Principes de dressage et d’équitation/Partie I/XV

Marpon et Flammarion (p. 38-47).
XV
Position de l’amazone.

L’amazone doit être placée, abstraction faite des jambes, exactement comme le cavalier, à partir de l’assiette.

Ses épaules, à toutes les allures, doivent être parallèles aux oreilles du cheval. Cela n’est possible que si les hanches occupent une position absolument semblable. C’est donc de la façon dont les hanches sont placées que dépend toute la position.

Les deux jambes étant à gauche, la jambe droite embrasse la fourche et est plus en avant et plus haut que la jambe gauche. Celle-ci est appuyée un peu au-dessus du genou contre la fourche gauche ; le pied repose dans l’étrier.

Il résulte de cette position des jambes que l’amazone a une tendance naturelle à faire porter presque tout le poids de son corps sur le côté droit, le gauche ne supportant presque rien. Il s’ensuit aussi que la hanche gauche, plus dégagée, fait saillie en arrière de la droite : ce qu’il faut éviter.

Le poids du corps doit être réparti également sur les deux côtés — et je répète pour l’amazone ce que j’ai dit pour le cavalier, — elle doit être assise sur sa selle complètement, comme sur une chaise, les hanches et les épaules parallèles aux oreilles du cheval.

Il y a là non seulement une question de correction, mais aussi une question capitale de solidité.

Rarement l’amazone est jetée hors de la selle du côté gauche, elle est soutenue de ce côté par les fourches et au besoin par l’étrier. Tout le danger d’une chute est donc à droite, et il existera d’autant plus que l’épaule gauche sera plus en arrière.

Il est facile de comprendre, en effet, que, dans un mouvement de désordre ou par suite d’un écart du cheval fait de droite à gauche, le haut du corps est déplacé et forcément jeté à droite.

Ce déplacement est peu important et sera facilement corrigé si la position de l’amazone est correcte, c’est-à-dire si ses deux épaules sont placées comme nous l’avons indiqué plus haut. Si, au contraire, ses épaules sont de travers, la gauche restant en arrière. l’équilibre, déjà mauvais, se trouve complètement rompu et, par suite, il y a danger de chute à droite. Or c’est de cette chute qu’il faut être garanti, parce qu’elle est dangereuse. Dans ce cas, en effet, l’amazone tombe sur la tête, à la condition encore qu’elle soit débarrassée des fourches et de l’étrier. Mais si, au moment de la chute, le pied reste engagé dans l’étrier, ou si la jupe s’accroche aux fourches, l’amazone peut être traînée sans avoir aucun moyen de se dégager.

Ce qui donne la solidité à l’amazone lui donne en même temps l’élégance ; elle n’a donc pas à se préoccuper de sacrifier l’un à l’autre. Il faut : 1° que les genoux soient rapprochés autant que possible ; le droit embrassant solidement la fourche et faisant force d’avant en arrière, le gauche, au contraire, en raison du point d’appui de l’étrier, faisant force d’arrière en avant ; 2° que l’épaule gauche se porte bien en avant et que le corps soit légèrement infléchi en avant pour qu’il ait toute sa souplesse.

Quand le cheval est au pas, c’est-à-dire lorsque le corps repose constamment sur la selle, si l’épaule gauche reste en arrière, la position de l’amazone est déjà mauvaise et singulièrement disgracieuse.

Dans le trot dit à l’anglaise, c’est bien pis encore : l’épaule gauche se reporte vivement en avant quand l’amazone s’enlève, et revient en arrière quand le corps retombe sur la selle. C’est ce mouvement disgracieux qu’on appelle le tire-bouchon.

Quand l’amazone est bien assise au pas et qu’elle repose également des deux côtés sur la selle, les hanches, et par suite les épaules, restent aisément placées ainsi dans le trot.

Le trot â l’anglaise doit être pris pour ainsi dire sous soi. Le haut du corps, ne faisant aucun effort, ne s’enlève pas ; il se laisse enlever parle mouvement du cheval, le pied reposant dans l’étrier sans raideur, la cheville et les genoux ne faisant que l’office de charnières. La moindre contraction, le moindre effort dans la cheville, dans les genoux ou dans les reins, donne à l’amazone une apparence raide, disgracieuse, et rend l’exercice du cheval fatigant.

