Problèmes économiques d’après guerre/05

Problèmes économiques d’après guerre
Revue des Deux Mondes6e période, tome 50 (p. 159-192).
PROBLÈMES ÉCONOMIQUES
D'APRÈS GUERRE

V [1]
LES FORCES NATURELLES

Quand il s’est agi de ravitailler la France d’après-guerre en matières premières, en moyens de transport ou en main-d’œuvre, nous avons pu nous borner à envisager l’état de choses actuel et à chercher les moyens de le perfectionner. Il eût été très ambitieux de vouloir imaginer une transformation industrielle qui nous ferait recourir à des matières entièrement nouvelles et nous n’avons pas cru utile de concevoir, ce qui pourtant rentre davantage dans les possibilités d’un avenir relativement prochain, l’organisation de transports aériens venant prêter leur concours aux transports maritimes, fluviaux ou terrestres. En abordant maintenant l’étude des forces naturelles, nous sommes amenés à philosopher un peu sur les éventualités futures d’une évolution qui modifie chaque jour le domaine des énergies utilisées et leur mode d’emploi. Dans cet ordre d’idées, il ne suffit pas de se tenir à ce qui existe, ou de prévoir, comme nous n’oublierons pas de le faire d’ailleurs, les agencements de détail qui peuvent améliorer un rendement. Si l’on ne veut être surpris par la marche rapide des événements, il est bon d’envisager l’ensemble de l’industrie avec un esprit de généralisation plus large, au risque d’abandonner quelques instants le terrain solide des statistiques et des faits. Nous commencerons donc par un inventaire méthodique des forces disponibles, afin d’en oublier le moins possible quand nous étudierons ensuite une à une celles, assez rares, qui peuvent nous être d’un secours immédiat.

Le progrès matériel, dont nous prétendons ainsi deviner les prochaines étapes afin de les accélérer à notre profit, consiste en somme à absorber, à s’assimiler successivement toutes les ressources, toutes les énergies que la nature nous offre, en nous et autour de nous, à en tirer parti pour économiser notre fatigue et accroître notre bien-être. En fait de forces, il s’agit de dompter les violences nuisibles et de faire apparaître les énergies latentes. Vigueur et adresse humaines aidées par des instruments et des outils, animaux domestiqués, plantes cultivées, minéraux extraits et élaborés, météores asservis, tous les moyens nous sont devenus bons, qui rendent la vie plus facile. Toutefois, l’homme s’est borné longtemps à chercher un secours et un aliment dans les manifestations diverses de la vie, qui ressemblaient mieux que le reste de l’univers à ce qu’il était lui-même. Aujourd’hui encore, il ne sait pas se nourrir directement de la matière minérale et laisse la plante, puis l’animal, réaliser, en une ou deux étapes antérieures, la première assimilation nécessaire pour faire contribuer l’azote ou le carbone à la satisfaction de son appétit. Les tablettes d’azote de Berthelot restent un rêve. Pendant des milliers d’années, de même, il a borné son ambition à faire travailler pour lui des bêtes de somme ou des esclaves et, jusqu’à une époque bien voisine de nous, c’est très timidement qu’il a capté l’impulsion des eaux et des vents. Parfois il brûlait alors un peu de charbon minéral, mais sans se douter que, sous cette enveloppe noire, se cachait un génie capable de traîner des chars et des bateaux ; ou bien il regardait ses murs se salpêtrer sans soupçonner qu’une puissance démoniaque, cachée dans ces paillettes blanches, transporterait un jour, à travers les airs, avec une effroyable violence, des boulets de pierre ou de métal. Mais, depuis bientôt deux siècles, une ère nouvelle a commencé ; le pauvre artisan humain a commencé à se rendre compte, avec une perspicacité croissante, qu’il existe, sur la terre ou dans la terre, d’autres vigueurs plus robustes que celles des bœufs, des chevaux ou des captifs, plus fortes même que les petits moulins prêtant leurs palettes de bois à l’eau courante ou leurs ailes de toile au vent. Ces forces, il en connaissait auparavant quelques-unes, mais uniquement pour trembler devant leur fureur ; les autres, qui dormaient cachées dans leurs retraites minérales, il n’en soupçonnait même pas l’existence. Aujourd’hui, il les aborde l’une après l’autre, il les scrute, les combine et les plie sous le joug.

C’est ainsi que les grandes étapes industrielles du XIXe siècle ont été marquées : la première par l’emploi de la vapeur ; la seconde par l’utilisation de l’électricité ; la troisième, qui commence à peine, par une application beaucoup plus délicate et plus variée de la physico-chimie : violences explosives des gaz, actions catalytiques, énergies radioactives, etc. Dans quelle direction cette évolution a-t-elle chance de se poursuivre après la guerre, par l’impulsion de progrès scientifiques incessants, sous la pression de besoins accrus, et jusqu’à quel point la transformation de nos sociétés modernes, produite par la disette de charbon ou de pétrole, par le fret plus coûteux, par la main-d’œuvre raréfiée, par la vie plus chère, peut-elle faciliter telle ou telle application nouvelle : c’est ce que nous nous proposons de chercher en terminant ici cette série d’études. Tel est le sens dans lequel nous allons examiner et classer les forces naturelles autres que les manifestations vitales, employées jusqu’ici, en les dégageant autant que possible de leur apparence extérieure pour remonter à leur principe et en étudiant les artifices mécaniques, physiques ou chimiques, au moyen desquels on réussit à en tirer une aide pour notre labeur.

Envisagées ainsi dans leur origine première, ces forces naturelles, utilisables à notre profit, peuvent, je crois, se ramener à quatre groupes seulement : l’activité solaire, l’attraction universelle, la chaleur interne et la rotation terrestre. Les deux premières nous rattachent par un lien de solidarité présente à l’ensemble de l’univers ; les dernières, tout en ayant une origine cosmique analogue, sont propres à notre planète. Pour les utiliser, il faut les reconnaître, les capter, les amener à une forme avantageuse et les transporter au lieu de leur emploi.

Dans l’application, on remarquera qu’une grande partie de l’énergie absorbée par notre cycle industriel y entre à l’état de chaleur : forme stable que cette énergie a un penchant constant à réaliser spontanément, tandis qu’artificiellement et avec déchet nous nous attachons ensuite à transformer, par une opération inverse, la chaleur en travail. L’équivalence mécanique de la chaleur et du travail est le principe fondamental de toute la dynamique moderne. Cet emploi de la force à l’état calorifique est évident pour les combustibles divers, qu’on applique d’ordinaire à produire de la vapeur, ou que l’on brûle parfois, avec ou sans détonation, dans des moteurs à combustion interne. Mais il en est de même, plus généralement, pour les réactions chimiques, lorsqu’elles se produisent sans aucune intervention d’agents extérieurs, lorsqu’elles tendent vers l’équilibre et vers la stabilité, dégageant des calories et mettant ainsi en liberté du travail. Seules, quelques forces naturelles font exception et, tout en tirant leur origine d’une action calorifique, tout en représentant par conséquent une transformation de la chaleur en puissance, n’impliquent plus la manifestation de cette chaleur, déjà métamorphosée en énergie. Telle la houille blanche, produite en résumé par la vaporisation de l’eau remontée aux nuages et de là arrivée aux sources ; tel le vent, qui a pour cause première des aspirations, des expansions, dues à des différences de température entre les parties de l’atmosphère, mais pour lequel intervient aussi, dans le cas des alizés ou des moussons, un autre mode de mouvement, la rotation de la terre.

Des quatre principes auxquels nous avons ramené l’énergie naturelle, l’activité solaire est de beaucoup la plus utile. Nous vivons du soleil et nous faisons presque toujours, sous une forme ou sous une autre, travailler pour nous le soleil : soit que nous lui demandions de développer la végétation ; soit que nous récoltions dans la terre les vieux produits de son activité, le charbon et le pétrole ; soit que nous captions, comme on vient de le voir, le courant de l’eau et la pression du vent ; soit que nous commencions à utiliser avec quelque incertitude ses radiations calorifiques, lumineuses et électriques ou sa radioactivité. Le moyen élémentaire de produire du travail consiste à recueillir des composés de carbone et d’hydrogène que l’intervention du soleil a réussi à produire plus ou moins anciennement en les isolant alors de l’oxygène sous la forme de bois, de tourbe, de lignite, de houille ou de pétrole et à provoquer la recombinaison avec l’oxygène, la combustion, qui doit les ramener à une forme stable. Il se dégage alors des calories, dont on réalise habituellement la transformation en travail par un artifice consistant à vaporiser de l’eau, sous pression. La chaudière à vapeur a été, pendant tout le dernier siècle, la forme essentielle de l’énergie motrice ; elle est restée en jeu, alors même que l’on a cru avantageux d’employer la vapeur à son tour pour lancer un courant électrique et, si, aujourd’hui, elle a dû perdre une faible partie de son domaine, sa supériorité n’en durera pas moins, suivant toutes vraisemblances, longtemps encore. Néanmoins, de plus en plus, on s’aperçoit que, pour utiliser la chaleur solaire, on peut, on pourra un jour se passer des combustibles et surtout que, pour employer les combustibles, il n’est pas nécessaire de recourir à la vapeur. C’est l’ordre d’idées relativement nouveau sur lequel nous allons insister.

