Revue dramatique - 14 novembre 1885

Revue dramatique - 14 novembre 1885
Revue des Deux Mondes3e période, tome 72 (p. 453-465).
REVUE DRAMATIQUE

Gymnase : la Doctoresse, comédie en 3 actes, de MM. Paul Ferrier et Henri Bocage. — Vaudeville : l’Age ingrat. — Odéon : Coup de soleil, comédie en 1 acte, de MM. Albéric Second et Th. de Grave ; Cynthia, comédie en 1 acte, en vers, de M Louis Legendre. — Comédie-Française : Jean Baudry. — Renaissance : un Duel S. V. P ; vaudeville en 3 actes, de MM. Fabrice Carré et Manrice Desvallières.

Il fait feu des quatre pieds, sur le seuil de l’hiver, avant de prendre sa grande allure et de montrer ses plus puissans efforts, cet art dramatique français que des juges moroses donnent volontiers comme fourbu. Gymnase, Vaudeville, Odéon, Comédie-Française, pour ne citer que ces noms-là, en l’espace d’un mois, ont changé ou rafraîchi leur affiche : avant les nouveautés importantes, — dont la dernière, nous y comptons, ne se fera pas attendre, — avant Sapho, de M. Alphonse Daudet, et Georgette, de M. Sardou, avant les Jacobites, de M. Coppée, le Parisien, de M. Gondinet, et Chamillac, de M. Feuillet, voici des nouveautés moindres ou des reprises qui sont plus qu’il ne faut pour amuser la galerie. J’ai lu dans un journal, cette semaine, que le principal ou, pour mieux dire, le seul théâtre de Genève, faute de directeur, et de public apparemment, vient de se fermer, l’ombre de Voltaire, sans doute errante à Ferney et aux Délices, doit en gémir : avoir tant mené d’intrigues, tant livré de combats pour imposer ce divertissement à cette ville, l’y avoir établi enfin[1], et le voir s’évanouir juste un siècle après soi ! Joli centenaire ! .. Du moins, nous ne sommes pas menacés, à Paris, d’une semblable catastrophe : dans cette crise politique, industrielle et commerciale, où tous les citoyens voient diminuer leur revenu ou leur gain, il est bien vrai que plusieurs restreignent leur dépense ; il est vrai, par suite, que les théâtres (la Comédie-Française exceptée) font des recettes plus modiques : pourtant ils ne sont pas près de chômer. Le temps est loin encore où MM. Zola et Busnach, pour braver de nouveau l’indestructible censure pourront se proposer de mettre face à face des gendarmes et des directeurs, des acteurs, des auteurs dramatiques en grève Ici la demande ne fait pas défaut à l’offre, ni, Dieu merci ! l’offre à la demande ; même la demi-saison n’est pas morte saison.

Voilà douze ans déjà que M. Pau ! Ferrier s’est annoncé, rue Richelieu par une gentille petite pièce, Chez l’avocat[2]. Il s’est dépensé depuis, sur des scènes de genre : je ne sache qu’il y ait rencontré de succès plus décisif que celui de la Doctoresse, composée en collaboration avec M. Henri Bocage et représentée maintenant au Gymnase. L’idée de cet ouvrage est d’une comédie de mœurs ; elle se distribue en trois actes avec clarté ; elle est traitée en farce avec drôlerie ; même parmi des traits heureusement burlesques, parmi d’autres aussi d’un esprit vulgaire et qui se force, quelques-uns conviendraient à l’ordre plus élevé d’où procède la donnée première. Montrer l’équilibre nouveau d’un menace dans les conditions nouvelles que détermine l’accès de la femme aux professions viriles, et particulièrement à une profession scientifique ; montrer comment cet équilibre se rompt ; et comment à la fin l’ancien lui succède et se rétablit, c’est assurément l’objet d’une comédie de mœurs modernes. Elles sont même si modernes ces mœurs, qu’elles existent encore à peine : MM. Ferrier et Bocage évidemment, ont jugé qu’une comédie avancerait sur elles, et que le public n’en verrait pas l’application ; ils n’en ont pas risqué l’entreprise. A l’heure qu’il est, paraît-il, on ne compte encore dans Paris que trois femmes médecins : ces exceptions ne pouvaient guère, de bonne foi servir de prétexte qu’à une farce, où les vérités de détail si elles étaient invraisemblables, seraient mises, aussi bien que les imaginations les plus folles, sur le compte de la fantaisie de l’auteur. Cette farce nous est offerte : loin que nous lui reprochions d’être ce qu’elle est, et non quelque chose de plus noble, sachons-lui gré de présenter ça et là des indications plus fines qu’on n’était en droit de s’y attendre.

