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Le nouveau travail de M. Coste, dont nous sommes chargés de rendre compte à l’Académie, est la suite de celui qu’il a publié sur l’ovologie du Lapin ; ici M. Coste a présenté l’ovologie de la Brebis.

L’œuf de la Brebis est un de ceux que l’on a le plus anciennement observés, car son étude remonte à Galien, qui a donné à ses enveloppes les noms qu’elles portent aujourd’hui. Il a nommé chorion l’enveloppe vasculeuse extérieure de l’œuf, amnios l’enveloppe sans vaisseaux qui entoure immédiatement le fœtus et allantoïde la poche non vasculeuse qui reçoit l’urine. Les autres enveloppes fœtales lui ont échappé. La plupart des anatomistes modernes ont appliqué le nom de chorion à d’autres membranes non vasculeuses, et le nom d’Allantoïde à une poche urinaire vasculeuse, en sorte qu’il existe dans cette partie de la science anatomique une confusion qui rend souvent difficile à comprendre les auteurs qui en ont traité. Cette confusion provient de ce qu’on n’est point parvenu à définir exactement les diverses enveloppes fœtales. Pour y arriver, il est indispensable de prendre l’œuf à son origine et d’en suivre les développements. C’est ce que plusieurs observateurs ont tenté de faire, et cela ordinairement dans le but de rechercher quels sont les premiers phénomènes de l’imprégnation. Ne devant étudier ici avec M. Coste que l’œuf des ruminants, nous nous bornerons à l’exposition des principales recherches dont cet œuf a été l’objet relativement à son origine et à ses premiers développements.

Chacun sait que le roi d’Angleterre Charles Ier, jaloux de contribuer à l’avancement des sciences, et curieux de s’instruire lui-même sur le mystère de la génération, abandonna à Harvey les cerfs et daims que recélait en grand nombre un de ses parcs royaux. Harvey immola beaucoup de femelles de ces animaux soit à l’époque du rut, soit dans les premiers temps qui le suivent ; il vit et fit voir à son royal disciple les phénomènes qu’il croyait faussement être les premiers effets de l’imprégnation. Le rut des biches et des daims femelles commence vers le 15 septembre et finit vers le 15 octobre. Pendant tout cet espace de temps, Harvey ne trouva rien dans l’utérus. Vers le 12 novembre, c’est-à-dire vingt jours après la cessation des accouplements, il trouva pour la première fois dans l’utérus le produit de la génération. Il se présentait sous la forme d’un sac allongé étendu dans la cavité de l’utérus et dans ses deux cornes, et rempli d’un liquide aqueux. Ses parois étaient d’une telle ténuité qu’il ne peut la comparer qu’à une toile d’araignée. Nous verrons tout à l’heure que le produit de la génération observé ici par Harvey était l’œuf déjà pourvu de sa constitution anatomique complète, et qui n’avait plus à acquérir que du développement. Les premiers rudiments du fœtus y existaient déjà et n’avaient point été aperçus.

Les nombreuses et pénibles recherches de Harvey sur l’origine et les premiers développements du fœtus des mammifères furent donc sans aucun résultat. On en doit dire autant des recherches que fit l’illustre Haller sur les premiers phénomènes de la gestation de la brebis[1]. Ce n’est que le dixième jour après la conception et dans les deux jours suivants qu’il commença à apercevoir dans l’utérus un corps qu’il prit pour une simple mucosité. Le quinzième jour il y trouva une autre mucosité si tenace qu’on aurait pu la pelotonner, et qui ressemblait déjà à la membrane allantoïde. Le fœtus ne lui apparut que le dix-neuvième jour. Cependant Haller dit avoir fait ces recherches avec beaucoup de soin et en s’aidant du secours d’une loupe.