Observons-le en passant, quand nous recueillons un morceau de charbon ou quand nous aménageons une chute d’eau, nous mettons à profit une force naturelle qui s’est développée indépendamment de nous. Il est sans exemple que nous ne soyons pas forcés d’ajouter à ce travail solaire le nôtre propre : culture et abatage de bois ; creusement de mines ; construction de foyers et de machines ; installation de barrages et de conduites forcées ; gréement d’une voile sur un navire, etc. Mais, en général, cette part de notre travail personnel est accessoire ; sinon, nous utiliserions plus simplement nos efforts directs sans recourir à des procédés compliqués, longs et coûteux. On vise par tous les moyens à la réduire encore. La proportion relative de la main-d’œuvre et de l’énergie naturelle (visible ou latente) dans le prix de revient est un élément économique de premier ordre, qui varie avec les temps, les lieux, les engins et les hommes et dont les variations attendues à la suite d’un cataclysme comme celui de la guerre peuvent exercer la plus grande influence sur les transformations futures de notre industrie.

Après l’activité solaire, une force dont nous rencontrons sans cesse l’application est l’attraction universelle. Pour les philosophes du moyen âge, chaque chose tendait vers son « lieu naturel. » Nous expliquons, depuis Galilée et Newton, la chute des corps, comme le mouvement des planètes, par l’attraction réciproque que tous les atomes de l’univers semblent exercer les uns sur les autres, à des distances quelconques, malgré les interpositions immenses de l’éther. Entre toutes les attractions dont les calculs astronomiques tiennent compte, deux seulement présentent assez d’intensité pour être utilisables : celles exercées par la terre elle-même et celles résultant de la lune. Pour nous servir de la gravité, notre moyen le plus pratique est de faire ou de laisser agir l’attraction centrale sur l’eau. La force de la houille blanche procède de la vaporisation solaire. Cependant elle n’existerait pas si cette vaporisation n’avait pas dû combattre la tendance de l’eau à descendre, comme lorsqu’on bande le ressort d’une montre ou remonte les poids d’une horloge et c’est la chute de l’eau sous l’influence de la gravité qui, en fin de compte, fait tourner la turbine ou le moulin. De même et plus visiblement quand, au haut d’un funiculaire alpin, on remplit une caisse a eau qui équilibre le poids du wagon montant.

L’attraction de la lune produit, de son côté, une force énorme, restée encore sans emploi, celle des marées.

La chaleur terrestre a, jusqu’ici, peu d’applications directes, sauf dans les .sources thermales. Mais il est logique de lui rattacher les formations de minéraux qui ont été réalisées par voie de fusion et qui peuvent aujourd’hui alimenter des combustions ou provoquer des courants de piles et, peut-être même, d’après certaines hypothèses modernes, les constitutions de corps simples, dans lesquels a été emprisonnée de l’énergie interne, prête à subir une dégradation avec dégagement de chaleur, analogue à celle qui accompagne la transformation du radium en hélium. Généralement, les minéraux de la superficie terrestre ont eu le temps de dépenser leur force interne avec leur chaleur en subissant la loi universelle qui ramène la tension de l’énergie vers le repos. Mais il n’en est pas de même quand on s’enfonce dans la terre, en échappant aux influences oxydantes, par lesquelles a été, depuis longtemps, brûlée sa surface. Alors on rencontre des minéraux sulfurés ou des métaux natifs qui sont de véritables combustibles. Si l’on descendait davantage, on en trouverait peut-être d’autres, également formés avec absorption de calorique et gardant en réserve une énergie plus puissante, toute prête à se dépenser spontanément à la manière de nos explosifs. Quant à l’énergie intra-atomique, qui paraît contribuer à la conservation de la chaleur solaire, son utilisation terrestre apparaît aujourd’hui à notre ambition comme la réserve de force par excellence, destinée à nous fournir, dans un temps où il ne sera plus question de houille ni de pétrole, l’équivalent des forces mises en jeu pendant la période primitive de la terre.

L’inégalité du relief terrestre, qui permet les applications de la gravité, est encore une conséquence des surrections montagneuses produites, aux époques géologiques, par cette même chaleur interne.

N’est-ce pas également dans ce groupe qu’il faut classer les forces magnétiques, où se combine, à ce qu’il semble, la production ancienne d’un noyau ferrugineux interne et de certains états moléculaires, avec des interventions solaires actuelles ? Peut-être aussi surprenons-nous là l’intervention d’une dernière force qui intervient avec plus de netteté dans la production des vents et des courants marins : la rotation terrestre.

Cette énumération rapide aura suffi pour montrer la diversité des énergies que la nature met à la disposition de l’homme, et on n’aura pas manqué de remarquer en même temps combien, jusqu’ici, un petit nombre de ces énergies ont été seules utilisées : encore depuis fort peu de temps. Il en existe certainement d’autres que nous ne soupçonnons pas. Mais, pour celles que nous avons énumérées et que l’on n’applique pas, notre ignorance scientifique n’est pas en cause. Si nous ne nous en servons pas davantage, ce n’est même pas en général parce que nous manquons de moyens pratiques pour les capter et les transformer en mouvement de nos machines : c’est uniquement, comme je l’ai fait remarquer en étudiant l’ensemble de notre organisation industrielle [2], parce qu’il est plus économique, en l’état actuel de nos connaissances et de nos ressources, d’avoir recours à d’autres.

Il y a là une notion essentielle, sur laquelle je tiens d’autant plus à insister que nous laissons de côté, dans ce travail, les problèmes financiers de l’après-guerre. En réalité, on ne doit jamais oublier que ces problèmes financiers sont à la base de tout le reste. La grande difficulté de l’après-guerre sera de trouver des capitaux ayant une valeur internationale : des capitaux réels et ne reposant pas uniquement sur l’exagération du crédit. Quand nous voulons nous procurer de la force pour nos industries, la question que nous nous posons n’est pas seulement à résoudre d’une manière absolue dans un laboratoire : sous cette forme, elle est toute tranchée d’avance. L’homme a, pour longtemps encore, et probablement pour toute la durée de son séjour terrestre, jusqu’à, ce que le soleil soit éteint et la terre refroidie, de la force disponible en quantités ires suffisantes. Mais cette énergie peut se présenter à lui sous une forme plus ou moins avantageuse et, entre les diverses formes, il est amené à choisir suivant les circonstances et les temps. Dans la concurrence industrielle entre les nations comme dans la lutte entre les individus, posséder de la force à meilleur compte est un des principaux éléments de supériorité. En obtenir seulement dans des conditions qui entraînent un prix de revient supérieur au prix de vente, c’est être dénué de tout. L’industriel ne saurait envisager l’achat de tel ou tel moteur, de tel ou tel combustible d’après des principes théoriques, ou d’après l’avantage général. A moins d’avoir intérêt à créer une industrie nouvelle à côté de la sienne et de pouvoir le faire, comme les métallurgistes qui achètent une mine de houille ou une chute d’eau, il est simplement amené à établir son choix d’après des calculs de prix de revient fondés sur les conditions déjà existantes, qui, elles-mêmes, sont, plus souvent qu’on ne le croit, logiquement déterminées par tout un ensemble de circonstances très complexes et difficiles à modifier sans beaucoup d’efforts, de capitaux et de temps. On saisit là une erreur qui est très fréquemment commise par les inventeurs et même par les gouvernants. Les premiers constatent qu’une force naturelle n’est pas utilisée, par exemple la chaleur solaire ou les marées ; ils combinent un système plus ou moins ingénieux, plus ou moins nouveau, pour en tirer parti et, lorsqu’ils y ont réussi, ils accusent la routine qui s’oppose à leur succès. De même, il arrive que des hommes politiques découvrent l’existence en France d’une force utilisable, telle qu’un mauvais charbon, un schiste bitumineux ou le courant d’un ruisseau, alors que nous achetons du charbon ou du pétrole à l’étranger et ils en déduisent la nécessité d’établir des droits d’entrée prohibitifs pour assurer l’emploi de nos ressources nationales. La conséquence, dans les deux cas, est pareille ; produire, avec cette force plus coûteuse, des marchandises plus chères et, par conséquent, être hors d’état de les écouler au dehors, en même temps qu’on augmente le prix de la vie.

Cela ne veut pas dire qu’il faille s’en tenir aux énergies déjà connues et ne pas accorder une préférence à celles que produit notre sol. Tout notre travail montre le contraire et nous allons pousser cette tendance au point d’étudier en terminant une série de propositions nouvelles plus ou moins ingénieuses, pour conclure en connaissance de cause que la plupart d’entre elles sont actuellement irréalisables.

Mais on doit retenir que l’utilisation des forces naturelles est appelée à se faire dans un ordre logiquement déterminé suivant l’économie de leur emploi : celle-ci étant elle-même modifiée chaque jour par les découvertes scientifiques. Nous sommes au temps de la houille, du pétrole et des forces hydrauliques. Plus tard viendra l’époque de la chaleur solaire et des marées. Le véritable précurseur n’est pas celui qui prétend méconnaître les conditions de son temps pour s’adapter de force à un état de choses futur ; mais celui qui, par une invention heureuse, fait franchir à une idée souvent fort ancienne l’étape décisive, après laquelle elle devient avantageuse, ou tout au moins celui qui s’aperçoit le premier de cette étape accomplie en dehors de lui. Les découvertes, qui constituent des révolutions économiques, sont aussi rares que les plantes tropicales dont la fleur jaillit à plusieurs mètres en une nuit. Généralement, les saisons accomplissent peu à peu leur œuvre ; le bouton, la fleur, puis le fruit se succèdent lentement, à mesure que tout un concours de circonstances nécessaires est réalisé. C’est pourquoi le passage de la théorie à la pratique est presque toujours progressif et accompli simultanément par de nombreux inventeurs qui s’en disputent la gloire.