Angèle Frontignan, c’est une petite-nièce de Philaminte et d’Armande, tournée aux sciences plutôt qu’au beau langage, et non plus à la spéculation mais à la pratique ; c’est Philaminte ou Armande en 1885, alors que les nuages soufflés par les fauteurs de l’émancipation des femmes se condensent déjà en quelques gouttes de réalité : gare l’averse ! Il n’est même plus besoin, on le sait, qu’elle soit nihiliste ou Yankee pour qu’une jeune fille suive les cours de la faculté de médecine, pour qu’elle brigue le doctorat, voire l’internat des hôpitaux. Ainsi a fait, jusqu’au doctorat au moins, la belle Angèle, avant d’épouser Alfred Frontignan. Son premier client, M. de Serquigny, malade pour l’amour d’elle, a été suivi de bien d’autres ; son cabinet, à présent, est des mieux achalandés. Elle passe la journée en consultations, en visites ; la nuit, elle pâlit sur de gros livres ; cependant, son mari vaque aux soins domestiques, lui demande l’argent qu’il faut pour la cuisine et gronde la cuisinière. Au matin, sortant de la chambre conjugale, où il a dormi seul, voici qu’il paraît, le teint reposé, douillettement vêtu de couleurs tendres et la boutonnière fleurie ; comme une bonne ménagère, il présente le chocolat au docteur, à sa femme, veux-je dire, qui, depuis la veille au soir, en costume sombre, fume des cigarettes sous la lampe studieuse. Se plaint-il de son abandon, des rigueurs et des froideurs d’Angèle ? Vite, en personne occupée, qui ne se soucie pas des bagatelles du sentiment, elle riposte : « Laissez-moi gagner notre fortune ! .. Est-ce vous qui la faites ? » Et Alfred de répondre : « J’ai apporté ma dot ! »

Mais, chez Alfred, si féminisé qu’il paraisse, la nature prend sournoisement sa revanche. Serquigny l’a présenté à une étoile du Cirque, une dompteuse, qui vit en famille, entre un père, ancien clown, et une sœur, ex-danseuse de corde, devenue plutôt femme colosse. C’est là que nous le retrouvons au deuxième acte ; nous voilà en pleine bouffonnerie. Pourtant la pièce ne s’abîme pas dans ces calembredaines : une scène, au moment où elle vacille, la fixe et la soutient comme un clou. Alfred, chez la dompteuse, s’est donné pour célibataire : sommé d’épouser la belle, et, dans le fort de la discussion, renversé par une pichenette de la géante, il s’évanouit. On va chercher du secours : la doctoresse ! Elle secoue à son tour le malade, sous prétexte de le faire revenir à lui, avec une rudesse de poigne que ces gymnastes admirent. C’est que la femme est ranimée en elle par la jalousie, et qu’au service de sa passion elle trouve la vigueur acquise par ses habitudes viriles. Nous le voyons bien dans l’explication qui suit, alors que le médecin et le patient sont laissés en tête-à-tête : c’est une querelle de femme et de maîtresse, et de maîtresse femme que la robuste Angèle fait à l’infidèle Alfred. Lui, balbutie des excuses, fond en larmes et s’écrie ; « Ah ! ma mère,.. ma pauvre mère ! .. »

« Je me retire chez ma mère, » soupire-t-il encore au début de ce troisième acte, où le revirement, nécessaire après la crise, va s’opérer. Angèle, pressée par cette leçon, a déjà couru les fleuristes et les modistes : voici qu’une profusion de plantes orne et embaume son cabinet ; voici qu’elle tire des cartons je ne sais quels vêtemens de dentelle plus séduisans encore, plus galans conseillers que ceux de la dompteuse. D’autre part, Alfred qui n’a jamais cessé d’aimer où il doit et n’est allé que faute de grives légitimes braconner des merles, — encore est-il resté bredouille, — Alfred surprend une tentative de Serquigny, qui veut tourner à son bénéfice le dépit d’Angèle ; sur-le-champ, il le provoque, elle s’étonne de sa bravoure ; redevenue femme, elle s’émerveille de le retrouver homme : « Vous irez vous battre ? lui dit-elle. — Oui. — Et vous n’aurez pas peur ? — Si ! » fait-il résolument, et il ajoute : « Mais quand on n’a pas peur.., où est le courage ? .. » L’affaire s’arrange, — est-il besoin de le dire ? — entre Alfred et Serquigny ; et de même entre Alfred et Angèle. « Tu feras ôter la sonnette de nuit ? demande-il. — Bêta ! répond-elle, c’est déjà fait. » Chacun, dans le ménage, a repris sa place ; la pyramide — d’abord posée plaisamment sur sa pointe, — après une oscillation plaisanie, est remise sur sa base.

On aperçoit assez par où cette farce touche à la comédie et comment l’esprit y peut trouver un emploi ; on devine aussi qu’une jovialité laborieuse peut s’y carrer, et que la trivialité peut s’y faire jour il est regrettable que l’exécution grossière d’une certaine scène au premier acte, l’ait fait supprimer après une soirée ; dans le défilé des malades qui se présentaient à la consultation, une dame arrivait et quand elle apprenait du valet de chambre que le docteur Frontignan était une femme : « Une femme ! S’écriait-elle. Jamais je n’oserai ! » Elle faisait mine de s’enfuir. Le trait, à coup sûr, était plaisant ; il semblait un paradoxe ingénieux et pouvait bien, toutefois, être pris de la nature ; il est fâcheux que la suite l’ait compromis.