Découragés sans doute par l’inutilité de ces tentatives, les observateurs cessèrent de se livrer à ce genre de recherches. L’ovologie des quadrupèdes continua cependant à être étudiée, mais ce ne fut que sur des fœtus déjà développés ; en sorte que rien ne fut fait pour déterminer l’origine et la nature des diverses enveloppes fœtales chez les mammifères. Ce dernier problème de la science ovologique fut de nouveau soumis à l’étude en 1813 par l’un de nous[2], à la suite de ses recherches sur l’œuf des oiseaux. Il avait observe chez ce dernier le fait très-remarquable de l’enveloppement du poulet par une double membrane vasculaire formée par la plicature de la vessie ovo-urinaire en une double coiffe. Il avait découvert que cette double enveloppe vasculaire recevait exactement les mêmes vaisseaux que le placenta du fœtus des mammifères, c’est-à-dire les deux artères et la veine ombilicales. Il lui parut dès lors infiniment probable que le placenta simple ou multiple des fœtus des mammifères était une dépendance de là vessie ovo-urinaire, et que ce fœtus devait avoir, comme le poulet, une double enveloppe vasculaire formée par la plicature de cette même vessie ovo-urinaire. Dans le but de vérifier ce soupçon, il étudia le fœtus de la brebis dans les premiers temps de la gestation, et il ne tarda pas à acquérir la preuve que l’enveloppement de ce fœtus s’opérait comme l’enveloppement du poulet. Il vit les deux enveloppes vasculaires qui l’enveloppaient et qui appartenaient toutes les deux à la vessie ovo-urinaire ployé en double coiffe autour du fœtus. Il vit naître les nombreux placenta ou cotylédons par un développement en épaisseur du tissu de la plus extérieure de ces deux enveloppes, développement qui n’avait lieu qu’aux points de contact de la membrane vasculaire fœtale avec les éminences dont l’utérus de la brebis est parsemé. Il vit et il démontra la continuité du pédicule de la vésicule ombilicale avec l’intestin, fait jusqu’alors fortement controversé. Vint ensuite le travail plus étendu de feu M. Cuvier sur les œufs des quadrupèdes, dans lequel fut confirmé l’identité de structure de l’œuf des quadrupèdes et de l’œuf des oiseaux, telle que votre rapporteur l’avait établi avant lui[3] ; mais cet illustre naturaliste ne reconnut point que le fœtus des ruminants est enveloppé, comme celui des oiseaux par la vessie ovo-urinaire qui est très-distincte de son allantoïde ; ce fut sans doute la confusion de ces deux objets différents auxquels le même nom d’allantoïde était appliqué, qui fit qu’il ne reconnut point l’enveloppement dont il est ici question. Il vit, sur ce point, ce qui était connu de tous les anatomistes, savoir : que l’allantoïde n’occupe qu’un seul des cotés du fœtus, ce qui est vrai par rapport à l’allantoïde véritable. Il n’avait point vu ou reconnu l’existence de la vessie ovo-urinaire que l’un de nous avait vue accomplissant la plicature au moyen de laquelle elle enveloppe le fœtus de deux membranes vasculaires.

Les travaux que nous venons d’énumérer ne remontent pas, dans l’étude de l’œuf des ruminants, à une époque antérieure à celle où s’accomplit l’enveloppement du fœtus par sa vessie ovo-urinaire ; il restait par conséquent à savoir ce qui se passe auparavant dans cet œuf. C’est ce que Baer a recherché[4]. Cet auteur a très-bien observé l’œuf des mammifères et notamment celui des ruminants, dans l’ovaire. Il a vu que l’œuf dans l’ovaire ou l’œuf ovarien est contenu dans le liquide qui remplit la vésicule de Graaf, vésicule qu’il considère comme un grand œuf qui en contient un plus petit. La vésicule de Graaf, ou le grand œuf, est, selon lui, analogue à l’œuf ovarien des oiseaux, et le petit œuf qu’il contient est analogue à la vésicule de Purkingé, qui est contenue dans l’œuf ovarien des oiseaux. La vésicule de Graaf est l’œuf par rapport à la mère ; la vésicule de Purkingé ou vésicule du germe, est l’œuf par rapport au fœtus qu’elle développe seule. C’est la vésicule de Purkingé des oiseaux qui, chez les mammifères, devient l’ovule. Ce dernier, observé dans l’ovaire, offre une petite cavité intérieure située dans la matière granuleuse, et une membrane externe ; il passe avec cette membrane externe dans la trompe utérine et il s’y développe conjointement avec elle. Cette membrane extérieure de l’ovule, membrane qui est apportée par lui de l’ovaire, est appelée par Baer membrane corticale ; il la considère comme l’analogue de la membrane testacée de l’œuf des oiseaux, et cela fort mal à propos, car cette dernière est produite par une sécrétion de l’oviducte. Au-dessous de cette membrane, l’œuf qui a commencé à se développer en grosseur dans l’utérus présente une seconde membrane qui paraît composée de granules, et à laquelle il donne le nom de membrane vitellaire. À partir de cette époque jusqu’à celle de l’apparition de l’embryon déjà pourvu de son allantoïde (vessie ovo-urinaire), Baer n’a point observé l’évolution de l’œuf de mammifère, il commence l’observation de cette évolution à l’époque que nous venons d’indiquer. Alors il a vu dans l’œuf de la truie et dans celui des femelles des ruminants, qu’il existait à chaque bout de l’œuf un prolongement tubuleux formé par sa membrane la plus externe ; l’allantoïde (vessie ovo-urinaire) ne remplissait pas encore ces deux prolongements creux qui se dilataient en manière d’entonnoir vers chaque extrémité de l’allantoïde (vessie ovo-urinaire).