En tenant compte de cette observation, on voit aussitôt que l’emploi des énergies naturelles pose au moins deux questions techniques distinctes : réaliser un mécanisme susceptible de capter la force avantageusement et trouver un moyen pratique d’amener cette force captée au consommateur, à l’acheteur, dans des conditions telles que celui-ci n’ait pas intérêt à s’adresser ailleurs. Les deux points sont également importants. Le charbon qui se trouve à mille mètres de profondeur au fond de la Sibérie ou de la Chine, le torrent qui coule dans le Tibet, l’alizé qui souffle sur la mer des Indes constituent des énergies disponibles et représentant des milliers de chevaux-vapeur dont la découverte serait précieuse à Paris ou à Londres ; mais, là où on les rencontre, leur valeur est insignifiante ou nulle. C’est dans ce transport de la force au point de consommation qu’intervient surtout l’électricité, dont nous nous sommes à peine trouvé mentionner le nom jusqu’ici. Contrairement à ce qu’on pense souvent, l’électricité n’est pas d’ordinaire une force naturelle, mais un instrument comparable à la vapeur, parfois superposé à elle. Il en serait autrement si on actionnait des dynamos par la foudre, par l’électricité solaire, ou encore par un courant de pile développé au contact de minéraux naturels. Mais, quand on produit, avec de la houille noire ou blanche, un courant qui circule le long d’un fil vers la ville voisine, le charbon ou la chute d’eau représentent la véritable énergie initiale ; l’électricité intervient comme un mécanisme intermédiaire ou comme un engin de transport. De même, si notre électricité est employée à fabriquer des nitrates qui fourniront plus tard des explosifs, ces nitrates artificiels constituent un moyen de fixer et de transporter la puissance de la chute d’eau productrice.

Dès lors, le problème des forces naturelles dans l’après-guerre se pose à nous de la manière suivante. Nous aurons d’abord à chercher par quels moyens on pourra économiser les formes d’énergie déjà en usage et en perfectionner l’emploi. Mais nous devrons examiner en même temps si le bouleversement amené dans toutes les conditions de la vie par un désastre aussi exceptionnel, si le coup de fouet donné à l’esprit de recherche et d’invention par l’intérêt militaire du pays, par des besoins accrus, par des chances de bénéfices inespérées, ne sont pas susceptibles d’accélérer une évolution qui se fût produite autrement avec plus de lenteur. Parmi les conséquence les plus immédiatement visibles et probablement les plus durables de la guerre, il faut compter l’accroissement de prix qui s’est produit pour la houille et le pétrole, pour les transports, pour la main-d’œuvre. Indépendamment de tout progrès technique, voilà trois éléments essentiels du prix de revient qui vont se trouver notablement modifiés et dont les relations nouvelles peuvent entraîner la possibilité d’utiliser un genre de forces auquel on ne songeait pas, ou de chercher des forces anciennes dans des conditions géographiques inusitées, ou encore de mettre à profit des forces déjà captées en se servant d’artifices jusqu’alors inapplicables. C’est bien le point de vue où nous nous sommes placé dès le début de ces études jeu envisageant l’intervention de la science dans l’organisation industrielle.

On peut se faire une idée de ce qui va se produire en pensant à ce qui a lieu constamment pour les minerais. Un minerai d’or, au-dessous d’une certaine teneur, est absolument sans valeur à une époque donnée, parce que l’extraction de l’or contenu coûterait plus cher qu’elle ne rapporterait. Mais chaque progrès de la chimie permet d’exploiter une tranche nouvelle de minerais, considérés jusqu’alors comme des cailloux. Ainsi, tour à tour, l’amalgamation, la chloruration, la cyanuration ont amené la résurrection périodique de vieilles mines alternativement prospères, puis abandonnées par épuisement.

Sans insister davantage, nous allons maintenant reprendre les principales formes d’énergie naturelle, en examinant, pour chacune d’elles, quelles vont être nos ressources d’après-guerre et par quels moyens ces ressources pourraient être améliorées. Rappelons toutefois, auparavant, la proportion actuelle de leur emploi relatif pour éviter des erreurs d’optique que pourrait entraîner notre insistance à mettre en évidence des procédés intéressants par leur nouveauté ou leur avenir probable, mais dont l’usage reste encore tout à fait restreint. Sur les 10 millions de chevaux, auxquels on estime la puissance motrice de tous les moteurs en Grande-Bretagne, 91 pour 100 sont fournis par des moteurs à vapeur ; 6,5 par des moteurs à explosion ; 1,7 par des forces hydrauliques et 0,8 par tous les autres systèmes. Ces chiffres, dont la France nous offrirait à peu près l’équivalent, accusent assez la très grande supériorité que conservent et que garderont encore longtemps les machines à vapeur ; mais cette supériorité n’a plus les allures d’un monopole et, si on établissait une comparaison avec des statistiques plus anciennes d’une vingtaine d’années, on verrait s’accuser progressivement une tendance à diversifier les moyens de production de la force motrice, en choisissant tel ou tel système suivant les circonstances et les besoins.

Ainsi, le moteur à vapeur reste préféré toutes les fois que l’on doit utiliser en même temps de la vapeur pour le chauffage ou la fabrication. Il garde en outre ses avantages de permettre une grande élasticité ans la puissance, une variété extrême dans la vitesse. L’emploi de la turbine permet d’atteindre d’énormes énergies individuelles en réduisant l’encombrement. Le moteur à gaz industriel est surtout le moteur à gaz pauvre alimenté par un gazogène, le moteur à gaz de hauts fourneaux ; mais c’est aussi le petit moteur à gaz d’éclairage pour l’usage domestique. Le moteur à huile lourde se présente comme très économique dans son emploi et peu encombrant, mais délicat, manquant d’élasticité et comportant la mise en mouvement d’une grande masse. Quant à l’électricité, elle a, comme agent, des avantages évidents, dont le premier est la souplesse. Economiquement, elle est préférable en principe pour les petites forces jusqu’à 200 chevaux. Au delà, la question doit être discutée dans chaque cas.


LA HOUILLE

Sans aucun doute, la houille restera donc, dans toute la période qui peut nous intéresser ici, notre principale source d’énergie et, longtemps aussi, on continuera à l’utiliser surtout par l’intermédiaire de la vapeur. On sait combien la France est pauvre en combustibles minéraux ; je n’ai pas besoin de répéter à quel point des conceptions de politique économique regrettables ont paralysé depuis vingt ans le développement de notre industrie minière et j’ai également assez montré autrefois [3] comment tout l’avenir industriel de notre pays se trouve compromis par cette disette. Je me contente de rappeler à ce propos l’importance capitale que doit présenter pour nous la récupération du bassin houiller de la Sarre, conformément aux traités de 1814. On me permettra de renvoyer à cette étude antérieure pour tous les points qui y ont été traités. Nous avons vu également, dès le début du présent travail, quelles économies on pouvait réaliser, sans invention ni conception nouvelle, simplement par l’application méthodique et scientifique de principes connus dans les consommations industrielles de la houille [4].

Cependant, ce double monopole du charbon minéral et de la vapeur est, je viens de le rappeler, depuis quelque temps, battu en brèche. Nous consacrerons des développements ultérieurs au lignite et à la tourbe, au pétrole et à ses dérivés, à la houille blanche. Il existe, d’autre part, des procédés qui, tout en conservant le charbon minéral comme combustible, en tirent un meilleur parti que par sa combustion sur une grille au-dessous d’une chaudière à vapeur . Enfin, que l’on ait ou non commencé par produire de la vapeur, on trouve souvent avantage à intercaler une transformation de l’énergie en électricité. Ces deux derniers genres de progrès, qui réalisent des applications intéressantes de la science à l’industrie, méritent, par leur développement possible dans l’après-guerre, un rapide examen.

La première idée avec laquelle il faut se familiariser est que la machine à vapeur, si raffinée dans ses mécanismes qu’on la suppose, constitue théoriquement un moyen tout à fait barbare d’utiliser les kilogrammètres renfermés en puissance dans la houille, de même que notre système de nous chauffer par des cheminées laisse perdre la presque totalité de la chaleur. Quelques chiffres vont préciser cette défectuosité. Une bonne houille grasse dépourvue de cendres produit couramment, à l’essai de laboratoire, 8 600 calories par kilogramme. Ce qui veut dire qu’employé à chauffer de l’eau, ce charbon devrait théoriquement élever d’un degré 8 600 kilogrammes d’eau, ou porter, depuis la température extérieure moyenne de 15 degrés jusqu’à l’ébullition, sous une pression de 10 atmosphères, 14 kilogrammes d’eau. L’équivalent mécanique de chaque calorie étant de 427 kilogrammètres, le kilogramme d’une telle houille devrait produire, pour ce nombre de calories, 3 672 000 kilogrammètres et, pour obtenir un cheval-heure, ou 270 000 kilogrammètres, il devrait suffire de 73 grammes de houille. Or, en deux mots, le résultat pratique d’une machine à vapeur est qu’au lieu de 73 grammes, oh en dépense facilement 730 : soit 10 fois plus et même, avec des machines inférieures, de 1 à 2 kilogrammes. Si on s’étonne du résultat et si on cherche où se produit une telle perte, on constate d’abord que le kilogramme de houille, au lieu de 14 kilogrammes de vapeur théoriques, en donne seulement, dans la plupart des cas, 6 ou 7 : la combustion, toujours incomplète, laissant perdre, soit du charbon, soit de l’oxyde de carbone et une partie de la chaleur se dissipant au dehors. Mais le déchet est beaucoup plus considérable dans l’utilisation mécanique de cette vapeur et, là, il n’y a pas seulement mécanisme imparfait, mais, ce qui est plus grave, limitation théorique de la chute thermique par les températures données au système chauffeur et au système réfrigérant qui réduisent aussitôt le rendement théorique au quart (principe de Carnot). Le cheval-heure devrait correspondre à 635 calories, soit à peu près à 1 kilogramme de vapeur ; il en consomme de 5 à 10 kilogrammes en marche industrielle.

