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Revue du Pays de Caux N°1 mars 1902/VI

HYGIÈNE ET PROPRETÉ



Rien ne porte à croire malheureusement que les Normands soient plus propres que le reste des Français, lesquels ne sont point, en général, des disciples fidèles de la propreté.

Qu’est-ce que la propreté et en quoi consiste-t-elle ?

C’est très simple. Elle consiste à se laver, une fois par jour, des pieds à la tête.

Que faut-il pour cela ? Un seau d’eau, une éponge, une serviette et un peu de volonté.

Qu’est-ce qui fait défaut ? L’eau ? — Non. — L’éponge ? — Pas davantage. — La serviette ? — Encore moins. — Ce qui fait défaut, c’est la volonté.

Au sortir du lit, le contact de l’eau froide est rude à qui n’y est pas habitué dès l’enfance, La peau l’appréhende et frissonne ; l’imagination se représente la sensation du saisissement prochain et l’augmente par anticipation ; il faut l’accoutumance pour que le saisissement se tourne en bien-être.

Ce bien-être est réel. La coulée de l’eau sur le corps devient une joie pour tout l’organisme. Le « tub » matinal, comme l’a dit spirituellement un publiciste, est une sorte de baptême quotidien qui rénove non-seulement l’homme matériel, mais l’homme moral et lui rend l’élasticité de l’esprit en même temps que celle des muscles. On se sent non-seulement plus dispos, mais meilleur après s’être lavé à grande eau.

Il y a, du reste, dans la propreté, autre chose qu’un agrément à goûter ; il y a un avantage certain à récolter.

Pour le bien apprécier, il faut connaître le mécanisme de la peau. Son rôle est double ; elle sert à éliminer du poison et à introduire de l’air pur. Vous savez tous, n’est-ce pas, que par le seul fait de la vie, il se produit, à l’intérieur du corps humain, des éléments toxiques qui doivent s’échapper sous peine d’empoisonnement ? Dans un endroit clos où plusieurs personnes sont enfermées, l’air devient promptement irrespirable ; il est vicié par le fait des personnes qui sont là. Or, les toxines ne sortent pas du corps par la bouche seulement ; beaucoup s’écoulent par la peau, soit à l’état gazeux, soit à l’état liquide.

De même la respiration ne s’accomplit pas uniquement par la bouche ou le nez, mais aussi par la peau. Si l’on recouvre un animal quelconque d’un vernis imperméable, la respiration continuera de se faire par la bouche et le nez ; elle s’affaiblira néanmoins, se ralentira et bientôt s’arrêtera tout à fait.

La peau est donc un appareil d’élimination et de respiration des plus importants et il faut l’entretenir en bon état. C’était là, l’objet de l’hydrothérapie, si en usage chez les anciens, lesquels par simple observation des faits et sans en connaitre le mécanisme, étaient arrivés à la même conclusion que nos savants d’aujourd’hui.

L’hydrothérapie, c’est-à-dire l’usage de l’eau, a pour effets : 1° de faire fonctionner plus activement tous les petits vaisseaux de la peau et de rendre plus fortes et plus rapides les réactions de l’organisme contre les influences extérieures, abaissement de la température atmosphérique, etc…

2° De la nettoyer, c’est-à-dire de la dépouiller de l’espèce d’enduit plus ou moins imperméable, que produit la poussière agglomérée avec la sueur ou les autres secrétions du corps, et qui diminue par là même le pouvoir respiratoire.

Ainsi purifiée et exercée, la peau se fortifie et s’assouplit à la fois ; elle subit un véritable entraînement et accomplit ses fonctions avec énergie et sûreté.

Donc l’agrément et l’hygiène s’accordent à recommander la pratique de la propreté, selon la définition que nous avons donnée plus haut de cette vertu (Saint François de Sales estimait que la propreté est une autre vertu).

Mais les vertus ont des abords cscarpés. Une fois engagé dans le chemin qui y conduit, la marche n’est pas trop malaisée ; s’y engager demande un effort plus vigoureux.

Supposons que, vous, ami lecteur, convaincu des avantages et des satisfactions que vous donnera le lavage quotidien de tout le corps à l’eau froide, vous soyez résolu d’en essayer ; voici ce qu’il vous faudra faire : commencer avec la belle saison et puis, n’interrompre cette pratique sous aucun prétexte, une fois que vous aurez commencé.

Certaines précautions sont à observer :

1° L’eau ne doit pas être à la température du dehors mais à celle de la chambre ;

2° Il faut la faire couler rapidement sur la peau dès qu’on est hors du lit, s’essuyer et se frictionner aussitôt — et s’habiller ;

3° Éviter le lavage près d’une fenêtre ouverte, même en été ;

4° Si la réaction n’est pas assez prompte et assez complète, il est bon de l’aider avec des mouvements de gymnastiques un peu énergiques, accomplis à l’aide d’un bâton que l’on fait passer derrière les épaules, en l’élevant d’abord au-dessus de la tête ou bien auquel on fait toucher terre sans plier les genoux. Quatre à cinq minutes de cet exercice — le plus simple et le plus facile à pratiquer — suffiront à atteindre le but ;

5° Le premier déjeuner doit suivre d’aussi près que possible le lavage.

6° En été surtout, on peut sans inconvénient, se livrer à un second lavage avec l’éponge humide, dans l’après-midi ; mais il ne faut jamais prendre deux bains froids — courts pas plus que prolongés — dans la même journée.

Les adeptes du fameux curé bavarois Kneipp, qui était un partisan par trop enthousiaste de l’eau froide, préconisent la « réaction naturelle ». Ils disent qu’après le lavage, il convient de s’habiller sans s’essuyer de façon à laisser l’eau sécher et s’évaporer sur le corps. Cette pratique est dangereuse ; elle peut réussir aux uns et nuire aux autres, tandis qu’il n’y a jamais d’inconvénient à assurer la réaction en l’aidant.

Vous voilà renseignés, lecteurs, sur cette question primordiale de l’hydrothérapie quotidienne. Allons ! un peu de courage, mettez-vous y, jeunes gens. Si vous saviez les réserves de force, de santé et de bonne humeur que vous y puiserez !


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