d’un roi que d’écrire cent volumes[3].  » La remarque était judicieuse et Voltaire y conforma rigoureusement sa conduite. Quoi qu’il en ait dit, il est donc mal venu à prétendre que s’il se rendit auprès de Frédéric, ce fut pour fuir la persécution. Le fait est qu’il mettait à exécution un projet depuis longtemps caressé, qui flattait sa vanité et dont il devinait, par un instinct plus clairvoyant que les répugnances de ses amis, l’énorme avantage au point de vue du prestige de sa renommée. Le départ de Voltaire était universellement désapprouvé. Ses amis le blâmaient de s’aller mettre à couvert au moment où commençait la grande lutte de l’Encyclopédie. Le sentiment public était choqué. On vendait le portrait du philosophe bizarrement accoutré d’un costume du Nord, et les marchands criaient dans la rue : « Voilà Voltaire le Prussien ! Le voyez-vous avec son bonnet de peau d’ours pour n’avoir pas froid ? A six sous le portrait du Prussien ! » Aussi est-il peu surprenant que lorsqu’il vint à la cour demander son congé, il y ait été accueilli avec une froideur marquée. Le roi, lui laissant à peine achever sa demande, lui répondit sèchement qu’il pourrait aller où il voudrait, et lui tourna le dos. Seule Mme de Pompadour s’efforça d’atténuer la rudesse de ce congé et chargea Voltaire de ses complimens pour le roi de Prusse, si toutefois elle osait prendre cette liberté. Au ministère des affaires étrangères où était alors le comte de Puisieulx, Voltaire trouva aussi grise mine, et comme il demandait si on n’aurait pas quelque commission pour Berlin, la réponse fut : « Absolument aucune.  » Voltaire en arrivant à Potsdam n’était donc chargé que des seuls complimens de Mme de Pompadour. A peine eut-il prononcé le nom de la marquise : « Mais je ne la connais pas,  » interrompit Frédéric. Cela n’empêche pas Voltaire d’écrire qu’il s’est acquitté de la commission et qu’elle a été bien reçue.

Dans ces lieux jadis peu connus,
Beaux lieux aujourd’hui devenus
Dignes d’éternelle mémoire,
Vos complimens sont parvenus
Au favori de la Victoire.
Vos myrtes sont dans cet asile
Avec les lauriers confondus.
J’ai l’honneur de la part d’Achille
De rendre grâces à Vénus[4].

C’était prendre à l’égard de la vérité une licence que la poésie autorise peut-être. A part lui et dans la prose du sentiment intime, Voltaire dut convenir que, d’un côté comme de l’autre, on ne l’encourageait pas.

Cependant ce qui d’abord n’avait dû être qu’un séjour passager se changeait en établissement. Voltaire devenait, non plus l’hôte, mais le domestique du roi de Prusse aux appointemens de vingt mille francs. Il recevait le titre de chambellan et portait la clé d’or en sautoir. Voltaire avait trop le goût des titres honorifiques et la manie des décorations pour se refuser à des offres si séduisantes. Il mit toute son habileté à ne pas se faire déposséder de ses anciens titres, tandis qu’il en acquérait de nouveaux, et réussit, en devenant chambellan du roi de Prusse, à rester gentilhomme du roi de France. Aussitôt il est repris par sa chimère diplomatique et termine une lettre à Puisieulx par ce post-scriptum : « Permettez-moi d’ajouter qu’il peut y avoir des occasions où un Français de plus auprès de Sa Majesté prussienne, zélé pour le roi et pour sa patrie, pourrait ne pas être inutile. Je ne suis guère en état de rendre service, je n’ai que de la bonne volonté et je suis sûr que des sentimens aussi purs que les miens trouveront grâce auprès de vous[5].  » Naturellement c’est sur l’appui de Mme de Pompadour qu’il continue de compter. Il lui fait représenter qu’ils ont, elle et lui, les mêmes ennemis. Il y a une sorte d’alliance entre la maîtresse du roi et le parti philosophique. On ne devinerait pas, si Voltaire n’avait pris soin de le dire, quelle est l’approbation qu’il se préoccupe de mériter en écrivant le Siècle de Louis XIV. « Je puis me tromper, mais je me flatte que si le roi avait le temps de lire cet ouvrage, il n’en serait pas mécontent. Je crois surtout que Mme de Pompadour pourrait ne pas désapprouver la manière dont je parle de Mmes de la Vallière, de Montespan et de Maintenon, dont tant d’historiens ont parlé avec une grossièreté révoltante et avec des préjugés outrageans.  » Il y avait quelque chose de touchant, comme le remarque M. le duc de Broglie, dans cet appel à la solidarité des maîtresses royales à travers l’histoire. On fit la sourde oreille.