Pour remédier à ce défaut dans la mesure où la théorie le permettait, on s’est ingénié, pendant un siècle, à améliorer les chaudières et les machines, à accroître la hauteur de chute thermique, à récupérer sous toutes les formes la chaleur du charbon et la force élastique de la vapeur, à éviter les échauffements, inutiles et les frottements, à combattre par des chemises de vapeur et des surchauffeurs les refroidissements des parois, par suite desquels la vapeur se condense pour se vaporiser ensuite de nouveau pendant l’échappement sans produire le moindre travail, etc., etc. On a réalisé, dans cet ordre d’idées, des merveilles et l’on confine à la perfection mécanique. Mais nous apercevons aujourd’hui un moyen plus radical, qui consiste à supprimer l’intermédiaire de la vapeur avec les limites qu’elle impose et à remplacer, en grande partie, le combustible solide par les combustibles liquides et gazeux que la distillation permet d’en extraire, tout en récupérant une série de sous-produits utilisables avec grand profit. L’idée consiste à transformer la houille, dans la mesure où elle s’y prête, en trois combustibles indépendants : le coke, le gaz et l’huile de goudron ; le coke allant à la métallurgie, le gaz étant brûlé dans des moteurs à gaz et l’huile lourde servant dans des moteurs du type Diesel. Si le principe n’a pas encore fait une fortune plus générale, c’est qu’il exige tout un agencement d’installations compliqué et coûteux avec un combustible très cher et que les moteurs correspondants sont eux-mêmes d’un prix élevé et d’un maniement délicat ; on rencontre là une application entre bien d’autres de la notion développée en commençant que le mode d’emploi d’une force naturelle est, avant tout, une question financière. Autre chose est d’examiner, comme nous le faisons ici, dans quel sens l’intérêt du pays conseille d’intervenir ; autre chose de décider, quand on est industriel, si l’on prendra du pétrole ou de la houille, un moteur Diesel ou une turbine. Mais l’idée théorique dont nous montrons l’avantage a néanmoins fait son chemin et nous allons la voir utilisée, avec des rendements très avantageux, même pour d’aussi mauvais combustibles que le lignite ou la tourbe.

L’emploi des gazogènes, auquel nous venons de faire allusion, est suffisamment connu et vulgarisé, du moins pour les combustibles supérieurs. Quant au moteur Diesel, dont nous aurons à reparler pour le pétrole, on sait qu’il est fondé sur une combustion graduelle et sans détonation des diverses huiles minérales ou végétales, contrairement à ce qui se passe d’ordinaire dans les moteurs à essence à quatre temps. Ce système, qui s’est tant répandu depuis 1898, a pu causer quelques déceptions parce qu’on en avait trop attendu. Je le cite seulement comme le moyen le plus pratique de substituer, suivant la conception précédente, un combustible liquide au charbon solide, en développant directement dans le cylindre l’énergie empruntée au combustible. C’est un appareil délicat, mais avec lequel le rendement thermique d’un moteur atteint presque 30 p. 100. Une machine de 100 chevaux ne dépensera que 200 grammes de combustible par cheval-heure, tandis qu’une turbine Râteau de 3 000 chevaux dépenserait au moins 400 grammes du même combustible pour la même production de force et une machine à vapeur Corliss plus de 600. En adoptant les perfectionnements nécessaires pour y employer l’huile de goudron extraite de la houille, qui a le défaut de présenter une composition trop variable, on pourrait tripler le rendement obtenu dans la machine à vapeur, doubler celui de la turbine.

Le développement du système s’associe presque nécessairement, — et c’est à la fois un avantage et un défaut, — avec la fabrication des matières colorantes, des produits pharmaceutiques et des explosifs empruntés à la houille, dont on avait trop laissé le monopole aux Allemands avant la guerre. Dans les mêmes fabrications, on peut, comme sous-produit du coke, pousser à la production du benzol, dont on obtient cinq à six litres par tonne de houille, et qui est susceptible de remplacer l’essence minérale dans le moteur à explosion.

Une autre voie toute différente en principe, dans laquelle on était entré depuis quelques années et où l’on va sans doute marcher à pas rapides, c’est la création de nombreuses centrales électriques, alimentées, non pas seulement par de la houille blanche comme nous allons le voir bientôt, mais aussi par du charbon pris à sa sortie de la mine et consumé notamment dans des gazogènes, avec récupération des sous-produits. Je me suis déjà trouvé en dire un mot. Quelle que soit l’origine de la force, sa production par une usine centrale qui la transmettra ensuite électriquement, a pour but de créer, et de répartir cette énergie à des consommateurs épars, souvent très éloignés, avec la souplesse que permet l’établissement de fils électriques. ; Quand on utilise la houille, la centrale offre le triple avantage de transporter le courant impondérable au lieu du charbon pesant, destiné à produire l’électricité, de brûler ce charbon en grand, dans des conditions d’économie industrielle que ne pourraient atteindre, à beaucoup près, les consommateurs isolés et enfin de permettre une utilisation beaucoup plus continue qu’avec des moteurs particuliers. On retrouve là cette tendance à la centralisation et à la spécialisation qui domine toute l’industrie moderne.

Une étude faite dans un de nos districts du Nord a montré qu’à dix ans d’intervalle, la consommation de charbon par « cheval-heure avait passé de 3 kilogrammes à 0,7 kilogramme par l’établissement d’une centrale électrique. La proportion est exceptionnelle ; mais l’économie dans ces conditions est générale. On peut également citer, à ce propos, les résultats d’une enquête faite en 1917 par le ministère de reconstruction anglais. On a constaté alors que la Grande-Bretagne consomme 189 millions de tonnes de houille pour une puissance motrice disponible de 10 millions de chevaux, dont à peine le cinquième apparaît utilisé quand on calcule les durées de marche. Or, un quart seulement de ce total est fourni par les dynamos réceptrices des stations centrales, et le reste provient de moteurs indépendants. On a donc proposé de diviser le pays en seize régions, desservies chacune par un réseau à voltage déterminé et à courant de nature fixe, avec centrales près des mines. L’Allemagne paraît disposée à s’inspirer largement des mêmes idées : création de puissantes centrales régionales utilisables pour l’industrie, les usages domestiques et l’agriculture ; suppression des usines à gaz secondaires.

En France, nous aurons certainement à progresser dans ce sens, et cela d’autant plus que nous sommes plus pauvres en houille. Toutefois, lorsqu’on aborde des solutions aussi grandioses que les précédentes, on se trouve en présence d’une difficulté sociale qu’on ne saurait passer sous silence. La centrale, qui alimenterait ainsi tout une région, détiendrait un tel monopole de fait qu’on est conduit à envisager en même temps l’intervention de l’Etat, tout au moins sous la forme de commissaires fixant les prix de vente maxima, les dividendes, l’organisation du capital, ou même à admettre l’organisation de centrales nationales. Or, s’il est, à l’extrême rigueur, possible d’attribuer à l’Etat le contrôle ou la vente de l’énergie électrique une fois produite, on ne saurait lui confier les opérations antérieures si délicates qui commencent à l’exploitation de la mine pour se continuer par la direction d’une usine à gaz, avec production du coke, fabrication de matières colorantes, etc. Chacune des avenues qui conduisent à la centralisation moderne nous fait ainsi apercevoir à son terme la figure inquiétante du socialisme d’Etat.


LE LIGNITE ET LA TOURBE

Tirer par les méthodes précédentes un profit avantageux d’une bonne houille, c’est, nous dirait Molière par la bouche d’Harpagon, à peu près aussi facile que de faire bonne chère avec beaucoup d’argent. L’ingéniosité provoquée par la vie coûteuse conduit de plus en plus à consommer également en industrie de mauvais combustibles. Le lignite ne peut pas être très appliqué en France, faute de gisements importants ; nous aurions toutefois quelques leçons à prendre en Allemagne, où son extraction a pris un grand développement, en raison des facilités que ses principaux gisements y présentent pour une exploitation à ciel ouvert par des procédés mécaniques. Quand un tel système est applicable, on arrive à produire, par ouvrier, quatre fois plus de lignite qu’on n’obtiendrait de houille et, dans certains cas, la proportion est même de sept à un. Le combustible obtenu n’a, il est vrai, qu’une valeur calorifique inférieure dans la proportion des deux tiers. Néanmoins, l’ouvrier extrait encore presque trois fois plus de calorique dans une carrière de lignite que dans une mine de houille, et cet avantage s’est trouvé sensiblement accru pendant la guerre par le manque de bons ouvriers, qui prêtait un intérêt particulier aux exploitations faciles où l’on pouvait employer des prisonniers ou des manœuvres inexpérimentés.

