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Revue du Pays de Caux N°2 mai 1902/VII

QUESTIONS FINANCIÈRES



Une espérance tend à se répandre et à se généraliser parmi les petits capitalistes (les seuls qui nous intéressent ici) et cette espérance pourrait bien être trompée ; on s’attend à une hausse subite non seulement des mines d’or, mais des valeurs industrielles en général, du jour où la paix sera rétablie dans l’Afrique du Sud. D’abord, il est permis de se demander si la paix se rétablira tout d’un coup. On sait encore avec qui la discuter, mais on ne sait déjà plus avec qui la signer : ce ne sera évidemment pas le président Krüger qui apposera sa signature au bas du traité ; il est très probable que les généraux Boers mettront bas les armes les uns après les autres, en acceptant des conditions connues depuis assez longtemps et auxquelles l’Angleterre parait ne plus devoir rien changer ni en mieux ni en pire. Dans ces conditions, l’explosion de hausse tant escomptée a des chances de ne pas se produire, même sur les mines.

Il y a un autre motif pour que le mouvement ascensionnel s’opère en douceur, progressivement ; c’est qu’il est déjà commencé. La crise dont on a tant souffert, surtout en Russie et en Allemagne, semble toucher à sa fin ; partout s’accuse un réveil industriel de bon augure. Les évènements si troublants des deux dernières années ne sont plus que de mauvais souvenirs. Les victoires remportées, ces temps-ci, par la cause de l’ordre, dans ces différents pays sont très marquées. Financièrement, les tendances ultranationalistes paraissent aussi redoutables que les tendances socialistes. Le grand capital espère parfois des guerres et des troubles dont il peut tirer profit ; mais le petit capital demeure invinciblement attiré vers les modérés, les tranquilles et les pacifiques.

Nous croyons fermement que l’accalmie sera assez brève et n’hésitons pas à le dire. Une ère de bouleversements nationaux est devant l’Europe ; mais l’accalmie n’en sera pas moins réelle. Nous allons y entrer. Profitons-en avec sagesse et prudence. En France, il faut s’attendre à voir s’améliorer la situation ; elle n’était pas brillante. Le produit des 4 mois écoulés de 1902 a présenté une moins value de 8.410.900 francs par rapport aux évaluations budgétaires et une diminution de 27.973.600 francs par rapport aux recouvrements de la période correspondante de 1901.


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