Mlle Marie Magnier prête à la doctoresse l’autorité comique et la violence qu’il faut, tempérées, comme il convient, par l’agrément de sa personne ; M. Noblet joue Alfred avec une drôlerie minutieuse et nette ; Mlle Desclauzas donne à la géante sa physionomie fantasque et réjouie ; Mlles Darlaud, Metty et Pierval, MM. Lagrange et Numès méritent au moins d’être nommés, la Doctoresse, avec ces aides, pourrait, pendant quelque temps, être en vogue.

C’est encore une crise de ménage, et même une double crise (les deux ménages, tel serait facilement le sous-titre), qui fait le fond de la pièce de M. Paiileron, l’Age ingrat, applaudie, voilà bientôt sept ans au Gymnase, et aujourd’hui transportée au Vaudeville. L’âge ingrat au sens de l’auteur, c’est « l’âge critique des hommes ; » l’âge où « l’homme encore jeune, » quel que soit le nombre de ses années « n’est plus un jeune homme ; .. où les uns, las d’aventures, cherchent le repos, et les autres, las du repos, cherchent aventure. » Exemple de la première espèce : M. de Sauves, officier de cavalerie, « marié trop tard à une femme trop jeune,.. puits amoureux feu des autres femmes et séparé pour ce fait, aujourd’hui amoureux fou de la sienne… » Exemple de l’autre : « Fondreton, Marius, ancien fort en thème, » archiviste paléographe « marié trop tôt, celui-là, » marié à la marraine de Mme de Sauves, — et dont « la jeunesse tardive éclate comme la rieur de l’aloës, » avec un bruit de pétard. A côté de ces deux ménages, notez que deux célibataires évoluent, Désaubiers et Lahirel, contemporains moralement de ces deux maris, donc, eux aussi, en état de crise : l’un essaie de s’établir dans une liaison sérieuse avec Mme de Sauves, et l’autre, après avoir bien louvoyé, séduit par une sœur de Mme Fondreton, abordera au mariage. La Crise, tel serait proprement le titre de la pièce : pourquoi M. Feuillet l’avait-il pris ? L’état que celui-ci avait diagnostiqué subtilement chez la femme, M. Pailleron, avec une amusante variété de cas, en a montré l’analogue chez L’homme.

C’est de s’amuser, en effet, qu’il s’agit : en peut-ou douter, lorsqu’a été prononcé le nom de M. Pailleron ? Comme un maître de maison qui serait riche, bien portant, heureux en ses entreprises, spirituel et familier, qui recevrait copieusement, joyeusement, et même avec une affectation de rondeur ; qui aurait, pour allure de pensée habituelle, la plaisanterie ; qui serait accoutumé à se divertir en divertissant ses convives, et qui pourtant craindrait toujours de paraître s’ennuyer une minute et de laisser une minute s’ennuyer les autres, M. Pailleron se met en frais pour s’égayer et pour égayer le publie. L’aisance, l’agilité, la verve du discours et du dialogue, dans cet ouvrage, sont merveilleuses ; surtout dans les rôles de Labirel et de Foudreton, dans celui du cocquebin aussi bien que du viveur, est imitée parfaitement la causerie de Parisiens qui s’entretiennent avec abandon et qui pourtant veulent briller l’un devant l’autre. C’est un laisser-aller, un entrain en même temps, qui ravissent l’auditeur ; c’est un flot, une cascatelle de plaisanteries qui passent, chatoient, disparaissent éclipsées par d’autres. Si quelques-unes sont trop faciles et presque vulgaires, elles ne font, dans celle multitude, que donner à l’ensemble un air plus naturel, un aspect d’improvisation à la bonne franquette, Combien d’autres, sans plus d’apprêt, sont vraiment malicieuses et fines, éclairent à la course un coin de caractère, un détail de mœurs contemporaines ! Mais la plupart, du moins, sont de qualité bonnement ordinaire, — si c’est une qualité ordinaire que d’être inspiré par la belle humeur.

