Quand je pense à ce jour, où je la vey si belle

Les Amours
Texte établi par Hugues VaganayGarnier (2p. 186-187).

II

Quand je pense à ce jour, où je la vey si belle
Toute flamber d’amour, d’honneur et de vertu,
Le regret, comme un trait mortellement pointu,
Me traverse le cœur d’une playe eternelle.
Alors que j’esperois la bonne grace d’elle,
L’Amour a mon espoir par la Mort combattu :
La Mort a mon espoir d’un cercueil revestu,
Dont j’esperois la paix de ma longue querelle.

Amour, tu es enfant inconstant et leger :
Monde, tu es trompeur, pipeur et mensonger,
Decevant d’un chacun l’attente et le courage.
Malheureux qui se fie en l’Amour et en toy :
Tous deux comme la Mer vous n’avez point de foy,
L’un fin, l’autre parjure, et l’autre oiseau volage.