Quel fut le lendemain de l’accueil triomphal que Voltaire avait reçu à Berlin et comment son séjour en Prusse se termina en fâcheuse équipée, c’est ce que chacun sait, et les détails de l’aventure sont trop connus pour qu’il soit besoin de les rappeler. Si Voltaire en quittant Versailles avait l’espoir de donner une leçon à Louis XV et d’apprendre au roi de France comment son confrère de Prusse respectait la dignité des gens de lettres, les faits se chargèrent cruellement de tourner la démonstration contre lui. Certes les premiers torts vinrent de Voltaire. Il n’était pas encore arrivé à Berlin qu’il avait déjà porté la guerre dans le petit monde de lettrés et de savans que Frédéric groupait autour de lui. Il faisait refuser une correspondance à Fréron ; quelques jours auparavant ne requérait-il pas le lieutenant de police de faire taire le même Fréron ? C’est une des curiosités de l’histoire de la liberté de la presse, que ses plus fameux champions n’aient jamais manqué une occasion d’envoyer les gendarmes à leurs adversaires. Il faisait renvoyer d’Arnaud. L’affaire avec le financier véreux Hirsch fut plus grave. Frédéric la caractérise brièvement : « C’est l’affaire d’un fripon qui veut tromper un filou.  » Les démêlés avec Maupertuis, et les bouffonneries de la Diatribe du docteur Akakia portèrent à l’extrême l’irritation du roi. Toutefois les procédés dont il se permit d’user contre celui qu’il avait lui-même attiré dans son royaume, n’en restent pas moins inqualifiables et sans excuse. Il ne prononce plus le nom de Voltaire qu’en y accolant les épithètes les plus déshonorantes et dont celles de « coquin,  » de « fourbe,  » de « vieux fou,  » de « traître » et de « scélérat » ne sont que les plus douces et les seules qu’il soit possible de citer. Après lui avoir, avec toute sorte de difficultés, accordé la permission de partir, il le fait poursuivre et lâche à ses trousses le célèbre Freytag. Arrêté à Francfort, on fait dans ses bagages une perquisition qui ne dure pas moins de neuf heures et pendant laquelle il se trouve mal deux fois. Comme il fait mine de s’enfuir, on le ramène sous escorte, au milieu des huées de la foule. On l’enferme dans un cabaret de bas étage, la Corne du Bouc. On y conduit également Mme Denis. Elle y resta, gardée à vue par des soldats qui ne quittèrent pas sa chambre, même la nuit. « Cette franche drôlesse, dit Freytag, était capable d’aller étourdir tous les conseillers, ce qui aurait gâté notre affaire.  » Si le roi désavoua officiellement le zèle de ses agens subalternes, ce ne fut que pour la forme et il convenait dans l’intimité qu’on n’avait pas outrepassé ses ordres. « J’ai reçu les lettres de Voltaire et de la Denis, écrivait-il à sa sœur la margrave de Bayreuth : ils mentent tous deux… Vous ne sauriez croire à quel point ces gens-là jouent la comédie ; toutes ces convulsions, ces désespoirs, ces maladies, tout cela n’est que jeu.  » On comprend que Voltaire, ainsi maltraité, en ait conçu d’abord quelque rancune, et que son premier mouvement, quand il fut remis de sa peur, ait été pour se venger.