Ce lignite est surtout utilisé par distillation, ainsi que nous l’indiquions tout à l’heure pour la houille. En l’employant dans des gazogènes, on obtient, outre le gaz pauvre (à raison de 2 000 mètres cubes par tonne), du goudron donnant de l’huile lubrifiante, de l’huile à gaz, de la paraffine, de la poix et de l’ammoniaque. Le gaz à l’eau peut, brûlé sur place dans des moteurs à explosion, actionner des centrales électriques ; ou bien on le distribue par des conduites analogues aux canalisations de gaz d’éclairage pour le chauffage industriel ou domestique. En distillant ainsi le charbon consommé, on récupère la benzine, le toluène, le xylène, la naphtaline, l’anthracène, tous produits trouvant leur application dans les usines de produits chimiques ou d’explosifs, dans les moteurs Diesel, etc. La même méthode et des appareils analogues peuvent également servir pour la tourbe.

La France ne possède guère qu’un grand gisement de lignite, celui de Fuveau dans les Bouches-du-Rhône, qui est largement exploité à raison de 628.000 tonnes par an. Mais la guerre a amené à remettre en marche un certain nombre de petites mines. Quant à la tourbe, bien qu’il en existe en de nombreuses régions, dans la Somme, en Loire-Inférieure, dans les Deux-Sèvres, l’Ain, le Plateau Central, etc., la production est insignifiante et singulièrement dispersée : à peine 58 000 tonnes par an, produites par plus de 1 800 tourbières.

Il y a, dans cet ordre d’idées purement minier, quelques progrès à réaliser, dont l’effet a des chances pour rester toujours inférieur aux économies résultant d’une combustion plus savante ; gazogènes, moteurs Diesel et Centrales électriques.


LE PÉTROLE

Le pétrole a, sur la houille, une supériorité qui attire immédiatement l’attention, celle de pouvoir fournir 11 000 à 12 000 calories par kilogramme, contre 7 à 8 000 pour une bonne houille. Inutile d’ajouter, comme compensation logique, qu’il coûte plus cher. Les questions posées a son propos offrent une importance nationale, qui nous amènera peut-être un jour à les reprendre spécialement. Voici, en deux mots, comment elles se présentent. L’emploi du pétrole et, plus généralement, des hydrocarbures liquides est, par rapport à l’usage des charbons solides, une nouveauté, qui ne remonte guère qu’a 1850. Fendant longtemps, les diverses huiles minérales ont eu des applications à peu près limitées à l’éclairage et au chauffage, qu’elles ont, elles-mêmes, conquises de haute lutte, après une série de crises successives, où l’on a pu craindre la surproduction. Dans les centres pétrolifères, il est vrai, on avait réalisé depuis longtemps l’application du pétrole ou des gaz naturels connexes à la production de force ou à des opérations métallurgiques. Mais il y a peu de temps que l’emploi des combustibles liquides comme source d’énergie a pris une extension considérable. Depuis quinze ans, les moteurs à essence se sont généralisés pour les automobiles et les aéroplanes ; puis sont venus les moteurs à huile lourde genre Diesel, qui, après avoir remporté de nombreux succès sur terre, ont amené, dans la marine, une véritable révolution. Nous venons d’avoir, durant la guerre, la preuve fâcheuse de l’importance prise par ces applications, qui ont aussitôt affecté un caractère militaire, en constatant le peu de pétrole et d’essence réservé à l’éclairage ou aux déplacements des civils. Le pétrole est devenu un instrument de guerre indispensable, dont la valeur ne diminuera pas en temps de paix, si, comme tout le fait prévoir, la circulation automobile se développe rapidement, parallèlement avec l’installation de nombreux petits moteurs privés.

Les avantages qui font préférer le pétrole, l’essence ou l’huile lourde au charbon (notamment quand il y a déplacement du moteur, et tout particulièrement dans la marine), sont de plusieurs genres : grande économie de calorique, réduisant du même coup le poids mort à emporter par un navire ou un véhicule et accroissant son rayon d’action ; facilités de mise en marche et d’arrêt ; forte diminution du personnel ; subdivision aisée de l’énergie ; chargement rapide et pratique sur les bateaux ; suppression presque complète des fumées, etc. L’essence a fait immédiatement son chemin avec l’automobilisme qu’elle a rendu possible. Après des tâtonnements qui ont duré jusqu’en 1910, les qualités de l’huile lourde ont également paru assez déterminantes pour que, dans les diverses marines de commerce et de guerre, il se soit produit, pendant les quatre ans qui ont précédé la guerre, un mouvement précipité vers la transformation du matériel par adoption des moteurs Diesel : d’abord en Allemagne, puis en France, enfin en Angleterre. Sans vouloir aucunement réagir contre cette tendance, il y a lieu de faire, à ce sujet, quelques observations générales qui s’appliquent avec un caractère particulier d’acuité à notre pays.

Quand on adopte les moteurs à combustibles liquides, il est un point à considérer d’abord, que l’on passe pourtant très habituellement sous silence : c’est la possibilité de se procurer ce combustible dans des conditions pratiques et avantageuses. En temps de paix et pour l’usage des particuliers, la question ne se posait guère. Le prix de l’essence pouvait monter légèrement ; on ne craignait aucune disette. La production de l’huile lourde, dont le moteur Diesel constitue l’application principale, grandissait d’année en année, et les industriels souriaient volontiers quand les géologues émettaient quelques doutes sur le temps pendant lequel l’humanité trouvera du pétrole dans la terre. Cependant, les réserves de ce corps sont très limitées et dans chaque champ pétrolifère, elles s’épuisent avec une vitesse extrême par suite de la facilité même avec laquelle l’opération s’opère et d’un gaspillage qui en fait perdre généralement, à l’extraction, au moins le quart, parfois les neuf dixièmes. Il n’y a guère de champ pétrolifère qui puisse compter sur un demi-siècle d’existence. Mais la terre est encore grande ; les régions inexplorées abondent ; les zones où l’on a chance de trouver du pétrole restent étendues ; des cas, comme celui du Mexique, où, en dix ans, on a atteint 6 750 000 tonnes (1916) sont de nature à entretenir toutes les illusions ; on peut également compter sur la distillation des schistes bitumineux qui abondent dans l’Ouest-Américain ou sur la production croissante des benzols dans l’industrie du coke ; et nous ne sommes plus dans une disposition d’esprit à nous préoccuper industriellement de ce qui pourra se passer au bout d’un siècle.

Il en est tout autrement si on envisage la question d’un point de vue national et, par conséquent, militaire. Le rôle militaire du pétrole, que je viens de rappeler, rend grave la situation dans laquelle peut se trouver un pays qui n’en possède pas sur son territoire. Or, l’absence du pétrole est, si l’on fait abstraction de quelques gisements insignifiants, le cas pour presque tous les grands pays européens, sauf la Russie, l’Autriche-Hongrie et la Roumanie. La Grande-Bretagne et l’Espagne ne produisent pas un titre de pétrole ; la France, qui était dans le même cas, reste réduite à la faible production de l’Alsace et de l’Algérie ; ce qu’on peut extraire d’huile minérale en Allemagne ou en Italie est hors de toute proportion avec les besoins. Les conséquences se devinent, et la guerre les a soulignées. Rappelons-les pour les principaux pays, en montrant aussitôt les mesures qui ont été prises ailleurs pour parer au danger.

Dans les premiers temps de la guerre, l’Allemagne a passé, à cet égard, par une phase très critique, quand les champs pétrolifères d’Autriche ont été envahis ; mais, à cette époque, elle n’était pas encore en guerre avec la Roumanie ; puis, quand la Roumanie est devenue hostile, le pétrole autrichien a été récupéré ; bientôt, celui de Roumanie a été conquis et, plus tard, celui de Russie a paru s’y adjoindre. Malgré la très habile destruction des puits roumains et l’anarchie russe, l’Allemagne s’est donc crue, pour le pétrole, tirée d’affaire. Dans le traité qu’elle avait imposé à la Roumanie, elle s’était tout particulièrement attachée à s’assurer la possession complète des pétroles roumains. Aujourd’hui, la Roumanie lui échappe de nouveau ; mais elle compte encore sur l’appui de ses amis les Bolcheviks et sur les tergiversations de la politique alliée pour garder, sous sa dépendance, les pétroles russes dont les chances d’extension géographique restent très vastes.

L’Angleterre s’est occupée officiellement de cette question, avant la guerre, avec son esprit de décision habituel, dès le jour où elle a envisagé l’adoption des moteurs à huile lourde pour sa marine de guerre. En juin 1914, on a eu la surprise de voir l’Amirauté anglaise acheter, pour un bon nombre de millions, des champs pétrolifères situés aux confins de la Turquie et de la Perse. La campagne heureuse de Mésopotamie, qui a conduit l’armée anglaise à Bagdad, a été directement influencée par l’intérêt capital de ces gisements. Enfin, depuis le début de la guerre, le gouvernement anglais s’est tout particulièrement occupé de s’assurer les pétroles des possessions anglaises, notamment ceux de la Birmanie. Dans ces conditions et avec la puissance maritime qui lui permet d’aller chercher le pétrole disponible dans le monde entier, la Grande-Bretagne peut envisager l’avenir avec confiance.

Il en est tout naturellement de même pour les États-Unis, qui sont le grand pays pétrolifère du monde, avec des réserves assurée ? au taux actuel de l’exploitation pour au moins trente ans et des possibilités considérables, sans parler du Mexique à leurs portes. Les besoins américains sont cependant de plus en plus considérables. La production de pétrole aux États-Unis est montée de 8,5 millions de tonnes en 1900 à 37 millions en 1916, et c’est à peine s’il en est résulté une crise de surproduction très momentanée.