Puisque la consigne est de rire, un mari qui se dérange est plus avantageux qu’un mari qui se range : il y a plus de joie au théâtre pour un Fondreton qui pèche, ou qui fait mine de pécher, que pour un Sauves qui se repent. C’est dire que de ces deux histoires de ménage, dont les courans s’accompagnent par toute la pièce et restent pourtant distincts, l’une, la divertissante, est contée avec plus de complaisance, écoulée avec plus de plaisir que l’autre, la sentimentale, et même qu’elle lui fait tort. Il y a de bien jolies et délicates nuances dans ce roman scénique de M. et Mme de Sauves : les causes de leur séparation, leurs sentimens réciproques lorsqu’ils sont séparés ; le dépit, la méfiance, la fierté, la froideur voulue de la jeune femme, et son amour qui persiste en secret ; l’adresse et la dignité de sa politique envers des tiers, envers ce tiers surtout, Désauniers ; les alternatives de résipiscence et de colère du mari, sa demi-rechute et son retour définitif au bien ; et, dans l’intervalle de cette brouille à ce raccommodement, le manège de l’ami commun, ce Désaubiers, prétendu courtier en réconciliations et qui, pour son courtage, suspend les préliminaires de la paix au moment qu’elle va se faire, raccomodeur de ménages fêlés qui juge que les morceaux en seraient bons, — tout cela est exposé avec une philosophie souriante, avec une aimable entente des conditions moyennes de la vie, avec une connaissance rassise du monde, de ses préjugés et de ses sentimens. Un roman, oui, peut-être, c’est ce qu’il fallait faire de cette histoire, à moins qu’on n’en fit toute une comédie : soit une grande comédie, où l’on aurait pu mettre au plein vent le pathétique de la donnée ; soit une petite, où l’on aurait baissé le ton, qui, déjà ici, paraît quelquefois trop élevé : on aurait alors, grâce au personnage du célibataire, tourné la chose à l’enjouement. Telle quelle, et côtoyant l’aventure de Fondreton, celle de M. et Mme de Sauves a quelque peine à se faire prendre au sérieux. Nous sommes en train de gausser : que prétend-on nous intéresser et même nous émouvoir ? Nous ne sentons pas tout le mérite des efforts qu’on fait pour y parvenir ; si nous les remarquons, c’est presque avec impatience. Au premier acte, il semble que ce morceau de résistance allonge inutilement le service ; au troisième, la suite en paraît encombrante et indigeste. Et pourtant, par elle-même, cette partie était digne de plus de faveur.

C’est aussi que la vue de ce Fondreton est si exhilarante ! Son courant est le meilleur ; il file à travers toute la pièce, et partout il brille, il scintille. C’est un ruisseau de comique, pas bien profond, mais limpide et rapide, sans amertume, innocent et français. Au milieu de l’ouvrage, il jaillit en gerbe et s’épanouit ; et tout autour, par une heureuse affinité, de sources récentes et à fleur de terre, d’autres ridicules s’élèvent et brillent en pluie fine : ce deuxième acte, par ses l’usées à droite, à gauche, devant, derrière, il éblouit, il étourdit comme les grandes eaux de Versailles. On se rappelle, — et comment l’oublier ? — le salon de la comtesse Wacker, cette agitée, agitante personne, Anglaise ou Américaine, femme du monde et suspecte, dont le mari est invisible, et le père affiché comme un père de louage ; galante et capable de tenue ; aimée, quittée par M. de Sauves, courtisée par Fondreton, hébergée, défrayée d’aubades par un général qui n’envoie pas pour rien sa musique. Le jour de son emménagement à Montmorency, elle reçoit à dîner (un dîner envoyé de Paris avec l’argenterie et la vaisselle) des gens qu’elle a connus à Vienne, à Florence, à Madrid, et des gens qu’elle ne connaît pas ; elle a des convives dans son cabinet de toilette et sur l’escalier ; elle quitte, à l’aube, ce salon, qui ressemble au pont d’un transatlantique, pour aller en breack assister à une exécution ; elle déjeune au cabaret, visite les égoûts, se fait photographier avec ses compagnons de partie, va aux courses, au skating, revient souhaiter la bienvenue au fiancé de sa sœur, embrasse son enfant, le chasse, se plaint d’être l’alignée, s’élance sur une balançoire… Ni bonne ni méchante, au demeurant, elle n’a peur de rien que de s’ennuyer. Étrangère chez nous, — on ne sait guère où elle ne le serait pas, — elle se moque de l’opinion encore plus que de la vertu. Et c’est chez elle, parmi ces passagers de tout pays et de toute classe, entre un colonel de fantaisie et une jeune fille authentique, entre une princesse russe pour pianistes italiens et un pianiste italien pour princesses russes, dans cette « pétaudière élégante, » dans ce capharnaüm cosmopolite, dans ce tohu-bohu demi-mondain, c’est là que l’honnête et bourgeois Fondreton, Fondreton de l’école des chartes ou des chastes, Fondreton « pris tout petit » par sa tante, qui devint sa belle-mère, et parvenu intact au mariage, c’est là que Fondreton se gaudit et se sent vivre, c’est là qu’il exulte et qu’il triomphe. Naïf, mais non pas sot, il nous fait lui-même, avec une verve haletante, qui ne laisse pas d’être spirituelle, les honneurs de son déniaisement, il nous en confesse les angoisses et les délices, il nous en donne le réjouissant spectacle. Veut-il se déclarer à la comtesse : « Moi, dit-il, dans ces momens-là, je patauge… Mon latin me revient ! » Et, en effet, comme il s’enhardit à rappeler : « Chère Julia ! » elle l’interrompt, il balbutie : « Cur nescire pudens… » La caricature est fine, elle est toute vive, digne de figurer auprès de cette esquisse d’étrangère si lestement, si brillamment touchée, dans ce tableau d’intérieur brossé à petits coups si justes et de couleurs si vibrantes. Il a tellement plu, ce tableau, qu’on a proposé, il y a quelques années, de le détacher du triptyque et de réduire l’ouvrage à ce deuxième acte : après cela, estimez si le comique de la pièce gêne la justice qu’on doit au reste !