Le moyen qui se présenta tout de suite à son esprit était un peu vif. C’était de passer au service de l’Allemagne. De Francfort il fit parvenir à François Ier, époux de Marie-Thérèse, une offre de se rendre à Vienne dès qu’il serait en liberté, afin d’entretenir leurs « Sacrées Majestés l’Empereur et l’Impératrice de choses qui les concernaient.  » Que l’Empereur daignât le mander auprès de lui, il courrait se jeter à ses pieds, « assuré qu’on ne serait pas mécontent de l’entendre.  » Il demandait en outre que la lettre par laquelle l’Empereur l’appellerait à Vienne lui fût adressée avec la qualité de chambellan impérial. Apparemment, ce dont il s’agissait, c’était de renseignemens sur les desseins politiques de Frédéric. Voltaire ne voyait pas de difficulté à faire profiter un nouveau maître de ce qu’il avait pu apprendre dans l’intimité du maître d’hier. De chambellan du roi de Prusse devenir sans transition chambellan de l’Empereur d’Allemagne, c’était toujours être chambellan. Et cela lui paraissait tout naturel. Il fut seul de cet avis. Au roi de France également et à ses ministres il aurait eu plus d’une information à donner sur des choses les concernant. Il y était tout disposé. On ne se soucia pas de l’entendre. Il avait fait tâter le terrain à Paris par Mme Denis : on lui fit comprendre qu’on n’avait aucune envie de le voir. Au surplus, lors de l’avanie de Francfort, et en dépit de ses appels réitérés, la cour n’avait rien fait pour venir en aide à celui qui continuait de porter le titre de gentilhomme du Roi. On ne voulait plus avoir de rapports avec lui. Une entrevue qu’il eut à Lyon avec le cardinal de Tencin acheva de l’éclairer. « Mon ami, disait-il en sortant à son secrétaire, ce pays-ci n’est pas fait pour moi.  » C’est alors qu’il se réfugie aux Délices.

Un coup de théâtre vint le tirer de sa retraite, ranimer ses ambitions et ses espérances : ce fut l’alliance autrichienne. Voltaire a dans la suite parlé avec légèreté du traité de 1756 et contribué à égarer l’histoire, dans le jugement qu’elle a porté sur cette mesure imposée par les circonstances. Il n’y a voulu voir que l’effet de la vanité blessée de Bernis et de l’amour-propre offensé de Mme de Pompadour. « Mlle Poisson, dame Le Normand, marquise de Pompadour, était réellement premier ministre d’État. Certains termes outrageans lâchés contre elle par Frédéric, qui n’épargnait ni les femmes ni les poètes, avaient blessé le cœur de la marquise, et ne contribuèrent pas peu à cette révolution dans les affaires qui réunit en un moment les maisons de France et d’Autriche après plus de deux cents ans d’une haine réputée immortelle[6]. » Il s’en faut que telle ait été sur le moment son impression. Au contraire, la nouvelle, sitôt qu’il en a connaissance, le transporte de joie. « Tout solitaire, tout mort au monde que je suis, j’ai l’impertinence d’être bien aise de ce traité. J’ai quelquefois des lettres de Vienne, la reine de Hongrie est adorée. Il était juste que le bien-aimé et la bien-aimée fussent amis.  » Et quelques jours après : « Dites-moi donc, Madame, vous qui êtes sur les bords du Rhin, si notre chère Marie-Thérèse, l’impératrice reine, dont la tête me tourne, prépare des efforts réels pour reprendre sa Silésie… Ne seriez-vous pas bien aise de voir deux femmes, deux impératrices, peloter notre grand roi de Prusse, notre Salomon du Nord[7] ? » Il a vu aussitôt dans cette révolution politique un moyen pour lui de rentrer en scène. Il s’en ouvre à Richelieu. « Il ne m’appartient pas de fourrer mon nez dans ces grandes affaires, mais je pourrais bien vous certifier que l’homme dont on se plaint (Frédéric) n’a jamais été attaché à la France, et vous pourriez assurer Mme de Pompadour qu’en son particulier elle n’a pas sujet de se louer de lui. Je sais que l’Impératrice a parlé, il y a un mois, avec beaucoup d’éloges, de Mme de Pompadour. Si j’osais aussi vous parler de moi, je vous dirais que je n’ai jamais conçu comment on avait de l’humeur contre moi de mes coquetteries avec le roi de Prusse. Si on savait qu’il m’a un jour baisé la main, toute maigre qu’elle est, pour me faire rester chez lui, on me pardonnerait de m’être laissé faire, et si on savait que cette année on m’a offert carte blanche, on avouerait que je suis un philosophe bien revenu de ma passion. J’ai, je vous l’avoue, la petite vanité de désirer que deux personnes le sachent et (ceci n’est pas une vanité, mais une délicatesse de mon cœur) que ces deux personnes le sachent par vous[8]. » Une fois encore on dédaigna d’utiliser cette bonne volonté qui s’offrait. Ou plutôt on la mit à une épreuve dérisoire. Il se trouva un courtisan pour proposer à Voltaire de traduire les Psaumes à l’usage de Mme de Pompadour qui était en chemin de se faire dévote.