Là s’arrêtent les observations de Baer sur l’évolution de l’œuf des mammifères, et spécialement sur celui des ruminants. Rien ne manque à l’exactitude des faits observés par Baer, mais la théorie qu’il déduit de la coordination de ces faits est en partie erronée. Il est et il sera désormais évident pour tout anatomiste, et ainsi que l’ont établi MM. Prevost et Dumas[5] ; que la vésicule de Graaf est la capsule de l’œuf des mammifères ; cette capsule est l’analogue de la capsule ovarienne de l’œuf des oiseaux dont elle ne diffère qu’en cela seul que la vésicule de Graaf ou capsule ovarienne de l’œuf des mammifères contient un œuf flottant librement dans un liquide, tandis que la capsule ovarienne des oiseaux contient seulement un œuf libre dans sa cavité et sans aucun liquide. La matière granuleuse que contient l’ovule ou l’œuf ovarien des mammifères est l’analogue de la matière granuleuse jaune du vitellus des oiseaux. La membrane externe de l’œuf ovarien des mammifères, membrane que Baer nomme membrane corticale, est l’analogue de la membrane propre du vitellus des oiseaux ; quant à la membrane que Baer nomme vitellaire, on ne peut se dispenser de reconnaître avec lui et avec Rathké son analogie avec la membrane blasto-dermique de l’œuf des oiseaux, puisque comme elle, elle devient plus tard le sac ou appendice intestinal nommé chez les mammifères vésicule ombilicale. L’œuf ovarien contenu dans la vésicule de Graaf étant reconnu pour le véritable œuf des mammifères, il devient probable qu’on y trouvera une vésicule analogue à celle que Purkingé a trouvée dans l’œuf ovarien des oiseaux. Cette vésicule nous semble avoir été aperçue par Baer qui a noté dans l’œuf ovarien des mammifères qu’il prenait pour la vésicule de Purkingé, qui a noté, disons-nous, l’existence d’une petite cavité intérieure dans cet œuf ovarien. On conçoit en effet que l’existence de cette petite cavité intérieure entraîne implicitement celle d’une membrane vésiculaire qui la limite. Or, comme Baer n’a pu apercevoir cette petite cavité intérieure située dans la couche épaisse de granules qui remplit presque entièrement le petit œuf ovarien qu’au moyen de sa transparence ou de sa moindre opacité, il en résulte que c’est exactement la même chose que ce qui a été vu récemment par M. Coste dans l’œuf ovarien de la lapine. Nous vous avons rendu compte, dans notre rapport sur le travail de cet observateur, relatif à l’ovologie du lapin, de la découverte qu’il croyait avoir faite de la vésicule de Purkingé. Si, comme cela peut paraître probable, l’aire circulaire demi-transparente que l’on voit dans l’œuf ovarien de la lapine, est effectivement la vésicule de Purkingé, sa découverte réelle appartiendrait à Baer qui, en la voyant, l’aurait méconnu, entraîné qu’il était par d’autres idées ; mais il resterait à M. Coste le mérite de l’avoir reconnue[6].

Encouragé par le succès qu’il avait obtenu dans l’étude de l’ovologie du lapin, M. Coste annonça le projet qu’il avait formé d’étudier l’ovologie de la brebis ; mais ici il était retenu par l’étendue des frais que devait entraîner une semblable entreprise : il fallait, pour cela se procurer un assez grand nombre de brebis avant l’époque du rut, et les conserver longtemps, afin de les soumettre successivement au mâle pour étudier le produit de leur imprégnation à différentes époques. Ce genre d’observation devait entraîner des frais assez considérables. L’Académie consentit, sur notre proposition, à aplanir cette difficulté en prélevant sur les fonds Montyon une somme de deux mille francs qu’elle décerna à M. Coste, à titre d’encouragement. Nous devons annoncer que cet encouragement n’a pas été stérile. M. Coste a travaillé avec ardeur et persévérance. Il a consigné le résultat de ses recherches sur l’œuf de la brebis dans le mémoire dont nous sommes chargés de rendre compte à l’Académie. Nous entrons dans l’examen de ce travail.