Si l’amazone se conforme à ces règles, elle marque un temps sur la selle et un temps en l’air. Autrement, elle retombe trop tôt et marque deux temps sur la selle, d’où secousse inutile et fatigue. Je développerai plus longuement cette observation, à propos du cavalier, dans le chapitre du trot.

Sa souplesse est la qualité indispensable de l’amazone ; elle s’acquiert par l’habitude du cheval et aussi par quelques exercices préalables dont le meilleur est la danse.

Souvent aussi, l’aisance de l’amazone est compromise par de très petits détails de toilette pour lesquels de bons conseils lui ont fait défaut, c’est pourquoi je m’y arrête un instant.

La femme à cheval se blesse très facilement. Le moindre pli dans ses vêtements détermine une écorchure. Pour une longue promenade, et à plus forte raison pour la chasse, il est préférable qu’elle ne mette pas de chemise, mais une chemisette, en étoffe très mince, fixée à la taille. Le col et les manchettes doivent être adhérents à cette chemisette et non attachés par des épingles qui ne tiennent pas en place, tombent ou piquent.

Je conseille instamment de ne pas mettre de bas, car la jarretière est une gêne toujours, souvent une cause de véritable souffrance, et peut déterminer des blessures étendues et douloureuses. La chaussette est préférable à tous égards ; elle est complétée par une culotte collante faite d’une étoffe souple et élastique, en tricot ou jersey, doublée de soie ; ou mieux encore de peau de daim très fine. Le pantalon qui est mis pardessus est à sous-pieds en caoutchouc, peu large pour qu’il ne fasse pas de plis. La bottine sera à élastiques et non à boutons, pour éviter les blessures et les meurtrissures du cou-de-pied. Je n’aime pas les bottes, elles sont trop dures, peuvent blesser sous le genou et empêchent l’amazone de bien sentir son cheval avec la jambe.

Le corset doit être très court et bas ; un busc long est non seulement gênant, mais réellement dangereux.

Je serais tenté de m’excuser d’entrer dans ces détails intimes et pour lesquels ma compétence pourrait être justement mise en doute, s’il ne s’agissait que d’une question d’élégance ; mais tout ce qui touche à la toilette de l’amazone concerne sa solidité et son aisance à cheval.

J’ai vu tant de femmes revenir d’une promenade endolories, souffrantes, et être condamnées ensuite à la chaise longue pour plusieurs jours, que j’en suis arrivé à considérer que tous ces détails ne sont pas sans importance.

Enfin je ne crois pas m’égarer dans des détails inutiles en recommandant de fixer la coiffure très solidement. La femme qui est préoccupée de maintenir ou de replacer son chapeau ou son voile pense trop peu à son cheval, et on peut dire que si elle perd son chapeau, elle est bien près de perdre la tête.

Le choix de la selle a également une très grande importance, aussi bien pour l’amazone que pour le cheval.

Elle doit être bien droite pour que les genoux ne soient pas plus hauts que le siège, peu rembourrée, parce qu’ainsi elle embrasse mieux le cheval et risque moins de tourner ou simplement de se déplacer : le moindre déplacement blesse fatalement le cheval au garrot.

Si la selle est trop courte du troussequin, elle blessera sûrement l’amazone ; si elle est trop longue, c’est le cheval qui sera blessé aux reins.

Enfin il faut avoir grand soin que la crinière, au garrot, ne soit pas prise sous le pommeau de la selle, parce qu’il en résulte pour le cheval une gêne qui le détermine souvent à entrer en défense.

Quelques mots maintenant de la façon de mettre une femme en selle. Je pense que cela peut être utile non seulement aux amazones, mais aussi et surtout aux hommes qui ont l’honneur, un peu redouté parfois, de leur prendre le pied.