Cependant, à la fin de ce deuxième acte, une scène se trouve, qui rattache le comique au sentimental et noue les deux histoires ensemble : Mme de Sauves vient chez la comtesse pour réclamer Fondreton. Ce n’est pas la seule rencontre, dans le théâtre contemporain, d’une femme honnête et d’une autre à tout le moins suspecte : c’est la seule aussi importante sans que le dialogue se tende sévèrement, ni que le ton de la comédie soit quitté pour celui du drame ; la seule peut-être où les adversaires, sans effort apparent, se contentent d’une escrime courtoise et d’autant plus savante. Aucune des deux n’est sacrifiée à l’autre, ni pour la dignité pendant le combat, ni pour son issue ; aucune ne manque de sang-froid ni d’adresse. De ce côté-ci et de celui-là, cette vraisemblance des caractères et des mœurs, qu’il est si rare et si agréable de voir durer au théâtre, est maintenue jusqu’au bout, sans que la morale y perde rien. Il fallait, pour ménager ainsi les choses, une légèreté de main, une souplesse, un tact littéraire que nous ne saurions trop louer : toutes les espèces de tact nous sont chères ; coin-bien d’autres scènes, — combien de scènes du Monde où l’on s’ennuie, — nous donnerions pour celle-là !

Mlle Tessandier a repris son rôle de Julia Wacker ; elle le joue presque à la perfection, en comédienne de race, avec des intonations variées, délicates, originales, qui ne sonnent pas le théâtre. M, Jolly a recueilli le personnage de Fondreton : moins nuancé que M. Saint-Germain, il a de la désinvolture, de l’assurance, un débit drolatique et des grimaces facétieuses. Mlle Legault, depuis sept ans qu’elle avait joué Mme de Sauves, a pu acquérir du talent : elle reste froide, et sa froideur, aussi bien que la raideur de M. Montigny, qui n’est pas non plus sans mérite, a contribué à rendre indigeste la partie pathétique de l’ouvrage. M, Dieudonné, plus lent et plus gourmé qu’à son ordinaire, n’a que médiocrement aidé, sous le nom de Lahirel, au succès de la partie plaisante. M. Alexandre Michel, sous les cheveux rares de Désaubiers, manque d’élégance. Mlle Vrignault représente aimablement l’ingénue Geneviève, la sœur de Mlle Fondreton, celle qui, dans une jolie scène du troisième acte, vient trouver le célibataire endurci pour s’excuser des avances de sa mère, et, avec la résolution des timides, commence par lui dire en face ; « Monsieur Lahirel ! ., les jeunes filles ne sont pas des bêtes ! »

L’Odéon, pour renforcer Conte d’avril, a pris le soleil et la lune : Coup de soleil et Cynthia ; si les étoiles ne lui manquent pas, voilà un théâtre bien fourni ! Coup de soleil n’est qu’un badinage parfaitement honnête et assez spirituel, signé de MM. Albéric Second et Théodore de Grave, et qui pourrait bien être à la mode, l’automne prochain, dans les châteaux. Cynthia est une petite comédie en vers, ou plutôt une idylle mythologique, de M. Louis Legendre, dont j’avais signalé, l’art dernier, un à-propos qui passait l’ordinaire, Célimène. J’avais remarqué Chez M. Legendre des qualités de versificateur français, né sans doute et déjà exercé pour la comédie ; c’était de quoi prédire, avec des chances, que sa mythologie ne serait pas celle de M. Leconte de Lisle et de ses disciples : il ne prétend pas, en mettant la déesse au théâtre, nous faire ressentir les émotions religieuses qu’éprouvèrent jadis les adorateurs d’Artémis et de Diane. Aussi bien Anémia ou Diane, ou Cynthia encore, c’est tout un pour lui : il mêle sans scrupule aux noms latins de Jupiter, de Mercure et de Minerve le nom hellénique d’Éros ; sa mythologie est à la française, c’est-à-dire de fantaisie, aussi bien que l’aventure qu’il nous expose.