M. Coste a commencé par la recherche de l’ovule de la brebis dans la vésicule de Graaf. Il l’a trouvé sans difficulté nageant dans le liquide qui remplit cette vésicule. M. Coste nous l’a fait voir ; il ressemble parfaitement à l’ovule de la lapine. En le plaçant sous le microscope, on y aperçoit de même une aire circulaire demi transparente qui, comme nous l’avons déjà dit, peut, avec assez de probabilité, être considérée comme due à l’existence d’une vésicule fort petite qui serait celle de Purkingé ; cette aire circulaire demi transparente semblant attester l’existence d’une cavité vésiculeuse a été vue par Baer, ainsi que nous l’avons dit plus haut : M. Coste admet que cet ovule ovarien, qui est libre d’adhérence avec la vésicule de Graaf qui le contient, est exhalé par cette vésicule. Cette hypothèse toute gratuite ne nous apprend rien sur la véritable origine de l’ovule. Le cinquième jour après la conception, M. Coste a trouvé l’ovule encore globuleux et ne s’étant pas sensiblement accru dans la corne de l’utérus correspondante à l’ovaire dont il provenait. Il était alors constitué par deux vésicules emboîtées, l’une extérieure, que M. Coste nomme vitelline et que l’ovule a apportée de l’ovaire ; l’autre intérieure, qui n’existe que depuis la conception, et qu’il nomme vésicule ou membrane blastodermique. M. Coste ne nous a point fait voir ces faits dont, au reste, nous pensons qu’on ne peut pas douter, car Baer les a observés dans l’ovule de la chienne, et Graaf les a vus dans les ovules de la lapine : il paraît probable que ce sont là des faits généraux. M. Coste, s’emparant d’une hypothèse émise et abandonnée par Purkingé, admet, sans difficulté, comme sans preuves, que la petite vésicule intérieure de l’ovule, ou vésicule présumée de Purkingé, se rompt lorsque cet ovule arrive dans l’utérus ; ensuite plus hardi encore dans ses hypothèses, il décide avec assurance que la vésicule blastodermique, laquelle devient plus tard la poche qui constitue la vésicule ombilicale, et qui est, comme on sait, un appendice de l’intestin, est formée de toutes pièces par la condensation de la matière que contient l’ovule, matière qui est l’analogue de celle que renferme le vitellus de l’oiseau. Nous ne nous arrêterons pas, comme on peut bien le penser, à l’examen de cette hypothèse ; elle tient à une théorie générale de la formation de l’embryon que MM. Delpech et Coste ont publiée précédemment, théorie dans laquelle ils construisent l’embryon de toutes pièces avec des matériaux tout préparés et qui n’ont besoin que d’être mis en place. Ces matériaux sont ceux qui constituent la matière du vitellus. L’idée de former la membrane blastodermique de l’ovule, ou, ce qui est la même chose, la vésicule ombilicale du fœtus par une condensation de la matière contenue dans l’ovule, a été depuis introduite par M. Coste dans son mémoire imprimé sur l’ovologie du lapin ; nous ne l’avons point aperçue dans son mémoire manuscrit sur lequel nous avons précédemment fait à l’Académie un rapport approbatif ; nous n’aurions pas manqué d’exprimer dans notre rapport que cette théorie tout hypothétique demeurait étrangère à notre approbation, qui ne portait et ne devait porter que sur les faits démontrés. À l’occasion de ce débordement d’opinions hasardées, nous ferons observer que l’on peut se permettre de les donner au public, mais qu’on devrait s’abstenir de les présenter à un corps savant, grave et sévère, conservateur des bonnes doctrines ; on ne devrait jamais oublier cette maxime que les opinions des hommes, même les plus éminents, ne sont rien, qu’elles sont de nulle valeur pour la science, qui ne se compose pas de ce que l’on croit, mais seulement de ce que l’on sait, c’est-à-dire de ce qui est démontré d’une manière tellement irréfragable que cela doit entraîner la soumission de toutes les intelligences, même des plus récalcitrantes. Tout le reste n’est que jeu de l’esprit ou simple croyance. Le véritable naturaliste, et spécialement celui qui travaille à se fonder une réputation, doit éviter soigneusement de s’égarer dans ces hautes spéculations qui sont, en quelque sorte, le grand œuvre de la science. Les jeunes observateurs, emportés souvent par la fougue de leur imagination, saisissent avidement les faits les plus équivoques, lorsqu’ils semblent confirmer leurs idées favorites ; ils les proclament sans hésiter comme faits irrécusables et démonstratifs, tandis que l’observateur froid et impartial n’y voit que matière de doute ou même que certitude de la profondeur de ce que nous ignorons. Que M. Coste se persuade qu’il aura plus d’estime à recueillir de la part des savants pour un seul fait bien observé que pour la vaine création d’un nouveau système. Nous revenons à l’analyse de son travail.

Le huitième jour après la conception, l’ovule de la brebis a subi un changement de forme. Il s’est allongé dans le sens de l’un de ses diamètres, il est devenu, en quelque sorte, semblable à un ver. M. Coste nous a fait voir que cet ovule était composé de deux vésicules vermiformes emboîtées. Ces deux vésicules sont, en dehors la vitelline, et en dedans la blastodermique, qui, au lieu de se conserver sphériques, comme chez le lapin, se sont converties en deux canaux cylindriques fermés à leurs extrémités, et de cinq à huit lignes de long. Du neuvième au treizième jour, l’œuf toujours constitué comme il vient d’être dit, s’accroît progressivement en longueur, et comme il marche en serpentant entre les éminences dont la surface intérieure de l’utérus est parsemée, il en résulte que sa longueur est supérieure à celle de cet organe. Du treizième au quatorzième jour, il se forme autour de l’œuf une fausse membrane opaque, d’un aspect blanchâtre, et qui se détruit assez promptement par l’immersion de l’œuf dans l’eau. Cette fausse membrane, dont l’analogue a déjà été signalée par M. Coste dans l’œuf de la lapine, est désignée par lui sous le nom de membrane corticale, suivant, dit-il, en cela Baer. Or, ici, M. Coste a commis une erreur. Baer nomme membrane corticale l’enveloppe la plus extérieure de l’ovule dans l’ovaire, ainsi que nous l’avons dit plus haut ; mais ensuite, en voulant chercher l’analogue de cette enveloppe dans l’œuf des oiseaux, il l’a faussement comparée à l’enveloppe testacée, que l’on sait être formée par une sécrétion de l’oviducte. De ces deux assertions émises sur la même enveloppe, et qui consistent l’une dans un fait et l’autre dans une analogie erronée, M. Coste a choisi la seconde ; il a donné le nom de membrane corticale à la fausse membrane qui est déposée autour de l’œuf par la sécrétion de l’utérus. Il résulte de là une confusion déplorable qui s’ajoute à celles déjà si nombreuses qui existent dans la nomenclature des enveloppes fœtales. Nous continuerons toutefois à user dans ce rapport des dénominations adoptées par M. Coste.