L’ironie du sort voulut que celui de qui Voltaire se trouvât appelé à prendre en mains les intérêts, ce fût son persécuteur de la veille. Les débuts de la guerre n’avaient pas été favorables à Frédéric. Pressé de toutes parts, acculé à une situation désespérée, il songea à se tuer. Il mit son projet en vers, et même en deux cents vers. Par un effet de l’habitude, les vers du roi de Prusse s’en vinrent trouver Voltaire. Il y fit une réponse éloquente et pathétique, adjurant le prince de renoncer à un dessein criminel, auquel celui-ci, suivant les vraisemblances, ne s’était arrêté ni très longtemps, ni très sérieusement. Frédéric rit de bon cœur en recevant ces exhortations. Ce qui avait plus de portée que ces fantaisies de suicide, ce sont les démarches auxquelles se livra la margrave de Bayreuth pour ménager à son frère les conditions d’une paix honorable. Elle s’en ouvrit à Voltaire. Il n’en fallait pas tant pour enflammer le zèle de notre diplomate. Aussitôt, il répond à la margrave en protestant du dévouement qu’il a toujours gardé au « roi philosophe » et il lui conseille de se mettre en rapports avec le maréchal de Richelieu qui, sans doute, « serait flatté qu’on s’adressât à lui.  » En même temps, il écrit à Richelieu pour l’engager de joindre « la qualité d’arbitre à celle de général.  » Ayant échoué de ce côté, il ne se rebute pas, et songe qu’à défaut de Richelieu, le cardinal de Tencin, celui-là même qui l’avait si fraîchement reçu à Lyon, pourrait se charger de la négociation. Le cardinal s’en charge, en effet, mais reçoit presque aussitôt de la cour un avis d’avoir à se tenir tranquille. Une troisième fois, Choiseul étant arrivé aux affaires, Voltaire renouvelle ses offres de médiation. Il fait écrire au nouveau ministre par d’Argental : « Voltaire est en correspondance suivie avec Luc (Frédéric)… Il est bien avec l’électeur palatin, avec le duc de Wurtemberg, avec la maison de Gotha, ayant eu des affaires d’intérêt avec ces trois maisons qui sont contentes de lui et qui lui écrivent avec confiance… Il a des amis en Angleterre. Toutes ces liaisons le mettent en droit de voyager partout sans causer le moindre soupçon et de rendre service sans conséquence… Quelquefois, quand on veut, sans compromettre la dignité de la couronne, parvenir à un but désiré, on se sert d’un capucin, d’un abbé Gauthier, d’un homme obscur comme moi, comme on envoie un piqueur détourner un cerf, avant qu’on aille au rendez-vous de chasse[9].  » Voltaire affirme qu’il reçut de Frédéric des ouvertures en ce sens. Par malheur, si Frédéric parlait de paix, il ne préparait que la guerre, et dès le début de la campagne de 1760, il signifiait à son correspondant si bien intentionné qu’il n’avait plus le temps de s’amuser à des plaisanteries. « C’est maintenant que je dois déployer toutes les voiles de la politique et de l’art militaire. Les filous qui me font la guerre m’ont appris des exemples que je vais suivre au pied de la lettre. Je ne poserai les armes qu’après avait fait trois campagnes ; nous ne signerons la paix que le roi d’Angleterre à Paris et moi à Vienne. Mandez cette nouvelle à votre petit duc… Je vous recommande, Monsieur le comte, à la protection de la très sainte immaculée Vierge et à celle de Monsieur son fils, le pendu[10].  » Voltaire lui-même tomba d’accord qu’il n’était plus que d’avoir de bonnes troupes et de bons généraux. C’est par cet appel aux armes que se termine sa négociation pour la paix. A quelque temps de là, une phrase malheureuse de l’Épître dédicatoire de Tancrède lui aliéna la protection de Mme de Pompadour. Ce fut la fin. L’accès des chancelleries et des cours lui était décidément fermé. Il lui restait à s’installer dans cette indépendance où on avait été assez imprudent pour le reléguer.

