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Pillot (3p. 69-71).

CONCLUSION.

Il paroît certain, par les preuves que nous avons données (articles VII et VIII), que les continents terrestres ont été autrefois couverts par les eaux de la mer ; il paroît tout aussi certain (article XII) que le flux et le reflux, et les autres mouvements des eaux, détachent continuellement des côtes et du fond de la mer des matières de toute espèce, et des coquilles qui se déposent ensuite quelque part, et tombent au fond de l’eau comme des sédiments, et que c’est là l’origine des couches parallèles et horizontales qu’on trouve partout. Il paroît (article IX) que les inégalités du globe n’ont pas d’autre cause que celle du mouvement des eaux de la mer, et que les montagnes ont été produites par l’amas successif et l’entassement des sédiments dont nous parlons, qui ont formé les différents lits dont elles sont composées. Il est évident que les courants qui ont suivi d’abord la direction de ces inégalités leur ont donné ensuite à toutes la figure qu’elles conservent encore aujourd’hui (article XIII), c’est-à-dire cette correspondance alternative des angles saillants toujours opposés aux angles rentrants. Il paroît de même (articles VIII et XVIII) que la plus grande partie des matières que la mer a détachées de son fond et de ses côtes étoient en poussière lorsqu’elles se sont précipitées en forme de sédiments, et que cette poussière impalpable a rempli l’intérieur des coquilles absolument et parfaitement, lorsque ces matières se sont trouvées ou de la nature même des coquilles, ou d’une autre nature analogue. Il est certain (article XVII) que les couches horizontales qui ont été produites successivement par le sédiment des eaux, et qui étoient d’abord dans un état de mollesse, ont acquis de la dureté à mesure qu’elles se sont desséchées, et que ce dessèchement a produit des fentes perpendiculaires qui traversent les couches horizontales.

Il n’est pas possible de douter, après avoir vu les faits qui sont rapportés dans les articles X, XI, XIV, XV, XVI, XVII, XVIII, et XIX, qu’il ne soit arrivé une infinité de révolutions, de bouleversements, de changements particuliers, et d’altérations sur la surface de la terre, tant par le mouvement naturel des eaux de la mer que par l’action des pluies, des gelées, des eaux courantes, des vents, des feux souterrains, des tremblements de terre, des inondations, etc. ; et que par conséquent la mer n’ait pu prendre successivement la place de la terre, surtout dans les premiers temps après la création, où les matières terrestres étoient beaucoup plus molles qu’elles ne le sont aujourd’hui. Il faut cependant avouer que nous ne pouvons juger que très imparfaitement de la succession des révolutions naturelles ; que nous jugeons encore moins de la suite des accidents, des changements, et des altérations ; que le défaut des monuments historiques nous prive de la connoissance des faits : il nous manque de l’expérience et du temps ; nous ne faisons pas réflexion que ce temps qui nous manque ne manque point à la nature ; nous voulons rapporter à l’instant de notre existence les siècles passés et les âges à venir sans considérer que cet instant, la vie humaine, étendue même autant qu’elle peut l’être par l’histoire, n’est qu’un point dans la durée, un seul fait dans l’histoire des faits de Dieu.


FIN DE LA THÉORIE DE LA TERRE.