Recueil de tombeaux des quatre cimetières de Paris/Lemaire

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CIMETIÈRE DE MONT-LOUIS.
Planche 25.
TOMBEAU d’Alexandre Hector LEMAIRE.


On arrive à ce monument en traversant le carrefour de l’Étoile, il se trouve à droite près du bord de la route tournante presque vis-à-vis du tombeau, de madame la duchesse de Valmy.

Ce tombeau se compose de trois pierres tumulaires Sur celle du milieu s’élève un monument triangulaire à orillon, d’un bon style.

Ce monument est en marbre noir granit de Flandres.

Chaque table d’inscription est ornée de trois couronnes gravées dans la pierre. Ces couronnes sont dorées et enlacées l’une dans l’autre. Elles sont l’une de lauriers, l’autre de ns la pierre. Ces couronnes sont dorées et myrte la troisième en feuilles de chêne, l’urne de chaque face est posée sur un socle qui forme un triangle, sur celle à droite : on lit : Pater, sur celle à gauche Mater et sur celle du milieu Filius.


Traduction de l’Épitaphe latine d’Alexandre-Hector LEMAIRE[1].


Ici, reposent, solitaires encore, les ossemens d’Alexandre-Hector LEMAIRE, qui, n’étant encore âgé que de 18 ans, élèvé émérite de rhétorique, s’occupait de faire ses cours de droit et de philosophie.

Excellent écolier en vers latins, ses compositions lui avaient mérité plusieurs prix.

Doué de toutes les qualités de l’esprit et du cœur, faisant les délices de la meilleure des mères, la gloire d’un père, son instituteur, il fut enlevé par une mort imprévue et cruelle, le 11 décembre 1812. Ses condisciples le pleurèrent et il fut regretté de ceux même qui ne le connaissaient qu’indirectement.

On lit sur une autre face du tombeau l’inscription suivante.

O generose puer,
Tu frustra plus,
In eterno sepulcri exilio jaces ;
Sed non diu solus ibi morabere ;
Mox aderunt, quos praecessisse non decuit,
Et juxta te medium, dextra laevaque compenindi
Sub eodem et proprio cespito conquiescent ;
Gine, qui jam non pater,
Naenia solemni, sineret dolor, te prosequeratur,
Illine, miserrima inter omnes mater,
Quae consolari non vult, quia non es,
Vule, et nos expecta
Non longinquo digressu separatos.


TRADUCTION DE CETTE INSCRIPTION


Aimable jeune homme, c’est en vain que tu fus recommandable par ta piété filiale, tu reposes dans l’Éternel exil des tombeaux ; mais, seul, tu n’y resteras pas encore long-temps. Bientôt, reposeront auprès de toi ceux qui auraient dû te précéder dans la tombe, l’un à ta droite, l’autre à ta gauche, et tous deux sous la même pierre ; ce père, qui, ayant cessé, de l’être du moment où tes dépouilles ont été enfermées sous ce tombeau, est continuellement poursuivi par sa douleur, et la plus malheureuse d’entre toutes les mères qui ne veut point être consolée, parce qu’il n’y a plus pour elle de consolations depuis que tu n’existes plus.

Adieu. Attend nous, nous ne resterons pas encore longtemps séparés.

Le jeune Hector LEMAIRE, dont on a annoncé la mort prématurée, n’avait que dix-sept ans et demi, au lieu de dix-neuf, qu’on lui avait donné. Voici quelques mots prononcés sur sa tombe, le 12 décembre 1812 ; par M. BASSET, directeur des Études de l’École Normale.

« Avant de nous quitter pour toujours, cher enfant, reçois les adieux et les regrets de tes parens inconsolables, et ceux de tes amis, de tes maitres et de tes camarades… Si la mort te précipite avec violence dans la tombe, si elle anéantit, comme par un coup de foudre, le bonheur et les espérances de la famille, le ciel sans doute, le ciel a jugé la bonté de ton âme trop parfaite pour cette terre, et il la réclame dans sa justice, comme sa propriété éternelle.

» Tu n’étais encore, il est vrai, qu’au matin de la vie. Mais qu’il était serein, qu’il était brillant ! quelle belle journée il annonçait et pour toi et pour nous ! n’importe ; tu as assez vécu, et dix-sept ans passés dans la pratique des vertus de ton âge, dans la plus pure innoncence, dans l’emploi constant des talens, ont fait de ta trop courte existence une vie pleine et entière.

» Tous ceux qui entourent tes tristes restes, tous ceux que tu aimais, dont tu étais aimé, ne versent pas pour toi les premières larmes ! Chaque année ils en arrosaient tes triomphes classiques, et les fruits bien mérités d’un travail assidu : Aujourd’hui, celles dont ils mouillent ta cendre, sont remplies d’amertume, elles ne seront pourtant pas les dernières ! Eh ! pourrons-nous jamais à l’avenir voir une couronne orner le front d’un écolier, sans nous écrier avec un douloureux souvenir.

« C’est ainsi qu’Hector Lemaire, payait d’une branche de laurier, tous les soins d’un père chéri qui mettait sa gloire et son plaisir à compter son fils parmi ses meilleurs disciples. »

Loin de nous tout murmure contre les décrets éternels… Repose en paix, tendre victime, et que ton âme s’envole dans le sein de celui qui te prépare déjà la palme, due au chrétien vertueux, au fils respectueux et sensible, au bon parent, à l’ami fidèle et à l’exemple de la jeunesse.


  1. Cette épitaphe est gravée sur le dessin que nous donnons du tombeau du jeune LEMAIRE. Voyez la planche 25.