En écartant systématiquement Voltaire, le gouvernement de Louis XV commit une lourde faute. M. le duc de Broglie le fait ressortir avec force. C’est un point qu’historiens et biographes avaient jusqu’ici trop négligé. Les agens que la cour de Versailles entretenait auprès de Frédéric étaient d’une incapacité notoire. C’était un lourd et grossier personnage, l’Irlandais Tyrconnel qu’une indigestion emporta, quelques jours après son médecin, ce goinfre de La Mettrie, enlevé par le même accident. Puis ce fut un agent sans autorité, le chevalier de La Touche, avec qui Frédéric refusa constamment de traiter d’aucune affaire importante. Lorsque les circonstances devinrent tout à fait pressantes, on se décida à expédier un ambassadeur extraordinaire, le duc de Nivernais. Celui-ci en prit à son aise, voyagea en grand seigneur, à petites journées, et arriva à Berlin juste le lendemain du jour où une convention venait d’être signée entre la Prusse et l’Angleterre. « Je suis porté à penser, dit M. de Broglie, que Voltaire aurait su deviner quelque chose de plus et l’aurait fait savoir plus tôt.  » Si on répugnait à confier à un homme de lettres une véritable négociation, ne pouvait-on du moins, ainsi que Voltaire en avait lui-même suggéré l’idée, se servir de lui comme d’un agent d’informations ? C’était pour un gouvernement une bonne fortune inespérée, que d’avoir ainsi, auprès du plus perfide des alliés ou du plus redoutable des ennemis, un témoin reçu dans la familiarité de chaque jour. Les dépositions d’un Voltaire sur le caractère de Frédéric, sur son humeur, sur l’esprit de son entourage, eussent été, pour qui eût su les utiliser, les plus précieuses des indications. Autant que les sympathies de Voltaire pour Frédéric, sa rancune, au lendemain de la brouille, pouvait être mise à profit. Sa perspicacité naturelle avivée par la colère aurait deviné bien des choses. Enfin une occasion se présenta où le concours de Voltaire eût été tout-puissant. Frédéric venait d’envahir brusquement la Saxe sans déclaration de guerre. C’était une violation flagrante du droit des gens. Afin de parer au scandale, Frédéric s’avisa de déclarer qu’il n’avait fait que prévenir une agression complotée contre lui, et, ce qui était plus difficile, il tenta de le prouver. Il publia un Mémoire raisonné sur la conduite des cours de Saxe et de Vienne et sur leurs desseins dangereux contre le roi de Prusse, avec les pièces originales et justificatives. C’était, par une manœuvre hardie et toute nouvelle, porter le débat devant le tribunal de « l’opinion.  » Quel avocat pouvait-on trouver plus habile que Voltaire et plus éloquent ? Quel autre, mieux informé du cynisme de Frédéric, eût pu mieux le confondre ? Et quelle autre protestation eût eu dans l’Europe plus de retentissement ? Mais Voltaire était mal vu à Versailles, pour des raisons que d’ailleurs on s’explique sans peine. On ne sut pas mettre l’intérêt supérieur de l’État au-dessus de ces motifs d’antipathie. On fit peser sur l’écrivain qui déplaisait le plus impolitique des ostracismes.