Dans l’œuf de la brebis, vers le quinzième jour après la conception, on voit apparaître sur la face externe de la membrane blastodermique une tache circulaire qui est le premier rudiment de l’embryon. Le jour suivant cette tache embryonnaire s’agrandit en devenant elliptique, et les premières formes de l’embryon commencent à se dessiner ; avant le dix-septième jour il a déjà deux lignes de longueur. C’est à cette époque que M. Coste a vu et nous a fait voir la naissance de la vessie ovo-urinaire. Elle prend son origine près de l’extrémité postérieure de l’embryon, comme cela a lieu chez le poulet ; elle a la forme d’un croissant dont la concavité est tournée vers l’embryon, auquel elle adhère par le milieu de cette même concavité. Ici M. Coste a cru apercevoir un fait tout nouveau dans la science. En examinant au microscope le fœtus qui n’a alors que deux lignes de long, il lui a semblé que la vessie ovo-urinaire naissante n’était qu’une expansion, qu’un véritable cul-de-sac de la vésicule ombilicale, comme l’appendice cœcale est un cul-de-sac de l’intestin. La continuation de cette nouvelle poche avec le pédicule de la vésicule ombilicale, dit-il, m’a longtemps et sérieusement occupé : j’ai consacré huit brebis à constater son existence et j’ai toujours cru voir le même fait se reproduire. M. Coste a cherché à nous faire partager sa conviction en nous mettant les pièces sous les yeux ; mais nous n’avons rien pu voir de pareil à ce qu’il disait apercevoir. Il est si facile dans l’observation microscopique de prendre de la contiguïté pour de la continuité, que l’on peut sous ce point de vue excuser l’erreur où M. Coste est tombé dans cette circonstance ; toutefois il ne l’eût point commise, s’il eût mieux connu la structure de l’œuf des oiseaux, car c’est par l’anatomie comparée de l’œuf des oiseaux et de l’œuf des mammifères que cette question doit se juger. La vésicule ombilicale des mammifères est l’analogue de la poche intestinale qui contient la matière du vitellus du poulet, elle doit nécessairement avoir la même structure et les mêmes rapports anatomiques. Cette poche ayant, chez le poulet, des dimensions très-considérables, c’est là qu’il faut porter son étude directe, afin de conclure ensuite par analogie pour ce qui concerne la vésicule ombilicale des mammifères. Or, chez le poulet, il est de la plus complète évidence que la vessie ovo-urinaire n’est point une extension, ou cul-de-sac de la poche intestinale du vitellus. D’ailleurs cette dernière, qui constitue ce que l’on nomme la membrane blastodermique n’est point une simple membrane, comme M. Coste paraît le croire ; c’est une poche intestinale qui possède en dedans une membrane muqueuse et en dehors une membrane péritonéale, laquelle se continue avec le péritoine qui revêt l’intestin : enfin, il y a en dehors de cette poche intestinale un sac péritonéal herniaire qui se continue avec le péritoine qui revêt intérieurement les parois abdominales du fœtus. Ce sont toutes ces membranes confondues dans l’origine, mais qui se distinguent les unes des autres chez le poulet par l’effet du développement, qui constituent la membrane d’abord simple en apparence qu’on a nommée blastodermique, laquelle forme la poche intestinale du vitellus chez le poulet, et son analogue, la vésicule ombilicale, chez le fœtus des mammifères. Or, si la vessie ovo-urinaire était une extension de cette poche intestinale ou de cette vésicule ombilicale, elle posséderait comme elle une tunique péritonéale immédiate et un sac péritonéal herniaire. Or, tout anatomiste sait que la vessie urinaire n’est point enveloppée par le péritoine : la vessie ovo-urinaire, qui en est une extension, n’est donc point non plus enveloppée par cette membrane qui revêt la poche intestinale du vitellus du poulet, et qui revêt par conséquent aussi la vésicule ombilicale du fœtus des mammifères. Il est donc bien prouvé que M. Coste a été trompé par une illusion d’optique, quand il a cru voir au microscope la vessie ovo-urinaire naître d’une extension appendiculaire de la vésicule ombilicale : au reste, nous devons dire ici que M. Coste ne présente cette opinion qu’avec réserve, tout en y entrevoyant cependant le principe d’une très-grande découverte, si elle se confirme.