Tout autre apparaît malheureusement le cas de la France et, si j’ai dû souligner notre pauvreté en houille, notre disette de pétrole est encore bien plus affligeante. En dehors de l’Alsace qui nous revient, notre pays ne contient aucun gisement pétrolifère exploité. Quand on veut parler des pétroles français, on est réduit à insister sur les résultats très encourageants donnés par un petit nombre de sondages algériens et sur le peu d’huile minérale qu’on obtient en distillant les schistes bitumineux d’Autun ou de l’Allier. Il est fort possible que la zone algérienne se développe et s’étende vers le Maroc, où on en connaît des indices. Il peut également arriver qu’on rencontre du pétrole en France dans l’une ou l’autre des régions où la géologie invite à tenter des sondages. Mais la différence est grande entre espérer et tenir. Jusqu’à nouvel ordre, nous devons nous considérer comme dépendants des pétroles américains, ou de leurs concurrents hollandais. Même en temps de paix, cela peut devenir gênant, les Américains ayant tendance à consommer eux-mêmes une proportion croissante de leur pétrole,. Dans l’hypothèse d’une guerre future, ce serait beaucoup plus grave, si nous n’avions pas, comme aujourd’hui, l’alliance efficace des États-Unis et de l’Angleterre. L’infériorité combative de notre marine nous mettrait immédiatement dans une situation cruelle. Il semble donc que nous devions apporter quelque prudence à trop généraliser l’emploi militaire du pétrole et, surtout, que nous aurions dû employer à temps les moyens nécessaires pour nous procurer du combustible liquide : soit en distillant davantage notre houille et nos lignites de manière à obtenir des huiles de goudron et de la paraffine (comme on y pousse aujourd’hui les industriels) ; soit en favorisant les recherches par sondages, contrairement à la tendance officielle depuis quelques années ; soit enfin, suivant l’exemple prudent du gouvernement anglais, en nous assurant la possession de champs pétrolifères étrangers, alors qu’il en était temps encore.


LA HOUILLE BLANCHE

Je passe maintenant à la houille blanche, qui constitue une de nos plus abondantes réserves, l’une de celles sur lesquelles le changement de conditions économiques amené par la guerre et destiné à se poursuivre dans l’après-guerre a le plus vivement attiré l’attention, avec les résultats les plus fructueux. Posséder de l’énergie disponible et la laisser se perdre dans le lit des rivières ou des torrents quand le charbon était introuvable ou valait 150 et 200 francs la tonne et quand, d’autre part, la guerre amenait des acheteurs à tout prix pour le carbure de calcium, la cyanamide, les nitrates, les aciers spéciaux, etc., était si évidemment illogique que l’on s’est mis à l’œuvre de tous les côtés pour aménager nos forces hydrauliques. La notion prix de revient ayant quelque peu disparu avec des prix de vente illimités, les capitaux étant surabondants pour toutes les industries touchant aux fournitures de guerre, l’on n’était plus arrêté par les considérations d’économie habituelles. Parfois aussi, il faut bien l’ajouter, les formalités paralysantes du temps de paix se trouvaient un peu simplifiées. Un mouvement, qui était déjà lancé, avant 1914, s’est ainsi rapidement accéléré et, comme une grande partie des travaux et des installations vont se trouver amortis sur les bénéfices, cet essor laissera des résultats durables, quand bien même le prix du combustible concurrent s’abaisserait un peu après la paix. Il y a là, pour la France, un grand nombre de millions à arrêter dans leur fuite vers la mer.

Sans traiter ici un sujet qui comporterait de longs développements, je dirai quelques mots tout à l’heure sur nos ressources hydrauliques en espérance. Commençons par indiquer ce qui a été déjà réalisé, ou ce qui, du moins, est déjà entré dans la voie de la réalisation immédiate.

Les forces hydrauliques utilisées en France étaient estimées : en 1902, à 200 000 chevaux ; en 1916, à 350 000 ; en 1910 à 600 000 ; en 1914, à environ 750 000. L’effort fait depuis la guerre nous a conduits, fin 1917, à 870 000 chevaux réalisés (petites forces non comprises) ; auxquels une statistique du ministère de l’Agriculture en ajoutait alors, avec quelque exagération, 1 100 000 en installation et 862 000 à l’étude. De fait, il pourra être obtenu : en 1918, 280 000 chevaux ; 175 000 en 1919 ; 223 000 en 1920. Si l’on totalise, on dépasserait donc, dans trois ans, 1 550 000 chevaux aménagés. Il n’est pas inutile d’ajouter que, dès à présent, 1 450 millions de francs ont pu être engagés en installations hydrauliques (dont 660 millions depuis la guerre).

C’est dans le Dauphiné et, plus généralement, dans les Alpes que cette industrie a pris son premier essor dès 1868. C’est là aussi que s’est porté de préférence le mouvement récent. A la fin de 1917, on y avait installé, depuis la début de la guerre, plus de 100 000 chevaux et des travaux étaient alors engagés pour 100 000 autres : sans tenir compte des projets grandioses que nous avons déjà signalés pour l’aménagement du Haut-Rhône.

Dans les Pyrénées, la guerre nous a trouvés avec 75 000 chevaux installés ; il s’en est ajouté, depuis lors, 185 000 (y compris les installations qui touchent à leur achèvement).

Dans le Plateau Central, on compte également plus de 180 000 chevaux en voie d’installation ou fînis : sur l’Anse (10 000) ; sur le Bès (20 000) ; sur la Truyère (40 000), etc.

Et, comme il est facile de le comprendre, nous n’avons pas seulement assisté à la création de grandes usines, où la puissance se compte par 10 000 chevaux. Dans toutes nos provinces françaises, on a repris des moulins à eau de l’ancien temps, souvent si méprisés depuis quelques années que, dans le bâtiment construit sur une chute d’eau inutilisée, on avait installé le paradoxe d’une machine à vapeur.

Ainsi, la houille blanche est actuellement très en faveur, et c’est justice. Notre intérêt national le plus évident nous commande d’utiliser cette force incessamment renouvelable, et constamment perdue, au lieu du charbon trop limité. Il faut donc applaudir à tous les efforts qui sont faits dans ce sens et inviter l’Etat à les encourager. Le rôle du Gouvernement est ici très simple. L’appui que lui demandent les industriels consiste uniquement à leur fournir une législation pratique, précise et exempte de fiscalité exagérée. Tel n’était pas le cas avant la guerre, et les complications, souvent inextricables, qu’exigeait l’établissement d’une usine hydraulique, les négociations multipliées, les frais, les chances de procès, ont empêché bien des installations, qui, techniquement, semblaient séduisantes. Si la France entière trouve un avantage à ce que l’on consomme sa houille blanche plutôt que la noire, il ne faut cependant pas que, pour l’industriel, par le fait des charges et des impôts, la première coule plus cher que la seconde. Jusqu’ici, l’impuissance parlementaire à aboutir dans aucune œuvre utile et les prétentions socialistes à l’étatisme ont joué, pour les forces hydrauliques, le même rôle paralysant que pour la houille et pour le pétrole. On a cependant déposé, le 24 juillet 1917, un dernier projet de loi, qui, contestable sur quelques points, aurait le très grand avantage de substituer l’ordre au chaos. Le principe en est de soumettre au régime de la concession les usines à réaliser disposant de plus de 500 kilowatts et d’autoriser simplement les plus petites. La propriété des eaux courantes est, contrairement aux lois antérieures, retirée partout aux particuliers pour être attribuée au domaine public. Les usines concédées acquièrent un droit de servitude sur les propriétaires riverains contre payement d’une indemnité réglée par les tribunaux. Elles payent à l’Etat une taxe fixe et une redevance proportionnelle, et leurs installations reviennent à l’État au bout de soixante-quinze ans.

Si, comme on peut l’espérer, une loi de ce genre vient un jour faciliter la mise en valeur de cette richesse publique, on verra certainement l’aménagement de notre houille blanche atteindre vite le degré de croissance compatible avec les conditions industrielles de l’après-guerre. A quels chiffres atteindra-t-on ainsi et dans quelle mesure nos cours d’eau compenseront- ils notre pauvreté minière ? Peut-être n’est-il pas inutile de mettre sur ce point une sourdine à certains enthousiasmes excessifs, qui pourraient constituer un danger sérieux, s’ils amenaient l’opinion publique abusée à se montrer trop facile relativement au charbon dans nos négociations ou nos transactions avec l’Allemagne. Les estimations d’ensemble ont grandi, depuis dix ans, dans des proportions remarquables. Vers 1910, l’énergie disponible à l’étiage, pendant la période des basses eaux, était évaluée à 4 600 000 chevaux pour l’ensemble de la France. En 1911, la force disponible en eaux moyennes (180 jours par an) atteignait, suivant les auteurs, entre 6 et 9 millions de chevaux. Aujourd’hui, on nous parle de 10 millions pour la puissance hydraulique correspondant aux débits moyens de nos cours d’eau, dont un tiers dans les Alpes. La seule énergie hydraulique des Alpes pourrait ainsi fournir, en fonctionnant nuit et jour, pendant toute l’année, 27 milliards de chevaux-heure : 5 milliards en travaillant une dizaine d’heures par jour, la moitié de l’année. A 2 kilogrammes de charbon par cheval-heure, cela ferait, pour toute la France, 30 millions de tonnes de houille par an...