Diane, longtemps farouche, s’est éprise colin du chasseur Hylas, une sorte d’Hippolyte d’humble condition et purement forestier ; elle le visite pour se faire aimer de lui sous la qualité d’une mortelle. Mais Hylas aime une fillette, la modeste Néère. Tandis que Mercure occupe la pauvrette et la courtise vainement, Hylas résiste à la tentation : qu’il prenne cette beauté engageante pour une princesse déguisée ou qu’elle se révèle déesse, il décline toujours l’honneur de son caprice ; dépitée d’abord et courroucée, elle regagne le ciel on faisant grâce à tant de fidélité et d’amour.

Telle est cette simple légende ; elle vaut surtout par la manière dont elle est contée. Sa langue et sa prosodie ont la correction et l’aisance. Les vers agréables y viennent comme d’eux-mêmes. Sans doute, c’est par l’influence de Diane que sa rivale, Néère, parle si joliment la langue des dieux, et que leur « objet » commun, Hylas, lui répond d’un style pareil :


Car enfin ma beauté ne te fait point honneur,
Et lorsque je me penche au miroir des fontaines,
Je n’y vois qu’un visage aux lignes incertaines,
Une bouche trop grande et des yeux trop petits ;
Nous sommes pour la taille aussi mal assortis :
Je suis la fleur perdue au pied du chêne auguste…
— Qu’on critique mon goût, enfant, je laisse dire !
Petite ou non, ta bouche est le nid du sourire !
Ton front rient au niveau de mon baiser ! Tes yeux
Sont assez grands pour moi, s’ils contiennent les cieux !


Cynthia, naturellement, ne saurait adresser à Hylas de moins harmonieux discours :


J’avais l’éternité, mais non pas la jeunesse !
Toi seul me l’as donnée ! Il faut que je connaisse
L’espérance amoureuse et l’amoureux effroi…
Lorsque tu dors la nuit, sur ton lit de feuillage,
Mes rayons jusqu’à toi tracent un blanc sillage,
Et j’arrête ma course au fond du firmament
Pour les laisser sur toi se poser longuement,..


Et Hylas, d’autre part, ne peut faire moins que de lui dire :


Ta beauté m’éblouit, mais ton rang m’embarrasse !
Je croirais en m’aimant que tu m’aimes par grâce ;
Je croirais, si complet que fût ton abandon,
Que je dois à genoux t’en demander pardon…
Je n’étends pas la main quand le soir est tombé,
Pour saisir dans les cieux le croissant de Phébé ;
L’humble flambeau suffit dans une humble chaumière,
Et Néère en mon cœur fait assez de lumière !


Voilà des vers, sans conteste, ingénieux et charmans. Celui que je vais marquer est d’un poète : comme Diane plaisante la pauvreté, la nudité de son abri, le chasseur lui réplique, avec un geste large :


L’homme des villes, pris autre quatre manilles,
A sans doute besoin de parer sa prison :
Le mur de ma demeure, à moi, c’est l’horizon !


Mais ce que je préfère, comme le plus original dans l’œuvre de M. Legendre, et le mieux significatif pour son avenir, c’est le ton et le tour de certains passages comiques, moins avantageux à détacher mais excellens à leur place et convenables au genre scénique. Le rôle de Mercure, en ce sens, est le mieux partagé : il rappelle que l’auteur, pour sa Célimène, a dû fréquenter chez Molière ; il évoque le souvenir d’Amphitryon. Un homme, dit Mercure à Diane,


Est pour vous beaucoup moins compromettant qu’un dieu,
Car l’un dure toujours et l’autre dure peu.


Et quand la déesse, remontée au ciel, caresse encore le rebelle chasseur de sa lumière bénigne, il lance une dernière boutade :


C’est prendre l’aventure en déesse d’esprit !


N’est-ce pas là, en matière mythologique, le badinage français ? Il n’était pas nécessaire pourtant de moderniser Mercure au point de lui faire dire que l’Olympe est « assommant, » ni Diane à ce point qu’elle s’écrie, parlant aux dieux : « Vous, les blasés du ciel ! » Plus que ces libertés, d’ailleurs, je reprocherai à M. Legendre la platitude de quelques vers, et, plus encore, la facilité qu’il a prise de placer trop d’épithètes, et d’épithètes banales, à la rime : quelques morceaux de ce léger ouvrage en sont déparés. Nous ne retrouverons pas ces taches sans doute, dans les comédies plus considérables et surtout plus comiques dont Cynthia nous donne l’espoir. M. Legendre, pour cette épreuve, n’a point à se plaindre de ses interprètes : M. Paul Monnet qui fait Hylas, est magnifique et mélodieux ; Mlle Baréty est une Diane superbe et qui s’applique à bien dire ; Mlle Laisné, une gentille Néère ; M. Keraval, un Pasquin céleste qui fait rire.