Revenons à l’exposition de la structure que possède l’œuf de la brebis au quinzième jour de la conception, c’est-à-dire à l’époque de l’apparition de la vessie ovo-urinaire. À cette époque, l’œuf, qui ressemble à un long boyau, est composé de dehors en dedans, 1° de la membrane adventive que M. Coste appelle corticale ;

2° De la membrane propre que l’ovule possédait dans l’ovaire et que M. Coste nomme vitelline. Cette membrane, quoique complètement dépourvue d’adhérence avec l’embryon ou avec ses annexes, est bien certainement vivante, puisqu’elle s’est aussi considérablement développée, et que dans la suite elle se confond par adhérence organique avec la vessie ovo-urinaire qu’elle recouvre. Cette vie propre et indépendante de l’enveloppe primitive de l’ovule est un fait singulièrement remarquable. Ce fait ne paraît pas avoir fixé l’attention de M. Coste.

3° La troisième membrane de l’œuf de la brebis est la membrane blastodermique, long boyau rempli de liquide, auquel la membrane précédente forme une enveloppe close de toutes parts et de la même configuration. Ce canal membraneux blastodermique formera les deux longues cornes de la vésicule ombilicale. L’embryon, de l’intestin duquel il est une appendice, est situé à sa face externe et vers son milieu. Cet embryon vient de produire, comme nous venons de le dire, la vessie ovo-urinaire, laquelle est, par conséquent, logée, comme la vésicule vermiforme blastodermique, dans la cavité de la vésicule vitelline allongée de même en canal vermiforme. Il résulte de cet emprisonnement de la vessie ovo-urinaire par la vésicule vitelline, qu’elle doit, en se développant ou rompre cette dernière ou se développer dans son intérieur en s’assujettissant à sa forme. C’est ce dernier mode qui a lieu. La vessie ovo-urinaire, en se développant, tend à envahir la cavité tubuleuse de la vésicule vitelline, que la vésicule tubuleuse blastodermique ou vésicule ombilicale remplissait seule auparavant. Pour cet effet, la vésicule tubuleuse vitelline se dilate sous l’effort que fait la vessie ovo-urinaire pour pénétrer dans ses deux prolongements tubuleux opposés. Ces deux prolongements ont été très-bien vus par Baer, ainsi que la position de l’allantoïde (vessie ovo-urinaire) dans leur cavité tubuleuse, qu’elle ne remplit pas encore entièrement, comme nous l’avons dit plus haut.

Voilà donc actuellement la vésicule ombilicale et la vessie ovo-urinaire, toutes les deux allongées en longs tubes fermés, qui se trouvent contenues ensemble dans un troisième tube fermé qui est la vésicule vitelline ou l’enveloppe propre que l’ovule possédait dans l’ovaire, enveloppe qui, de sphérique qu’elle était, est devenue cylindrique et tubuleuse. La vésicule ombilicale tubuleuse, pressée par le développement de la vessie uvo-urinaire également tubuleuse, ne tarde pas à lui devenir adhérente. D’un autre côté, cette même vessie ovo-urinaire contracte une adhérence organique intime avec la membrane vitelline tubuleuse qui l’emprisonne, excepté dans l’endroit où se trouve l’embryon. C’est vers le vingtième jour depuis la conception que ces phénomènes s’accomplissent. Cependant l’embryon continue de se développer, il subit divers changements de position qui sont décrits avec soin par M. Coste. En contact d’un côté avec la vessie ovo-urinaire qu’il presse par son développement, et comprimé de l’autre côté par l’enveloppe vitelline, le fœtus déprime sa vessie ovo-urinaire qui est remplie par un liquide aqueux, et il se loge dans une dépression qu’il y forme ; bientôt cette dépression augmente de profondeur, le fœtus entouré de son amnios s’y enfonce de plus en plus, et finalement, les bords de cette dépression finissent par se réunir, comme une bourse qui se ferme, et la nouvelle cavité qui contient le fœtus se trouve close. Alors ce dernier se trouve recouvert par une double enveloppe vasculaire formée par la plicature de la vessie ovo-urinaire, exactement comme cela a lieu chez le poulet. L’un de nous a décrit, il y a plus de vingt ans, cet enveloppement qui, sous ce point de vue, établit une similitude exacte entre le fœtus des mammifères et celui des oiseaux.

Le vingt-neuvième jour après la conception, M. Coste a vu une membrane non vasculaire détachée de la face interne de la vessie ovo-urinaire avec laquelle elle était auparavant confondue. Cette membrane, qui forme une poche à part contenue dans la vessie ovo-urinaire, contient immédiatement l’urine du fœtus. On ne l’a encore observée ainsi isolée que chez les ruminants. C’est elle seule que Galien a nommée Allantoïde, et elle seule a conservé ce nom chez le fœtus des ruminants. C’est ce qui a décidé l’un de nous à la distinguer de la poche vasculaire qui la contient, en donnant à cette dernière le nom de vessie ovo-urinaire que M. Coste a adopté. Cet observateur pense que cette allantoïde sans vaisseaux est un épiderme : l’un de nous a émis autrefois la même opinion ; mais il ne faut pas perdre de vue que ce n’est qu’une opinion. La membrane allantoïdienne pourrait bien être toute autre chose qu’un épiderme ; aussi pensons-nous, contre l’opinion de M. Coste, qu’il faut lui conserver la dénomination spéciale qui lui a été imposée par Galien, et que tous les anatomistes ont suivie.

