Recueil de tombeaux des quatre cimetières de Paris/17

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(17ème Livraison.)
DESCRIPTION
DES TOMBEAUX.
Planches 65, 66, 67, 68.

CIMETIÈRE DE MONT-LOUIS.
Planche 65.
TOMBEAU DE LA FAMILLE LEFÊVRE.


Pour se rendre à ce monument, on prend, en entrant dans le cimetière, la route tournante, qui se trouve à droite ; on la suit jusqu’au carrefour de l’Étoile ou rendez-vous des voitures. On gravit ensuite un petit sentier, qui fait face à cet endroit, et qui conduit à une route partagée en deux chemins, l’un à droite et l’autre à gauche. Le premier est celui qu’il faut prendre : il conduit au bosquet de l’avenue de Vincennes ou du Dragon. Le tombeau dont il est question, est placé sur la gauche et au bord du chemin de la Fidèle.

La forme de ce monument est celle d’un riche et beau sarcophage, décoré d’un fronton et d’oreillons, et cantonné de pilastres posés à crû sur la base principale. Les tables renfoncées, qui portent les inscriptions, sont en marbre blanc-veiné ; les têtes des vis qui les assujétissent, ainsi que les lettres sont dorées. Tous les ornemens sont en bronze de couleur antique. Les masques funéraires, d’une ciselure admirable ainsi que les torches et palmes, furent volés nuitamment, il y a quelques années.

Ce beau monument est posé sur un stercobate ou sousbassement, à l’un des bouts duquel on a pratiqué des marches, afin que le spectateur puisse y monter et se promener au pourtour.

La petite chouette en bronze, qui a échappé aux voleurs, est posée sur le bord d’un rond creux, formant calotte ; les étoiles qui ornent la frise sont aussi en bronze.

Ce monument s’élève au-dessus d’un caveau qui, sans contredit, est un des plus beaux par sa disposition. L’auteur de ce Recueil a vu construire tous les caveaux du cimetière ; et par cette raison, on peut en croire ce qu’il dit. (Voy. la pl. 67.)
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Planche 66.
FACE LATÉRALE DU TOMBEAU.

L’ordonnance de cette face est la même que celle de la façade géométrale. La table du renfoncement est de marbre blanc veiné, les lettres sont en or, et les ornemens en bronze.



Planche 67.
PLAN ET COUPE DU CAVEAU.

Ce caveau forme une crypte ou chapelle sépulcrale souterraine, dont le plan est très-bien conçu, et sa disposition parfaitement conforme à sa destination.

Le sol de l’intérieur est distribué en dix fosses, qui peuvent en faire douze, parce que celles des deux bouts vont d’un mur à l’autre. Elles sont en partie revêtues de briques et disposées en profondeur pour recevoir trois corps l’un sur l’autre.

Cette espèce de chapelle a la forme d’un parallélogramme, qui se compose d’une nef et d’une galerie, au pourtour. Toutes les fosses sont fermées par une dalle de pierre de liais, et entourée d’une plate-bande de briques. Ces dalles et les briques forment le pavé du caveau, et font un assez bel effet. Le petit diamètre que l’on voit au bout de chaque pierre, indique l’anneau de fer qui sert à la lever, quand la fosse qu’elle couvre doit recevoir un corps. Un escalier manque à cette sépulture souterraine.

La grille d’entourage est d’un bon genre ; les barreaux, qui sont faits de canons de fusils, sont surmontés chacun d’une tête de pavot, qui devait être dorée.

Ce monument renferme deux corps, celui de M. Lefèvre et celui d’un petit enfant. La fosse du premier, couverte d’une dalle, est sous la galerie du fond. Au-dessus s’élève un sarcophage que l’on retire à volonté ; il est formé de dalles de pierres de liais, et peint en porphyre brun.

Sur le devant, on lit cette épitaphe en lettres d’or :

Ci-gît Jean-Louis LEFÊVRE
Né, le 20 juillet 1773,
A Épernay, département de la Marne,
Décédé le 7 décembre 1812.

La fosse de l’enfant est au bout de la galerie à gauche, en entrant. A chaque extrémité de cette galerie, on a placé deux cippes en pierre, que l’on ôte et remet à volonté.

On lit sur l’hémicycle au-dessus du plinthe :

sépulture
de la famille lefêvre.




Revenons au monument qui s’élève au-dessus du caveau.

Sur la table du côté de l’entrée, laquelle est, ainsi que les autres, renfoncée, et de marbre blanc veiné, on lit :

Tu pleures ton généreux frère,
Toi qui lui survis aujourd’hui ;
De ses enfans tu vas être le père ;
Ta jeunesse trouva jadis un père en lui.




