Prise de possession/4

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IV


« Je trouvais, disait Walt Whitman, poète américain, le jour plus beau que tout le reste jusqu’à ce que j’aie contemple les beautés de tout ce qui existe ; je croyais que notre globe terrestre était assez, jusqu’à ce que se fussent élevées sans bruit autour de moi des myriades d’autres terres ; je vois maintenant que la vie ne peut tout me montrer de même que le jour ne le peut, je vois ce que me montrera la mort.

« Il ajoutait en terminant : ceci n’est pas un livre, quiconque le touche, touche un homme. »

Il était en effet, cet homme, un des premiers bourgeonnements de cette terre où vient de germer le nom de liberté, puisse-t-elle s’étendre comme les lianes des forêts vierges et croître enfin pour la délivrance, jamais encore, la liberté ; n’eut que des fleurs aussitôt arrachées.

Il avait raison de regarder à travers la mort, à travers la poussière et les décombres d’un monde enseveli que nous regardons les jours nouveaux.

Rien ne peut être bâti sur la ruine, c’est pourquoi nous applaudissons au chaos qui se fait des vieilles institutions.

Nous applaudissons aussi à l’éveil qui sonne.

Les États-Unis de l’Amérique du Nord ne sont pas sans écho.

La balle qui frappe une glace y fait une étoile ; le coup porté à un despotisme se propage ainsi.

Les bouleversements sociaux comme les tremblements de terre suivent une même ligne volcanique ; ils se propagent surtout par l’électricité de la pensée ainsi que par des fils conducteurs.

Les affinités de langues, de caractères, de circonstances, ramifient à travers l’espace et le temps.

Les races mêlées qui ont l’activité d’esprit des européens, le sauvage courage des indiens sont bien placées dans leurs grandes plaines pour se laisser aller au courant de la liberté.

Cette calme République du Brésil a les mêmes institutions que celle de 1848 en France, elle les secouera ; ce sont des défroques de nains que les rudes épaules des géants feront craquer.

La République du Brésil est le prologue des sociales unies d’Amérique, lesquelles auront pour écho les sociales unies d’Europe.