À mon très grand regret, je suis obligé de dire que la femme, pour se mettre en selle, fait généralement l’inverse de ce qu’il conviendrait de faire. Elle met le pied gauche dans les mains qui lui sont présentées pour l’enlever, et elle saute du pied droit sur le pied gauche en portant son corps en avant. Il en résulte que tout son poids tombe brusquement sur les mains qui lui servent de marchepied et que le mouvement qu’elle a fait en avant rejette inévitablement l’homme en arrière et l’écarté de l’épaule du cheval. Elle doit, au contraire, son pied gauche étant dans les mains, ne se servir de la jambe droite que pour prendre un léger élan qui permet la tension du genou gauche, et tenir le corps bien droit, plutôt un peu en arrière. Ce mouvement est des plus simples ; c’est exactement celui qu’on fait pour monter une marche d’escalier un peu haute. L’amazone ne doit pas chercher à s’enlever par un élan ; tout son effort doit se borner à tendre le genou gauche de telle sorte que la jambe devienne et reste complètement droite, la taille demeurant bien cambrée. Elle doit enfin s’aider des bras, sa main gauche appuyée sur l’épaule du cavalier et sa main droite sur la fourche gauche. En procédant ainsi, elle montera toute droite sous l’impulsion des mains qui la portent et redescendra naturellement sur la selle en portant le siège un peu en arrière. Elle ne doit pas chercher elle-même le cheval ; c’est l’homme qui doit la placer au-dessus de la selle pour qu’elle n’ait plus qu’à s’asseoir. Quand l’amazone veut sauter sur la selle, elle la rencontre généralement avant d’être au-dessus et est rejetée sur l’homme. Je ne puis m’empêcher d’ajouter que l’habitude qu’ont les amazones de donner le pied gauche est mauvaise ; c’est une vieille routine dont je ne m’explique ni l’origine ni la persistance. En effet, pour être mise à cheval en donnant le pied gauche, la femme doit, une fois qu’elle est enlevée, porter le siège d’avant en arrière et de gauche à droite, tandis que l’homme fait un mouvement d’arrière en avant et de droite à gauche. Il y a donc un double déplacement. Si, au contraire, la femme donne son pied droit, qui est le plus près du cheval, il lui suffit de donner une petite impulsion du pied gauche et de raidir le genou droit pour monter tout naturellement le long de la selle et se trouver assise sans le moindre déplacement. Je n’ai pas le mérite d’avoir fait une découverte si simple ; il y a bien longtemps que ce moyen est employé par beaucoup d’écuyères, et des meilleures. J’ai eu l’honneur de mettre en selle des souveraines qui ne procédaient jamais autrement.

Essayez, mesdames, pendant huit jours, sans parti pris, et je suis certain que vous adopterez cette manière de vous mettre en selle.

Aussitôt en selle, l’amazone doit, de suite et sans s’attarder à arranger sa jupe, passer sa jambe droite dans la fourche ; c’est le seul moyen d’éviter une chute si le cheval se jette de côté. J’ajoute même que les mains de l’homme ne doivent quitter les pieds de l’amazone que lorsque la jambe droite est bien en place.

Pour descendre de cheval, Tamazone quitte l’étrier et donne le poignet gauche ; elle dégage ensuite la jambe droite de la fourche, donne le poignet droit et, se trouvant ainsi assise sur la selle, se laisse glisser à terre sans sauter et en raidissant un peu les bras. Elle doit tomber sur la pointe des pieds et ployer les genoux pour éviter toute secousse. Cette recommandation n’est pas superflue, car, après une promenade un peu prolongée, les jambes sont souvent raides et engourdies.

Je répète que la femme doit donner ses poignets et qu’elle ne doit pas sauter, mais se laisser glisser. Voyez ce qui arrive le plus souvent : la femme s’élance de sa selle, le cavalier la reçoit en la prenant par la taille, et, ne pouvant la porter à bras tendus, il la laisse glisser le long de son corps. C’est désagréable, disgracieux et peu convenable.

On demande souvent si le cavalier qui accompagne une amazone doit se tenir à sa droite ou à sa gauche. Je ne crois pas que le savoir-vivre impose à cet égard une règle absolue.

Dans les conditions ordinaires, j’estime que le cavalier doit être à droite, parce que l’amazone, pour se tourner vers lui, est obligée de reporter l’épaule droite en arrière, ce qui est, ainsi que nous l’avons dit, la position désirable. De plus, le cavalier, se trouvant à droite, peut en cas de désordre ou de danger venir en aide à l’amazone. S’il était à gauche, il ne pourrait pas s’approcher d’elle suffisamment, à cause de ses jambes. S’il arrive qu’il y ait pour l’amazone un danger à gauche, par suite d’embarras de chevaux ou de voitures, le cavalier doit alors se placer de ce côté, précisément pour protéger les jambes.