Est-ce à dire que Voltaire fût aussi bien doué pour le métier de diplomate qu’il se le persuadait à lui-même ? A coup sûr, quelques-uns de ses dons inappréciables eussent là comme ailleurs trouvé leur emploi. D’abord il était Voltaire, c’est-à-dire l’un des esprits les plus prodigieusement organisés pour tout embrasser, sinon pour tout pénétrer. L’agilité et la souplesse de son intelligence étaient sans égales, son coup d’œil était juste, sa vision élargie par les méditations de l’historien. Et comme il ne s’était jamais fait d’illusions sur la bonté de la nature humaine, et qu’il était le moins naïf des hommes, il ne courait pas beaucoup de risques d’être dupe. Ajoutez les grâces de son esprit, l’éclat de sa conservation, son vif désir de plaire, sa coquetterie, tout ce qui lui prêtait une séduction à laquelle bien peu ont résisté. Le malheur est qu’à toutes ces qualités brillantes il ne joignît aucune espèce de désintéressement. C’est bien lui qui fut toujours incapable de s’oublier lui-même. Le titre de gentilhomme n’y put rien faire et il resta jusque dans les moelles un homme de lettres. Il ne sut jamais se dégager du point de vue personnel. Il resta quand même le prisonnier de son amour-propre, de sa vanité, de ses rancunes.

Surtout ce qui lui manquait c’est l’entier dévouement aux intérêts de son pays. S’il fut plus que personne Français par l’esprit, il le fut insuffisamment par le cœur. Cela éclate dans sa correspondance avec Frédéric. Si le roi de Prusse lui envoie des vers où les Français sont traités de peuple frivole, impertinent et bavard, Voltaire y est choqué uniquement par les fautes de langue et de versification. Son indifférence aux malheurs publics se manifeste dans les circonstances les plus douloureuses et par des traits dont il faut bien dire qu’ils sont honteux. En 1742 Frédéric abandonne la France en pleine campagne. Il se trouva un Français pour féliciter Frédéric : ce fut Voltaire. « J’ai appris que Votre Majesté a fait un très bon traité, très bon pour vous sans doute… Mais si ce traité est bon pour nous autres Français, c’est ce dont l’on doute à Paris : la moitié du monde crie que vous abandonnez nos gens à la discrétion du Dieu des armées ; l’autre moitié crie aussi et ne sait ce dont il s’agit. Quelques abbés de Saint-Pierre vous bénissent au milieu de la criaillerie. Je suis un de ces philosophes…  » et il termine par ce souhait : « Puissé-je être témoin à Berlin de vos plaisirs et de votre gloire[11] » ! Frédéric s’empresse de répondre : « Si toute la France me condamne, jamais Voltaire le philosophe ne se laissera entraîner par le nombre.  » Il y a des cas où l’opinion du nombre est plus patriote que l’opinion des philosophes. Au lendemain du désastre de Rosbach, le vainqueur s’étant égayé aux dépens de nos troupes et ayant raillé leur fuite en vers plaisans, reçut de Voltaire ce remerciement :


Héros du Nord, je savais bien
Que vous aviez vu les derrières
Des guerriers du roi très chrétien
A qui vous taillez des croupières.
Mais que vos rimes familières
Immortalisent les beaux c…
De ceux que vous avez vaincus
Ce sont des faveurs singulières[12].