M. Jules Claretie est nommé administrateur général de la Comédie-Française :


Sa bienvenue au jour lui rit dans tous les yeux ;


mais particulièrement, à l’heure qu’il est, dans les yeux de M. Vacquerie, — d’où elle se reflète, on le sait, dans les yeux de M. Meurice — et d’ici et de là, dans ceux de M. Lockroy, « premier élu » de Paris, et de tous les lieutenans de ce vieil et à jamais vénérable Alexandre qu’on a mené, le printemps ; dernier, au Panthéon. En effet, M. Kæpfen, administrateur provisoire, a légué au nouveau titulaire l’honneur avantageux de reprendre Jean Baudry. Accueillie avec estime par les uns, avec colère par les autres, avec curiosité par tous en 1863, ressuscitée ; dans sa gloire en 1880, l’œuvre est écoutée, cette fois, sans surprise ni prévention, en toute équité d’esprit, avec une déférence qui nu va que par sursauts jusqu’à l’admiration. Grandiose par la conception, héroïque par les sentimens, romantique par le style, ce drame est bourgeois par les personnages. Ce contraste de la forme, sinon de l’idée première ni des passions, avec la qualité des acteurs, nous déconcerte, et, à la longue, nous fatigue.

La donnée, on s’en souvient, est du genre sublime : M. Vacquerie, qui, à la suite de Victor Hugo, a pris l’habitude de franchir les abîmes d’un coup d’aile et compare volontiers, pour montrer leur différence, Prométhée à Chrysale, me pardonnera si je définis Jean Baudry un Perrichon tragique. Ce diocésain de l’évêque Myriel a surpris naguère un gamin de douze ans, un petit sauvage des rues, qui lui volait son portefeuille ; il l’a recueilli, nourri, apprivoisé, instruit : il s’est fait « le père de son âme. » Aujourd’hui, Jean Baudrv, âgé de quarante-six ans, aime une jeune fille accomplie, Andrée Bruel. Enhardi par la ruine du père, qui ne peut accepter d’être sauvé que par son gendre, il demande la main d’Andrée, il l’obtient. Mais Andrée aime secrètement Olivier, le pupille de Baudry, qui a vingt-deux ans, Olivier, esprit chagrin, cœur tumultueux, aime Andrée avec une sourde rage ; la nuit qui doit précéder ses noces, il veut pénétrer dans sa chambre, il est arrêté par Baudrv sur le seuil. L’offensé considère ce qu’il a déjà fait pour l’offenseur et ce qu’il peut encore faire ; il regarde l’intérêt de l’humanité qui veut que cette âme, en progrès vers le bien, ne recule pas, mais avance ; il pèse le privilège de la jeunesse : il se sacrifie, Olivier veut s’exiler ; il le suit pour le ramener bientôt : « Laisse faire le temps, dit-il presque à Andrée,.. ma vertu et ton droit. »

Le bienfait oblige le bienfaiteur : telle est la substance morale de la pièce ; elle est pure, elle est belle ; nous ne demandons qu’à en applaudir la manifestation. Nous admettrons d’ailleurs qu’elle se manifeste par des hommes en redingote, nos contemporains et que l’auteur leur attribue pour cela tous les sentimens qu’il faut. Si la générosité de Baudry nous semble rare, nous réprimerons cependant la velléité de soupçonner qu’elle n’existe pas : en ce temps connue anciennement, l’homme est un personnage tragi-comique, et capable également de montrer l’un ou l’autre masque ; pourquoi pas Juan Haudry aussi bien que Perrichon ? Nous nous garderons surtout d’accueillir le héros par l’ironie ; naguère il a pu s’écrier : « L’enfant vole ; tant mieux ! C’est bon signe… Il pourra devenir honnête. » Nous ne lui dirons pas, avec un sourire, qu’il doit aujourd’hui s’estimer heureux : « Il viole à présent ; tant mieux ! .. Le jeune homme a encore des progrès à faire ! » Nous résisterons même à la tentation plus forte, de récuser Olivier comme peu vraisemblable, ou de l’expulser comme déplaisant, sous le prétexte qu’étant comblé de bienfaits, il est ingrat, qu’étant amoureux il est encore méchant, et que, méchant et ingrat, il l’est presque sans lutte ni remords : au contraire, après réflexion, nous accepterons ce grand reste de férocité, quelque pénible qu’en soit le spectacle, comme une marque de naturel ; nous saurons gré à l’auteur de sa franchise et de son courage, de sa témérité même contre les habitudes du théâtre, selon lesquelles un pareil jeune premier est proprement un monstre. Est-il besoin dédire ensuite que nous n’aurons pas de peina à goûter la délicatesse et la fermeté de Mlle Bruel ? La bonhomie de son père nous reposera ; les travers de sa tante nous permettront de rire ; la violence et la cautèle du créancier Gagneux ne nous offriront qu’une saine amertume. D’ailleurs, si la structure du drame est simple et solide, si la distribution en est claire, — elle peut le paraître aujourd’hui surtout que nous savons qui est Olivier, et que nous n’avons pas besoin d’attendre comme en 1863, le récit de Baudry au troisième acte pour connaître la condition de ce mystérieux personnage, — si les scènes sont ouvertes, établies, conclues, reliées ensemble avec force, comment arriverait-il que nous ne fussions pas pris par ce drame et jusqu’au bout, sans relâche, maintenus dans l’admiration !