Que faut-il penser de ces chiffres ? Un peu sans doute ce que l’on penserait d’une appréciation minière où, pour évaluer nos ressources en houille, on additionnerait sans discussion toutes les veines de charbon enfouies dans le sol jusqu’à 1 500 mètres de profondeur. Ils doivent être exacts, peut-être même modérés d’une façon absolue, et quand on envisage un avenir très lointain. Pour la période de temps qui nous intéresse ici, mieux vaut, ce nous semble, envisager comme un idéal difficile à atteindre, 3 ou 4 millions de chevaux, dont 1,5 dans les Alpes et 1 million dans les Pyrénées. Avoir de la houille blanche ne compte, nous ne cessons de faire cette distinction essentielle, que le jour où on peut l’utiliser avec bénéfice. La seule évaluation légitime consisterait à estimer, dans chaque cas, le coût de l’installation, le prix de revient du cheval-vapeur et, par suite, celui de tels ou tels produits fabriqués ; enfin, le prix auquel ces mêmes produits pourraient être vendus. N’est économiquement utilisable que la chute susceptible, dans ces conditions, de payer au moins, outre les taxes et impôts, l’intérêt de l’argent et l’amortissement. C’est une estimation industrielle extrêmement délicate à répéter dans plusieurs milliers de cas. Je ne la tenterai pas, cela va de soi.. Mais une remarque générale me paraît avoir sa valeur. Quoiqu’on accuse nos capitalistes de pusillanimité, il est néanmoins bien rare qu’une affaire vraiment séduisante d’un genre aussi connu ne trouve pas vite des amateurs et, quand on suit de près l’histoire de nos industries, on en voit plutôt naître un grand nombre qui borneront toute leur existence éphémère à avoir donné des promesses. Surtout dans un moment comme celui-ci, où l’esprit d’invention et de hardiesse est surexcité, les entreprises, non pas seulement exécutées ou en voie d’exécution, mais à l’étude, semblent donc fournir une approximation très suffisante de nos possibilités. C’est pourquoi je parlais tout à l’heure de 3 à 4 millions de chevaux. Je serais d’autant plus tenté de voir là un maximum pour une après-guerre même lointaine que, dans beaucoup de ces études préliminaires, on néglige certains points de première importance : d’abord, techniquement, les difficultés d’ordre géologique que peut comporter l’établissement d’un barrage durable ; puis les inégalités et les irrégularités du débit, avec les chômages qui doivent en résulter ; enfin et surtout la difficulté de vendre ou d’utiliser les chevaux-vapeur produits au fond d’une chaîne montagneuse. Cette difficulté existe pourtant, étant donnés les applications encore restreintes de la houille blanche en électrochimie ou électro-métallurgie, l’impossibilité de s’en servir toutes les fois que l’on a besoin de mobilité et les crises de surproduction qui risquent d’en résulter au lendemain de la paix.

La houille blanche a de si chauds partisans et suscite, en ce moment, de tels dithyrambes que, tout en partageant soi-même en grande partie cet enthousiasme, on est plutôt tenté d’insister sur quelques points faibles que sur les avantages trop connus et trop célébrés. Il existe une tendance à aligner d’un côté les besoins de la France en énergie, de l’autre ses ressources en houille blanche ou noire que l’on additionne sans restrictions et à établir la balance. Ce n’est pas ainsi que les choses se passent. Nos industries du Nord, nos chemins de fer du Nord et de l’État, notre métallurgie ne vont pas se contenter demain de houille blanche. Celle-ci a son rôle tout indiqué, encore très large, mais cependant plus restreint, dans le bassin du Rhône, le Plateau Central et les Pyrénées. Le bassin du Rhône en particulier, si on y établit en même temps une communication fluviale avec la mer, parait, appelé à prendre de ce chef un développement intense, qui est déjà commencé et que la découverte de la houille dans la plaine lyonnaise peut favoriser. Mais, là même, pour que la houille blanche prenne toute la place à laquelle elle a droit, il faudra du temps. L’ascension d’un procédé comme d’un produit industriel ne se fait guère suivant une pente continue. Elle est coupée de larges paliers, où le producteur trop pressé doit attendre en se morfondant, parfois même en rebroussant chemin, son associé, le consommateur, qui s’essouffle. La guerre a fait gravir avec une rapidité extrême un degré de cet escalier. Depuis quatre ans, le consommateur tire sans cesse le producteur en avant, et celui-ci a gagné assez de millions à ce jeu pour se laisser faire. Mais, la consommation exceptionnelle de la guerre étant désormais suspendue, il pourra se produire un temps d’arrêt dans les mises en valeur de forces hydrauliques, avec le tassement habituel en pareil cas, jusqu’à ce que les industries de paix aient entièrement occupé les places vacantes...


LE VENT

Avec la houille blanche, nous avons achevé de parcourir les grandes sources d’énergie qui, dans un avenir prochain, ont des chances pour alimenter à peu près seules l’humanité. Cependant, nous allons encore en examiner d’autres, dont le nom s’est déjà trouvé prononcé, tant pour indiquer dans quelle mesure nous pouvons compter sur elles dans une période ultérieure que pour discuter des conceptions, parfois séduisantes, mais destinées, suivant toutes vraisemblances, à rester quelque temps encore sans réalisations utiles. Et, d’abord, après avoir signalé la grande importance prise par les emplois de l’eau courante, ne faut-il pas songer à une résurrection analogue pour une autre force utilisée de même en des temps anciens : pour le vent, qui met lui aussi à notre disposition des réserves d’énergie gigantesques ?

A cet égard, il est certain que nous avons reculé par rapport à nos ancêtres. Les moulins à vent tombent les uns après les autres en ruine dans notre pays ; le joli conte de Daudet y est d’une application universelle et les voiles des navires ont été, elles aussi, remplacées par des chaudières ou des turbines. La force du vent a, pour un moderne, un défaut capital, son irrégularité allant fréquemment jusqu’à l’intermittence. Le moulin à vent garde sa place marquée dans ces pays d’Orient, où la notion du temps n’existe pas. Ep Europe, nous demandons plus de continuité que n’en offre ce travailleur fantaisiste. Nous désirons également plus de centralisation et des moteurs dont le maximum ne soit pas de 16 ou 20 chevaux. De fait, l’usage du vent se borne à de faibles productions de force motrice dans les châteaux, villas ou installations agricoles. Il faudrait, pour en tirer parti davantage, une conception technique nouvelle, permettant par exemple de réaliser à peu de frais un courant de tension constante susceptible de charger des accumulateurs, en utilisant les vents les plus violents. On a bien conçu des moulins à vent électriques marchant par des vents faibles ; mais ils ne sauraient fonctionner sans une machine de secours pour les moments de calme ou de tempête. Le temps ne semble pas venu, où le vent nous viendra sérieusement en aide, si ce n’est peut-être dans quelques régions coloniales.


LA CHALEUR SOLAIRE

Jusqu’ici, nous n’avons employé la chaleur du soleil que très indirectement. Mais pourquoi ne pas puiser dans ce rayonnement même qui embrase notre ciel d’été et qui, dans nos possessions africaines, où la houille manque, atteint une telle intensité ?

Quand on émet cette idée d’utiliser la chaleur solaire, la pensée vient d’abord de chauffer quelque appareil par le soleil du Sahara. Avant d’examiner tout à l’heure de tels systèmes, dont les résultats demeurent très médiocres, il est logique de signaler une application beaucoup plus sérieuse, susceptible de prendre rapidement sa place dans nos colonies : c’est celle qui consiste à convertir la chaleur solaire en huile ou en alcool par l’intermédiaire de la végétation et à brûler ces combustibles dans un moteur. Il parait, notamment, tout indiqué de développer, dans nos colonies africaines, les arachides ordinaires ou souterraines, dont on peut aisément produire de très grandes quantités. Des essais qui datent de 1900 ont montré que les huiles végétales extraites de ces plantes peuvent être employées avec succès dans un moteur Diesel et fournir de la force à bon compte.

Les cultures de plantes pouvant fournir l’alcool inférieur et à bon marché par distillation, telles que les céréales, les pommes de terre et les betteraves (sans parler de la vigne) sont loin d’exiger un climat aussi spécial. La question des moteurs à alcool a été bien des fois posée pour remédier à notre pauvreté en pétrole. Mais, le problème économique est difficile. L’alcool coûte cher et l’on n’aurait guère songé à lui, si l’on n’avait eu en vue d’encourager les agriculteurs, ou de trouver un autre débouché pour les 3 ou 4 millions d’hectolitres, qui constituent annuellement la consommation de bouche française. Les solutions que l’on a proposées avaient généralement un côté artificiel, puisqu’il s’agissait de donner des encouragements sous la forme de primes, en augmentant par contrepartie les taxes sur l’alcool utilisé en boisson. Il est peu probable que l’alcool prenne jamais, dans l’industrie, le rôle ainsi rêvé, si la situation n’est pas entièrement renouvelée par la production de l’alcool synthétique. On commence actuellement à fabriquer de tel alcool en partant du carbure de calcium, obtenu électriquement. ; L’industrie est toute neuve. Le jour où elle se développera, ce ne sera plus la chaleur du soleil que cet alcool minéral se trouvera utiliser, mais la houille blanche.

Quant aux procédés destinés à produire un échauffement de liquides divers par le soleil, il ne faut y voir, d’ici quelques années au moins, que des expériences ingénieuses. L’on a généralement employé des miroirs paraboliques, ou plutôt troncconiques, à faire bouillir de l’eau dans une petite chaudière cylindrique disposée suivant leur axe. C’est le procédé, qui, dès 1880, avait paru donner des résultats industriels à MM. Mouchot et Abel Pifre et qui a été repris depuis en Californie.