La légèreté de la forme et l’indécence du langage ajoutent ici à l’indécence du sentiment. Or en diplomatie comme ailleurs il ne fait pas bon d’être détaché de la cause pour laquelle on travaille. La première condition pour bien servir son pays, c’est de bien l’aimer.

A prendre les choses dans leur ensemble et à les juger par leurs résultats, si les relations de Voltaire avec les cours étrangères ont eu quelque utilité, ç’a été pour lui d’abord, mais ensuite pour la Prusse. Voltaire en portant à Berlin l’esprit français a contribué à éveiller le génie allemand. Une autre conséquence plus immédiate et comme palpable, c’a été de donner le change à l’opinion européenne sur le compte de Frédéric. Voltaire n’a cessé de proclamer que le Salomon du Nord était le grand homme du siècle. Il le compare à Auguste et à Achille, à César et à Platon, à Trajan, à Titus, à Marc-Aurèle : Frédéric est Apollon, c’est le Jehovah prussien, c’est le Soleil. Voilà d’audacieuses flagorneries et on sentait bien qu’il en fallait rabattre ; mais il en reste toujours quelque chose. L’admiration pour Frédéric était en Europe le sentiment universel qui réconciliait jusqu’à ses victimes. Ceux-là mêmes encensaient le héros, qui parleurs désastres avaient fait toute sa gloire. On assiste à ce spectacle paradoxal, d’une opinion française favorable à la Prusse. « Tout le royaume, dit Bernis dans ses Souvenirs, était prussien, nos armées étaient prussiennes, plusieurs de nos ministres même l’eussent été pareillement, s’ils avaient osé lever le masque, et notre alliance avec les cours de Vienne et de Russie était plus critiquée à Paris qu’elle ne l’était à Londres.  » Les philosophes, qui voyaient en Frédéric un coreligionnaire, se sont employés avec ardeur à créer chez nous-mêmes une popularité à notre pire ennemi. Voltaire leur a donné l’exemple. Enfin dans ses dernières et glorieuses années, le patriarche de Ferney élève royauté contre royauté, et rien ne l’empêche plus de travailler, sans contrainte et par tous les moyens, à déconsidérer le gouvernement de la France. Il est juste de faire retomber sur l’incapable ministère de Louis XV la responsabilité qui lui revient dans une situation qui eut de terribles conséquences. Un Richelieu, un Mazarin ne se seraient pas privés d’un concours utile, sous prétexte que l’homme qui le leur apportait, leur inspirait peu de sympathie ou peu d’estime. Ils auraient accepté des services qu’on offrait, ils auraient fait servir à leurs desseins une bonne volonté qui se proposait, ou tout au moins ils auraient neutralisé une influence dangereuse, en y mettant le prix.


RENE DOUMIC.

  1. Par M. le duc de Broglie, de l’Académie française, 1 vol. in-12 ; Calmann Lévy.
  2. Voltaire à Dubois, 28 mai 1722.
  3. Voltaire, Mémoires.
  4. Voltaire à Mme de Pompadour, 10 août 1750.
  5. Voltaire à Puisieulx, 17 août 1750.
  6. Voltaire, Mémoires.
  7. Voltaire à la comtesse de Lützelbourg, août et septembre 1756.
  8. Voltaire à Richelieu, 10 octobre 1756.
  9. Voltaire à d’Argental, novembre 1759.
  10. Frédéric à Voltaire, 1er mai 1760.
  11. Voltaire à Frédéric, juillet 1742.
  12. Voltaire à Frédéric, mai 1759.