C’est vers la même époque, c’est-à-dire environ quatre semaines après la conception, que l’on voit naître et se former les cotylédons placentaires par le développement du tissu de la vessie ovo-urinaire, dans les endroits où elle correspond aux éminences qui garnissent l’intérieur de l’utérus. L’un de nous a décrit, il y a longtemps, le mode d’origine de ces nombreux placenta et la manière dont leurs appendices radiciformes s’implantent dans l’utérus, dont le tissu est imbibé d’un fluide lactescent. Pendant les quatre semaines qui ont précédé la formation des placenta, l’œuf et le fœtus qu’il contient ne se sont nourris que des fluides sécrétés par l’utérus ; ainsi se confirme de plus en plus ce fait important, que le placenta simple ou multiple est le résultat d’un développement particulier du tissu vasculaire de la vessie ovo-urinaire.

Par les travaux de M. Coste et par ceux de quelques-uns des observateurs qui l’ont précédé, les enveloppes fœtales des mammifères se trouvent définies. Il ne sera plus permis désormais de les confondre les unes avec les autres ; mais pour établir leur détermination, il sera presque toujours nécessaire qu’il y ait un travail de fait pour établir la série des développements de l’œuf depuis son origine dans l’ovaire, et cela dans chaque famille de mammifères. Lorsqu’on se contentera d’observer un œuf de mammifère qui a déjà acquis un certain développement, il y aura presque toujours incertitude sur la nature de certaines enveloppes fœtales, et par conséquent sur le nom qui doit leur être donné. C’est ce qui entretiendra, encore bien longtemps, l’état d’imperfection où se trouve l’ovologie humaine, que l’on ne peut étudier avec autant de facilité que l’ovologie des quadrupèdes.

Une autre difficulté qui se présente dans la science ovologique est celle de savoir à quelle enveloppe il faudra conserver tel ou tel nom qui a été donné par confusion à plusieurs enveloppes différentes. Par exemple, le nom de Chorion que Galien, premier auteur de la nomenclature des enveloppes fœtales, à donné à l’enveloppe vasculaire la plus extérieure, a été appliqué postérieurement par certains auteurs à l’une des fausses membranes produites par sécrétion qui enveloppent extérieurement le fœtus, en sorte que pour eux le Chorion est une membrane inorganique. M. Coste dit que le Chorion est la membrane qu’il nomme vitelline et que l’ovule a apportée de l’ovaire. À quelle enveloppe restera donc définitivement le nom de Chorion ? L’un de nous[7] dans ses derniers travaux sur l’ovologie, a cru devoir s’en rapporter à l’autorité de Galien et demeurer fidèle à la nomenclature que cet auteur a établie, mais en faisant éprouver une légère modification à cette même nomenclature. Il a nommé Chorion extérieur ou exo-chorion la membrane vasculaire extérieure qui est formée par la plicature de la vessie ovo-urinaire ; et il a nommé Chorion intérieur ou endo-chorion la membrane vasculaire intérieure qui est formée par cette même plicature. En s’en rapportant ainsi à l’autorité du premier auteur de la nomenclature des enveloppes fœtales, on ferait cesser la déplorable confusion qui règne dans cette partie de la science.

En terminant ce rapport, nous dirons que les observations que contient le mémoire de M. Coste n’ont été suivies, pour la plupart, que par votre rapporteur ; ses deux collègues, qui composent avec lui la Commission, n’ont été rendus témoins que d’un petit nombre de ces observations.

Conclusions. — Il existait avant ce jour beaucoup de travaux partiels sur l’ovologie de la brebis. Ces travaux avaient besoin d’être revus, afin de choisir ce qu’ils avaient de bon et de rejeter ce qu’ils avaient d’erroné ; ils avaient enfin besoin d’être complétés. Il fallait établir d’une manière rigoureuse la série des faits dans l’évolution de l’œuf. Les premiers observateurs n’ont pu qu’ébaucher ce travail, parce que, dans toutes les sciences d’observation, ce sont généralement les premiers pas qui sont les plus difficiles à faire. Lorsqu’une fois la route est découverte et indiquée, il devient facile de la suivre. C’est ainsi que M. Coste, guidé par les découvertes de ses devanciers, a suivi avec habileté la route qu’ils lui avaient tracée ; il a ajouté quelques faits aux découvertes qu’ils avaient faites sur l’ovologie de la brebis ; ses observations, soigneusement vérifiées par nous, ont le mérite de faire disparaître enfin toutes les incertitudes qui provenaient ou des assertions contradictoires ou de la divergence des opinions émises par les précédents observateurs. Certes, ce n’est pas un médiocre service qu’il a rendu à la science. Son travail présente dans une suite d’observations bien faites toute la série des développements de l’œuf de la brebis, depuis l’ovaire jusqu’à l’établissement des placenta. C’est une bonne monographie ovologique, telle qu’il serait à désirer qu’il en existât une pour chaque famille des mammifères. Nous pensons que l’Académie doit continuer à donner ses encouragements à cet observateur zélé, et nous n’hésiterions pas à lui proposer de décider que ce nouveau mémoire sera inséré dans le recueil des savants étrangers, si nous n’étions retenus par la considération des assertions hasardées que nous avons signalées dans son œuvre, laquelle, nous aimons à le déclarer, est à tous autres égards très-digne de l’approbation de l’Académie.