Hélas ! c’est la forme qui nous laisse nous défendre et nous reprendre : non qu’elle soit négligée ; au contraire, elle n’est que travaillée ave trop de suite, d’après un système, et ouvrée trop curieusement. Quelques déclamations d’Olivier sur ses contemporains, qui sont « les Guèbres de l’or, » et sur l’or, « dont les pièces sont rondes pour ressembler à toute la terre et plates pour ressembler à tous les hommes ; » — ou de Baudry, qui vocifère : « Nous verrons si mes rides me valent pas les haillons ; » — ou même du paisible Bruel, qui s’écrie : « Quand ce n’est pas aux souliers qu’on a de la boue, c’est à l’inné, » — quelques tirades de ce goût pourraient facilement se négliger : aussi bien le romantisme de M. Vacquerie est à l’ordinaire plus sobre. Que dis-je ? En maint passage, dans les entretiens d’Andrée avec son père, notamment, et de Baudry avec Andrée, il se permet d’être fort avec simplicité ou délicat tout uniment ; il s’élève même, dans quelques discours de Baudry et d’Olivier, jusqu’à une mâle et concise éloquence, jusqu’à un lyrisme sincère, et ne se met pas, malgré l’occasion, à bouillonner en billevesées ambitieuses. Mais le plus souvent il est précieux : il est vigoureux précieusement et précieusement subtil. Exact à se surveiller, ennemi de tout abandon, il affecte même d’être simple. Il sème de sentences et de concetti, en des accès de passion, les paroles de ses héros ; en des circonstances familières, il leur impose une rigueur d’expression parfois ingénieuse, parfois heureuse, mais qui inquiète ; il donne à leurs moindres propos un aspect raide et martelé qui fait peur. Par ses soins, un bonhomme d’armateur, une jeune fille de la classe moyenne, un petit rentier hargneux, aussi bien qu’un négociant philosophe et qu’un médecin, s’expriment volontiers en hommes de lettres, et en hommes de lettres d’une certaine école, j’allais dire d’une certaine coterie. Peu s’en faut que cet apprêt de langage, nous étonnant chez des bourgeois, nous rende les sentimens suspects ; il est pénible par lui-même : de là un double malaise, qui nous empêche de jouir, autant du moins que nous le voudrions, du talent de l’auteur, Jean Baudry est une œuvre de mérite, où l’on sent de louables efforts, mais, justement, trop d’efforts : elle ne restera, j’imagine, qu’à titre de document sur la seconde génération des romantiques.

L’interprétation est la même qu’il y a cinq ans, sauf que M. de Féraudy succède à M. Thiron dans le rôle de Gagneux : à chaque épreuve, ce jeune homme tient plus fermement la promesse d’être un excellent comédien. Mlle Bartet demeure l’Andrée idéale : un ange laïque. M. Barré représente à merveille Bruel ; Mlle Jouassain, Mme Gervais ; M. Truffier, le domestique. J’ai gardé pour la fin MM. Got et Worms, Baudry et Olivier ; on connaît L’autorité pathétique du premier, la chaleur intime du second ; peut-être ils pourraient, sauver, en certains points, par quelque détente, excuser par quelques nuances plus humaines, ce que leurs personnages ont d’extraordinaire.

Mais quoi ! est-on attristé par Jean Baudry ? qu’on aille à la Renaissance : on y trouvera un vaudeville tout plein d’inventions joyeuses, un Duel, s’il vous plaît ! de MM. Fabrice Carré et Maurice Desvallières. On y verra comment un nouveau Me André, qui avait toujours désiré être témoin d’un duel, surprit son ami intime, un autre Clavaroche, mais un Clavaroche pacifique et même poltron, qui sortait de chez sa Jacqueline à quatre heures du matin ; comment il s’écria : « Toi ici ! .. Je devine : tu as un duel ; » si bien que l’autre dut se procurer un duel dans les vingt-quatre heures ; comment, après avoir vainement cherché l’affaire dont il avait besoin, le séducteur en rencontra plusieurs quand il n’en souhaitait plus aucune ; comment le mari fut son témoin et comment il eut l’honneur, en cette qualité, de recevoir une balle dans le mollet.. ; — le tout exposé avec une verve sémillante, avec une abondance d’humeur folle. Et cela dans ce petit théâtre, puisque le directeur d’aucune scène mieux classée n’a su attirer cette pièce.


Louis GANDERAX.

  1. Voir le récent volume de MM. Lucien Percy et Gaston Maugras : la Vie intime de Voltaire aux Délices et à Ferney. — Calmann Lévy, éditeur.
  2. Voir les Mille et une nuits du théâtre, par Auguste Vitu ; deuxième série. — Ollendorff, éditeur.