On a pu également vaporiser de l’eau contenue dans des tubes de fer noircis sous un châssis de verre analogue à ceux qu’emploient les jardiniers, mais avec double paroi vitrée. Une usine d’énergie solaire a, vers 1911, fonctionné, suivant ce principe, à Philadelphie. La chaleur radiante, traversant le verre, venait porter l’eau à l’ébullition ; le rayonnement inverse de la chaleur produite était arrêté par le châssis isolant. On a encore utilisé la chaleur du soleil à vaporiser de l’ammoniaque sous pression. Enfin, on a proposé d’emmagasiner des calories dans un bain de saumure recouvert par de l’eau douce.

Je signalerai aussi, à propos de la chaleur solaire, une idée qui met en jeu, avec elle, des principes différents. A voir les effets de propulsion considérables obtenus en temps de guerre par les explosifs, on s’est parfois demandé si ces mêmes explosifs, modérés et régularisés par un artifice quelconque, ne pourraient pas être employés pacifiquement à actionner des moteurs. Tout ce qui, dans ces explosifs, est produit artificiel de l’industrie chimique ou électrique ne pourrait, il est vrai, que nous rendre l’énergie fournie par nous préalablement ; mais on retrouverait en outre la chaleur solaire qui a été dépensée pour produire le salpêtre ou les nitrates de soude naturels : celle qui a fait pousser le coton destiné à donner le fulmicoton, ou les graines oléagineuses dont la glycérine fournit la nitro-glycérine.

Employer des explosions comme moyen de propulsion, c’est ce qu’on réalise couramment dans tous ces moteurs où l’on fait détoner un mélange d’hydrocarbures et d’air. Quant à la possibilité d’adoucir un explosif trop violent, il suffit de se rappeler comment la seule idée d’employer le coton-poudre à l’état colloïdal a permis d’utiliser dans l’armement ce corps aux effets extrêmement brisants. Mais, quoiqu’on puisse, dans cet ordre d’idées, réaliser un jour des combinaisons utiles, il ne faut pas se laisser abuser par les effets intensifs des poudres et explosifs pour en conclure qu’ils renferment des énergies formidables. Leur particularité est précisément de développer cette énergie par une production considérable de gaz très chauds dans un temps très court. Le travail spécial qu’on leur demande n’est pas seulement fonction de la pression produite par les gaz et, par conséquent, du potentiel renfermé par l’explosif, mais aussi de la vitesse avec laquelle cette pression se développe. Ralentir cette dépense de force, c’est ramener progressivement l’explosif à n’être plus qu’un combustible vulgaire. Si l’on a produit le système explosif par des transformations chimiques absorbant de la chaleur ou de l’énergie, une loi de la thermo-dynamique veut qu’en revenant à l’état initial, on récupère la même quantité de chaleur, quelles que soient la nature et la succession des états intermédiaires.


LA GRAVITÉ

On ne saurait fonder non plus grand espoir sur les applications de la gravité, autres que celles connues par tout le monde : descente et triage de matériaux, funiculaires, houille blanche. Mais on a souvent prétendu réaliser ainsi, par tel ou tel artifice, une sorte de mouvement perpétuel. Ainsi, en se fondant sur l’existence de puits absorbants, on a proposé de forer une série de tels puits, dans lesquels on ferait tomber des courants d’eau actionnant, au fond, des turbines, sous des chutes artificielles. Je mentionne la suggestion en passant, parce qu’elle a pu sembler rationnelle. Mais elle équivaut à supposer, contrairement à la réalité, qu’il existe, dans le fond de la terre, sous la zone très restreinte des grottes, de grands vides analogues à ceux qu’a imaginés Jules Verne. Au contraire, à une certaine profondeur, tout travail souterrain, qui recoupe un vide restreint, a les plus grandes chances d’y rencontrer déjà de l’eau ; et, si on reste plus près de la surface, les nappes poreuses ou fissurées présentent, a de rares exceptions près, une puissance d’absorption si lente et si restreinte qu’il serait impossible de faire fonctionner ainsi le plus faible moteur.


LES MARÉES

Nous ne pouvons pas compter davantage sur les marées, quoiqu’il y ait là, de toute évidence, Une immense énergie perdue et qui sera certainement utilisée en partie un jour. Si l’on multiplie seulement les cubes d’eau soulevés sur les côtes de l’Atlantique par la hauteur d’une marée moyenne, on arrive à des chiffres de chevaux-vapeur impressionnants. La lune nous propose là de travailler chaque jour quelques heures pour nous et nous ne savons pas en profiter. Cependant, la solution technique est bien simple. Il suffit de remplir des bassins à marée montante et de les vider à marée descendante, ou de faire actionner par la marée des accumulateurs hydrauliques. Par exemple, un premier bassin, où pénètre directement la marée, peut déverser ses eaux à travers des turbines dans un second plus bas, et l’eau de ce second bassin retourner à marée basse dans la mer. La marée offre les inconvénients ordinaires de toutes les forces naturelles : irrégularité, intermittences et phases de violence destructrices. Les accumulateurs d’énergie sont des outils coûteux et d’un rendement médiocre. L’emploi de bassins exige de grands frais pour les terrains à acheter et la construction. Il est également coûteux d’utiliser la violence des vagues, quoiqu’on ait obtenu quelques résultats en agissant sur une turbine pneumatique par la compression d’une chambre, à air. Peut-être cependant verra-t-on un jour, sur nos côtes, un long réseau d’énergie naturelle, captant et collectant à la fois les marées et le vent.


LA CHALEUR INTERNE

L’emploi de la chaleur interne, sans être non plus bien pratique, pourrait offrir, à plus brève échéance, quelques ressources hypothétiques. On sait que la température augmente en moyenne de 3 degrés par 100 mètres quand on s’enfonce et que l’accroissement se fait notablement plus vite dans les régions à volcanisme récent ou même ancien. Nous trouvons une application de cette loi dans les sources thermales qui apportent chaque jour à la surface une quantité de calories, dont on pourrait aisément faire un autre usage que le seul traitement médical. J’ai calculé autrefois que nos sources thermales françaises équivalent au moins à 100 000 tonnes de houille consommées par an. Quand ces sources atteignent l’ébullition ou s’en rapprochent assez pour qu’on puisse obtenir de l’eau bouillante par un forage, leur usage dans des chaudières à vapeur semble naturel. On a appliqué récemment cette idée en Italie pour les Soffioni de Toscane ; les Islandais utilisent ainsi des sources chaudes ; une installation de ce genre pourrait être créée en Algérie, à Hammam Meskoutine. Mais on peut imaginer une conception plus hardie. Un sondage de 2 500 mètres, au fond duquel arriverait de l’eau, fournirait une chaudière à vapeur permanente, dont le prix de revient serait évidemment coûteux, mais dont la réalisation ne doit pas être techniquement impossible. Une telle tentative, peu économique par elle-même, pourrait être aisément combinée avec la recherche du terrain houiller à très grande profondeur. On avait parlé d’un sondage semblable près de Paris, avant une de nos expositions universelles. Je rappelle en passant l’idée qui n’a rien d’absurde, mais sur laquelle il serait prématuré de compter pour obtenir une quantité notable d’énergie.

Il existe, dans les profondeurs de la terre, d’autres réserves de force, que je me borne également à mentionner. L’emploi du radium nous donne un premier exemple de ce que peut représenter pour l’avenir la dégradation intra-atomique. Le monde minéralogique des grandes profondeurs, exploré dans cet ordre d’idées nouveau, a des chances pour apporter un jour des révélations. La radioactivité, que l’on est tenté aujourd’hui d’invoquer pour expliquer la prolongation mystérieuse du rayonnement solaire, a dû laisser, dans notre planète éteinte, des énergies fossilisées, plus puissantes que toutes les autres. Mais il ne saurait être encore question d’en tirer un profit industriel.

Ainsi cette énumération rapide des forces naturelles, auxquelles pourraient songer des esprits imaginatifs, nous ramène à la conclusion prévue que, dans l’après-guerre, il faut d’abord, et presque uniquement, songer aux combustibles minéraux, au pétrole et à la houille blanche. Donc notre programme d’action est simple : utiliser le traité de paix pour obtenir un supplément de houille ; favoriser et encourager les sondages par l’octroi de concessions rapides ou même automatiques ; économiser et employer scientifiquement les combustibles que nous possédons déjà ; généraliser l’application de la distillation, l’emploi des gazogènes et des moteurs à huile lourde ; obtenir, s’il en est temps encore, des gisements pétrolifères à l’étranger ; permettre la mise en valeur rapide de nos richesses hydrauliques par une loi simple, pratique et exempte de fiscalité. Aucun de ces moyens n’est à négliger si nous voulons que la France puisse se relever, réparer ses ruines, revivre, cesser d’étouffer dans ses frontières, prendre la place économique et industrielle à laquelle la fécondité, la richesse, l’heureuse situation du sol français lui donnent droit, comme l’esprit d’invention, l’ardeur au travail et le courage de ses habitants. Si l’on rapproche ces conclusions de celles auxquelles nous ont amenés nos études antérieures, travaux publics à réaliser pour améliorer nos transports, main-d’œuvre, à recruter, etc., on voit quel effort de coordination méthodique et de continuité politique, quelle réaction contre l’abus des théories spécieuses et des chimères socialistes vont nous être nécessaires, quel appel à la confiance publique et, par conséquent, à la concorde, ils comporteront.


L. DE LAUNAY.

  1. Voyez la Revue des 1er juillet, 1er août, 15 septembre 1918 et 1er janvier 1910.
  2. Voyez la Revue du 1er juillet 1918.
  3. Le problème de la Houille, 1er septembre 1915.
  4. L’organisation industrielle, 1er juillet 1918.