Au ciel qui l’a ravi ses filles désolées
Redemandent l’objet de leur affection,
Et de leur cœur soumis la résignation
Verse sur la douleur qui les tient accablées
Le baume consolant de la religion.


A gauche, on lit :

Fidèles compagnons de ses nobles travaux,
Il vous rendit heureux, partageant tous vos maux ;
Payez à ses bontés le tribut de vos larmes ;
Pour des cœurs affligés la douleur a ses charmes.



CIMETIÈRE DE VAUGIRARD.
Planche 68.
TOMBEAU D’AUGUSTINE.


On trouve ce tombeau, à droite, en entrant par la porte du petit Vaugirard. Il est en pierre et d’une forme qui n’est pas commune. Sur un marbre noir, incrusté dans la pierre, on a gravé, en grandes lettres d’or, ce seul mot :

Augustine !

Est-ce une jeune vierge ? est-ce une jeune épouse ? est-ce une amie ? c’est le secret du cœur de la personne qui a adopté cette laconique inscription.


Vers faits par une dame, deux jours avant sa mort.

Bientôt la lumière des cieux
Ne paraîtra plus à mes yeux ;
Bientôt quitte envers la nature,
Je vais dans une nuit obscure
Me livrer pour jamais aux douceurs du sommeil.
Je ne me verrai plus, par un triste réveil,
Condamnée à sentir les troubles de la vie.
Mortels, qui commencez ici-bas votre cours,
Je ne vous porte point d’envie,
Votre sort ne vaut pas le dernier de mes jours.
Frappe, seconde mon envie,
Viens favorable mort, viens briser les liens
Qui, malgré moi, m’attachent à la vie.
Ne point souffrir est le plus grand des biens.


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LA MORT DE MON FILS
Stances Élégiaques.


La mort a fermé ta paupière,
Aimable enfant, tes jours me sont ravis !
Je souriais à peine au nom de père,
Déjà la tombe avide a dévoré mon fils.

Ainsi la fragile nacelle,
Voguant à la clarté de l’astre de la nuit,
Paisible, fend le sein d’une mer infidèle ;
Bientôt l’onde bouillonne, et s’irrite et mugit,
L’aquillon gronde, elle chancelle,
Disparaît, lutte encor…l’abîme l’engloutit :

Ah ! J’aurais dû pleurer sur ta naissance,
Oh ! mon fils ! le jour même où par ton premier cri,
Mon cœur trop tendre, hélas ! fut averti,
D’un nouveau sentiment et d’une autre existence.
Autour de ton berceau doucement agité,
J’aurais dû voir la dure adversité,
La fièvre au pas brûlant, la douleur ennemie,
Cortège de l’humanité,
Frappant aux portes de ta vie.

Mais non ; dans l’avenir pour mon âme embelli.
Tout me riait, tout me flattait d’avance ;
De mes vieux ans mon fils était l’ami,
De ses succès j’étais enorgueilli,
J’élevais sur son nom ma superbe espérance.
Destin cruel ! impitoyables dieux !
Vous vous jouez ainsi de notre attente !

Ainsi l’homme par vous abusé dans ses vœux,
Croit lire vos bienfaits sur l’arène mouvante,
Que disperse un vent orageux.

Quoi ? c’en est fait ; grâce aimable et naïve,
Bras caressans vers les miens étendus,
Souris charmans, gaité touchante et vive,
Traits adorés, je ne vous verrai plus !
Ah ! cette idée est pour moi trop affreuse !
En vain j’espère en adoucir l’horreur :
De mon fils expirant, l’image douloureuse,
Revient à chaque instant se placer sur mon cœur.

Le ciel veut que je te survive,
Cher enfant ; mais jamais, jamais je n’oublierai
L’heure fatale où mon œil égaré,
Suivait dans tes regards ton âme fugitive.
Je donnerai toujours des larmes à ton sort :
Toujours j’aurai présent le moment de ta mort,
Où ta langue déjà captive,
En sons plaintifs me demandait encor…

Mais où vont s’égarer mes souvenirs stériles ?
De tes rapides ans lorsque j’ai vu la fin,
Loin de m’abandonner à des pleurs inutiles,
Je dois de ton trépas rendre grâce au destin,
Forcé de renoncer au doux titre de père,
Du moins dans tes beaux jours par la douleur flétris,
Tu n’auras point à regretter un fils,
Tu n’auras point à consoler sa mère.

Par. VIGÉE.