Signé, Serres, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire
et Dutrochet, rapporteur.


L’Académie adopte les conclusions de ce rapport.



  1. Physiologie, chap. de la conception, 26.
  2. Mémoires de la Société médicale d’émulation, tome viii.
  3. Le travail de M. G. Cuvier sur les œufs des quadrupèdes fut entrepris à l’occasion du mien sur l’œuf de la brebis. Comme la priorité à cet égard pourrait peut-être m’être contestée, je crois devoir reproduire ici la lettre dans laquée cet illustre naturaliste reconnaît franchement mes droits à la découverte de la concordance qui existe entre la structure de l’œuf des oiseaux et celle de l’œuf des mammifères. Cette lettre, probablement très-ignorée fut adressée par M. Cuvier à M. Montègre, rédacteur de la Gazette de santé ; elle a été publiée dans le n° du 11 février 1816 de cette Gazette. La voici :
    « Monsieur, j’ai fait un rapport à l’Institut sur la structure des œufs, telle que la développaient les observations contenues dans un mémoire présenté à la première classe par M. Dutrohet, et j’ai fait suivre ce rapport d’un mémoire sur les œufs des quadrupèdes en particulier d’après mes propres observations. Vous avez bien voulu rendre compte de ces deux écrits dans votre feuille, et j’en suis bien reconnaissant ; mais vous avez oublié de faire remarquer ce que je disais expressément dans le second, qu’il n’était qu’une suite et un développement de ce que M. Dutrochet avait dit sur l’œuf de la brebis. Comme il pourrait résumer de cette omission, que l’on m’attribuerait des observations qui appartiennent à ce savant distingué, je vous prie de vouloir bien rétablir les faits. M. Dutrochet a constaté dans ce qu’il a dit de l’œuf de la brebis, les détails d’analogie que je n’ai fait que suivre dans l’œuf des autres quadrupèdes.
    « Je vous prie d’agréer la haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être, etc.,
    « G. Cuvier, secrétaire perpétuel. »

    Le 30 janvier 1816.

    (Note ajoutée au rapport depuis sa lecture à l’Académie,
    par M.
    Dutrochet.)
  4. Lettre adressée en 1827 à l’Académie impériale de Pétersbourg, suivie d’un commentaire par Baer. Cette lettre, intitulée de ovi mammalium et hominis genesi, a été publiée en français par M. Breschet.
  5. Troisième mémoire sur la génération.
  6. Puisque nous sommes amenés à parler ici de notre dernier rapport sur le travail de M. Coste relatif à l’ovologie du lapin, nous croyons devoir présenter ici une observation que nous ne fîmes point alors. Les travaux de M. Coste sur l’ovologie du lapin furent présentés à l’Académie, dans plusieurs communications successives lesquelles furent toutes renvoyées à la même commission dont nous étions membres. Les journaux qui rendent habituellement compte des séances de l’Académie, donnèrent au fur et à mesure l’analyse de ces travaux successifs. Or, M. Coste, par nos avis, supprima entièrement son premier travail. Parmi les communications subséquentes que M. Coste fit à l’Académie sûr le même sujet, il s’en trouva encore une que, par nos avis, il dut supprimer entièrement. Il reconnut qu’il s’était trompé, et il accepta la manière dont nous envisagions les phénomènes qu’il mettait sous nos yeux. Mus par un sentiment de bienveillance, nous crûmes devoir nous abstenir de parler dans notre rapport des parties du travail de M. Coste qu’il avait retirées : nous eûmes tort, car les journaux qui rendent habituellement compte des séances de l’Académie se contentèrent, et avec assez de raison, de dire que notre rapport était favorable au travail de M. Coste, et ils renvoyèrent le lecteur aux analyses qu’ils avaient données antérieurement des mémoires de cet observateur, sur l’ovologie du lapin. De cette manière, la commission était censée avoir donné son approbation à tout ce que M. Coste avait présenté à l’Académie sur ce sujet, ce qui est très-loin d’être véritable. Notre rapport qui a été publié, constate, il est vrai, quels sont les faits que nous avons reconnus exacts ; mais cette publication, qui ne contient que les vérités offertes par M. Coste dans son travail sur l’ovologie du lapin, est sans doute bien loin d’avoir dans le monde l’extension des publications qui présentent à la fois les vérités et les erreurs émises par cet observateur, en sorte qu’il se pourrait que l’on crût quelque part que nous avons tout approuvé. C’est pour éloigner cette idée que nous présentons ici cette observation.
  7. Mémoires de la Société médicale d’émulation, tome ix.